La lettre du professeur Catherine Adamsbaum, chef du service de radiologie de l’hôpital Saint Vincent de Paul (AP-HP)
Mise en ligne par Webmaster le 10 avril 2010
Categorie: Communiqués
Paris, le 6 avril 2010
Cher Collègue,
Suite à votre demande, voici quelques observations concernant le Service de Radiologie de l’Hôpital Saint Vincent de Paul :
Quelle est la situation à ce jour ?
Le service fonctionne complètement, le nombre d’actes augmente même dans certains domaines… L’équipe répond depuis de nombreuses années, à la demande en imagerie pédiatrique, anténatale et périnatale.
L’hôpital doit pourtant définitivement fermer au moment de l’ouverture du nouveau bâtiment sur le site Port Royal. Ce bâtiment est destiné à accueillir la maternité et la totalité de la réanimation néonatale, mais la construction en est pour le moment bloquée du fait de la faillite d’une des entreprises. Certaines activités restent donc à St Vincent de Paul (maternité, gynécologie adulte, neuro-endocrinologie pédiatrique et unité de néonatalogie) jusqu’en 2011 et nécessitent une activité d’imagerie sur place. Parallèlement, une partie des activités pédiatriques (dont la chirurgie) migre de façon anticipée vers l’hôpital Necker, a priori en août 2010, avant la construction d’un nouveau bâtiment. La fermeture du SAU sera accompagnée de la fermeture de la garde de radiologie, mais je n’ai à ce jour aucune notification officielle à ce sujet.
Il existera donc une période « intermédiaire », pendant laquelle le service de radiologie de SVP continuera à assurer sa triple mission sur place, écrêté d’ores et déjà d’un certain nombre de moyens.
Les points d’incertitude sont nombreux : Quels projets ? Qui part, comment ? Où ? Quelle sera la lisibilité de l’équipe ? Qui reste, et pour combien de temps ? L’inquiétude est aggravée par le ressenti de l’équipe médicale et paramédicale de la volonté de coupes-franches, qui n’est un secret pour personne… A ce jour, personne ne se sent attendu ni collectivement, ni individuellement, et tout le monde s’inquiète donc, à juste titre, de son avenir.
Quelles sont les conséquences de l’absence de projet collectif, dans un groupe médical et paramédical socioprofessionnel qui fonctionnait jusque là harmonieusement ? Démotivation, tensions internes, désir de fuite sont probablement les trois qualificatifs les plus adaptés. Le manque de vision à moyen terme, l’absence de projet clairement défini détruisent évidemment toute motivation. Les personnels ont du mal à s’y retrouver.
Les démarches individuelles, parfois contradictoires avec l’esprit d’équipe, se multiplient…..Ainsi, des manipulateurs hors pair, spécialisés en pédiatrie depuis plus de 20 ans, fuient en radiologie adulte devant cet avenir incertain. Peut-on se féliciter de ce résultat ? Les agents se mettent en compétition (qui sera gardé ?) et l’entraide sociale s‘altère. J’observe d’ailleurs un «turn-over» inhabituel des agents et aides-soignants.
Ainsi, les efforts déployés pour essayer de rassurer et de remotiver les personnels sont quotidiens et difficiles. Ils restent souvent vains. Le temps passé en réunion interne pour expliquer aux uns et aux autres ce qui est connu de la situation devient long, répétitif….et parfois contradictoire, en fonction des dernières informations. L’équipe d’encadrement s’épuise.
Tout ce qui a été progressivement construit et efficient pendant des années tend à se déliter. Vis-à-vis des patients, cette inquiétude collective se ressent particulièrement. La médecine et en particulier la pédiatrie nécessitent patience et sérénité. L’accueil téléphonique personnalisé, très apprécié des familles, mis en place depuis plusieurs années, nécessite maintenant une réactualisation quasiment hebdomadaire. L’«aquoibonisme» s’installe insidieusement…
Les questions sans réponse des parents contribuent encore à l’instabilité des personnels. « Où serais-je suivi ? Où serez-vous ? Mon dossier suivra-t-il, quand… ? »
Alors que faire ?
Informer et se battre pour l’Hôpital Public, comme vous le faites avec dynamisme et professionnalisme, et je vous en remercie sincèrement. Se battre aussi pour que l’humanité et le respect soient de mise dans ces réformes…
Bien cordialement,
Catherine Adamsbaum
Chef du Service de Radiologie
Hôpital St Vincent de Paul
Je connais bien le monde des hôpitaux après des années passées dans toutes sortes de spécialités depuis la pédiatrie jusque la gériatrie, dans des services très techniques comme dans d’autres beaucoup plus axés sur le relationnel. Votre lettre met bien à jour la problèmatique des soignants actuellement. Nous avons le sentiment “qu’il n’y a plus de pilote dans les avions” et la notion d’équipe, un ciment fort, voire indispensable pour consolider le travail soignant se délite dans un monde devenu un business.