La rentrée des élèves est fixée au mardi 1ᵉʳ septembre 2026 par l’arrêté du 22 octobre 2025 fixant le calendrier scolaire de l’année 2026-2027, et deux mois de vacances ont souvent repoussé les couchers comme les levers. La référence sur laquelle s’appuyer n’est pas une heure de coucher : c’est une durée de sommeil par tranche de 24 heures. Le consensus publié en juin 2016 par l’American Academy of Sleep Medicine, l’académie américaine de médecine du sommeil, retient 9 à 12 heures pour un enfant de 6 à 12 ans et 8 à 10 heures pour un adolescent de 13 à 18 ans. L’heure de coucher, elle, se déduit : heure de lever imposée par l’école, moins la durée correspondant à l’âge, moins le temps que l’enfant met réellement à s’endormir.

Le recalage lui-même se fait par le lever, pas par le coucher, et par petits pas — de l’ordre de quinze à trente minutes par jour, sur une à deux semaines. Cet ordre de grandeur n’est pas arbitraire : dans un essai contrôlé mené chez des adolescents, deux matinées de lumière très vive n’ont avancé l’horloge interne que d’une heure environ. L’efficacité de cette lumière du matin dépend par ailleurs de ce qui se passe le soir : dans un essai de laboratoire publié en 2026, chez des adolescents ayant accumulé une dette de sommeil sous un éclairage tardif ordinaire, la même lumière matinale n’avançait plus l’horloge. Quant aux compléments alimentaires à la mélatonine, l’Anses les déconseille chez l’enfant et l’adolescent.

Combien d’heures un enfant dort, selon son âge

La seule référence chiffrée adossée à une méthode publiée est le consensus de l’American Academy of Sleep Medicine paru en juin 2016 dans le Journal of Clinical Sleep Medicine. Treize experts y ont fixé des fourchettes de durée de sommeil par 24 heures, de 4 mois à 18 ans. Le texte est endossé par l’American Academy of Pediatrics, la Sleep Research Society et l’American Association of Sleep Technologists, ce qui lui donne son statut de référence pédiatrique commune outre-Atlantique.

Les fourchettes retenues sont de 12 à 16 heures par 24 heures entre 4 et 12 mois, siestes comprises, puis 11 à 14 heures de 1 à 2 ans et 10 à 13 heures de 3 à 5 ans, toujours siestes comprises. À partir de l’âge scolaire, la sieste disparaît du calcul : 9 à 12 heures de 6 à 12 ans, et 8 à 10 heures de 13 à 18 ans. Ces valeurs sont des durées totales sur la journée, pas des durées de nuit à additionner à autre chose.

La méthode compte autant que le résultat. Le panel a procédé par méthode RAND modifiée — une technique de vote structuré entre experts, avec plusieurs tours et discussion des désaccords — après examen de 864 articles scientifiques sans restriction de date, en classant les preuves selon la gradation d’Oxford et en balayant sept domaines de santé. Les travaux se sont conclus par une réunion tenue du 19 au 21 février 2016 à Chicago. Le consensus ne couvre volontairement pas les nourrissons de moins de 4 mois, faute de preuves suffisantes et en raison de la très grande variabilité normale de la durée et des rythmes de sommeil à cet âge.

Ce que cette référence établit doit être lu pour ce qu’il est : un accord d’experts construit sur une littérature majoritairement observationnelle, c’est-à-dire des travaux qui décrivent des associations sans démontrer qu’ajouter une heure de sommeil produit tel bénéfice. Les fourchettes sont larges — trois heures d’amplitude à l’âge scolaire — précisément parce que le besoin varie d’un enfant à l’autre, pour des raisons génétiques, comportementales, médicales et environnementales que le consensus reconnaît lui-même. Un enfant qui dort dans la partie basse de sa fourchette et se réveille en forme n’est pas en défaut ; la fourchette décrit une population, pas un individu.

Une nuance mérite d’être signalée plutôt que lissée : les repères diffusés en France retiennent parfois une borne basse plus haute, de l’ordre de 10 à 12 heures chez l’enfant et 8 à 10 heures chez l’adolescent, comme le rappelle la fiche EnCLASS de l’EHESP et de l’OFDT. L’écart porte sur la borne inférieure à l’âge scolaire. La fourchette de l’American Academy of Sleep Medicine est retenue ici parce qu’elle est la seule adossée à une méthode explicite et publiée.

Calculer l’heure de coucher à partir de l’heure de lever

La question que se pose un parent — « à quelle heure le coucher ? » — n’a pas de réponse dans les recommandations, parce qu’elles portent sur des durées. Le calcul se fait donc à rebours, à partir du seul point fixe de la journée : l’heure de lever imposée par le trajet et l’horaire scolaire.

Trois éléments entrent dans l’opération. D’abord l’heure de lever contrainte. Ensuite la durée correspondant à l’âge, prise dans la fourchette du consensus de 2016. Enfin le délai d’endormissement réel de l’enfant, c’est-à-dire le temps qui s’écoule entre le moment où il est couché, lumière éteinte, et celui où il s’endort. Ce troisième terme est celui que l’on oublie le plus souvent, alors qu’il pèse lourd : dans l’enquête EnCLASS 2018, 35,1 % des collégiens et 33,3 % des lycéens déclaraient mettre plus de 30 minutes à s’endormir, et respectivement 23,2 % et 20,9 % plus de 40 minutes.

Un exemple rend l’ordre de grandeur lisible. Un enfant de 8 ans qui doit se lever à 7 heures et pour lequel on vise 10 heures de sommeil — soit le milieu de la fourchette 9-12 heures — devrait être endormi vers 21 heures. S’il met une vingtaine de minutes à trouver le sommeil, la mise au lit se situe avant, pas à 21 heures. Le même calcul appliqué à un adolescent qui vise 9 heures et se lève à 6 h 30 place l’endormissement autour de 21 h 30.

Ces heures sont le produit d’un calcul, pas une prescription : elles changent avec l’heure de lever réelle, avec la durée visée dans la fourchette et avec le délai d’endormissement propre à l’enfant. Le Réseau Morphée, association française spécialisée dans le sommeil, recommande de son côté de ménager avant le coucher une période d’activité calme d’une heure, sans téléphone ni écran (recommandations consultées en août 2026). Si l’enfant ne parvient pas à s’endormir dans une plage cohérente avec son âge malgré des horaires stables, c’est au médecin traitant ou au pédiatre d’en juger, pas à un tableau.

Pourquoi on décale d’abord le lever, pas le coucher

La stratégie intuitive consiste à imposer un coucher plus tôt. Elle échoue le plus souvent, et pour une raison physiologique simple : l’horloge interne se recale principalement sur la lumière reçue au réveil, et c’est l’heure de lever qui construit la pression de sommeil du soir. Un enfant mis au lit deux heures plus tôt que la veille alors que son horloge n’a pas bougé ne s’endort pas : il attend, dans le noir, ce qui transforme les soirées de fin août en bras de fer sans bénéfice.

Le lever est donc le levier, et le premier geste du recalage. C’est aussi l’ordre que recommandent le chronobiologiste Damien Davenne, de l’université de Caen, dans des propos tenus en août 2024 et repris le 18 août 2026, ainsi que la pédiatre Sarah Bursaux : décaler d’abord l’heure du lever, l’heure du coucher suivant ensuite d’elle-même sous l’effet de la fatigue accumulée en fin de journée, et ne pas laisser l’enfant traîner au lit une fois réveillé.

Le même raisonnement explique pourquoi deux gestes qui semblent protecteurs entretiennent en réalité le décalage. La grasse matinée retarde l’exposition à la lumière du matin, celle-là même qui avance l’horloge. La longue sieste, elle, dissipe la pression de sommeil accumulée dans la journée et repousse d’autant l’endormissement du soir. Les deux leviers du recalage sont donc neutralisés simultanément.

C’est la logique des recommandations du Réseau Morphée destinées aux adolescents (consultées en août 2026) : se lever dès le premier réveil du matin sans chercher à dormir davantage, limiter la sieste à 20 minutes, aller se coucher quand le besoin de dormir se fait sentir, et écarter en soirée café, thé et sodas de type cola. Ces repères ont été formulés pour des adolescents ; chez un enfant de 6 ou 8 ans, dont les besoins et les rythmes diffèrent, ils se transposent avec prudence.

À quelle vitesse l’horloge interne peut avancer

Savoir qu’il faut avancer le lever ne dit pas de combien par jour. Un essai randomisé — c’est-à-dire un essai où les participants sont répartis au hasard entre plusieurs conditions, ce qui permet de comparer des effets — publié le 12 février 2020 dans Frontiers in Neuroscience donne l’ordre de grandeur. Trente-sept adolescents âgés de 14,7 à 18 ans ont été exposés le samedi et le dimanche matin à de la lumière vive, environ 6 000 lux, en trois séances. L’avance obtenue a été mesurée sur le début de sécrétion de mélatonine, l’hormone dont la libération en soirée signale au corps l’approche de la nuit : c’est le marqueur de référence de la position de l’horloge interne.

Les résultats sont modestes. Après deux matinées, l’avance atteint 1,0 ± 0,4 heure dans le groupe ayant reçu 2 h 30 de lumière vive, 0,6 ± 0,5 heure avec 1 h 30 de lumière vive, et 0,6 ± 0,4 heure dans le groupe resté en lumière d’ambiance, d’environ 20 lux. Autrement dit : le simple fait de se lever plus tôt en lumière ordinaire avait déjà déplacé l’horloge d’environ 36 minutes, et deux matinées de lumière très vive n’ont pas fait mieux qu’une heure.

Cet ordre de grandeur — quelques dizaines de minutes par jour au mieux — est ce qui rend lisible le conseil d’avancer de quinze à trente minutes par jour. Il explique aussi pourquoi la veille de la rentrée est trop tard : un décalage de deux heures accumulé pendant les vacances ne se rattrape pas en une nuit, quelle que soit la volonté mise à l’ouvrage. La contrainte est biologique, pas éducative.

Deux précautions s’imposent sur ce chiffre. Il a été obtenu chez des adolescents de 14 à 18 ans et ne se transpose pas tel quel à un enfant de 6 ou 8 ans, dont l’horloge n’a pas le même retard spontané. Et les 6 000 lux utilisés relèvent d’un protocole de laboratoire, pas d’une consigne domestique : l’équivalent accessible est la lumière naturelle du dehors le matin, sans aucun appareil. Le sujet des dispositifs lumineux, qui relève d’un autre usage et d’un autre public, est traité à part dans l’article de MDHP sur la lumière comme levier de recalage du sommeil.

Ce que la lumière du soir fait au recalage du matin

Un second essai, publié en 2026 dans Scientific Reports par la même équipe, apporte la pièce manquante : la lumière du soir décide de l’efficacité de celle du matin. Quarante et un adolescents de 14 à 17 ans ont été répartis en quatre groupes, qui se distinguaient par le retard imposé à leur heure de coucher pendant cinq nuits, du neuvième au treizième jour du protocole : aucun retard pour le groupe témoin, soit onze participants, puis 1 h 30, 3 heures et 4 h 30 pour les trois autres, par rapport à l’heure de coucher relevée la première semaine. Ces soirées se déroulaient sous une simple lumière d’ambiance d’environ 100 lux — l’éclairage banal d’une pièce le soir. L’avance de l’horaire de sommeil, 3 h 30 en trois jours avec 90 minutes de lumière vive le matin à 8 592 ± 829 lux, portait sur les trois dernières de ces cinq nuits : le retard du soir et l’avance du matin se sont donc en partie chevauchés, au lieu de se succéder.

Le décalage obtenu dépend étroitement du temps de sommeil que ce retard du soir laissait aux participants. Dans le groupe témoin, qui gardait son heure de coucher et conservait donc 10 heures d’opportunité de sommeil — le temps passé au lit que le protocole autorisait —, l’horloge a avancé de 2,0 ± 1,1 heure. Avec 8 h 30, l’avance tombe à 0,5 ± 0,6 heure. Avec 7 heures, elle devient un retard de 0,8 ± 1,1 heure, et avec 5 h 30, un retard de 2,6 ± 1,2 heure. Chez les adolescents les plus privés de sommeil, la même lumière vive du matin a donc poussé l’horloge dans le mauvais sens. Le résultat directement utile à un parent est celui du groupe témoin : c’est chez les adolescents dont l’heure de coucher n’avait pas été repoussée que le protocole du matin a produit son plein effet.

Le mécanisme est instructif pour un parent. Le problème n’est pas « les écrans » comme catégorie, mais la lumière reçue tard dans la soirée, qui repousse l’horloge et rend en grande partie inopérant le protocole du matin. Un recalage mené le matin mais contredit chaque soir revient à tirer sur une corde des deux côtés. C’est cohérent avec ce qu’observe l’enquête EnCLASS 2018 en France, où les élèves en dette de sommeil ou au sommeil trop court sont ceux qui déclarent le plus utiliser des outils numériques avant de dormir — une association mesurée dans une enquête déclarative, pas une démonstration que l’un cause l’autre.

Les limites de cet essai doivent être posées clairement. Ses auteurs ne peuvent pas séparer l’effet de la lumière du soir de celui de la restriction de sommeil, puisque les deux varient ensemble. Le sommeil y a été mesuré par actigraphie — un capteur de mouvement porté au poignet — et non par polysomnographie, l’enregistrement complet en laboratoire. Enfin, il s’agit d’un protocole conduit en conditions contrôlées sur 41 adolescents : il éclaire un mécanisme, il ne prédit pas ce qui se produira dans une maison, chez un enfant plus jeune.

L'enfant dort dans un lit blanc confortable L'enfant adorable dort dans le lit L'enfant endormi

Combien de jours prévoir avant la rentrée

La durée à prévoir se déduit de deux termes : le décalage accumulé pendant l’été et la vitesse à laquelle l’horloge peut avancer. Si celle-ci gagne au mieux quelques dizaines de minutes par jour, un enfant décalé de deux heures a besoin de quatre à huit jours, selon que le lever est avancé de trente ou de quinze minutes par jour — et de davantage si le décalage dépasse deux heures ou si les soirées restent exposées à la lumière. Une semaine correspond ainsi à un décalage modéré ; deux semaines laissent la marge nécessaire aux jours où le rythme n’est pas tenu.

Les deux praticiens repris le 18 août 2026 ne convergent pas exactement sur ce point : l’un conseille de commencer environ quinze jours avant la rentrée, par pas d’une demi-heure, tandis que l’autre estime qu’une bonne semaine suffit. L’écart n’a pas à être tranché, car il recouvre des situations différentes : le décalage de départ n’est pas le même après un été passé en camping et après un été passé à jouer jusqu’à minuit. La fourchette utile reste d’une à deux semaines.

La rentrée des élèves étant fixée au mardi 1ᵉʳ septembre 2026, la fenêtre utile pour commencer court sur la seconde quinzaine d’août. Un point pratique compte autant que le calendrier : le recalage n’a d’effet qu’appliqué aussi le week-end. Deux matinées de grasse matinée entament ce qui a été gagné les jours précédents, puisqu’elles suppriment l’exposition matinale à la lumière au moment même où elle est censée agir.

Ce que les données françaises disent du sommeil des élèves

Le décalage d’été n’est pas un incident isolé : il élargit un écart déjà installé pendant l’année scolaire, et documenté en France. L’enquête EnCLASS 2018, dont la fiche « Le sommeil des collégiens et lycéens en 2018 » a été publiée en mars 2021 par l’EHESP et l’OFDT, repose sur un questionnaire auto-administré et anonyme rempli en classe. Après nettoyage des données, elle porte sur 20 128 élèves — 12 973 collégiens et 7 155 lycéens — dans 336 collèges et 234 lycées tirés au sort par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale.

Les durées moyennes les jours de classe y sont de 8 h 16 chez les collégiens et 7 h 19 chez les lycéens. La décroissance avec l’âge est régulière : le temps de sommeil des jours de classe perd environ un quart d’heure par an à chaque niveau du collège, passant de 8 h 50 en sixième à 7 h 45 en troisième, soit plus d’une heure perdue en quatre ans. En terminale, les garçons déclarent 7 h 05. La comparaison dans le temps va dans le même sens : les collégiens dormaient 8 h 37 en semaine en 2010 contre 8 h 16 en 2018, soit vingt minutes de moins en huit ans, et 9 h 58 le week-end contre 9 h 36.

Deux indicateurs méritent d’être définis, car ils structurent les résultats. Le « sommeil trop court » désigne moins de 7 heures les jours de classe : il concernait 13,8 % des collégiens et 29,0 % des lycéens en 2018, contre 7,8 % et 25,1 % en 2010-2011. La « dette de sommeil » est définie par un écart supérieur à 120 minutes entre le temps de sommeil des nuits sans classe le lendemain et celui des nuits avec classe : elle touchait 26,7 % des collégiens et 43,7 % des lycéens, avec une progression continue de 20,7 % en sixième à 45,4 % en terminale.

Cette définition éclaire directement le sujet de la rentrée : deux mois de vacances installent mécaniquement un écart de plus de deux heures entre les nuits d’été et les nuits d’école. Le recalage ne fait donc pas que préparer une première semaine ; il ramène l’enfant à l’intérieur d’un écart que l’enquête associe à la fatigue déclarée. Parmi les élèves en dette de sommeil, 53,9 % des collégiens et 57,6 % des lycéens se disent fatigués presque tous les matins au lever, contre 30,6 % et 41,4 % dans l’ensemble.

Une précaution de lecture s’impose : EnCLASS est une enquête déclarative et transversale, qui photographie une situation à un instant donné. Elle mesure des associations et des évolutions, non des effets. Elle ne démontre pas que le manque de sommeil cause les difficultés scolaires ou la fatigue déclarée, même si les deux vont de pair dans les données. Ce que les travaux expérimentaux établissent par ailleurs sur les conséquences cognitives du manque de sommeil est détaillé dans l’article de MDHP sur ce que le manque de sommeil fait au cerveau.

Mélatonine : ce que dit l’Anses, et ce qu’elle ne dit pas

La mélatonine est disponible en France sous forme de compléments alimentaires, sans ordonnance, et sa mise en avant est saisonnière. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) s’est prononcée sur ces produits dans un avis du 23 février 2018, rendu au titre de la saisine 2016-SA-0209, après analyse de 90 déclarations d’effets indésirables reçues par son dispositif de nutrivigilance entre 2009 et mai 2017.

L’avis identifie des populations et des situations à risque, parmi lesquelles figurent explicitement, selon les termes de l’agence, « des enfants et des adolescents ». La qualification est celle de l’agence elle-même, et elle vise les compléments alimentaires, distincts des médicaments contenant de la mélatonine, qui relèvent d’une prescription et d’une indication médicales.

L’Anses formule par ailleurs plusieurs recommandations générales aux consommateurs : ne pas utiliser ces compléments sans avis d’un médecin en cas de traitement médicamenteux, privilégier les formulations simples, et limiter la consommation à une prise ponctuelle, faute de données sur les effets à long terme. Ces recommandations ne constituent pas une autorisation d’usage chez l’enfant, puisque celui-ci est justement classé en population à risque.

Le contraste réglementaire européen éclaire la nature du produit. Les compléments alimentaires à la mélatonine sont interdits au Danemark et en République tchèque. En Belgique et en Allemagne, la mélatonine est considérée comme un médicament par fonction dès 0,3 mg par jour. L’Espagne et l’Italie l’autorisent jusqu’à 1 mg par jour, et la France sous le seuil de 2 mg par jour. Un même apport quotidien peut donc être vendu en rayon d’un côté d’une frontière et relever du médicament de l’autre. Le mécanisme d’action et les usages de cette hormone sont détaillés dans l’article de MDHP consacré à ce qu’est la mélatonine et comment elle agit.

Quand un décalage d’horaires n’en est plus un

Un décalage de vacances se corrige en quelques jours par le lever et la lumière. Certains signes indiquent que l’on est sorti de ce cadre. Un délai d’endormissement durablement supérieur à 30 ou 40 minutes malgré des horaires stables en fait partie : dans EnCLASS 2018, environ un tiers des collégiens et des lycéens déclaraient dépasser la demi-heure, ce qui rend le signe fréquent mais ne le rend pas banal lorsqu’il persiste. Un enfant qui ronfle, dont la respiration est bruyante ou entrecoupée la nuit, ou qui reste épuisé une fois les horaires recalés, relève d’un avis médical et non d’un ajustement supplémentaire.

Ce que le consensus de 2016 associe à un sommeil régulièrement inférieur aux fourchettes mérite d’être énoncé avec exactitude : il s’agit d’associations documentées dans la littérature examinée, pas de conséquences démontrées. Sont associés des difficultés d’attention, de comportement et d’apprentissage, ainsi qu’un risque accru d’accidents, de blessures, d’hypertension, d’obésité, de diabète et de dépression ; chez l’adolescent s’ajoute un risque accru d’automutilation, de pensées et de tentatives suicidaires. Le même document signale que dormir régulièrement plus que la fourchette peut aussi être associé à des effets défavorables — hypertension, diabète, obésité, troubles de santé mentale. Le sens de ces relations n’est pas établi par ces travaux.

En pratique, un enfant dont le sommeil reste perturbé après une à deux semaines d’horaires réguliers, ou dont les nuits s’accompagnent de ronflements ou de pauses respiratoires, doit être vu par un médecin traitant ou un pédiatre. Ces derniers signes évoquent la piste des troubles respiratoires du sommeil, dont le diagnostic et la prise en charge sont abordés dans l’article de MDHP sur le ronflement et les apnées du sommeil.

Durées recommandées par âge : le tableau récapitulatif

Durées de sommeil par 24 heures recommandées de 4 mois à 18 ans — consensus de l’American Academy of Sleep Medicine, juin 2016
Âge Durée par 24 heures Siestes comprises
4 à 12 mois12 à 16 heuresOui
1 à 2 ans11 à 14 heuresOui
3 à 5 ans10 à 13 heuresOui
6 à 12 ans9 à 12 heuresNon applicable
13 à 18 ans8 à 10 heuresNon applicable

Le consensus ne couvre pas les nourrissons de moins de 4 mois, faute de preuves suffisantes à cet âge.

L’essentiel à retenir

La donnée de référence est une durée par 24 heures, pas une heure de coucher : 9 à 12 heures de 6 à 12 ans, 8 à 10 heures de 13 à 18 ans, selon le consensus de 2016 de l’American Academy of Sleep Medicine. L’heure de coucher se calcule à rebours depuis l’heure de lever imposée par l’école, en soustrayant cette durée puis le délai d’endormissement réel de l’enfant.

Le recalage se conduit par le lever, à raison de quinze à trente minutes par jour sur une à deux semaines, week-end compris. Cet ordre de grandeur correspond à ce que les essais mesurent : au mieux une heure d’avance de l’horloge après deux matinées de lumière vive chez des adolescents. La lumière reçue en soirée conditionne l’efficacité de tout le reste. Enfin, les compléments alimentaires à la mélatonine sont déconseillés chez l’enfant et l’adolescent par l’Anses.

Questions fréquentes

Combien d’heures de sommeil viser selon l’âge de mon enfant ?

Le consensus de l’American Academy of Sleep Medicine, publié en juin 2016, retient par 24 heures : 12 à 16 heures de 4 à 12 mois, 11 à 14 heures de 1 à 2 ans et 10 à 13 heures de 3 à 5 ans, siestes comprises, puis 9 à 12 heures de 6 à 12 ans et 8 à 10 heures de 13 à 18 ans. Ces fourchettes sont larges parce que le besoin varie d’un enfant à l’autre. Elles décrivent une population et ne constituent pas un seuil individuel à atteindre.

Faut-il avancer l’heure du coucher ou celle du lever ?

Celle du lever. L’horloge interne se recale principalement sur la lumière reçue au réveil, et l’heure de lever construit la pression de sommeil du soir. Un enfant couché deux heures plus tôt alors que son horloge n’a pas bougé ne s’endort pas plus vite : il attend. L’heure du coucher suit ensuite d’elle-même, sous l’effet de la fatigue de fin de journée.

Combien de jours avant la rentrée faut-il commencer ?

Une à deux semaines selon l’ampleur du décalage. Les praticiens cités en août 2026 avancent des durées différentes, d’une bonne semaine à une quinzaine de jours, ce dernier protocole procédant par pas d’une demi-heure. L’arbitrage se fait sur le décalage réel : les essais montrent qu’une horloge interne avance au mieux de quelques dizaines de minutes par jour, donc un décalage de deux heures demande plusieurs jours.

La grasse matinée et la sieste aident-elles à récupérer avant la rentrée ?

Elles entretiennent le décalage plutôt qu’elles ne le corrigent. La grasse matinée repousse l’exposition à la lumière du matin, et une longue sieste dissipe la pression de sommeil accumulée dans la journée : les deux leviers du recalage sont neutralisés en même temps. Le Réseau Morphée recommande de se lever dès le premier réveil et de limiter la sieste à 20 minutes.

Peut-on donner de la mélatonine à un enfant pour l’aider à se recaler ?

Non. L’Anses, dans son avis du 23 février 2018, a classé les enfants et les adolescents parmi les populations à risque pour lesquelles la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine est déconseillée. Le statut de cette substance varie d’ailleurs en Europe : elle est interdite dans les compléments au Danemark et en République tchèque, et considérée comme un médicament dès 0,3 mg par jour en Belgique et en Allemagne. Toute question sur le sommeil d’un enfant relève du médecin traitant ou du pédiatre.

Quels signes doivent conduire à consulter plutôt qu’à ajuster les horaires ?

Un délai d’endormissement durablement supérieur à 30 ou 40 minutes malgré des horaires stables, des ronflements, une respiration bruyante ou entrecoupée pendant la nuit, ou une fatigue qui persiste une fois les horaires recalés. Ces situations relèvent d’un avis du médecin traitant ou du pédiatre, et non d’un ajustement supplémentaire mené seul à la maison.