Sur cent paires de jeunes tirés au hasard, l’un entraîné à la musculation et l’autre sans aucun exercice en plus, l’entraîné a gagné plus de muscle dans 56 cas, à peine mieux que les 50 d’un pile ou face. Ce décompte se déduit de la méta-analyse parue le 17 septembre 2026 dans Sports Medicine, signée par une équipe de l’université d’Augsbourg, en Allemagne : elle réunit 23 études et 1 443 enfants et adolescents en bonne santé. Le muscle grossit donc un peu, de façon mesurable, mais pas au point de se voir. La force, elle, progresse nettement d’après d’autres travaux qui l’ont mesurée, et d’abord par le système nerveux.

La puberté change le terrain hormonal, mais son effet sur le volume dépend du point de comparaison. Face à des enfants qui ne font aucun exercice en plus, aucun stade pubertaire ne se distingue. Face à des enfants qui pratiquent déjà un autre sport, un net avantage apparaît après la puberté, porté par trois études seulement. Si votre enfant a commencé, la conséquence est simple. Avant la puberté, des bras qui ne changent pas sont le résultat attendu, pas un échec.

Un enfant qui soulève plus lourd sans que ses bras changent

Si votre enfant est inscrit en club, la scène vous est peut-être familière. Après quelques mois de renforcement, l’enfant soulève des charges qu’il ne pouvait pas déplacer à la rentrée, et pourtant rien ne semble avoir changé sous la manche. Les deux observations sont exactes. Elles ne mesurent pas la même chose.

Une méta-analyse regroupe par le calcul les résultats de plusieurs études pour en tirer une estimation commune. Celle de Sports Medicine a retenu 23 études contrôlées, c’est-à-dire comparant un groupe entraîné à un groupe qui ne l’est pas, randomisées ou non. Quinze comparent la musculation à des témoins passifs, des enfants qui ne font aucun exercice supplémentaire pendant l’étude. Huit la comparent à des témoins actifs, qui pratiquent en parallèle un autre sport ou programme, comme le football, les cours d’éducation physique ou l’endurance. Seules les études qui mesurent le muscle par imagerie ou par un appareil instrumenté ont été gardées.

Face aux témoins passifs, le gain de masse musculaire vaut un « d de Cohen » de 0,22, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 0,06 à 0,37. Ce d exprime l’écart de progression entre les deux groupes en écarts-types, l’unité qui mesure la dispersion habituelle d’un enfant à l’autre. Un d de 0,22 représente donc un cinquième de cette dispersion. Sur la grille utilisée par les auteurs, c’est un effet petit, juste au-dessus du seuil de 0,20 sous lequel il est jugé trivial. Les études concordent bien entre elles : l’hétérogénéité, la part des écarts entre études qui ne s’explique pas par le hasard, n’est que de 18 %.

Ce chiffre se lit dans un seul sens. Il compare deux groupes, il ne dit pas de combien grossit le muscle d’un enfant. Le traduire en « 22 % de muscle en plus » serait une erreur d’échelle. Converti, il donne ceci : les deux distributions de progression se recouvrent à 91 %, et 59 % des enfants entraînés dépassent la progression moyenne des témoins, contre 50 % attendus sans aucun effet. Réel, mais invisible à l’œil.

Avant la puberté, l’écart est encore plus mince. Toujours face aux témoins passifs, le d tombe à 0,16, soit 55 chances sur 100 que l’enfant entraîné ait gagné plus de muscle que son témoin. Son intervalle de confiance, de −0,04 à 0,36, inclut zéro : à ce stade, l’effet sur le volume n’est pas distinguable du hasard.

La force de l’enfant progresse d’abord par le système nerveux

L’expérience fondatrice date de 1990. Publiée dans Medicine and Science in Sports and Exercise, elle a suivi 13 garçons de 9 à 11 ans entraînés trois fois par semaine pendant 20 semaines, comparés à 13 témoins. La charge maximale soulevée une seule fois au développé couché a progressé de 35 %, celle de la presse à jambes de 22 %, et la force de flexion du coude mesurée sans mouvement de 37 %. Plus d’un tiers de force en plus sur deux des trois tests, donc. Au scanner, la section des muscles n’avait pas changé de façon significative.

Les auteurs attribuaient ce gain à une meilleure coordination, à une tendance à une activation plus complète des unités motrices et à d’autres adaptations nerveuses. Une unité motrice est un neurone et l’ensemble des fibres musculaires qu’il commande. Pour soulever plus lourd, le cerveau apprend à en recruter davantage en même temps, à synchroniser les muscles qui travaillent ensemble et à automatiser le geste. Le muscle n’a pas besoin de grossir pour cela. Il est mieux piloté.

Cette adaptation nerveuse arrive en premier dans tout programme, quel que soit l’âge. La méta-analyse de 2026 n’a d’ailleurs retenu que des programmes d’au moins 8 semaines : ses auteurs justifient ce seuil par le fait que les premières adaptations à l’entraînement sont surtout nerveuses, pas musculaires.

À l’échelle des méta-analyses, l’écart entre force et volume se voit aussi. Celle publiée en 2010 dans Pediatrics sur les moins de 18 ans trouvait un effet de la musculation sur la force de 1,12, avec un intervalle de 0,9 à 1,3. Sur la même grille de lecture, c’est un effet grand, quand celui sur le volume est petit. Les deux travaux ne portent ni sur les mêmes études ni sur les mêmes mesures : la comparaison donne un ordre de grandeur, pas un rapport précis entre les deux chiffres.

Ce travail de 2010 apporte une autre nuance. La capacité à gagner de la force augmente avec l’âge et la maturation, sans coup d’accélérateur au moment de la puberté. Les programmes plus longs et plus fréquents donnent de meilleurs résultats, avec une corrélation modeste dans les deux cas (0,28 pour la durée, 0,26 pour la fréquence, sur une échelle où 1 serait une relation parfaite). L’enfant prépubère gagne donc de la force, même si l’adolescent en gagne davantage.

De la tension mécanique à la fibre plus épaisse

Le volume, lui, obéit à une autre chaîne, que les auteurs de Sports Medicine décrivent à partir de la littérature physiologique. Quand un muscle se contracte contre une charge, ses fibres subissent une tension mécanique. Les cellules la convertissent en signaux chimiques, un processus appelé mécanotransduction. Ces signaux déclenchent des cascades qui augmentent la fabrication des protéines du muscle. Répétée sur des semaines, cette fabrication accrue épaissit les fibres : c’est l’hypertrophie.

Selon leur interprétation, cette voie fonctionne quel que soit l’âge. Elle expliquerait le petit gain de volume observé chez les jeunes entraînés, tous stades confondus (d de 0,22 face aux témoins passifs), y compris avant la puberté, où l’estimation de 0,16 reste toutefois compatible avec zéro. Selon cette lecture, le muscle d’un enfant n’est pas fermé à l’hypertrophie. Il y répond faiblement.

Après la puberté, d’autres facteurs pourraient s’ajouter à la tension mécanique : les hormones dites anabolisantes, qui favorisent la construction des tissus, et des facteurs métaboliques. Le conditionnel est celui des auteurs eux-mêmes, qui jugent ces mécanismes insuffisamment compris. Le rôle exact des hormones dans la croissance musculaire de l’adolescent reste débattu.

Un indice vient de l’adulte. Selon la littérature citée dans la méta-analyse, les pics d’hormones provoqués par une séance d’entraînement ne prédisent pas le gain musculaire obtenu ensuite. Hommes et femmes adultes gagnent par ailleurs un volume musculaire comparable quand on le rapporte à leur point de départ. Ces deux constats, établis chez l’adulte, cadrent mal avec l’idée d’un gain musculaire commandé d’abord par les hormones. Ils ne tranchent pas la question chez l’adolescent.

Rien de cette chaîne n’a été mesuré par la méta-analyse elle-même. Elle compare des volumes avant et après entraînement ; elle n’a dosé ni hormones ni signaux cellulaires. Ce qu’elle établit, c’est le résultat final : un petit gain. Le mécanisme qui le produit est une explication physiologique cohérente, pas une donnée de l’étude.

Puberté : un terrain hormonal qui change, un effet qui dépend du point de comparaison

Âge civil et stade pubertaire

Vous pensez en âge, la physiologie raisonne en stade. La National Strength and Conditioning Association (NSCA), association américaine de préparateurs physiques, définit dans sa prise de position de 2009 l’enfant comme celui qui n’a pas encore de caractères sexuels secondaires. Cela correspond aux stades 1 et 2 de l’échelle de Tanner, qui classe le développement pubertaire en cinq stades, soit environ jusqu’à 11 ans chez la fille et 13 ans chez le garçon. Deux enfants de 12 ans peuvent donc se trouver à des stades différents. Parmi les 23 études de la méta-analyse, 17 ont évalué cette maturation biologique ; 6 n’ont noté que l’âge civil.

La puberté modifie le milieu dans lequel le muscle grandit. La testostérone, principal androgène, et l’IGF-1, un facteur de croissance, varient selon le stade de développement, d’après une revue de la portée publiée en 2025 dans Frontiers in Sports and Active Living. Garçons et filles divergent à l’adolescence. Les auteurs de Sports Medicine partaient donc d’une hypothèse : un gain musculaire plus grand pendant et après la puberté, et chez les garçons.

Une difficulté brouille la mesure. Pendant l’étude, le muscle des témoins grossit aussi, simplement parce qu’ils grandissent. La revue de 2025 relevait d’ailleurs des résultats contradictoires avant la puberté : une étude ne trouvait aucun gain au-delà de la croissance naturelle, une autre en trouvait un.

Deux comparaisons, deux réponses

Face aux témoins passifs, les trois stades donnent un d de 0,16 avant la puberté, 0,30 pendant et 0,01 après. Le test qui compare ces sous-groupes renvoie p = 0,43 : une telle dispersion s’observe souvent par simple hasard, et aucune différence entre stades n’est démontrée. Face aux témoins actifs, le tableau s’inverse : 0,03 avant, 0,03 pendant, 1,50 après, avec p = 0,023, sous le seuil habituel de 0,05. L’hypothèse des auteurs n’est confirmée que dans ce second cadre.

Les auteurs écrivent eux-mêmes les deux lectures. Leurs points clés retiennent que la croissance musculaire tend à être plus grande après la puberté. Leur discussion conclut que l’hypertrophie ne dépend pas d’abord des changements hormonaux pubertaires. Les deux énoncés sont exacts, chacun dans son cadre de comparaison.

La conclusion du résumé les tient ensemble : « La musculation favorise la croissance musculaire chez les jeunes garçons et filles et dépend en partie du stade de maturation. » Traduit, le gain concerne les deux sexes et, selon les points clés des auteurs, semble se produire à tous les stades ; la puberté module son ampleur sans en être la condition. Tout tient dans « en partie ».

Gain de muscle selon le stade pubertaire et le groupe de comparaison (méta-analyse Sports Medicine, 2026, d de Cohen et intervalle de confiance à 95 %)
StadeContre enfants inactifsContre enfants pratiquant un autre sportNombre d’études et mesure
Avant la puberté0,16 (−0,04 à 0,36) : trivial, non significatif0,03 (−0,68 à 0,73) : quasi nulContre autre sport : une ou deux petites études, dont une de 18 garçons
Pendant la puberté0,30 (0,01 à 0,58) : petit0,03 (−0,09 à 0,15) : quasi nulContre inactifs, seul intervalle qui exclut zéro
Après la puberté0,01 (−0,31 à 0,33) : quasi nul1,50 (0,46 à 2,54) : très grandContre inactifs : 2 études, 156 jeunes, impédancemétrie, 8 à 12 semaines. Contre autre sport : 3 études, 144 jeunes dont 89 issus d’une seule, mesurée par impédancemétrie sur 8 semaines

père et fils font du sport dans la salle de sport un homme afro-américain aide son fils à soulever des haltères

Le très grand effet après la puberté tient à très peu d’études

Le résultat a quelque chose de paradoxal. Comparer la musculation à des adolescents qui jouent déjà au football devrait réduire l’écart, puisque les témoins s’entraînent aussi. Or c’est dans ce cadre qu’il est le plus grand. L’explication tient d’abord au nombre d’études en jeu.

Le d de 1,50 repose sur 5 comparaisons issues de 3 études, totalisant 144 participants. L’une d’elles, publiée en 2024 par Koźlenia et ses collègues, en fournit 89 à elle seule : trois groupes de garçons de 15 à 17 ans, mesurés par impédancemétrie après 8 semaines. Les deux autres études, dont l’une porte sur des adolescentes obèses, ne totalisent que 55 participants. Les auteurs attribuent à cette seule étude, aux effets très grands, une large part de l’hétérogénéité observée face aux témoins actifs. Toutes études confondues, l’effet face aux témoins actifs vaut 0,61, avec un intervalle très large (0,03 à 1,20) et une hétérogénéité de 85 %. Les études se contredisent donc largement.

Converti, un d de 1,50 signifie qu’un adolescent entraîné tiré au hasard a gagné plus de muscle que son témoin dans 86 cas sur 100, et que les deux distributions ne se recouvrent plus qu’à 45 %. C’est le chiffre le plus spectaculaire du travail. C’est aussi le plus fragile.

Le zéro observé après la puberté face aux témoins passifs ne vaut pas mieux. Il repose sur 5 comparaisons issues de 2 études, soit 156 jeunes, toutes mesurées par impédancemétrie, sur 8 à 12 semaines. À l’autre bout, la case prépubère face aux témoins actifs s’appuie sur une ou deux petites études selon la partie de l’article consultée : le tableau n’en classe qu’une, de 18 garçons, la discussion en cite deux.

Ni l’absence d’effet ni le très grand effet après la puberté ne sont donc établis. Ce qui reste solide, c’est la plausibilité physiologique d’un gain plus marqué chez l’adolescent. Pour le démontrer, il faudrait des essais plus nombreux, plus longs et mesurés par imagerie.

Garçons et filles : un écart qui fond quand on compte en pourcentage

Le sexe donne lui aussi deux réponses opposées selon la comparaison. Face aux témoins actifs, l’effet est grand chez les garçons (d = 1,26) et nul chez les filles (−0,12), mais ce dernier chiffre ne repose que sur deux études, et l’hétérogénéité dépasse 70 % dans les deux sous-groupes. Face aux témoins passifs, la hiérarchie s’inverse : 0,11 chez les garçons, trivial, et 0,20 chez les filles, petit, sans qu’aucun de ces deux intervalles n’exclue zéro. Les auteurs concluent que le sexe n’influence pas les résultats de façon constante.

Une raison de calcul explique une partie de cet écart. Un garçon qui commence avec plus de muscle gagne plus de grammes pour un même pourcentage de progression. La plupart des études de la méta-analyse rapportent des gains absolus, en grammes ou en centimètres carrés, et non relatifs, en pourcentage du point de départ. Les auteurs reconnaissent que ce choix peut gonfler l’avantage apparent des garçons et des adolescents, qui partent d’une masse musculaire plus élevée.

Chez l’adulte, l’effet de ce choix est chiffré. Une méta-analyse publiée en 2025 dans PeerJ sur 29 études chez des 18-45 ans trouve un gain absolu légèrement favorable aux hommes, avec un écart standardisé de 0,19, sous le seuil de 0,20 de la grille utilisée plus haut. Rapporté au point de départ, l’écart entre hommes et femmes n’est plus que de 0,69 point de pourcentage, avec un intervalle de crédibilité allant de −1,50 à 2,88 qui englobe zéro. En pourcentage, les deux sexes progressent de façon comparable.

Ce résultat adulte ne se transpose pas automatiquement à l’enfant. Il montre seulement que la façon de compter peut créer ou effacer un écart entre sexes. Chez les jeunes, les données relatives manquent pour trancher.

Une conclusion ne tient pas, en tout cas. Rien dans ces données ne montre qu’une fille ne prend pas de muscle en faisant de la musculation : face aux enfants inactifs, l’estimation chez les filles est même un peu supérieure à celle des garçons, sans que cet écart soit démontré. Si vous avez une fille, la musculation la concerne au même titre.

IRM, impédancemétrie, huit semaines : la mesure pèse sur le résultat

Tous les appareils ne voient pas le muscle de la même façon. L’IRM, le scanner et l’échographie le montrent directement et permettent d’en mesurer la section ou l’épaisseur. La DXA, une radiographie à très faible dose qui sépare os, graisse et tissus mous, l’impédancemétrie, qui fait passer un courant électrique imperceptible dans le corps, et la pléthysmographie estiment une masse maigre ou non grasse globale. Les plis cutanés et les tours de bras ou de cuisse ont été exclus de la méta-analyse.

Les méthodes indirectes sont moins sensibles aux petits changements. Les auteurs reconnaissent qu’elles ont pu sous-estimer la réponse dans certains sous-groupes, en particulier chez l’enfant prépubère, dont le muscle varie peu. Quand l’effet est faible, l’outil peut à lui seul le faire apparaître ou disparaître. Après la puberté, le sous-groupe comparé aux enfants inactifs repose entièrement sur l’impédancemétrie, et celui comparé aux enfants sportifs est dominé par une étude mesurée de la même façon. Les deux résultats opposés obtenus après la puberté reposent donc pour l’essentiel sur l’impédancemétrie, un outil peu sensible, ce qui suffit à fragiliser l’un comme l’autre.

La population étudiée dit si ces résultats parlent de votre enfant. Il s’agit de jeunes en bonne santé d’environ 7 à 17 ans : le texte de l’article indique 8 ans, mais son tableau détaillé inclut des groupes d’enfants de CP d’environ 7 ans en moyenne. Les programmes duraient de 8 à 40 semaines, avec le plus souvent 2 à 3 séances par semaine, contre des charges libres, des élastiques, des machines ou le poids du corps. Les études centrées sur la nutrition ont été exclues : les résultats décrivent la musculation seule, sans complément ni régime. Rien n’est dit des enfants atteints d’une maladie chronique, ni des blessures, ni de la croissance osseuse.

La qualité des études est moyenne. Sur l’échelle PEDro, une grille de 10 points qui évalue la méthode d’un essai, elles obtiennent de 3 à 7, avec une médiane de 6. Aucune n’avait été préenregistrée, c’est-à-dire déclarée avec son protocole avant de commencer, une précaution qui empêche de choisir après coup les résultats à mettre en avant. Les participants ne peuvent pas ignorer s’ils s’entraînent. Le risque de biais est jugé faible à modéré pour la plupart des essais randomisés ; une étude de 1998 est classée à risque critique, et la retirer ne change pas le résultat global.

Le test d’Egger, qui cherche si les petites études aux résultats décevants manquent à l’appel, ne détecte pas d’asymétrie (p = 0,366 face aux témoins passifs, 0,087 face aux témoins actifs). Le constat global face aux enfants inactifs tient. Les sous-groupes par âge et par sexe restent exploratoires.

À quel âge autoriser la musculation, et à quoi s’attendre

Les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiées en 2020, demandent aux 5-17 ans au moins 60 minutes par jour en moyenne d’activité physique modérée à soutenue. La phrase qui concerne le renforcement figure dans la recommandation dédiée à cette tranche d’âge : « Les activités aérobies d’intensité soutenue, ainsi que celles qui renforcent les muscles et les os, devraient être intégrées au moins 3 jours par semaine. » Traduit : dès 5 ans, renforcer ses muscles fait partie de la norme, au même titre que courir.

La pratique réelle en est loin. D’après une méta-analyse publiée en 2025 dans Acta Paediatrica, qui porte sur 29 études, plus de 1,2 million de jeunes et 36 pays, 38,5 % des enfants et adolescents atteignent cette recommandation de renforcement : environ 4 sur 10. Les garçons, les jeunes de poids normal et ceux qui bénéficient d’un fort soutien familial l’atteignent plus souvent. Plus largement, l’OMS estime que 81 % des 11-17 ans dans le monde manquent d’activité physique, 85 % des filles et 78 % des garçons, d’après les données de 2019. Huit adolescents sur dix.

Une partie des recommandations officielles se montre plus restrictive que l’OMS. Selon un travail cité par les auteurs de Sports Medicine, 26 des 50 recommandations officielles analysées donnent une consigne explicite de renforcement, et près de la moitié de ces 26 conseillent de ne commencer qu’à 12 ans. La littérature reprise dans l’introduction de la méta-analyse va dans l’autre sens : les données actuelles ne soutiendraient pas l’idée que la musculation nuise à la croissance, et aucun âge minimal fixe ne serait requis. Les facteurs décisifs seraient la maturité biologique, un encadrement qualifié et une progression adaptée. La méta-analyse elle-même n’a évalué ni blessures ni croissance osseuse.

Elle n’apporte donc aucun argument pour attendre la puberté. Elle déplace l’attente. Avant la puberté, l’absence de muscles visiblement plus gros est le résultat prévu, pas un échec du programme ; le bénéfice se juge sur la force, la technique et la régularité. Ce que vous observez sous la manche n’est pas le bon indicateur. Pour la démarche d’inscription en club, les règles du certificat médical pour le sport des mineurs s’appliquent.

Rien dans ces données ne justifie d’alourdir les charges pour faire grossir le muscle d’un enfant. Les auteurs ont classé chaque programme selon sa proximité avec les repères adultes de l’hypertrophie, qui reposent sur des séries menées près de l’échec, 10 à 20 séries ou plus par semaine et par groupe musculaire et 5 à 30 répétitions. Aucun schéma cohérent n’en ressort face aux enfants inactifs ; face aux enfants sportifs, les écarts entre catégories ne sont pas significatifs. Les auteurs précisent en outre que ces repères ne s’appliquent pas tels quels à l’enfant. Les compléments sont hors du champ de l’étude, qui a exclu les interventions nutritionnelles : les données sur les boissons protéinées whey chez l’adulte ne disent rien d’un enfant. La force, enfin, reste un enjeu à l’autre bout de la vie, comme le montre la perte de force musculaire chez les seniors.

Enfant malade : avis médical d’abord. Ces résultats concernent des enfants en bonne santé. Pour un enfant atteint d’une maladie chronique, d’un problème cardiaque ou orthopédique, le médecin traitant ou le pédiatre est l’interlocuteur à consulter avant tout programme de renforcement.

L’essentiel à retenir

  • Face à des enfants inactifs, la musculation fait gagner un peu de muscle : sur cent paires tirées au hasard, l’entraîné l’emporte dans 56 cas au lieu de 50. Ce n’est en aucun cas 22 % de muscle en plus.
  • La force progresse bien davantage, selon les travaux qui l’ont mesurée, d’abord parce que le système nerveux apprend à mieux recruter et coordonner les muscles.
  • L’effet de la puberté dépend de la comparaison : aucun écart entre stades face à des enfants inactifs, un écart très net face à des enfants sportifs, mais sur trois études dont une dominante.
  • Avant la puberté, des muscles qui ne grossissent pas sont le résultat attendu. L’OMS recommande du renforcement au moins trois jours par semaine dès 5 ans.

Questions fréquentes

Un enfant de 8 ans peut-il faire de la musculation ?

L’OMS recommande aux 5-17 ans des activités qui renforcent les muscles et les os au moins 3 jours par semaine. Selon la littérature citée par les auteurs de la méta-analyse de Sports Medicine, aucun âge minimal fixe ne serait requis ; comptent la maturité, un encadrement qualifié et une progression adaptée. À 8 ans, le gain attendu porte surtout sur la force, peu sur le volume.

Pourquoi mon enfant devient-il plus fort sans prendre de muscle ?

Parce que les premiers progrès sont nerveux : le cerveau apprend à recruter davantage de fibres en même temps et à coordonner les muscles. En 1990, 13 garçons de 9 à 11 ans gagnaient de 22 à 37 % de force en 20 semaines sans changement significatif de section musculaire au scanner. Avant la puberté, ce que vous constatez chez votre enfant est le résultat attendu, pas un échec.

La musculation freine-t-elle la croissance ?

La méta-analyse de 2026 n’a pas étudié la croissance osseuse ni les blessures. La littérature citée dans son introduction indique que les données actuelles ne soutiennent pas l’idée d’un effet néfaste sur la croissance. Pour un enfant atteint d’une maladie chronique, d’un problème cardiaque ou orthopédique, l’avis du médecin traitant ou du pédiatre passe avant tout programme.

À partir de quand le muscle grossit-il vraiment ?

Face à des enfants inactifs, la méta-analyse ne trouve aucune différence entre les stades pubertaires. Face à des jeunes qui pratiquent un autre sport, le gain est très net après la puberté, mais ce résultat repose sur trois études dont une seule pèse lourd. Un gain plus marqué à l’adolescence est plausible, il n’est pas démontré.

Les filles prennent-elles du muscle comme les garçons ?

Oui : les auteurs concluent que la musculation favorise la croissance musculaire chez les deux sexes. Les résultats par sexe se contredisent selon la comparaison, et les auteurs concluent que le sexe n’influence pas les résultats de façon constante. La plupart des études comptent le gain en grammes, ce qui avantage ceux qui partent avec plus de muscle ; chez l’adulte, rapporté au point de départ, hommes et femmes progressent de façon comparable.

Faut-il des protéines en plus pour un enfant qui fait de la musculation ?

Ces données ne permettent pas de le dire. La méta-analyse a exclu les études centrées sur la nutrition : ses résultats décrivent la musculation seule, sans complément. Aucun complément n’y est évalué chez l’enfant.