Cinq ans après le diagnostic d’un cancer colorectal, un patient sur deux prend au moins un complément alimentaire. Au moment du diagnostic, ils étaient 43 sur 100 ; la proportion atteint 53 sur 100 au fil de la surveillance, et près d’un patient sur deux a changé d’usage en chemin. Ces chiffres viennent de la cohorte néerlandaise COLON, qui suit des patients recrutés dans 11 hôpitaux des Pays-Bas, et d’une analyse mise en ligne le 22 octobre 2026 par la revue Supportive Care in Cancer.
La réponse à la question du titre tient en deux interlocuteurs et trois moments. L’oncologue et le pharmacien, hospitalier ou d’officine, sont ceux à qui montrer vos produits ; le diagnostic, la chimiothérapie et chaque étape de la surveillance sont les moments où le faire. Une liste donnée une seule fois se périme. Et l’enjeu se lit à l’échelle de tous les produits pris ensemble : chez une partie des utilisateurs de magnésium, de fer ou de vitamine B6, les doses additionnées dépassent les repères européens de sécurité cités par les auteurs.
Après le diagnostic, un patient sur deux finit par prendre des compléments
Le suivi repose sur quatre questionnaires : au diagnostic, puis à 6 mois, 2 ans et 5 ans. À chaque fois, les patients décrivaient leurs compléments, avec le type, la marque, la fréquence et la dose. Était compté comme utilisateur régulier quiconque prenait au moins un produit au moins une fois par semaine. Les plus fréquents sont les multivitamines, la vitamine D et la vitamine C.
La courbe reste presque plate pendant deux ans, puis monte : 43 % au diagnostic, 42 % à 6 mois, 45 % à 2 ans, 53 % à 5 ans. Les effectifs, eux, fondent, de 1 934 répondants au départ à 1 769 à 6 mois, 1 533 à 2 ans et 1 198 à 5 ans. Le chiffre de la cinquième année décrit donc les patients encore suivis à ce moment-là, pas le groupe de départ.
La moyenne masque des allers-retours. Parmi les 1 146 patients qui ont répondu aux quatre questionnaires, 48 % ont changé d’usage au moins une fois ; un quart a pris des compléments tout du long, un quart jamais. Entre la deuxième et la cinquième année, 187 d’entre eux, soit 16 sur 100, ont commencé, et 98, soit 9 sur 100, ont arrêté. La liste dressée au diagnostic décrit mal ce que le même patient prend cinq ans plus tard.
Le creux tombe pendant les traitements. À 6 mois et à 2 ans, les patients de stade III ou IV, et ceux qui recevaient un traitement complémentaire après la chirurgie (dit adjuvant), étaient moins susceptibles de prendre des compléments que les stades I ou II et que les patients sans traitement. L’usage remonte ensuite, pendant la surveillance, quand les consultations s’espacent. La période où l’équipe vous voit le moins est celle où les compléments sont les plus répandus.
Le profil des utilisateurs se dessine aussi. Au diagnostic, la cote d’usage — le rapport entre la probabilité de prendre des compléments et celle de ne pas en prendre — était 2,57 fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes, et 1,87 fois plus élevée chez les personnes de niveau d’études moyen ou supérieur que chez les moins diplômées. L’écart se retrouve à chaque temps de mesure. En France, la cohorte NutriNet-Santé, plus ancienne et tous cancers confondus, décrivait le même déséquilibre : après un cancer, 62 % des femmes et 29 % des hommes prenaient des compléments. Si vous êtes suivi en France, les pourcentages néerlandais ne valent pas tels quels pour vous. Le portrait, lui, se ressemble.
Le parcours décrit ici commence après le diagnostic ; ce qui le précède, le dépistage du cancer colorectal, relève d’un autre article.
Chimiothérapie, produits cumulés, dose qui grimpe : les situations où il faut en parler
Premier cas de figure : plusieurs produits qui contiennent le même nutriment. Pour estimer les apports, l’équipe néerlandaise a converti chaque fréquence déclarée en dose quotidienne, une prise six à sept jours par semaine comptant pour 0,9 prise par jour, puis l’a multipliée par le nombre d’unités et la dose de chaque produit. Elle a surtout additionné un même nutriment présent dans plusieurs boîtes : le magnésium d’une multivitamine s’ajoute à celui d’un complément de magnésium pris à côté. Un dépassement peut ainsi naître de boîtes qui, prises une à une, restent sous le repère ; le résumé public ne dit pas dans quelle proportion.
Deuxième point, moins intuitif : pour le magnésium et l’acide folique, le seuil européen ne compte pas l’assiette. D’après le tableau récapitulatif de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), la limite de 250 mg par jour vise le magnésium pris en complément ou ajouté, sous forme de sels ou d’oxyde de magnésium. Celle de 1 000 µg par jour vise l’acide folique et les formes ajoutées, pas les folates naturellement présents dans les aliments. L’étude, de son côté, ne compte que les compléments. Un dépassement mesuré ici vient donc entièrement des compléments, et c’est aussi ce qui le rend modifiable, avec l’équipe. La question porte sur le pilulier, pas sur l’assiette. Celle de l’assiette se traite ailleurs, autour de l’alimentation et le cancer colorectal.
Troisième situation, la plus précise : la chimiothérapie orale par capécitabine. Ce médicament agit en bloquant la thymidylate synthase, une enzyme du métabolisme des folates. Dans la même cohorte COLON, une analyse parue en décembre 2023 dans l’American Journal of Clinical Nutrition a suivi 290 patients de stade II ou III traités par capécitabine. Parmi eux, 153, un peu plus d’un sur deux, ont eu une toxicité qui a conduit à modifier le traitement.
Ceux qui prenaient des compléments contenant de l’acide folique pendant le traitement avaient un risque de modification pour toxicité 1,81 fois plus élevé (rapport de risques de 1,81, intervalle de confiance à 95 % de 1,15 à 2,85). Les folates apportés par l’alimentation n’étaient pas associés à ce surcroît. Ce rapport compare deux groupes : sans le risque de départ de chacun, que les chiffres repris ici ne donnent pas, il ne se traduit pas en nombre de patients supplémentaires sur cent. Il s’agit d’une étude observationnelle, qui constate une association sans prouver que l’acide folique cause ces toxicités. Le mécanisme reste plausible, puisque le médicament vise justement le métabolisme des folates. Le résultat ne vaut que pour la capécitabine, pas pour les autres chimiothérapies.
Quatrième raison, plus générale et moins solide. L’Institut national du cancer (INCa), dans sa synthèse de septembre 2020 sur les facteurs nutritionnels pendant et après un cancer, note au sujet des compléments l’absence de précision sur les quantités, les durées, le moment de prise par rapport aux traitements et les interactions possibles. Il avance une hypothèse : des antioxydants pourraient aider les cellules cancéreuses à réparer les dégâts oxydatifs que leur infligent les traitements, et donc limiter leur efficacité.
Un signal va dans ce sens, mais dans un autre cancer. Une analyse ancillaire portant sur 1 134 patientes de l’essai SWOG S0221, atteintes d’un cancer du sein — analyse secondaire, sans tirage au sort sur la prise de compléments —, parue en décembre 2019 dans le Journal of Clinical Oncology, a observé plus de récidives chez celles qui prenaient des antioxydants avant et pendant la chimiothérapie. L’écart est à la limite de la significativité (rapport de risques de 1,41, intervalle de 0,98 à 2,04, qui inclut l’absence d’effet). Le fer pris pendant la chimiothérapie était associé à la récidive (1,79, de 1,20 à 2,67), la multivitamine non. Autre cancer, données observationnelles : un signal, pas une règle transposable au côlon.
Oncologue, pharmacien, médecin traitant : à qui le dire, et à chaque étape
En France, la Société française de pharmacie oncologique (SFPO) a posé le cadre dans ses recommandations du 31 janvier 2020 sur les plantes et compléments alimentaires chez le patient atteint de cancer. Sa première recommandation confie au pharmacien, à l’hôpital comme en officine, la recherche exhaustive des thérapies complémentaires, compléments alimentaires, vitamines et oligo-éléments compris, tout au long du parcours de soins. Elle en nomme les occasions : la dispensation du traitement anticancéreux, la consultation ou l’entretien pharmaceutique, le bilan partagé de médication, la conciliation médicamenteuse, c’est-à-dire la mise à plat de tout ce que prend le patient. Elle propose une fiche de recueil pour le faire.
Le pharmacien recueille ; il ne décide pas seul. L’oncologue et le médecin traitant restent ceux qui jugent d’une éventuelle supplémentation. Gustave Roussy, dans son carnet d’information patients de 2021, déconseille les compléments pris hors prescription médicale, au motif d’études trop limitées et d’un risque d’interactions notable avec les traitements anticancéreux, et invite à en parler au médecin avant toute supplémentation. L’INCa, dans les points de vigilance de sa synthèse, formule la règle au sujet des compléments alimentaires et des plantes : « Il n’est pas recommandé aux patients atteints de cancer d’en consommer en l’absence d’indication médicale. » Les mots qui portent sont les derniers. Une indication posée par un médecin change la réponse.
Le moment compte autant que l’interlocuteur. Au diagnostic, la liste complète de vos compléments sert de point de départ. Pendant une chimiothérapie, elle devient une information de sécurité, que l’oncologue a besoin de connaître tant que le traitement dure. Pendant la surveillance, elle vieillit : en cinq ans, près d’un patient sur deux change d’usage, et c’est quand les rendez-vous s’espacent que l’usage remonte. Chaque consultation de suivi, chaque dispensation de votre traitement, est une occasion de la remettre à jour.
L’oubli est fréquent, et il n’a rien d’une faute. Dans NutriNet-Santé, parmi 1 081 personnes ayant eu un cancer, le médecin traitant n’était pas informé pour 35 % des compléments pris, soit plus d’un produit sur trois. Les auteurs jugeaient potentiellement nocive la pratique de 18 % des utilisateurs, presque un sur cinq, avec des exemples comme la vitamine E associée à un anticoagulant ou le bêta-carotène chez un fumeur. Ces données, publiées en 2015, sont plus anciennes et portent sur tous les cancers. Elles montrent qu’une part notable des compléments échappe au médecin.
Orienter n’est pas prescrire. Rien dans cet article n’invite à arrêter, commencer ou modifier un complément ou un traitement. Un fer, une vitamine D ou un complément nutritionnel oral prescrits répondent à une indication posée par l’équipe : leur arrêt se discute avec elle, comme toute nouvelle prise. Les signes décrits plus bas sont des motifs d’en parler à l’oncologue, au médecin traitant ou au pharmacien, pas des diagnostics.
Ce que l’équipe a besoin de voir pour vérifier les doses
Parler de vitamines, sans plus de détail, ne permet aucun calcul. La méthode de l’étude montre ce qui est nécessaire : le nom et la marque de chaque produit, la dose par unité, le nombre d’unités par prise, la fréquence réelle. C’est avec ces éléments que les chercheurs ont reconstitué une dose quotidienne, et c’est avec eux qu’un pharmacien peut additionner le magnésium, le fer ou la vitamine B6 dispersés dans plusieurs boîtes. Vos boîtes elles-mêmes portent ces informations mieux que votre mémoire.
Les repères européens servent de règle de comparaison. Aux 250 mg de magnésium et aux 1 000 µg d’acide folique déjà cités, l’EFSA ajoute pour l’adulte 12 mg par jour de vitamine B6 et 100 µg de vitamine D, soit 4 000 unités internationales (UI). Pour le fer, l’agence n’a pas pu établir de limite supérieure. Elle retient un niveau sûr de 40 mg par jour, déduit d’essais où 20 à 25 mg de fer en complément, ajoutés à un apport alimentaire de 15 mg, ne provoquaient pas de selles noires.
Ces repères bougent. En 2016, le centre néerlandais de pharmacovigilance Lareb, qui avait reçu 53 signalements de neuropathie associés à la vitamine B6 de préparations vitaminées ou multivitaminées, citait 25 mg par jour comme limite chez l’adulte. Depuis l’avis de l’EFSA du 17 mai 2023, le repère est de 12 mg, moins de la moitié. Un complément que vous avez choisi il y a quelques années, conforme au repère de l’époque, peut dépasser celui d’aujourd’hui. C’est une raison de faire revoir un produit pris de longue date.
Reste à lire correctement les pourcentages de dépassement. Le chiffre du magnésium se lit dans ce sens : parmi les patients qui prenaient du magnésium, 14 à 32 % dépassaient le repère. Il ne porte pas sur l’ensemble de la cohorte. Il en va de même pour le fer (6 à 23 %), la vitamine B6 (7 à 13 %), l’acide folique (4 à 5 %) et la vitamine D (1 à 2 %). Le dénominateur change tout. Le nombre de patients qui prenaient chacun de ces nutriments ne figure pas dans les éléments publics de l’étude : impossible, donc, de traduire ces fourchettes en patients sur cent dans toute la cohorte. Le seul chiffre qui se convertit sans risque est le plus simple : à cinq ans, environ un patient sur deux prend au moins un complément.
Une précision évite un amalgame. Les compléments nutritionnels oraux, boissons, crèmes ou potages enrichis en énergie et en protéines, ne sont pas des compléments alimentaires au sens de l’étude. Gustave Roussy les présente comme une aide utilisée quand l’alimentation ne suffit pas, sur avis de l’équipe. Les chiffres et les mises en garde de cet article portent sur les gélules de vitamines et de minéraux.

Fourmillements, selles noires, effet inattendu : les signes qui justifient d’en reparler
Une limite supérieure n’est pas un seuil de toxicité. C’est l’apport quotidien prolongé en dessous duquel aucun effet indésirable n’est attendu : la franchir élargit la marge d’incertitude, sans dire qu’un dommage survient. Ce cadre posé, deux nutriments ont des signes repérables.
La vitamine B6 est le cas le plus parlant. L’effet critique retenu par l’EFSA pour fixer sa limite est la neuropathie périphérique, une atteinte des nerfs qui se traduit par des engourdissements, des fourmillements ou des douleurs des mains et des pieds. Le calcul de l’agence part d’un point de référence de 50 mg par jour, ramené à 12,5 mg par un facteur d’incertitude, puis croisé avec une valeur de 11,7 mg issue de données animales : la limite est arrondie à 12 mg. Selon l’EFSA, les Européens dépassent peu cette limite, sauf les utilisateurs réguliers de compléments fortement dosés en B6.
Ces mêmes symptômes peuvent venir du traitement ou de la maladie. Personne ne peut établir seul, à partir de la sensation, qu’un complément en est la cause. Ce qui sert l’équipe, c’est de savoir ce que vous prenez au moment où les signes apparaissent. Un fourmillement nouveau est un motif d’en parler.
Pour le fer, les selles noires sont un repère d’un autre ordre. Elles traduisent du fer non absorbé, et l’EFSA s’en est servie pour fixer son niveau sûr ; elles ne sont pas un effet nocif en soi. Des selles noires peuvent aussi venir de la maladie ou du traitement : elles restent donc un motif d’en parler à l’équipe, seule à même d’en faire la part. Ce niveau n’a pas non plus le statut d’une limite, ce que l’agence précise dans son tableau récapitulatif : « Un apport supérieur au niveau sûr ne signifie pas nécessairement un risque d’effets indésirables » (traduction de la rédaction). Les 6 à 23 % d’utilisateurs de fer au-dessus du repère de sécurité retenu par les auteurs ne sont donc pas autant de patients intoxiqués.
Un effet inattendu après la prise d’un complément peut enfin être signalé. Le dispositif de nutrivigilance de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), en place depuis 2009, recueille les effets indésirables liés aux compléments alimentaires. Professionnels de santé, fabricants et particuliers peuvent déclarer en ligne, sur le site de déclaration dédié de l’Anses, qui recommande toutefois aux particuliers de passer par un professionnel de santé. Les cas renseignés sont analysés pour leur sévérité et pour la probabilité que le produit soit en cause, et peuvent conduire à des alertes, à des changements d’étiquetage ou à des retraits.
Une cohorte néerlandaise, des doses estimées, aucun effet mesuré
L’étude décrit un usage, pas un effet. Elle repose sur des déclarations : les doses sont estimées à partir de questionnaires et ne comptent que les compléments. Elle porte sur des patients néerlandais, et ses chiffres ne se transposent pas tels quels à la France. Elle n’a mesuré aucune conséquence clinique des fortes doses ; ses auteurs concluent que l’impact possible de ces usages sur l’évolution de la maladie mérite d’être étudié. Elle ne dit pas qu’un dépassement a nui.
Le groupe suivi à cinq ans est aussi un groupe sélectionné. Parmi les participants, 55 % ont des données complètes aux quatre temps de mesure, 18 % sont décédés et 27 % ont des données incomplètes pour une autre raison. Ceux qui répondent encore à cinq ans ont survécu et sont restés dans l’étude ; rien ne garantit qu’ils ressemblent à ceux qui en sont sortis. La hausse à 53 % décrit ce groupe-là.
Plusieurs points ne sont pas vérifiables aujourd’hui. Le texte intégral n’est pas librement consultable : les seuils appliqués nutriment par nutriment restent donc hors de portée, et la bibliographie cite le tableau récapitulatif de l’EFSA. Pour le fer, le résumé parle de limite supérieure dépassée alors que l’EFSA ne fixe qu’un niveau sûr ; la valeur exacte retenue par les auteurs ne peut pas être confirmée. Pour la B6, rien ne permet de dire s’ils ont appliqué les 12 mg de 2023 ou les 25 mg cités en 2016. Il faudrait, pour trancher, la section des méthodes du texte intégral. Quant à l’effet du stade et du traitement adjuvant, il est repris ici dans la formulation du résumé, sans chiffre : être moins susceptible de prendre des compléments ne veut pas dire ne pas en prendre, et l’étude ne dit rien de la survie.
Reste la question que se posent beaucoup de patients : un complément aide-t-il, ou nuit-il, après un cancer colorectal ? La revue systématique et méta-analyse CUP Global, parue en mai 2024 dans l’International Journal of Cancer, a rassemblé et combiné 5 essais randomisés et 35 études observationnelles sur l’alimentation et les compléments après le diagnostic. Elle classe l’ensemble des preuves sur le pronostic comme limitées ; pour le calcium en complément et la vitamine D mesurée dans le sang, le niveau est limité, sans conclusion possible. Aucun complément n’a démontré d’effet sur le pronostic, dans un sens ou dans l’autre. D’autres leviers de l’après-cancer reposent sur des données d’une autre nature, comme l’activité physique encadrée après un cancer.
| Nutriment | Repère EFSA chez l’adulte | Ce que le repère couvre | Utilisateurs du nutriment au-dessus du repère |
|---|---|---|---|
| Magnésium | 250 mg par jour (limite supérieure) | Sels et oxyde de magnésium en complément ou ajoutés, pas le magnésium des aliments | 14 à 32 % |
| Fer | 40 mg par jour (niveau sûr, pas de limite supérieure) | Le dépasser ne signifie pas nécessairement un risque d’effet indésirable | 6 à 23 % (repère retenu par les auteurs non publié) |
| Vitamine B6 | 12 mg par jour (limite supérieure) | Effet critique retenu : la neuropathie périphérique | 7 à 13 % (seuil retenu par les auteurs non publié : 12 ou 25 mg) |
| Acide folique | 1 000 µg par jour (limite supérieure) | Acide folique et formes ajoutées, pas les folates des aliments | 4 à 5 % |
| Vitamine D | 100 µg par jour, soit 4 000 UI (limite supérieure) | 1 µg équivaut à 40 UI selon l’EFSA | 1 à 2 % |
Les pourcentages sont les fourchettes du résumé de l’étude et portent sur les utilisateurs de chaque nutriment, pas sur l’ensemble des patients. Les seuils exactement appliqués par les auteurs ne sont pas consultables. Une limite supérieure n’est pas un seuil de toxicité.
L’essentiel à retenir
- Dans la cohorte néerlandaise COLON, l’usage de compléments passe de 43 % des patients au diagnostic à 53 % cinq ans après, et près d’un patient sur deux change d’usage en chemin.
- Le pharmacien, à l’hôpital ou en officine, recueille la liste des compléments selon les recommandations de la SFPO ; l’oncologue et le médecin traitant décident d’une éventuelle supplémentation.
- La liste se signale au diagnostic, pendant la chimiothérapie et à chaque étape de la surveillance, quand l’usage remonte.
- Les doses estimées additionnent tous les produits pris. Le dépassement des repères européens est rare ou fréquent selon le nutriment ; il concerne une partie des utilisateurs de chaque nutriment, pas des patients en général, et ces repères ne sont pas des seuils de toxicité.
- Avec la capécitabine, les compléments d’acide folique sont associés à plus de modifications du traitement pour toxicité, dans une étude observationnelle.
- Aucun complément n’a démontré d’effet sur le pronostic du cancer colorectal, et rien dans ces données ne justifie d’arrêter seul un produit prescrit.
Questions fréquentes sur les compléments après un cancer colorectal
Faut-il arrêter ses vitamines pendant une chimiothérapie ?
La décision appartient à l’oncologue, qui connaît le traitement et l’indication de chaque produit. Ce qui est établi : avec la capécitabine, les compléments contenant de l’acide folique sont associés à davantage de modifications du traitement pour toxicité, dans une étude observationnelle qui ne prouve pas de lien de cause. L’INCa ne recommande pas les compléments aux patients atteints de cancer en l’absence d’indication médicale ; un produit prescrit répond justement à une indication.
Une multivitamine peut-elle faire dépasser les repères européens ?
Les éléments publics de l’étude ne permettent pas de répondre produit par produit. Ils montrent la méthode : un même nutriment présent dans une multivitamine et dans un complément isolé s’additionne, et ce cumul peut faire franchir les repères. Le pharmacien peut comparer la composition de chaque boîte pour faire ce calcul.
À qui montrer ses compléments, et à quel moment ?
Au pharmacien, à l’hôpital ou en officine, que la SFPO charge de les rechercher tout au long du parcours, et à l’oncologue ou au médecin traitant, qui décident. Les moments utiles sont le diagnostic, le début et le cours d’une chimiothérapie, puis chaque étape de la surveillance, car l’usage change souvent en cinq ans.
Et la vitamine D ?
C’est l’un des compléments les plus pris dans la cohorte, mais le moins souvent au-dessus du repère européen de 100 µg par jour (4 000 UI) : 1 à 2 % de ses utilisateurs. La revue CUP Global juge les preuves sur la vitamine D mesurée dans le sang et le pronostic limitées, sans conclusion possible. Une supplémentation pour la carence en vitamine D se décide sur avis médical, et une vitamine D prescrite ne s’arrête pas sans en parler à l’équipe.
Comment signaler un effet indésirable lié à un complément ?
Par le dispositif de nutrivigilance de l’Anses, qui recueille depuis 2009 les effets indésirables des compléments alimentaires. Les particuliers peuvent déclarer en ligne, sur le site dédié de l’Anses, mais l’agence leur recommande de passer par un professionnel de santé. Les cas sont analysés et peuvent conduire à des alertes, des changements d’étiquetage ou des retraits.