Sur 94 malades évaluables, 88 ont vu leur tumeur rétrécir sous zidesamtinib, un traitement ciblé pris par voie orale. Le chiffre, présenté mi-septembre 2026 au congrès mondial sur le cancer du poumon, à Séoul, ne vaut que pour une catégorie étroite : les cancers bronchiques non à petites cellules avancés porteurs d’une anomalie du gène ROS1, soit 1 à 2 % de ces cancers, chez des personnes qui n’avaient encore jamais reçu de thérapie ciblée de cette famille.

Un taux de réponse mesure une tumeur qui diminue à l’imagerie. Il ne dit pas combien de temps les malades vivent. Cette seconde donnée n’existe pas encore pour le zidesamtinib, qui n’est par ailleurs autorisé nulle part chez des malades jamais traités par une thérapie ciblée de cette famille et ne dispose d’aucune autorisation européenne.

88 malades sur 94 : le résultat présenté à Séoul

L’essai s’appelle ARROS-1. C’est un essai international de phase I/II, le premier à administrer le zidesamtinib à l’être humain, et il ne comporte qu’un seul bras : tous les participants reçoivent le médicament, sans groupe témoin traité autrement. Au total, 532 personnes atteintes d’un cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) ROS1 positif y ont été traitées, à tous les stades de leur parcours, recrutées à parts presque égales en Asie-Pacifique (35 %), en Europe (33 %) et en Amérique du Nord (32 %).

Les résultats de Séoul portent sur un sous-groupe : les patients qui n’avaient jamais reçu d’inhibiteur de tyrosine kinase (ITK), la famille de médicaments oraux qui bloque l’enzyme activée par l’anomalie ROS1. Une ligne antérieure de chimiothérapie ou d’immunothérapie était admise. Sur 183 personnes incluses dans ce sous-groupe, 94 étaient évaluables pour l’efficacité, et 88 ont répondu : 93,6 %, arrondi à 94 %. Le traitement se prend à la dose de 100 mg, une fois par jour, par voie orale. Les réponses ont été jugées par une revue centrale indépendante, en aveugle, et non par les seuls médecins des centres.

Ce dénominateur compte. Le pourcentage porte sur 94 des 183 patients inclus, un peu plus de la moitié, et le communiqué ne précise pas pourquoi les autres ne sont pas encore évaluables. Sur un effectif de cette taille, un seul patient pèse environ un point : le taux peut encore bouger quand le reste de la cohorte sera analysé.

Le travail a été présenté par Alexander Drilon, du Memorial Sloan Kettering, en session présidentielle du congrès mondial sur le cancer du poumon (WCLC 2026), sous la référence d’abstract PL03.06. L’Association internationale pour l’étude du cancer du poumon (IASLC) l’a annoncé par communiqué le 14 septembre 2026. La conclusion de l’investigateur, reprise dans ce communiqué, retient une formulation précise : « Le zidesamtinib a démontré une activité cliniquement significative chez les patients atteints de CBNPC ROS1-positif naïfs d’ITK, avec un profil de tolérance cohérent avec les données antérieures et de faibles taux de réduction de dose et d’arrêt. » Traduit : les tumeurs répondent, les doses ont rarement dû être réduites, et rien n’est encore dit de la durée de vie. Aucune publication dans une revue à comité de lecture n’a été repérée à ce stade, et le texte de l’abstract n’a pas pu être consulté. Les chiffres de cette section proviennent du communiqué de l’IASLC.

Une tumeur qui rétrécit, pas une maladie qui disparaît

Un « taux de réponse objective » compte les malades dont la tumeur a nettement diminué ou disparu à l’imagerie. La définition standard, celle des critères RECIST utilisés en cancérologie, parle de réponse partielle quand la somme des diamètres des lésions mesurées recule d’au moins 30 %, et de réponse complète quand elles ne sont plus visibles. C’est une mesure prise sur des images, à un moment donné. Elle ne dit ni combien de temps la personne vit, ni comment elle vit.

Sur les 88 réponses, 14 sont complètes, soit 15 % des patients évaluables, selon les chiffres de la présentation au congrès, que le communiqué de l’IASLC ne reprend pas. Les 74 autres sont des réponses partielles : la tumeur a diminué, mais elle reste visible. Sur cent personnes évaluables, environ quinze n’avaient donc plus de lésion décelable, et près de quatre-vingts gardaient une tumeur réduite. Le « 94 % » désigne surtout des régressions.

La deuxième question est celle de la durée. Une tumeur qui recule peut repartir, notamment sous l’effet de mutations de résistance comme la G2032R, contre laquelle le zidesamtinib a justement été conçu pour rester actif. Selon le communiqué de l’IASLC, 94 % des répondeurs étaient encore en réponse à neuf mois, et 86 % à douze mois. Rapporté à cent personnes dont la tumeur a régressé, environ quatorze n’étaient plus en réponse avant la fin de la première année.

Ce recul reste court. Le suivi médian, lui aussi issu de la présentation et absent du communiqué, est de 15,2 mois, soit un peu plus d’un an et trois mois : la moitié des patients ont été suivis moins longtemps. La survie, mesure qui compte le plus pour un malade, n’est pas communiquée, et il faudra des années pour la connaître. Pour le crizotinib, la survie médiane de 51,4 mois n’a été publiée, dans les Annals of Oncology en 2019, qu’après plus de cinq ans de suivi médian. Le contraste est net avec une thérapie ciblée jugée sur la survie dans le cancer du pancréas.

Quelques centaines de personnes par an en France

ROS1 n’est pas un type de cancer. C’est un gène qui, dans certaines tumeurs, se trouve impliqué dans une fusion : cette anomalie génétique active en permanence une enzyme de signalisation de la cellule tumorale. Les ITK ROS1 bloquent cette enzyme. Le zidesamtinib est un inhibiteur sélectif de ROS1, conçu pour pénétrer dans le cerveau. Cette sélectivité explique à la fois la force du résultat et son étroitesse : le médicament n’a de cible que dans les tumeurs porteuses de l’anomalie.

Ces altérations concernent 1 à 2 % des CBNPC, un à deux malades sur cent. Le calcul part des 52 777 nouveaux cas de cancer du poumon recensés en 2023 en France métropolitaine par l’Institut national du cancer. En leur appliquant 1 à 2 %, on obtient au plus 500 à 1 000 personnes par an. Le nombre réel est plus bas, car le pourcentage ne porte que sur les CBNPC, qui ne sont qu’une partie des cancers du poumon. Il s’agit d’un ordre de grandeur calculé ici, pas d’une statistique publiée.

À l’échelle mondiale, GSK, qui commercialise le médicament, estime à environ 50 000 le nombre de diagnostics de CBNPC ROS1 positif chaque année. C’est une estimation de laboratoire, pas un registre, et elle ne change rien à la proportion. Les projections mondiales du cancer donnent l’échelle d’ensemble dans laquelle ces cas s’inscrivent. Ce résultat concerne une minorité.

Dans l’autre sens, le chiffre ne dit rien d’un cancer du poumon sans anomalie ROS1. Seul un test moléculaire de la tumeur, réalisé à l’hôpital sur un prélèvement — une biopsie, voire une prise de sang —, identifie un cancer ROS1 positif. Ce sont les biopsies qui permettent d’analyser une tumeur qui fournissent ce matériel. Si vous ou un proche êtes concernés, la question utile n’est donc pas de savoir si ce médicament vous est destiné. Elle est plus simple : la tumeur a-t-elle été testée pour ROS1 ?

Face au crizotinib, à l’entrectinib et au repotrectinib

Les repères retenus ici sont trois ITK ROS1 plus anciens, le crizotinib, l’entrectinib et le repotrectinib, chacun évalué dans ses propres essais. Ces essais de référence sont, eux aussi, à un seul bras. Aucun n’a comparé son médicament au zidesamtinib. Les chiffres se lisent donc côte à côte, jamais l’un contre l’autre. Si vous ou un proche recevez déjà l’un de ces médicaments, ce tableau ne dit rien de l’efficacité de votre propre traitement.

Taux de réponse et survie sans progression des ITK ROS1 chez des patients sans ITK préalable, chacun dans son propre essai à un bras
MédicamentEssai (publication)Patients évaluésTaux de réponseSurvie sans progression médiane
CrizotinibPROFILE 1001 (Annals of Oncology, 2019)5372 %19,3 mois
EntrectinibAnalyse intégrée (Clinical Lung Cancer, 2024)17267 %16,8 mois
RepotrectinibTRIDENT-1 (NEJM, 2024)7179 %environ 36 mois
ZidesamtinibARROS-1 (WCLC, 2026, non publié en revue)9494 %non communiquée

Les 94 % du zidesamtinib se situent au-dessus des 72 % du crizotinib, des 67 % de l’entrectinib et des 79 % du repotrectinib — soit environ sept, sept et huit malades sur dix. Mais ces chiffres proviennent d’autres patients, recrutés à d’autres dates, suivis plus ou moins longtemps, sur des effectifs de 53 à 172 personnes. Un taux de réponse élevé est un signal d’efficacité. Il ne démontre pas une supériorité.

La mesure qui départagera est la durée. La survie sans progression — le temps pendant lequel la maladie ne s’aggrave pas — atteint en médiane 19,3 mois avec le crizotinib, 16,8 mois avec l’entrectinib et environ trois ans avec le repotrectinib. Pour le zidesamtinib, elle n’est pas encore disponible : avec 15,2 mois de suivi médian, le recul ne suffit pas à la comparer à des médianes obtenues sur plusieurs années. La comparaison reste incomplète.

Vue à haut angle des pilules sur la table

Les métastases cérébrales : un signal sur 10 patients

Le cerveau est un site fréquent de rechute dans ces cancers. Un médicament qui y pénètre bien vise à retarder les métastases cérébrales. Chez les 10 patients évaluables qui en portaient déjà, la réponse intracrânienne atteint 100 %, soit 10 sur 10, dont 70 % de réponses complètes, 7 sur 10. Selon l’IASLC, la réponse intracrânienne était maintenue chez 100 % de ces 10 patients à neuf mois et chez 78 % à douze mois.

À titre de repère, l’analyse intégrée de l’entrectinib rapportait 49 % de réponses intracrâniennes, chez 51 patients. Le chiffre le plus spectaculaire est aussi le plus fragile. Sur dix personnes, un cas de plus ou de moins déplace le taux de dix points : c’est un signal, pas une estimation précise.

Survie, tolérance, accès : les inconnues du traitement

La survie globale n’a pas été communiquée pour le zidesamtinib. Pour la connaître, il faudra plusieurs années de suivi supplémentaires. Les médianes publiées pour les médicaments plus anciens, 51,4 mois pour le crizotinib et 44,1 mois pour l’entrectinib, proviennent de leurs propres essais. Aucune ne se transpose au zidesamtinib.

Les effets indésirables rapportés

Selon le communiqué de l’IASLC, les effets indésirables liés au traitement les plus fréquents sont les œdèmes périphériques, un gonflement des membres, chez 34 % des patients, la prise de poids (18 %), l’élévation des CPK, une enzyme musculaire dosée dans le sang (18 %), les troubles du goût (17 %) et l’élévation des ASAT, un marqueur du foie (15 %). Environ un patient sur trois a donc des œdèmes, et près d’un sur cinq prend du poids. La dose a dû être réduite chez 11 % des patients, et le traitement arrêté chez 1 %, une personne sur cent.

L’étiquetage approuvé par la FDA, l’agence américaine du médicament, liste aussi des mises en garde sur des risques plus rares : effets sur le système nerveux central, allongement de l’intervalle QTc à l’électrocardiogramme, pneumopathie interstitielle, fractures, douleurs musculaires avec CPK élevées, toxicité pancréatique et toxicité pour l’embryon et le fœtus. Peu d’arrêts ne signifie pas peu d’effets.

Un accès limité aux patients déjà traités

Aux États-Unis, la FDA a approuvé le zidesamtinib, sous le nom commercial Jideytro, le 22 juillet 2026, une semaine après la finalisation du rachat de Nuvalent par GSK, le 15 juillet. L’autorisation ne couvre que les adultes atteints d’un CBNPC ROS1 positif localement avancé ou métastatique déjà traités par au moins un ITK ROS1. Dans cette situation, qui n’est pas celle de l’essai présenté à Séoul, le taux de réponse retenu par la FDA est de 44 % chez 117 patients, un peu plus de quatre sur dix : 49 % après un seul ITK (59 patients), 38 % après deux ou plus (58 patients).

En première ligne, là où s’applique le 94 %, le médicament n’est autorisé nulle part. Nuvalent prévoyait, dans son rapport financier du premier trimestre publié en mai 2026, de déposer une demande d’extension à la première ligne au second semestre 2026, appuyée par les données d’ARROS-1. Le zidesamtinib n’a aucune autorisation européenne à ce jour. La date à laquelle vous pourriez le voir prescrit en France n’existe donc pas encore : elle suppose une autorisation européenne à obtenir, et aucun calendrier n’est connu.

En France, les options ciblées de première ligne passent par les ITK déjà autorisés. Parmi eux, le repotrectinib (Augtyro) dispose depuis le 13 janvier 2025 d’une autorisation de mise sur le marché européenne conditionnelle pour le CBNPC avancé ROS1 positif.

À savoir. Le choix d’une thérapie ciblée relève de l’oncologue, à partir du résultat d’un test moléculaire de la tumeur. Un résultat d’essai présenté en congrès ne justifie ni d’arrêter ni de modifier seul un traitement en cours.

L’essentiel à retenir

  • 88 patients sur 94 évaluables ont répondu au zidesamtinib dans l’essai ARROS-1 : des cancers du poumon non à petites cellules avancés ROS1 positifs, jamais traités par ITK.
  • Le chiffre porte sur 94 des 183 patients inclus ; il peut encore bouger.
  • L’essai n’a pas de groupe témoin : il ne prouve pas que le zidesamtinib fasse mieux que le crizotinib, l’entrectinib ou le repotrectinib.
  • Une réponse est une tumeur qui diminue, pas un gain de survie ; la survie n’est pas encore connue.
  • Le médicament n’est autorisé qu’aux États-Unis, après un premier ITK, et n’a aucune autorisation européenne.

Questions fréquentes sur le zidesamtinib

Un taux de réponse de 94 % signifie-t-il que la maladie a disparu ?

Non. Une réponse désigne une tumeur dont la somme des diamètres a diminué d’au moins 30 %, ou qui a disparu à l’imagerie. Dans l’essai ARROS-1, selon la présentation au congrès, 14 patients sur 94 évaluables, soit 15 %, n’avaient plus de lésion visible ; les autres gardaient une tumeur réduite. Le chiffre ne dit rien de la durée de vie.

Qui est concerné par ce résultat ?

Uniquement les personnes atteintes d’un cancer bronchique non à petites cellules avancé porteur d’une anomalie du gène ROS1, et qui n’ont jamais reçu d’ITK ROS1. Cette anomalie touche 1 à 2 % de ces cancers. En France, cela représente au plus 500 à 1 000 personnes par an, et moins en réalité, selon un ordre de grandeur calculé à partir des chiffres de l’Institut national du cancer, pas une statistique publiée.

Comment savoir si un cancer du poumon est ROS1 positif ?

Seul un test moléculaire de la tumeur peut le dire. Il est réalisé à l’hôpital sur un prélèvement, en général une biopsie, parfois une prise de sang. Sans ce test, aucun chiffre de l’essai ne s’applique.

Le zidesamtinib est-il disponible en France ?

Non. Il n’a aucune autorisation européenne à ce jour. Aux États-Unis, il est autorisé depuis le 22 juillet 2026, mais seulement après au moins un premier ITK ROS1, pas dans la situation où a été mesuré le 94 %. En France, les traitements ciblés de première ligne passent par les ITK déjà autorisés.

Le zidesamtinib fait-il mieux que les traitements existants ?

Ce n’est pas établi. Son taux de réponse est plus élevé que ceux du crizotinib (72 %), de l’entrectinib (67 %) et du repotrectinib (79 %), mais chacun provient d’un essai différent, sans comparaison directe. La survie sans progression, qui permettrait de départager, n’est pas encore connue pour le zidesamtinib.