L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et son agence spécialisée, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), ont publié le 8 juillet 2026 un rapport de 280 pages intitulé Global status report on cancer 2026 : the future we choose together (ISBN 978-92-4-012397-7). Son chiffre le plus repris tient en une ligne : près de 35 millions de nouveaux cas de cancer par an dans le monde en 2050, contre 20,6 millions en 2024, soit une hausse d’environ 70 % en un peu plus de vingt-cinq ans.

Ce chiffre dit moins que ce qu’il paraît dire, et le reste du rapport dit davantage. Cet article explique d’où vient cette projection et ce qu’elle mesure exactement, ce que recouvre la fraction des cancers dits évitables — 37 % des cas de 2022, selon une publication du CIRC parue en février 2026 —, puis situe la France avec ses propres données datées : 433 136 nouveaux cas estimés en 2023, et trois programmes de dépistage organisé dont aucun n’atteint le seuil européen dit acceptable.

Ce que l’OMS et le CIRC ont publié, et à quelle date

Le document est daté du 8 juillet 2026. Il s’agit d’un rapport de situation, c’est-à-dire d’un état des lieux mondial compilé par l’OMS et le CIRC, et non d’une étude clinique ni d’une découverte scientifique. Il a été présenté à la communauté médicale par la revue JAMA le 24 juillet 2026, dans sa rubrique d’actualité médicale. Ce calendrier a son importance pour la lecture : les chiffres cités ici sont ceux d’un document de juillet 2026, pas d’une annonce du jour.

Le rapport agrège trois matières de nature différente. La première est la charge de morbidité, c’est-à-dire le décompte estimé des nouveaux cas et des décès par pays, par région et par localisation de cancer. La deuxième est une évaluation des capacités des systèmes de santé : existence d’un plan national, disponibilité des médicaments, accès au diagnostic et au dépistage. La troisième est une enquête sur le vécu des personnes concernées, menée dans 116 pays d’après une synthèse détaillée du rapport publiée par le site spécialisé OncoDaily.

Ces trois matières n’ont pas la même solidité. Un décompte de cas repose sur des registres du cancer et sur des modèles statistiques ; une évaluation de capacités repose sur des déclarations d’administrations nationales ; une enquête de vécu repose sur des réponses individuelles. Le rapport les rassemble pour dessiner un tableau d’ensemble, mais chacune se lit avec sa marge d’incertitude propre.

Le fardeau mondial du cancer, chiffre par chiffre

Deux totaux circulent pour l’année 2024, et ils ne se contredisent pas : 20,6 millions de nouveaux cas de cancer dans le monde lorsque les cancers cutanés non mélaniques sont inclus, 19,5 millions lorsqu’ils sont exclus — dont 9,9 millions chez les hommes et 9,6 millions chez les femmes. L’écart, supérieur à un million de cas, tient entièrement au périmètre retenu. Les cancers de la peau autres que le mélanome, appelés carcinomes cutanés, sont très fréquents, souvent traités par une ablation chirurgicale simple, et de bon pronostic ; les inclure gonfle le total sans modifier beaucoup le nombre de décès. Retenir l’un ou l’autre chiffre est légitime, mais les comparer entre eux ne l’est pas.

Côté mortalité, le rapport situe le cancer à près de 10 millions de décès par an dans le monde, soit plus de 26 000 par jour. Le risque au cours de la vie se compte autrement : il rapporte les cas non à une année mais à une existence entière. Sur cette base, la synthèse consultée du rapport situe à environ une personne sur cinq la proportion de celles qui développeront un cancer avant de mourir. Les deux grandeurs ne se déduisent pas l’une de l’autre.

La répartition géographique est très déséquilibrée. L’Asie concentre 50,7 % des cas et 56,5 % des décès mondiaux de 2024 : la part des décès y dépasse la part des cas, ce qui traduit un diagnostic plus tardif ou un accès aux traitements plus limité. L’Europe présente le profil inverse en volume : 21 % des cas et 20 % des décès mondiaux pour 9 % de la population mondiale. Une population âgée et des registres complets produisent mécaniquement beaucoup de cas déclarés.

Ce dernier point vaut avertissement général sur tout chiffre mondial de cancer. La qualité des estimations dépend de la couverture des registres nationaux, très inégale d’un pays à l’autre, et généralement la plus faible là où le fardeau est le plus lourd. Les estimations portant sur les pays les moins équipés sont donc les moins précises, et l’imprécision joue plutôt dans le sens d’une sous-estimation que dans celui d’une exagération.

« Près de 35 millions de cas en 2050 » : ce que cette projection mesure

La projection compare deux totaux annuels : 20,6 millions de nouveaux cas en 2024 et près de 35 millions en 2050. L’écart représente environ 70 % de hausse. L’OMS elle-même annonce dans son communiqué des cas en passe de presque doubler d’ici 2050 : c’est un arrondi de communication, du même ordre que « quatre cancers sur dix » pour 37 %. Il ne s’agit donc pas d’un doublement, et il ne s’agit surtout pas d’un doublement du risque de cancer pour une personne donnée. Ces deux formulations, très proches à l’oreille, désignent des grandeurs différentes : l’une compte des cas dans une population, l’autre décrit une probabilité individuelle.

Le moteur principal de cette hausse est démographique. La population mondiale augmente et surtout vieillit, or l’incidence du cancer — le nombre de nouveaux cas rapporté à la population sur une période donnée — croît fortement avec l’âge. À taux d’incidence par tranche d’âge constants, un pays qui comptera davantage de personnes de 70 ans dans vingt-cinq ans comptera davantage de cancers, sans que le risque de chacun ait bougé d’un point. C’est la raison pour laquelle un total annuel en forte hausse peut parfaitement coexister avec un risque individuel stable, voire en recul dans certaines localisations.

Une projection n’est pas une prévision

Une projection est un scénario conditionnel : elle prolonge des tendances observées sous des hypothèses explicites. Par construction, elle ne peut intégrer ce qui n’existe pas encore — un traitement qui modifierait la survie, un effondrement du tabagisme dans une grande région, un élargissement massif du dépistage ou de la vaccination. Elle ne peut pas davantage anticiper une dégradation imprévue.

C’est précisément pour cette raison que l’OMS présente ce chiffre comme un argument en faveur de décisions à prendre, et non comme un pronostic acté. Lire « 35 millions en 2050 » comme une échéance inscrite au calendrier est un contresens sur la nature même de l’exercice : le chiffre décrit ce qui se produirait si les tendances actuelles se prolongeaient sans inflexion.

Quatre cancers sur dix évitables : d’où vient exactement ce chiffre

Ce chiffre ne provient pas du rapport de juillet 2026. Il vient d’une publication distincte, signée par des chercheurs du CIRC et parue dans la revue Nature Medicine le 3 février 2026. Deux documents, deux dates, deux périmètres : l’attribution compte, car les données ne portent pas sur la même année que celles du rapport.

Cette analyse porte sur les cas incidents de l’année 2022 et sur 30 facteurs de risque modifiables. Son résultat central : 37 % des nouveaux cas de cancer de 2022, soit environ 7,1 millions de cas, sont attribuables à ces 30 facteurs. Le CIRC a résumé ce résultat par la formule « quatre cancers sur dix », arrondi de communication qui devient 40 % dans de nombreuses reprises. Le chiffre publié est 37 %, pour l’année 2022 et pour ce périmètre de 30 facteurs.

Ce qu’est une fraction attribuable de population

La statistique employée s’appelle une fraction attribuable de population. Elle répond à une question collective : combien de cas n’existeraient pas si l’exposition à ces facteurs disparaissait dans la population entière ? Elle ne répond à aucune question individuelle. Elle ne signifie pas qu’un patient donné avait 37 % de chances d’échapper à sa maladie, et elle ne permet de dire d’aucune personne malade que son cancer aurait pu être évité. Un cancer résulte d’un enchaînement d’événements dont l’exposition n’est qu’un déterminant parmi d’autres, aux côtés du hasard cellulaire et du terrain génétique. Une fraction de population et une trajectoire individuelle appartiennent à deux registres qui ne communiquent pas.

Un plancher, pas un plafond

Les 37 % constituent une estimation basse. Le calcul ne retient que les facteurs pour lesquels une relation causale est admise et pour lesquels une mesure d’exposition existe à l’échelle des populations. Tout ce qui n’est pas quantifiable en reste exclu : expositions professionnelles mal documentées, mélanges de substances environnementales, situations pour lesquelles les données manquent. Il serait donc faux de conclure que les 63 % restants sont inévitables. Ils sont, plus exactement, non attribués en l’état des connaissances et des mesures disponibles.

Ce que « évitable » veut dire quand il s’agit d’une infection

L’analyse du CIRC intègre pour la première fois neuf agents infectieux cancérogènes parmi les causes évitables quantifiées : les papillomavirus humains, les virus des hépatites B et C et la bactérie Helicobacter pylori figurent parmi eux. Ce choix méthodologique change la nature de la conversation sur la prévention.

Tant que la part évitable renvoyait principalement au tabac, à l’alcool ou au poids, la prévention se lisait comme une affaire de comportement individuel. Dès lors que des infections entrent dans le calcul, une partie du problème bascule vers des outils qui existent déjà et qui relèvent de l’organisation des soins : la vaccination contre les papillomavirus et contre l’hépatite B, le dépistage puis le traitement antiviral de l’hépatite C, l’éradication d’Helicobacter pylori lorsqu’elle est indiquée.

Les données mondiales montrent l’ampleur du décalage entre l’outil et son déploiement. Selon la synthèse consultée du rapport, 85 % des pays ont inscrit la vaccination contre les papillomavirus à leur programme national, mais la couverture mondiale en première dose chez les filles n’atteint que 31 %, pour une cible fixée à 90 % en 2030. Inscrire un vaccin dans un programme et vacciner effectivement une classe d’âge sont deux étapes distinctes, et c’est la seconde qui produit la baisse de cas, avec plusieurs décennies de décalage.

Le tabac recule, le surpoids progresse : un profil de risque qui se déplace

Le communiqué de l’OMS relève un recul de 27 % de l’usage du tabac dans le monde depuis 2010, et rattache à cette baisse une partie de la diminution des cancers du poumon observée dans certaines régions. Dans le même mouvement, le CIRC décrit un profil de risque en déplacement, davantage tiré par l’obésité, l’inactivité physique, l’alimentation et la pollution de l’air.

Comprendre ce déplacement suppose d’intégrer un délai. Entre une exposition cancérogène et l’apparition d’un cancer, il s’écoule le plus souvent plusieurs dizaines d’années. Les chiffres d’incidence d’aujourd’hui mesurent donc les expositions d’hier, pas les politiques d’aujourd’hui. Une politique antitabac efficace ne se lit pas dans les statistiques de l’année où elle est décidée, mais dans celles de la génération suivante. À l’inverse, la progression actuelle de l’excès de poids et de la sédentarité produira ses effets dans des données qui ne sont pas encore publiées.

Ce décalage explique une bonne part des lectures erronées : une hausse du nombre de cancers ne prouve pas qu’une politique de prévention a échoué, et une baisse ne prouve pas qu’elle a réussi seule. Sur le plan individuel, les effets de l’arrêt du tabac sur la santé se manifestent d’ailleurs bien plus tôt que dans les statistiques de cancer. La question du vapotage et du risque de cancer, souvent posée dans le prolongement du tabac, relève d’un état des connaissances distinct et n’entre pas dans le périmètre de ce rapport.

Survie : pourquoi l’écart entre 87 % et 42 % n’est pas un écart de médicaments

Le rapport documente un écart de survie considérable pour le cancer du sein : la survie nette à cinq ans, c’est-à-dire la proportion de patientes encore en vie cinq ans après le diagnostic une fois neutralisées les autres causes de décès, atteint 87 % dans les pays à revenu élevé contre 42 % dans les pays à faible revenu. À l’échelle mondiale, 2,4 millions de femmes ont reçu un diagnostic de cancer du sein en 2024 et 694 000 en sont mortes.

Ces 42 % concernent les pays à faible revenu et ne décrivent en rien la situation française. L’intérêt de l’écart est ailleurs : dans ce qu’il révèle de sa propre cause.

Cet écart n’est pas d’abord un écart de médicaments. À stade égal, les protocoles de traitement du cancer du sein sont largement communs d’un pays à l’autre. Ce qui diffère, c’est le stade auquel la maladie est découverte, et donc toute la chaîne qui précède le traitement : accès au dépistage, disponibilité de l’imagerie, possibilité de réaliser et d’analyser les différents types de biopsies utilisés pour le diagnostic, puis délai avant la première séance de traitement. Un cancer découvert tardivement, faute d’imagerie ou d’analyse anatomopathologique — l’examen au microscope du prélèvement, qui nomme la tumeur et guide le protocole, n’est pas la même maladie à traiter qu’un cancer découvert au stade précoce. L’essentiel de la différence de survie se joue en amont de la pharmacie.

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Accès aux traitements et coût pour les patients

Le rapport mesure la disponibilité des vingt médicaments anticancéreux considérés comme prioritaires. Elle s’échelonne de 9 à 54 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, contre 68 à 94 % dans les pays à revenu élevé. Un médicament inscrit sur une liste de priorité mondiale peut donc être introuvable dans l’hôpital où le patient est soigné.

Le second volet est financier et concerne aussi les pays riches. Selon l’OMS, au moins 45 % des patients atteints de cancer déclarent des difficultés financières liées à la maladie. Une autre grandeur circule, issue de la synthèse consultée du rapport : environ la moitié des patients subiraient des dépenses de santé catastrophiques. Les deux ne mesurent pas la même chose — une difficulté déclarée relève du ressenti rapporté, une dépense catastrophique répond à une définition budgétaire précise de l’OMS — et elles ne s’additionnent pas. Le rapport décrit un enchaînement concret : restes à charge, frais de transport et pertes de revenus conduisant à des interruptions ou des abandons de traitement. À l’échelle macroéconomique, la synthèse consultée avance un coût annuel du cancer d’environ 0,55 % du produit intérieur brut mondial sur la période 2020-2050.

Ce que cela recouvre, et ce que cela ne recouvre pas, en France

En France, le cancer relève de l’affection de longue durée (ALD), un dispositif de l’Assurance maladie qui supprime le ticket modérateur — la part normalement laissée au patient — pour les soins liés à la maladie. La prise en charge est alors de 100 % de la base de remboursement, c’est-à-dire du tarif de référence fixé par l’Assurance maladie, et non de la somme réellement facturée. Restent donc à la charge du patient ou de sa complémentaire les dépassements d’honoraires, les transports non prescrits, les frais non couverts par la nomenclature, ainsi que la baisse de revenus pendant un arrêt de travail. Le mécanisme français atténue fortement le phénomène décrit par l’OMS ; il ne l’annule pas.

Des plans nationaux presque partout, des budgets rarement

Le résultat le plus politique du rapport tient dans un écart. D’un côté, 82 % des pays déclarent disposer d’un plan national de lutte contre le cancer, contre environ 50 % en 2010 : la planification s’est généralisée en quinze ans. De l’autre, l’OMS indique que moins d’un pays sur trois inclut la prise en charge du cancer dans le panier de sa couverture santé universelle — 28 % selon la synthèse consultée du rapport, seule à en donner la valeur précise. Un plan sans ligne budgétaire ne change pas le parcours d’un patient. Dans le même registre, la synthèse relève que 12 pays seulement sont en trajectoire pour atteindre la cible internationale de réduction d’un tiers de la mortalité prématurée d’ici 2030.

L’OMS désigne elle-même cet objet dans la présentation de son rapport : ce qu’il documente, c’est « l’écart entre l’ambition et l’action ». La formule résume la logique des conclusions, organisées en trois bascules stratégiques — de meilleures capacités, de meilleures protections, une meilleure valeur — qui portent sept recommandations adressées aux États.

Où en est la France : les données nationales les plus récentes

Les chiffres mondiaux ne décrivent pas la situation française, qui dispose de ses propres estimations. La donnée la plus récente publiée par l’Institut national du cancer, dans le cadre du Panorama des cancers en France (édition 2026, mise en ligne le 22 juillet 2026), porte sur l’année 2023.

Pour cette année-là, l’estimation est de 433 136 nouveaux cas de cancer, dont 245 610 chez les hommes (57 %) et 187 526 chez les femmes (43 %). La mortalité est estimée à 164 314 décès, dont 91 380 chez les hommes (56 %) et 72 934 chez les femmes (44 %). Le rapport entre ces deux nombres — un peu moins de quatre décès pour dix nouveaux cas la même année — n’est pas un taux de survie et ne doit pas se lire comme tel : les décès de 2023 concernent en grande partie des cancers diagnostiqués les années précédentes, et une partie des cas de 2023 ne se soldera par un décès que bien plus tard, ou pas du tout.

Les localisations les plus fréquentes en 2023 sont le sein avec 61 214 cas, la prostate avec 59 885 cas, le poumon avec 33 438 cas chez l’homme et 19 339 chez la femme, et le côlon-rectum avec 26 212 cas chez l’homme et 21 370 chez la femme. Deux d’entre elles, le sein et le côlon-rectum, font l’objet d’un programme national de dépistage organisé, ce qui explique l’attention portée aux taux de participation.

Un rappel de méthode s’impose ici comme pour les chiffres mondiaux : il s’agit d’estimations produites à partir des registres départementaux et de modèles, et non d’un comptage exhaustif national en temps réel. L’année de référence, 2023, n’est pas l’année en cours.

Dépistage organisé : trois programmes, trois taux sous le seuil européen

La France a mis en place trois programmes de dépistage organisé du cancer : sein, colorectal et col de l’utérus. Aucun des trois n’atteint le seuil européen dit acceptable, c’est-à-dire le niveau de participation en dessous duquel un programme perd une part significative de son efficacité collective.

Pour le cancer du sein, chez les femmes de 50 à 74 ans, Santé publique France mesure une participation standardisée — c’est-à-dire corrigée des différences de structure d’âge, pour que les régions et les années restent comparables — de 47,5 % pour l’année 2025. Sur la période biennale de référence, elle s’établit à 45,7 % pour 2024-2025, contre 46,6 % pour 2022-2023. Ces deux indicateurs coexistent et ne se comparent pas entre eux : l’un porte sur une année, l’autre sur les deux ans qui correspondent au rythme d’invitation du programme. La tendance de fond est une baisse depuis le milieu des années 2010, observée dans presque toutes les tranches d’âge de la population cible.

Pour le cancer colorectal, la participation des 50-74 ans atteint 30,7 % sur la période 2024-2025, en légère hausse par rapport aux 29,6 % de 2023-2024. Le seuil européen acceptable est fixé à 45 %. C’est l’indicateur biennal qui doit être retenu, puisque c’est le seul directement comparable à ce seuil ; des indicateurs annuels plus élevés circulent, mais ils ne mesurent pas la même période.

Pour le cancer du col de l’utérus, la participation standardisée s’élève à 60,9 % en 2024 chez les femmes de 30 à 65 ans, selon l’indicateur publié par Santé publique France, soit une progression de 9,7 points depuis la mise en place du programme en 2017. Le seuil européen est ici de 70 %. Cet indicateur ne recouvre pas l’intégralité du programme, qui s’adresse aux femmes de 25 à 65 ans avec deux tests différents selon l’âge.

Comment lire un taux de participation

Un taux de participation mesure la part de la population cible ayant réalisé l’examen sur la période de référence du programme — deux ans pour le sein et le colorectal. Il ne comptabilise pas les examens réalisés en dehors du programme, par exemple une mammographie prescrite dans un suivi individuel. La couverture réelle est donc supérieure au taux affiché, ce qui n’annule pas la tendance à la baisse observée sur le dépistage du sein. Lire « 47,5 % » comme « une femme sur deux n’est jamais dépistée » serait inexact.

Ce que le cas français apporte à la lecture du rapport mondial est un enseignement à part. Les trois programmes existent et l’examen de dépistage y est pris en charge — et pourtant les trois taux restent sous le seuil européen. Le point de friction n’est donc pas le prix de l’acte, à la différence de ce que le rapport décrit dans une grande partie du monde. Il se situe en amont et en aval : l’invitation et sa relance, l’accès effectif à un médecin, et l’adhésion au principe même du dépistage. Un signal plus faible s’y ajoute pour le sein : Santé publique France rapporte que des acteurs locaux signalent régulièrement des difficultés d’accès à la mammographie, qu’elle présente comme une conséquence possible, et non démontrée, de la baisse générale de l’offre en sénologie.

Vaccination contre les papillomavirus : la France face à sa cible de 2030

La vaccination contre les papillomavirus humains est recommandée en France, sans être obligatoire, et une campagne de vaccination est proposée au collège. L’objectif national de couverture est de 80 % à l’horizon 2030, dans le cadre de la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030.

Les données de Santé publique France pour 2025 portent sur la première dose à 15 ans : 61,6 % chez les filles, contre 58,4 % en 2024, et 46,0 % chez les garçons, contre 36,9 % en 2024. La progression est nette dans les deux cas, et plus rapide chez les garçons : +9,1 points en un an, contre +3,2 points chez les filles. Elle part aussi de plus bas.

Un pourcentage ne veut rien dire sans ses bornes. Ces taux se lisent entre deux repères : la couverture mondiale en première dose chez les filles, estimée à 31 % selon la synthèse consultée du rapport de l’OMS, et l’objectif français de 80 % en 2030. La France se situe donc très au-dessus de la moyenne mondiale et encore nettement en deçà de sa propre cible. Ces deux constats sont vrais simultanément, et n’en retenir qu’un donne une image fausse.

Ce que ce rapport ne permet pas de conclure

Le rapport de l’OMS est une compilation d’estimations issues de registres, de modélisations et d’enquêtes déclaratives. Il n’apporte aucune preuve clinique nouvelle : ni sur un facteur de risque, ni sur un traitement, ni sur une stratégie de dépistage. Sa valeur est celle d’un état des lieux et d’un instrument de comparaison entre pays, pas celle d’une étude expérimentale.

Quatre limites méritent d’être retenues ensemble. La projection 2050 est un scénario conditionnel, pas une échéance. Les 37 % de cas attribuables à des facteurs modifiables sont un plancher lié aux facteurs mesurables, et non un verdict sur les cas restants — ni, à plus forte raison, sur une personne malade. Plusieurs chiffres du rapport n’ont pu être recoupés que sur une synthèse tierce, et non sur un support publié par l’OMS : ils sont donnés ici avec cette réserve et méritent d’être tenus pour moins solides que les autres. Enfin, la précision des estimations mondiales dépend de registres nationaux très inégaux.

Une dernière confusion mérite d’être écartée : la prévention documentée par le CIRC porte sur le risque de survenue d’un cancer dans une population, pas sur le traitement d’un cancer déclaré. Ce sont deux questions différentes, et une modification alimentaire n’est pas un traitement anticancéreux — un point développé à propos du régime cétogène et du cancer.

Reste un point d’ordre pratique : un rapport mondial ne modifie ni le suivi d’une personne, ni ses droits, ni son traitement. Ce qui concerne directement un lecteur en France relève de dispositifs nationaux datés et chiffrés : trois invitations au dépistage organisé et une campagne de vaccination, dont les modalités individuelles se discutent avec un médecin.

Les trois programmes français de dépistage organisé du cancer : participation et seuil européen
ProgrammePopulation cibleParticipation mesuréeSeuil européen acceptable
Cancer du seinFemmes de 50 à 74 ans, tous les 2 ans47,5 % (année 2025) ; 45,7 % (période 2024-2025)Non atteint ; valeur du seuil non publiée par la source citée
Cancer colorectalFemmes et hommes de 50 à 74 ans, tous les 2 ans30,7 % (période 2024-2025)45 %
Cancer du col de l’utérusFemmes de 25 à 65 ans ; indicateur publié pour les 30-65 ans60,9 % (année 2024)70 %

L’essentiel à retenir

  • Le rapport de l’OMS et du CIRC a été publié le 8 juillet 2026 : c’est un état des lieux mondial de 280 pages, pas une étude clinique.
  • La projection passe de 20,6 millions de nouveaux cas en 2024 à près de 35 millions en 2050, soit environ +70 %. Cette hausse traduit d’abord la croissance et le vieillissement de la population mondiale, pas une augmentation du risque individuel.
  • Les 37 % de cas attribuables à 30 facteurs modifiables viennent d’une publication du CIRC parue en février 2026 et portent sur les cas de 2022. C’est une fraction de population, jamais une explication du cancer d’une personne.
  • En France, l’estimation la plus récente porte sur 2023 : 433 136 nouveaux cas et 164 314 décès.
  • Les trois dépistages organisés français restent sous le seuil européen acceptable, dont 47,5 % de participation pour le cancer du sein en 2025.

Questions fréquentes

Le nombre de cancers va-t-il doubler d’ici 2050 ?

Non. La projection de l’OMS passe de 20,6 millions de nouveaux cas par an en 2024 à près de 35 millions en 2050, soit une hausse d’environ 70 % et non un doublement. Elle porte sur le nombre annuel de cas dans le monde, pas sur le risque de cancer d’une personne. Le communiqué de l’OMS annonce des cas en passe de presque doubler : c’est un arrondi de communication.

D’où vient le chiffre de « quatre cancers sur dix évitables » ?

D’une publication de chercheurs du Centre international de recherche sur le cancer parue dans Nature Medicine le 3 février 2026. Elle estime que 37 % des nouveaux cas de 2022, soit environ 7,1 millions, sont attribuables à 30 facteurs de risque modifiables. La formule « quatre sur dix » en est l’arrondi.

Cela signifie-t-il qu’un patient aurait pu éviter son cancer ?

Non. Il s’agit d’une fraction attribuable de population, qui estime le nombre de cas qui n’existeraient pas si l’exposition disparaissait dans la population entière. Cette statistique ne s’applique à aucun cas individuel et ne permet d’attribuer aucune responsabilité à une personne malade.

Quels sont les taux de participation aux dépistages organisés en France ?

Selon Santé publique France : 47,5 % pour le cancer du sein chez les femmes de 50 à 74 ans en 2025, 30,7 % pour le cancer colorectal chez les 50-74 ans sur la période 2024-2025, et 60,9 % pour le cancer du col de l’utérus chez les femmes de 30 à 65 ans en 2024. Les trois restent sous le seuil européen acceptable.

Où en est la vaccination contre les papillomavirus en France ?

En 2025, la couverture en première dose à 15 ans atteint 61,6 % chez les filles et 46,0 % chez les garçons, contre respectivement 58,4 % et 36,9 % en 2024. La vaccination est recommandée et non obligatoire, avec une campagne proposée au collège, pour un objectif national de 80 % en 2030.

Ce rapport change-t-il quelque chose à mon suivi médical ?

Non. Un rapport mondial décrit des populations et des systèmes de santé ; il ne modifie ni les droits, ni le suivi, ni le traitement d’une personne. Toute question sur un examen, un symptôme ou un traitement relève de votre médecin traitant ou de votre spécialiste.