Santé publique France a publié le 19 août 2026 une première estimation de l’excès de mortalité lié à l’épisode de canicule du 3 au 22 juillet 2026 : au moins 1 243 décès en excès, soit une mortalité supérieure de 9,2 % à celle attendue, sur les 78 départements concernés, qui rassemblent 78,5 % de la population. Concrètement, 14 713 décès y ont été enregistrés pendant cette période, là où le modèle de référence en prévoyait 13 470.
Ce chiffre n’est pas un décompte de personnes mortes de la chaleur, et il n’a jamais été conçu pour l’être. Un « décès en excès » est un écart : la différence entre la mortalité réellement observée, toutes causes confondues, et une mortalité attendue calculée par un modèle statistique. L’agence sanitaire indique elle-même que cet excès ne peut pas être attribué exclusivement à la chaleur. Cette réserve ne relativise pas l’épisode : la chaleur augmente bien la mortalité, principalement en aggravant des maladies déjà présentes. Il s’agit en outre d’un plancher provisoire, établi sur des données arrêtées au 18 août et appelées à être consolidées. Voici ce que ce nombre mesure exactement, par quels mécanismes la chaleur augmente la mortalité, qui porte cet excès, et à quel moment un bilan plus complet sera disponible.
Ce que Santé publique France a estimé le 19 août
L’estimation publiée le 19 août 2026 porte sur un épisode précis : la canicule du 3 au 22 juillet 2026, telle que délimitée par les périodes de dépassement des seuils d’alerte département par département. Elle ne couvre pas la France entière, mais les 78 départements ayant connu au moins un jour d’alerte, soit 78,5 % de la population hexagonale. Tout le reste du territoire est hors périmètre du calcul, ce qui explique qu’un excès national « toutes zones » n’existe pas dans ce document.
Sur ce périmètre, l’agence compte 14 713 décès observés pour 13 470 décès attendus. La différence, 1 243 décès, est l’excès. Le pourcentage de 9,2 % en découle directement : il rapporte l’écart au nombre de décès attendus sur la période, et non à la population du territoire. C’est une distinction qui change complètement la lecture. Dire que la mortalité a été supérieure de 9,2 % à la normale signifie que, pendant ces trois semaines, environ un décès sur douze n’aurait pas été attendu au vu de la saison et de la tendance habituelle de la mortalité française. Cela ne signifie évidemment pas que 9,2 % de la population ait été touchée de près ou de loin.
Deuxième caractéristique de ce chiffre : il est présenté comme un minimum. Santé publique France écrit « au moins » 1 243 décès en excès, parce que les données de mortalité utilisées ne sont pas consolidées. Elles ont été arrêtées le 18 août 2026, conformément au calendrier de la surveillance, qui prévoit une première estimation deux à trois semaines après la fin de chaque épisode. Les décès continuent d’être enregistrés et transmis après cette date. L’estimation est donc datée au sens strict : elle vaut pour l’état des remontées au 18 août, pas pour l’état définitif de la mortalité de juillet 2026. À la date de publication de cet article, cette estimation du 19 août n’avait pas été révisée : la prochaine actualisation du chiffre viendra avec le bilan de fin de saison.
« Décès en excès » : un écart à une mortalité attendue
L’indicateur repose sur une soustraction, mais toute sa difficulté tient au second terme. Les décès observés sont un comptage. Les décès « attendus », eux, sont le produit d’un modèle : le nombre de morts que l’on observerait, ce jour-là, sur ce territoire, en l’absence de tout événement particulier — sans canicule, sans épidémie, sans vague de froid.
Depuis 2023, Santé publique France estime cette mortalité de référence avec la méthode européenne EuroMoMo (European Mortality Monitoring), un dispositif européen de surveillance de la mortalité. Le calcul se fait au pas de temps quotidien et intègre deux choses. D’abord la tendance de long terme de la mortalité française, qui n’est pas stable : la population vieillit et augmente, donc le nombre de décès attendus une année donnée n’est pas celui de dix ans plus tôt. Ensuite la saisonnalité habituelle, car on meurt normalement plus en janvier qu’en juillet, et un modèle qui l’ignorerait attribuerait à la chaleur ce qui relève du calendrier.
Une fois cette référence posée, l’excès mesure une seule chose : la mortalité a-t-elle été inhabituelle, et de combien ? Il ne dit pas pourquoi. Pendant une canicule, la mortalité observée reste une mortalité toutes causes confondues, et rien dans le calcul ne permet d’isoler la part qui revient à la chaleur de celle qui revient à tout le reste. C’est la raison pour laquelle l’agence assortit systématiquement son indicateur d’une réserve explicite : « L’estimation du nombre de décès en excès calculée pour les périodes de canicules ne peut être exclusivement attribué à la chaleur. »
Cette réserve n’est pas une précaution de langage. Elle définit la portée de l’outil. Un excès de mortalité est un signal de vigilance sanitaire, conçu pour être disponible vite, en quelques semaines, afin de dire aux pouvoirs publics qu’il s’est passé quelque chose d’anormal et à quelle échelle. Ce n’est pas une mesure de responsabilité causale, et aucune méthode ne transformera après coup ce comptage en liste de victimes.
Pourquoi ce chiffre ne dit pas de quoi les gens sont morts
L’impossibilité d’attribuer les décès n’est pas un choix de présentation : elle tient à la nature même des données utilisées. Santé publique France travaille sur l’état civil dématérialisé, c’est-à-dire les certificats de décès transmis par voie électronique par les communes à l’Insee. Ce flux contient l’âge, le sexe, la date et la commune du décès. Il ne contient aucune information sur la cause médicale.
La cause médicale des décès existe, mais elle relève d’un autre circuit, beaucoup plus lent, qui n’est pas mobilisable pour une surveillance à quelques semaines. Cette surveillance estivale a été construite pour être rapide, et la rapidité se paie ici par l’absence totale d’information clinique. Autrement dit, même en interrogeant le système parfaitement, personne ne peut extraire de ce fichier le nombre de personnes décédées d’un coup de chaleur.
S’ajoute une seconde caractéristique technique. La surveillance ne s’appuie pas sur la totalité des communes françaises mais sur un échantillon d’environ 5 000 communes, qui couvre en moyenne 84 % de la mortalité nationale. Les décès observés y sont ensuite extrapolés à l’ensemble du territoire. Le résultat est donc une estimation statistique, avec l’incertitude qui va avec, et non un registre exhaustif.
Il faut en tirer une conséquence pour la suite : le bilan plus complet publié à l’automne ne lèvera pas cette limite. Il proposera une estimation différente, assortie d’un intervalle de confiance, mais il ne désignera pas davantage de décès individuels. La question « mon proche est-il mort à cause de la chaleur ? » ne trouve pas de réponse dans ces dispositifs ; elle relève du médecin qui a constaté le décès.
Comment la chaleur augmente la mortalité
Reste la question centrale : pourquoi la mortalité augmente-t-elle quand il fait très chaud ? Les effets directs sont les plus connus, et les plus rares. L’hyperthermie — une élévation de la température du corps au-delà de ses capacités de régulation — se caractérise souvent par une température corporelle supérieure à 40 °C, alors que la température normale se situe entre 36,5 et 37,5 °C. La déshydratation en est l’autre visage. Ces deux tableaux sont ceux que le grand public associe spontanément à la canicule.
Mais Santé publique France décrit un spectre beaucoup plus large. La chaleur provoque ou aggrave des atteintes cardiovasculaires, respiratoires, rénales et psychiatriques. Le mécanisme dominant n’est donc pas le coup de chaleur, mais l’aggravation de pathologies déjà présentes : sur un cœur affaibli, une insuffisance rénale débutante ou une maladie respiratoire chronique, l’épisode de chaleur peut suffire à faire basculer un équilibre qui tenait. La cause immédiate du décès sera alors cardiaque, rénale ou respiratoire, et la chaleur n’apparaîtra nulle part sur le certificat.
Le calendrier de ces effets est également documenté. L’impact de la chaleur sur la mortalité s’observe en moins de 24 heures après l’exposition, ce qui est très rapide, et peut perdurer de 3 à 10 jours. Une partie des décès survient donc après le retour à des températures normales.
C’est précisément pour cela que les périodes de calcul de l’excès dépassent les dates de la canicule elle-même. Santé publique France allonge de trois jours la période retenue après la fin du dépassement des seuils d’alerte, afin de capter ces effets retardés. Un lecteur qui compare les dates d’un bulletin météo et celles d’un bulletin sanitaire ne doit pas y voir une incohérence : le décalage est méthodologique et assumé.
L’ordre de grandeur que les urgences ne montrent pas
Ce mécanisme d’aggravation explique un décalage qui surprend chaque été : les services d’urgence ne voient qu’une fraction infime de l’impact sanitaire de la chaleur. Les chiffres de l’été 2025 le montrent nettement. Pendant les vagues de chaleur, 2 646 passages aux urgences et 1 057 consultations SOS Médecins ont été enregistrés pour l’indicateur dit « iCanicule », qui regroupe les diagnostics d’hyperthermie, de déshydratation et d’hyponatrémie — une baisse anormale du taux de sodium dans le sang. Cela représentait respectivement 0,8 % et 1,3 % de l’activité codée sur ces périodes. Sur les mêmes périodes, 1 918 décès ont été attribués à la chaleur.
Autrement dit, le nombre de décès attribués à la chaleur pendant les canicules de 2025 est du même ordre de grandeur que le nombre total de passages aux urgences pour un motif directement lié à la chaleur. Compter les coups de chaleur revient donc à ne voir qu’une petite partie du phénomène, celle qui porte l’étiquette explicite.
Ces indicateurs de recours aux soins n’en sont pas moins sensibles : sur l’ensemble de l’été 2025, plus de 24 000 recours aux soins d’urgence ont été comptabilisés pour l’indicateur iCanicule, les 75 ans et plus représentant 53 % des passages aux urgences correspondants. Pendant les canicules, les passages aux urgences pour ce motif ont été multipliés par 2,9 et les consultations SOS Médecins par 6,5.
Une conséquence de lecture s’impose : Santé publique France précise que morbidité et mortalité consécutives à une exposition à la chaleur ne sont pas corrélées, et que l’impact observé sur la morbidité ne permet pas de prédire l’impact sur la mortalité. Un épisode qui remplit peu les urgences peut être meurtrier, et l’inverse est vrai également. Les deux séries se lisent séparément.

Le second indicateur : la mortalité attribuable à la chaleur
Santé publique France produit en réalité deux indicateurs de mortalité, et les confondre est la principale source d’erreur sur ces sujets. Le premier est l’excès de mortalité toutes causes, disponible en quelques semaines, celui dont relèvent les 1 243 décès de juillet. Le second est la mortalité attribuable à la chaleur, estimée a posteriori.
Ce second indicateur ne compare pas l’observé à un attendu. Il applique une relation exposition-risque, modélisée sur les données de 2014 à 2022, qui décrit comment le risque de décès varie en fonction de la température observée. On en déduit la part de la mortalité que la chaleur explique statistiquement, y compris en dehors des canicules — car les températures simplement élevées, sans franchissement de seuil d’alerte, pèsent aussi sur la mortalité.
Les résultats de l’été 2025 donnent la mesure de l’écart entre les deux approches. Du 1ᵉʳ juin au 15 septembre 2025, la mortalité attribuable à la chaleur a été estimée à 5 722 décès, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 5 026 à 6 116, soit 3,4 % de la mortalité toutes causes observée sur la période ; 4 237 de ces décès concernaient des personnes de 75 ans et plus. Restreint aux seuls jours de canicule, le chiffre attribuable était de 1 918 décès (intervalle de confiance à 95 % : 1 502 à 2 163), soit 12,4 % de la mortalité observée sur ces épisodes.
Cette dernière valeur mérite d’être mise en regard de l’excès de mortalité calculé sur les mêmes épisodes de 2025 : 959 décès. Le chiffre attribuable était donc environ deux fois plus élevé que l’excès observé. L’idée selon laquelle l’excès de mortalité serait un indicateur gonflé ne résiste pas à cette comparaison : c’est plutôt le plus prudent des deux. L’agence prévient toutefois que les deux estimations « répondent à des finalités différentes et complémentaires et leurs valeurs ne sont pas comparables de par leur construction ». Elles ne s’additionnent pas, et un chiffre attribuable publié à l’automne ne viendra ni confirmer ni contredire terme à terme les 1 243 décès en excès de juillet.
Pourquoi le nombre dépend du périmètre retenu
Un excès de mortalité n’est pas une donnée brute que l’on relèverait comme une température. C’est le résultat d’un découpage explicite, dans le temps et dans l’espace, et le même épisode météorologique peut produire deux chiffres très différents selon le périmètre choisi.
Le premier épisode de chaleur de 2026 en fournit la démonstration. Fin mai, Santé publique France a publié deux estimations pour le même phénomène. Sur les 6 départements ayant connu une canicule au sens strict, du 24 au 28 mai, l’excès s’établissait à au moins 95 décès, soit +10,1 %, dont 80 chez les 75 ans et plus (+12,0 %). Sur les 17 départements placés en vigilance orange, du 26 au 30 mai, il atteignait au moins 300 décès, soit +13,9 %, dont 230 chez les 75 ans et plus (+15,0 %). Ni 95 ni 300 n’est faux : ce sont deux réponses à deux questions différentes, l’une portant sur les seules zones en canicule, l’autre sur l’ensemble des territoires en alerte.
La mécanique du découpage est la même pour tous les épisodes. Le calcul est fait département par département, sur les périodes de dépassement des seuils d’alerte propres à chacun, allongées de trois jours pour tenir compte des effets retardés de la chaleur. Deux départements dont les périodes d’alerte n’ont pas duré aussi longtemps n’entrent donc pas dans le calcul sur la même durée, et l’addition des départements produit une période affichée — ici « du 3 au 22 juillet » — qui ne correspond à aucune canicule continue vécue en un point donné du territoire.
Qui porte cet excès : âges, lieux de décès, régions
La répartition par âge est le résultat le plus stable de cette surveillance, et le plus directement utile. Pendant l’épisode de juillet 2026, l’excès atteint au moins 917 décès chez les 75 ans et plus, soit +9,7 % par rapport à la mortalité attendue dans cette tranche d’âge. C’est environ les trois quarts du total. Le grand âge concentre donc l’essentiel de l’impact, ce qui recoupe tout ce que l’on sait de la canicule et des personnes âgées : régulation thermique moins efficace, sensation de soif atténuée, pathologies chroniques plus fréquentes, isolement plus probable.
Mais l’excès n’est pas limité aux plus âgés. Santé publique France observe un excès de mortalité dans toutes les classes d’âge à partir de 45 ans. La chaleur extrême n’est donc pas un risque circonscrit au grand âge : la surveillance en détecte l’empreinte dès le milieu de vie, même si le nombre de décès concernés y reste très inférieur.
Deuxième enseignement, souvent contre-intuitif : les décès toutes causes ont augmenté dans tous les types de lieux — établissements hospitaliers, domicile, Ehpad et maisons de retraite. Le domicile n’a pas fait exception. L’image d’un risque concentré dans les institutions ne correspond pas aux données ; rester chez soi ne protège pas en soi d’un logement surchauffé.
Géographiquement, toutes les régions métropolitaines sont concernées à l’exception de la Corse, et la région des Pays de la Loire présente l’excès le plus important, avec 236 décès en excès, soit +21,4 %. Ces écarts régionaux et départementaux doivent cependant être maniés avec précaution, et l’agence le dit explicitement : ils reposent sur de faibles effectifs, calculés sur peu de jours, ce qui rend les excès relatifs difficiles à interpréter et instables. L’été 2025 l’illustre : sur les 69 départements ayant connu au moins un jour de canicule, 14 ne présentaient aucun excès de décès par rapport à la mortalité attendue, tandis que 15 dépassaient 10 % d’excès relatif. Ces contrastes tiennent autant à la statistique des petits nombres qu’à des différences réelles d’exposition, et ne fondent aucun classement des territoires.
L’été 2026 dans son ensemble, et ce que la somme ne vaut pas
L’épisode de juillet n’est ni le premier ni le plus lourd de l’année. Trois estimations provisoires ont été publiées pour 2026. Fin mai, l’épisode déjà décrit, avec au moins 300 décès en excès sur les départements en vigilance orange. Puis la canicule du 17 juin au 2 juillet 2026, de loin la plus meurtrière à ce stade, avec au moins 5 764 décès en excès. Puis celle du 3 au 22 juillet, avec au moins 1 243 décès en excès.
L’addition de ces trois estimations approche 7 300 décès en excès. Ce total circule, mais il ne constitue pas un bilan consolidé publié comme tel par Santé publique France. Trois raisons à cela. Les périmètres géographiques diffèrent d’un épisode à l’autre — 6, 17 ou 78 départements — et se recoupent partiellement. Les données de mortalité sont non consolidées et révisables, en particulier pour l’épisode le plus récent. Enfin, la période de surveillance estivale n’était pas achevée : l’épisode de chaleur d’août n’était pas encore documenté en mortalité au moment de cette publication.
Le calendrier de la suite est en revanche connu dans son principe. Après chaque canicule, une première estimation de l’excès est publiée deux à trois semaines après la fin de l’épisode — c’est ce qui a été fait le 19 août. Puis, après la fin de la période de surveillance estivale, fixée au 15 septembre, un bilan est établi. Il comprendra l’estimation définitive de l’excès de mortalité, la fraction de mortalité attribuable à la chaleur et le décompte des accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur. Cette publication est attendue à l’automne, sans date ferme annoncée à la mi-août 2026.
Il faut s’attendre à ce que les chiffres bougent, et cela ne constituera pas un démenti. Les données ont été arrêtées au 18 août, l’échantillon couvre en moyenne 84 % de la mortalité nationale avant extrapolation, et l’agence écrit « au moins ». Un chiffre supérieur publié en octobre sera la conséquence normale d’une consolidation, pas la correction d’une erreur.
| Épisode | Périmètre | Décès en excès (au moins) | Excès relatif |
|---|---|---|---|
| 24 au 28 mai 2026 | 6 départements en canicule | 95 | +10,1 % |
| 26 au 30 mai 2026 | 17 départements en vigilance orange | 300 | +13,9 % |
| 17 juin au 2 juillet 2026 | départements en canicule | 5 764 | non disponible |
| 3 au 22 juillet 2026 | 78 départements, 78,5 % de la population | 1 243 | +9,2 % |
Les deux premières lignes décrivent le même phénomène météorologique de fin mai, lu sur deux périmètres distincts : elles ne s’additionnent pas.
Ce que 2026 pèse par rapport aux étés précédents
Pour situer ces chiffres, l’été 2025 fournit une référence mesurée avec la même méthode. Il s’agissait du 3ᵉ été le plus chaud depuis 1900, avec une anomalie de +1,9 °C par rapport à la normale 1991-2020, et 69 départements concernés par au moins une canicule, soit 80 % de la population. L’excès de mortalité pendant les jours de canicule s’était établi à 959 décès (+6,3 %), dont plus de 779 chez les 75 ans et plus (+7,3 %). La première canicule de l’été avait à elle seule représenté les deux tiers de ce bilan, avec 639 décès en excès (+7,2 %). La région la plus touchée était alors Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec 299 décès en excès (+9,7 %).
La comparaison est parlante : le seul épisode de juillet 2026, avec au moins 1 243 décès en excès, dépasse déjà le total des jours de canicule de l’été 2025. Et il ne pèse qu’environ un sixième de la somme des estimations provisoires publiées pour 2026. Ce niveau va de pair avec un contexte météorologique inédit : selon Météo-France, juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures, en 1900. Le record porte sur la France et sur cette série de mesures ; il ne dit rien d’un classement mondial.
À plus long terme, la série des mortalités attribuables donne l’échelle réelle du phénomène. Sur les étés 2014 à 2025, du 1ᵉʳ juin au 15 septembre, plus de 47 000 décès ont été attribués à la chaleur en France métropolitaine, dont plus de 5 700 pour le seul été 2025. Environ 30 % de ces décès se concentrent sur les jours de canicule, qui ne représentent pourtant que 4 % des jours de la période de surveillance. Les ordres de grandeur sont stables depuis 2017 : la chaleur représente chaque année 1 à 4 % de la mortalité estivale et 7 à 12 % de la mortalité pendant les canicules.
Le fait que la majorité de ces décès attribuables survienne hors des jours de canicule est sans doute l’information la moins visible de tout le dispositif. Les journées simplement chaudes, sans alerte et sans vigilance orange, portent la majeure partie de l’impact annuel de la chaleur sur la mortalité.
Un risque individuel en baisse, un impact total en hausse
Deux évolutions de sens contraire coexistent, et les confondre conduit à des conclusions opposées. D’un côté, le risque de mortalité associé à une température chaude a diminué entre les années 1970 et les années 2010. Santé publique France l’attribue vraisemblablement à l’amélioration des conditions économiques et sociales et aux actions de prévention canicule engagées à partir de 2004. À exposition comparable, une même température est aujourd’hui associée à une mortalité plus faible qu’il y a cinquante ans.
De l’autre, les impacts totaux augmentent, parce que les épisodes de forte chaleur sont plus fréquents, plus longs et plus intenses sous l’effet du changement climatique. La baisse du risque unitaire est donc plus que compensée par la hausse de l’exposition. Cette baisse du risque individuel ne relativise en rien un épisode comme celui de juillet 2026 : elle mesure ce qu’une adaptation a permis d’éviter, pas une diminution du problème.
Une catégorie d’impacts reste par ailleurs peu visible dans ces bilans : les accidents du travail. En 2025, neuf accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur ont été signalés à Santé publique France par la Direction générale du travail. Ils concernaient huit hommes et une femme, âgés de 35 à 63 ans, et six d’entre eux étaient survenus dans la construction, les travaux ou l’agriculture. Ces décès, souvent chez des personnes en bonne santé et loin du grand âge, rappellent que l’exposition professionnelle est un facteur de risque à part entière.
Qui est le plus exposé, et ce que la surveillance ne dira pas
Les publics identifiés comme les plus à risque par Santé publique France forment une liste précise : les personnes âgées, les jeunes enfants, les femmes enceintes, les personnes atteintes de pathologies chroniques, les personnes isolées, sans abri, surexposées à la chaleur du fait de leur activité ou de leur logement, et les personnes sédentaires. Ces facteurs se cumulent : une personne âgée, vivant seule, sous traitement chronique, dans un logement mal isolé, additionne plusieurs vulnérabilités documentées. L’agence ajoute un point important : lors de températures extrêmes, l’ensemble de la population doit modifier ses comportements, y compris les personnes en bonne santé.
La surveillance de l’été 2026 s’est poursuivie après juillet. Le bulletin de Santé publique France du 19 août 2026 documente ainsi l’épisode de chaleur alors en cours à la mi-août — et non celui du 3 au 22 juillet : entre 230 et 305 passages quotidiens aux urgences pour l’indicateur iCanicule, avec un pic le 14 août, dont plus de la moitié concernant des personnes de 75 ans et plus ; 146 à 184 hospitalisations quotidiennes après passage aux urgences ; et 30 à 91 consultations SOS Médecins par jour, avec un pic le 15 août. Ces indicateurs de recours aux soins ne préjugent pas de la mortalité de cet épisode, qui fera l’objet d’une estimation distincte. Ce dispositif de veille estivale couvre d’ailleurs d’autres expositions environnementales, comme le montre la surveillance sanitaire de l’été 2026 consacrée aux fumées d’incendie.
Enfin, il faut accepter ce que ces outils ne diront jamais. Ni l’excès de mortalité, ni la mortalité attribuable ne permettront d’établir quels décès individuels sont dus à la chaleur. Le second indicateur, publié à l’automne, restera une estimation statistique assortie d’un intervalle de confiance. C’est une limite structurelle de l’épidémiologie de la mortalité, et non une insuffisance de ce bilan particulier.
L’essentiel à retenir
- Les 1 243 décès en excès du 3 au 22 juillet 2026 mesurent un écart entre 14 713 décès observés et 13 470 décès attendus, toutes causes confondues, sur 78 départements. Santé publique France indique que cet excès ne peut pas être attribué exclusivement à la chaleur.
- Ce chiffre n’est pas un majorant : en 2025, la mortalité attribuable à la chaleur pendant les canicules (1 918 décès) était environ deux fois supérieure à l’excès observé sur les mêmes périodes (959 décès).
- C’est un plancher provisoire, calculé sur des données non consolidées arrêtées au 18 août 2026 et sur un échantillon couvrant en moyenne 84 % de la mortalité nationale. Il sera révisé, probablement à la hausse.
- Les 75 ans et plus concentrent environ les trois quarts de l’excès, mais un excès est mesuré dès 45 ans, et la mortalité a augmenté à l’hôpital comme en Ehpad et à domicile.
- Le bilan complet de l’été, incluant la mortalité attribuable à la chaleur et les accidents du travail mortels, interviendra après la fin de la surveillance estivale, le 15 septembre, pour une publication attendue à l’automne.
Questions fréquentes
Est-ce que 1 243 personnes sont mortes à cause de la canicule de juillet 2026 ?
Non, ce n’est pas ce que le chiffre mesure. Il s’agit de l’écart entre les décès toutes causes réellement enregistrés (14 713) et les décès attendus selon un modèle statistique (13 470) sur les 78 départements concernés. Santé publique France précise que cet excès ne peut pas être attribué exclusivement à la chaleur. Il n’en reste pas moins un signal de mortalité anormale survenu pendant le mois le plus chaud jamais mesuré en France.
Comment calcule-t-on le nombre de décès « attendus » ?
Santé publique France utilise depuis 2023 la méthode européenne EuroMoMo, qui estime jour par jour le nombre de décès que l’on observerait en l’absence d’événement particulier. Le modèle tient compte de la tendance de long terme de la mortalité française, liée notamment au vieillissement de la population, et de la saisonnalité habituelle des décès.
Pourquoi ne sait-on pas de quoi ces personnes sont mortes ?
Parce que les données utilisées proviennent de l’état civil dématérialisé transmis par les communes à l’Insee. Ce flux fournit l’âge, le sexe, la date et la commune du décès, mais jamais la cause médicale. C’est le prix de la rapidité : l’estimation est disponible en quelques semaines, alors que les causes médicales de décès relèvent d’un circuit beaucoup plus lent.
Le chiffre de 1 243 est-il exagéré ?
Les données disponibles indiquent plutôt l’inverse. En 2025, la mortalité attribuable à la chaleur estimée pendant les canicules atteignait 1 918 décès, contre 959 décès en excès mesurés sur les mêmes périodes. L’excès de mortalité est le plus prudent des deux indicateurs, et il est présenté comme un minimum.
Pourquoi trouve-t-on plusieurs chiffres pour un même épisode de chaleur ?
Parce que le résultat dépend du périmètre retenu. Pour l’épisode de fin mai 2026, Santé publique France a publié au moins 95 décès en excès sur les 6 départements en canicule du 24 au 28 mai, et au moins 300 sur les 17 départements placés en vigilance orange du 26 au 30 mai. Les deux estimations sont exactes, mais elles ne répondent pas à la même question et ne s’additionnent pas.
Quand connaîtra-t-on le bilan définitif de l’été 2026 ?
La période de surveillance estivale s’achève le 15 septembre. Le bilan, qui comprendra l’estimation définitive de l’excès de mortalité, la fraction de mortalité attribuable à la chaleur et le décompte des accidents du travail mortels, est attendu à l’automne. Aucune date ferme n’avait été annoncée à la mi-août 2026.