Le Tavneos, nom commercial de l’avacopan, n’a plus d’autorisation de mise sur le marché depuis le 4 août 2026, date à laquelle la Commission européenne l’a retirée pour toute l’Union européenne. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) en a tiré les conséquences en France le 19 août : le médicament ne peut plus être prescrit ni délivré, y compris pour le renouvellement d’une ordonnance en cours, et le laboratoire Vifor France a engagé le rappel de tous les lots encore disponibles. Environ 600 personnes étaient traitées par ce médicament en France, selon le chiffre communiqué par l’ANSM le 19 août 2026.

Pour ces patients, la conduite demandée tient en une phrase : ne pas interrompre le traitement de sa propre initiative, et contacter rapidement le médecin spécialiste qui l’a prescrit afin qu’il organise l’arrêt et le relais. Le retrait ne fait pas suite à la découverte d’un danger nouveau. Il tient à l’effondrement de la preuve d’efficacité : l’essai clinique qui avait servi à autoriser le médicament en 2022 a été jugé inutilisable, et l’article scientifique qui le rapportait a été rétracté. À risque connu inchangé, un bénéfice qui n’est plus démontrable suffit à faire basculer la balance. Le traitement de fond de la maladie, lui, n’est pas concerné.

Les dates qui comptent dans le dossier Tavneos
DateActePortée
11 janvier 2022Autorisation de mise sur le marché européenneLe médicament devient prescriptible dans l’Union européenne
Janvier 2026Ouverture d’une réévaluation par l’Agence européenne des médicaments (EMA)Examen du rapport entre le bénéfice et le risque
26 juin 2026Recommandation de retrait par le CHMPAvis scientifique, sans effet juridique immédiat
4 août 2026Décision de la Commission européenneL’autorisation est retirée dans toute l’Union : le médicament ne peut plus être prescrit ni délivré
19 août 2026Information de l’ANSM et rappel des lots par Vifor FranceRappel des lots encore disponibles en France et conduite à tenir diffusée aux patients et aux professionnels

Ce qui a été décidé, et à quelle date

Trois actes distincts se sont enchaînés, et ils n’ont pas la même portée. Le 26 juin 2026, le CHMP — le comité des médicaments à usage humain, l’instance scientifique de l’EMA — a recommandé le retrait de l’autorisation, au terme d’une réévaluation ouverte en janvier 2026. Un avis du CHMP ne change rien à une ordonnance : c’est une recommandation adressée à la Commission européenne.

C’est la Commission qui décide, et sa décision du 4 août 2026 fait droit dans l’ensemble de l’Union européenne. C’est donc cette date qui s’impose : depuis ce jour, Tavneos 10 mg gélule n’a plus d’autorisation de mise sur le marché. La fiche officielle française du médicament, dans la base de données publique des médicaments, porte d’ailleurs la mention d’un arrêt de commercialisation au 4 août 2026, au motif que le médicament n’a plus d’autorisation.

Restait la traduction pratique en France, portée par l’ANSM le 19 août. La formulation de l’agence est elle-même la règle : « Ce médicament ne peut plus être prescrit ni délivré ». L’interdiction ne vise pas seulement les nouvelles prescriptions ; elle couvre aussi le renouvellement d’une ordonnance déjà établie. Un patient qui a vu passer l’information en juin, puis de nouveau en août, tient donc là les deux dates utiles : juin pour l’avis, août pour ce qui s’applique à lui.

Ce que doit faire un patient actuellement sous avacopan

La consigne de l’ANSM peut sembler contradictoire : l’agence interdit le médicament, et demande dans le même temps aux patients de ne pas l’arrêter d’eux-mêmes. Elle ne l’est pas, parce que deux risques opposés se répondent. Poursuivre le traitement expose au risque hépatique connu de la molécule, qui est précisément ce qui n’est plus compensé par un bénéfice démontrable. Mais l’arrêter du jour au lendemain, sans que le prescripteur ait réévalué la situation, expose à un autre danger : la reprise de la vascularite, une maladie qui peut atteindre les reins et les poumons.

La démarche demandée est donc de prendre contact rapidement avec le médecin spécialiste qui suit le traitement, afin que l’arrêt soit décidé et organisé par lui. C’est lui qui juge du moment, du rythme et de ce qui doit prendre le relais, en fonction du stade de la maladie et des autres traitements en cours.

Quinze jours séparent la décision européenne du 4 août du rappel des lots engagé le 19 août par Vifor France. L’information publiée par l’ANSM juxtapose ces deux dates sans expliquer cet intervalle. Il n’ouvre en tout cas aucune tolérance de prescription : depuis le 4 août, le médicament n’a plus d’autorisation, et le rappel porte sur les boîtes encore présentes dans le circuit, non sur une autorisation qui avait déjà cessé d’exister.

Tant qu’un patient reste sous traitement, l’ANSM demande par ailleurs une surveillance biologique du foie rapprochée, dont le rythme est détaillé plus bas. Aucun schéma d’arrêt ou de remplacement ne peut être déduit d’un texte général.

Ce qui change à la pharmacie et pour une ordonnance en cours

Tavneos n’était pas un médicament de ville ordinaire. Il relevait d’une prescription restreinte : prescription initiale hospitalière valable un an, renouvellement réservé aux spécialistes en dermatologie, médecine interne, néphrologie, pneumologie ou rhumatologie, inscription sur la liste I et surveillance particulière pendant le traitement. Le circuit passait donc déjà par un spécialiste identifié, ce qui facilite la reprise de contact.

Depuis le retrait, une ordonnance en cours ne permet plus de délivrance : le pharmacien ne peut pas honorer la prescription, même si sa date de validité n’est pas dépassée, et l’ANSM lui demande de prendre contact avec le médecin prescripteur. Le rappel engagé le 19 août porte sur l’ensemble des lots disponibles en France, c’est-à-dire les unités présentes dans le circuit de distribution et dans les officines.

Pour les boîtes déjà détenues par un patient, les modalités de retour ne sont pas décrites dans l’information publiée par l’ANSM. La question se pose à son pharmacien, qui applique la procédure du rappel. Là encore, la conduite à tenir sur le traitement lui-même appartient au prescripteur.

Pourquoi l’autorisation a été retirée : ce n’est pas un danger nouveau

Le réflexe le plus naturel, en apprenant qu’un médicament est retiré, est de conclure qu’on lui a découvert une toxicité. Ce n’est pas ce qui s’est passé ici. Le risque hépatique de l’avacopan était identifié et figurait dans son information officielle. Ce qui a changé, c’est l’autre plateau de la balance : la démonstration du bénéfice.

Une autorisation de mise sur le marché repose sur la comparaison entre un bénéfice établi et des risques acceptés. Quand la preuve du bénéfice disparaît, la balance bascule mécaniquement, même si aucun risque nouveau n’est apparu. C’est le raisonnement suivi par le CHMP : à l’issue de sa réévaluation, le comité a conclu que l’essai ADVOCATE — l’essai clinique sur lequel reposait l’autorisation de 2022 — avait été conduit en violation des bonnes pratiques cliniques, et que les données transmises lors de l’évaluation initiale étaient inexactes et trompeuses. Elles ne pouvaient donc plus servir à démontrer l’efficacité du médicament.

Les bonnes pratiques cliniques sont l’ensemble des règles internationales qui encadrent la conduite d’un essai : recueil des données, traçabilité, indépendance de l’évaluation des résultats. Elles n’ont pas pour objet de rendre un essai plus favorable ou moins favorable, mais de le rendre interprétable. Un essai qui s’en écarte ne devient pas nécessairement faux ; il devient impossible à utiliser comme preuve.

Cette distinction explique la portée de la décision. Le retrait vise tous les patients traités, et pas seulement ceux qui présentaient une anomalie hépatique, parce que ce qui manque désormais est commun à tous : la raison d’accepter le risque. Aucune décision de justice n’est documentée dans ce dossier, et les termes retenus par le comité européen restent ceux d’une conduite d’essai non conforme et de données jugées inexactes et trompeuses.

Ce que recouvre une donnée « réadjudiquée » dans un essai clinique

ADVOCATE comparait, chez 331 patients, 52 semaines de traitement par avacopan à un placebo associé à 20 semaines de corticoïdes, les deux groupes recevant par ailleurs le traitement standard de la vascularite. Le critère de jugement principal — la mesure décidée à l’avance pour trancher si le médicament marche — était la rémission soutenue à 52 semaines. Le résultat publié en 2021 donnait 65,7 % de rémission soutenue sous avacopan contre 54,9 % sous prednisone.

Deux garde-fous rendent ce type de résultat crédible. Le verrouillage de la base de données fige les données recueillies avant toute analyse ; l’insu fait que ni le patient ni ceux qui évaluent les résultats ne savent qui a reçu quoi. Tant que ces deux verrous tiennent, un classement « en rémission » ou « non en rémission » ne peut pas être influencé par la connaissance du groupe.

C’est précisément là que le dossier se noue. L’évaluation du critère principal de neuf patients a été révisée après le verrouillage de la base et après la levée de l’insu, sans que les auteurs académiques en soient informés et sans que l’article publié le mentionne. Cinq patients du groupe avacopan ont été reclassés de « non en rémission soutenue » à « en rémission soutenue ». Neuf dossiers sur 331 peuvent sembler peu ; rapportés à un écart de moins de onze points entre les deux groupes de l’essai, ils suffisent à déplacer le résultat, et surtout à rendre indéterminable ce qu’aurait donné l’analyse sans ces révisions.

La conséquence s’est jouée sur deux terrains. Fin juin 2026, le New England Journal of Medicine a rétracté l’article princeps de l’essai (N Engl J Med 2021 ;384:599-609), à la demande de deux de ses auteurs académiques, David Jayne et Peter Merkel. Une rétractation n’est pas une correction : l’article sort du corpus scientifique et ne peut plus être invoqué comme preuve. Tout ce qui s’appuyait sur lui — à commencer par une autorisation européenne accordée en 2022 — perd son socle. C’est ce mécanisme qui permet à un article vieux de cinq ans de faire tomber une autorisation. La même logique s’applique à toute lecture d’un essai clinique : ce qui compte n’est pas seulement le chiffre annoncé, mais ce qu’un essai clinique permet réellement de conclure.

Le risque hépatique : ce qui est établi, ce qui reste discuté

Le profil de risque connu de l’avacopan comprend des atteintes du foie d’origine médicamenteuse et un syndrome de disparition des voies biliaires, avec des cas d’issue fatale rapportés. Les voies biliaires sont les petits canaux qui évacuent la bile depuis le foie vers l’intestin. Dans ce syndrome, ces canaux sont progressivement détruits : la bile n’est plus correctement évacuée, s’accumule et peut conduire à une atteinte hépatique grave. Le processus est silencieux au début, ce qui explique que la surveillance repose sur des analyses de sang plutôt que sur les symptômes.

C’est le sens du rythme demandé par l’ANSM tant qu’un patient reste sous traitement : un contrôle de la fonction hépatique toutes les deux semaines pendant les trois premiers mois, puis tous les mois jusqu’à six mois. La densité initiale n’est pas arbitraire ; elle correspond à la période où le signal biologique est le plus susceptible d’apparaître. En cas de suspicion de syndrome de disparition des voies biliaires, le traitement doit être arrêté immédiatement, sur décision médicale.

La discussion porte sur l’interprétation du signal recueilli après la commercialisation. Au Japon, où le médicament a été lancé en juin 2022, le titulaire local Kissei a rapporté 20 cas mortels d’atteinte hépatique grave parmi plus de 8 500 patients traités. Ce chiffre n’est pas un taux de mortalité mesuré : il provient de notifications spontanées, un système où les cas remontent parce qu’un soignant les signale. La sous-déclaration y est la règle, et la responsabilité du médicament n’est pas établie dossier par dossier. Un tel chiffre signale une alerte à instruire, il ne donne pas un risque individuel.

Les deux parties ne lisent pas ce signal de la même manière, et leurs positions sont datées. Pour l’EMA, dans sa communication du 26 juin 2026, le risque hépatique connu, avec ses issues fatales, ne peut plus être compensé dès lors que le bénéfice n’est plus démontrable. Le titulaire Amgen, dans une déclaration publique du 15 mai 2026, soutenait de son côté que « Tavneos démontre une efficacité et un rapport bénéfice/risque favorable pour les patients vivant avec une vascularite à ANCA », ajoutait que les cas japonais incluent des situations où la causalité n’est pas établie et indiquait qu’aucun décès lié à une atteinte hépatique grave n’était connu aux États-Unis, sur plus de 8 000 patients y ayant reçu le médicament. Aux États-Unis, cette position est elle-même contestée par l’autorité sanitaire : la FDA a notifié à Amgen en avril 2026 une proposition de retrait de l’autorisation américaine, procédure toujours en cours à ce jour, le médicament y restant disponible tant qu’elle n’a pas abouti ; le laboratoire a demandé une audition et transmis de nouvelles analyses le 23 juillet 2026. Cette prise de position est antérieure de six semaines à la recommandation du CHMP, et donc à la rétractation de l’article princeps, intervenue fin juin 2026. Le motif retenu par le comité européen porte, lui, d’abord sur les données d’efficacité.

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Les signes qui doivent faire consulter sans attendre

Les manifestations d’une atteinte du foie sont banales prises isolément : fatigue inhabituelle, nausées, perte d’appétit, douleurs du ventre, en particulier sous les côtes à droite, urines foncées, et jaunissement de la peau ou du blanc des yeux. Cette banalité est précisément le problème. Chez une personne atteinte d’une maladie inflammatoire chronique, ces signes sont volontiers attribués à la maladie elle-même ou à la fatigue générale.

Sous un traitement à risque hépatique connu, ils changent de portée et justifient un avis médical rapide plutôt qu’une attente. Le jaunissement de la peau ou des yeux, en particulier, n’est jamais un symptôme à surveiller à domicile. Ces manifestations ne sont pas propres à l’avacopan : ce sont les signes d’une atteinte du foie quelle qu’en soit l’origine, et on les retrouve par exemple au cours des hépatites virales. Elles ne permettent pas à elles seules d’identifier une cause, ce qui est une raison supplémentaire de consulter plutôt que d’interpréter.

À quoi servait ce médicament dans la vascularite à ANCA

Les vascularites à ANCA sont des maladies auto-immunes rares dans lesquelles le système immunitaire attaque la paroi des petits vaisseaux sanguins. Les ANCA sont des anticorps dirigés contre certains constituants des globules blancs, dont la présence sert au diagnostic. Deux formes étaient concernées par l’autorisation de Tavneos : la granulomatose avec polyangéite et la polyangéite microscopique, dans leurs formes sévères et actives chez l’adulte.

La granulomatose avec polyangéite touche environ 24 personnes par million d’habitants en France, avec un âge médian au diagnostic proche de 50 ans. Elle atteint les voies aériennes supérieures et les poumons chez 80 à 100 % des patients et les reins chez environ 75 % d’entre eux, et une rechute survient chez près de la moitié des patients dans les cinq ans. Ces ordres de grandeur situent la population concernée : quelques centaines de personnes traitées par avacopan en France, dans une maladie rare mais identifiée, suivie en centres spécialisés, et dont le contrôle ne supporte pas d’interruption prolongée du suivi.

Le point décisif pour un patient est la place exacte qu’occupait ce médicament. Autorisé depuis le 11 janvier 2022, l’avacopan se prescrivait en association à un schéma de rituximab ou de cyclophosphamide, jamais seul. Il n’était donc pas le traitement de fond de la vascularite, mais un traitement d’appoint dont l’intérêt attendu était de réduire l’exposition aux corticoïdes, dont les effets indésirables à long terme sont bien connus. Ce qui disparaît avec le retrait, c’est cet appoint, pas le traitement qui contrôle la maladie.

Ce qui prend le relais, et ce que cela implique

Les options thérapeutiques de la vascularite à ANCA restent en place : corticoïdes, rituximab, cyclophosphamide et autres immunosuppresseurs. Selon la filière de santé maladies rares FAI2R, le traitement standard des formes systémiques se déroule en deux temps. Une phase d’induction associe des corticoïdes à du cyclophosphamide ou du rituximab, avec des échanges plasmatiques dans les formes sévères. Une phase d’entretien prend le relais, fondée sur des corticoïdes à dose minimale et du rituximab pendant environ dix-huit mois.

Le retrait de l’avacopan ne modifie rien à ce socle, qui reposait déjà sur d’autres données que celles d’ADVOCATE. Aucune conclusion tirée de ce dossier ne s’étend au rituximab, au cyclophosphamide ni à d’autres immunosuppresseurs : ce qui est en cause est une molécule et l’essai qui l’a fait autoriser, pas une classe de médicaments ni une stratégie thérapeutique.

Ce que la disparition de l’appoint peut changer, en pratique, relève de l’appréciation du spécialiste : la question de l’exposition aux corticoïdes se repose pour chaque patient, en fonction de l’activité de la maladie et des traitements déjà reçus. Cet arbitrage est individuel et ne se déduit d’aucune règle générale ; aucune dose, aucune durée et aucun calendrier de relais ne peuvent être avancés ici.

Ce que payait l’Assurance maladie, et ce qui change

Tavneos était un médicament coûteux et strictement encadré. La boîte de 180 gélules était affichée à 4 469,75 € hors honoraires de dispensation, avec un taux de remboursement de 65 % ; la boîte de 30 gélules, elle, n’était pas remboursable. S’y ajoutaient les conditions de prescription déjà évoquées : prescription initiale hospitalière annuelle, renouvellement par certains spécialistes, liste I et surveillance particulière pendant le traitement.

Ce taux de 65 % mérite d’être lu correctement, car il est régulièrement confondu avec une part du prix payé. Le taux s’applique à la base de remboursement, c’est-à-dire au tarif de référence retenu par l’Assurance maladie, et non à la somme réellement déboursée. La différence entre la base et ce qui est remboursé constitue le ticket modérateur, susceptible d’être pris en charge par une complémentaire santé. Le mécanisme est le même que pour n’importe quel acte ou produit remboursable, et se retrouve par exemple dans le calcul de la base de remboursement, du ticket modérateur et du reste à charge.

Depuis le 4 août 2026, cette arithmétique n’a plus d’objet. Un médicament sans autorisation de mise sur le marché sort du champ du remboursement, et la fiche officielle française porte la mention d’un arrêt de commercialisation à cette date, au motif que le médicament n’a plus d’autorisation. Une ordonnance en cours de validité ne rouvre aucun droit : elle ne permet ni la délivrance ni la prise en charge. Pour les patients concernés, la question financière n’est donc pas celle d’un taux qui baisserait, mais celle d’un produit qui sort entièrement du circuit.

Ce que ce retrait ne permet pas de conclure

Deux extrapolations opposées sont à éviter. La première consisterait à conclure que l’avacopan est inefficace. Ce n’est pas ce que dit le CHMP : le comité conclut que l’efficacité n’est plus démontrable à partir des données disponibles, ce qui est une absence de preuve et non une preuve d’absence. Le titulaire, de son côté, maintenait en mai 2026 une lecture différente du rapport entre bénéfice et risque.

La seconde consisterait à étendre la défiance à l’ensemble du traitement de la vascularite. Rien dans ce dossier ne concerne l’efficacité du rituximab ou du cyclophosphamide, ni celle d’autres médicaments agissant par un mécanisme voisin. Le retrait porte sur une molécule et sur l’essai qui l’a fait autoriser.

L’essentiel à retenir

Tavneos (avacopan) n’a plus d’autorisation de mise sur le marché depuis le 4 août 2026 et ne peut plus être ni prescrit ni délivré en France, renouvellement d’ordonnance compris. Le motif tient à l’impossibilité de démontrer l’efficacité à partir des données de l’essai qui avait fondé l’autorisation, et non à la découverte d’un danger nouveau.

Pour les quelque 600 patients traités en France, la conduite demandée par l’ANSM est de ne pas interrompre le traitement de sa propre initiative et de contacter rapidement le prescripteur, qui organisera l’arrêt et le suivi. Le traitement de fond de la vascularite à ANCA — corticoïdes, rituximab, cyclophosphamide — reste disponible. Fatigue inhabituelle, nausées, douleurs abdominales ou jaunissement de la peau ou des yeux justifient un avis médical sans attendre.

Questions fréquentes

Puis-je terminer la boîte qu’il me reste ?

Cette décision n’appartient pas au patient. Depuis le 4 août 2026, le médicament n’a plus d’autorisation et l’ANSM indique qu’il ne peut plus être prescrit ni délivré. L’agence demande néanmoins de ne pas interrompre le traitement de sa propre initiative et de contacter rapidement le médecin spécialiste qui l’a prescrit : c’est à lui de décider de l’arrêt et de son calendrier.

Que faire si je n’obtiens pas de rendez-vous rapidement ?

Le circuit de prescription était réservé à des spécialistes hospitaliers ou à des spécialistes en dermatologie, médecine interne, néphrologie, pneumologie ou rhumatologie : le service ou le centre qui suit la vascularite reste le premier interlocuteur, y compris par téléphone ou via le secrétariat. Le médecin traitant peut également faire le lien. En cas de fatigue inhabituelle, de nausées, de douleurs abdominales ou de jaunissement de la peau ou des yeux, l’avis médical ne doit pas attendre le rendez-vous prévu.

Pourquoi ce médicament avait-il été autorisé en 2022 ?

L’autorisation européenne du 11 janvier 2022 reposait sur l’essai ADVOCATE, mené chez 331 patients, dont les résultats avaient été publiés en 2021. Le CHMP a conclu en juin 2026 que cet essai avait été conduit en violation des bonnes pratiques cliniques et que les données transmises lors de l’évaluation initiale étaient inexactes et trompeuses, donc inutilisables pour démontrer l’efficacité. L’article correspondant a été rétracté fin juin 2026.

Existe-t-il un équivalent de l’avacopan ?

Il n’existe pas de médicament de substitution portant la même molécule. Les traitements de la vascularite à ANCA restent disponibles : corticoïdes, rituximab, cyclophosphamide et autres immunosuppresseurs. L’avacopan venait en complément d’un schéma de rituximab ou de cyclophosphamide, et non à leur place : c’est cet appoint qui disparaît, pas le traitement de fond. Le choix du schéma revient au spécialiste.

Que devient le remboursement d’une boîte déjà payée ?

Un médicament sans autorisation de mise sur le marché sort du champ du remboursement, et une ordonnance en cours ne rouvre aucun droit. Pour une délivrance intervenue avant le retrait, la question relève de la caisse d’assurance maladie et, le cas échéant, de la complémentaire santé, selon les règles applicables au rappel. Le taux de 65 % qui s’appliquait à la boîte de 180 gélules portait sur la base de remboursement, pas sur le montant réellement payé.

Le retrait augmente-t-il le risque de rechute de la maladie ?

La granulomatose avec polyangéite rechute chez environ la moitié des patients dans les cinq ans, indépendamment de ce retrait. C’est précisément pour cette raison que l’ANSM demande que l’arrêt soit organisé par le prescripteur plutôt que décidé seul : le suivi de la maladie et l’ajustement du traitement de fond se poursuivent après la disparition de l’avacopan.