Quatre patients opérés sur six traités, dans un essai de phase 1 encore en cours : voilà où en est une technique qui allume un médicament au laser, depuis l’intérieur de l’artère qu’encercle une tumeur du pancréas. Ce point d’étape a été annoncé par communiqué le 10 septembre 2026 par UCI Health, le centre hospitalier de l’université de Californie à Irvine, et n’a paru dans aucune revue scientifique. Le principe consiste à détruire les vaisseaux qui nourrissent la tumeur autour de l’artère, pour que la chirurgie redevienne envisageable dans un cancer du pancréas inopérable.
Six patients ne font pas un traitement. L’essai n’a pas de groupe témoin, aucune donnée de survie n’est publiée, et la seule publication scientifique est un résumé de congrès paru dans le numéro de mai 2026 d’une revue de radiologie interventionnelle. La technique n’est accessible qu’au sein de cet essai américain : elle n’est ni autorisée ni disponible en France pour le cancer du pancréas, où la chimiothérapie reste le traitement de référence des formes localement avancées.
Une tumeur qui enserre une artère ferme la porte du bloc
Inopérable ne veut pas dire métastasé. Si vous lisez ce mot dans un compte rendu, il ne dit rien à lui seul de l’extension de la maladie. Une tumeur du pancréas peut rester localisée, sans métastase, et ne pas pouvoir être retirée pour autant. Le Thésaurus national de cancérologie digestive, dont le chapitre pancréas a été mis à jour par la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) en mai 2024, fixe le critère : un cancer est dit localement avancé lorsque la tumeur est au contact d’une artère sur 180 degrés ou plus, ou lorsqu’elle bouche un vaisseau d’une manière que la chirurgie ne peut pas reconstruire.
Cent quatre-vingts degrés, c’est un demi-tour. La tumeur colle à la moitié au moins de la circonférence d’une grosse artère digestive. Le chirurgien ne peut plus la détacher sans emporter ou reconstruire le vaisseau avec elle. C’est cette géométrie, et non la taille de la tumeur, qui la fait basculer du côté des formes non opérables.
L’enjeu se mesure à l’échelle du pays. La Fondation ARC, qui reprend les chiffres de l’Institut national du cancer, recense 15 991 nouveaux cas de cancer du pancréas en France en 2023, soit environ 44 diagnostics par jour. Sur cent patients, 10 à 20 seulement peuvent être opérés au moment du diagnostic selon les sources : la Fondation ARC donne 10 à 20 %, la SNFGE 15 à 20 %. Rapporté aux cas de 2023, cela représente de l’ordre de 1 600 à 3 200 personnes.
La survie nette, tous stades confondus, est de 39 % à un an et de 11 % à cinq ans d’après Santé publique France, pour des diagnostics posés entre 1989 et 2018. Onze sur cent, c’est à peu près une personne sur neuf. L’opération est la condition d’un contrôle durable de la maladie. Toute stratégie qui dégagerait l’artère touche donc au point de blocage.
La padéliporfine, inerte tant que la lumière ne l’allume pas
Le médicament utilisé, la padéliporfine, circule dans le sang sans rien faire tant qu’il reste dans l’obscurité. Seule la zone éclairée par un laser réglé sur sa longueur d’onde, 753 nanomètres, l’active. Selon le dossier d’évaluation publié par l’Agence européenne des médicaments (EMA), la molécule ainsi activée produit des radicaux oxygénés, des formes d’oxygène très réactives. Ils détruisent les vaisseaux sanguins qui alimentent le cancer, et les cellules cancéreuses privées de sang meurent rapidement.
La cible première est donc le réseau vasculaire, pas la cellule tumorale. D’où le nom de la méthode : thérapie photodynamique vasculaire ciblée, abrégée VTP selon le sigle anglais. L’effet reste localisé parce que le produit n’agit que là où la lumière arrive.
La molécule n’est pas nouvelle. Sous le nom de Tookad, elle est autorisée dans l’Union européenne depuis le 10 novembre 2017, uniquement pour un cancer de la prostate à faible risque, limité à un lobe de la glande et jamais traité ; le titulaire de cette autorisation est Steba Biotech. La lumière y est apportée par des fibres optiques placées dans la prostate. L’essai qui a fondé cette autorisation portait sur 413 patients : à 24 mois, 49 hommes traités sur cent ne présentaient pas de signe définitif de cancer dans les tissus, contre 14 sur cent sans traitement.
Ces chiffres valent pour la prostate, pas pour le pancréas. L’autorisation européenne ne couvre aucune autre indication. La nouveauté tient au trajet de la lumière. UCI Health présente son essai comme le premier chez l’humain : cela vaut pour cette application au pancréas, avec une lumière délivrée depuis l’intérieur de l’artère, puisque la molécule elle-même est autorisée chez l’humain depuis 2017.
Depuis l’intérieur de l’artère, dix minutes de lumière avant la chirurgie
Le déroulé est décrit à la fois par le registre public des essais ClinicalTrials.gov, sous le numéro NCT05919238, et par le communiqué d’UCI Health. Il commence par une injection de padéliporfine dans une veine, à la dose de 4 milligrammes par kilo de poids. Le produit se répartit dans la circulation, encore inactif.
Vient ensuite la mise en place du laser, par voie endovasculaire, c’est-à-dire par l’intérieur des vaisseaux. Un cathéter à ballonnet qui contient la source lumineuse est conduit jusque dans l’artère enserrée par la tumeur. Selon le registre, trois artères sont visées : l’artère mésentérique supérieure, le tronc cœliaque ou l’artère hépatique commune. La lumière est donc apportée au plus près du tissu tumoral, depuis le vaisseau que la tumeur encercle.
L’illumination dure dix minutes au total, en deux séquences de cinq minutes. Le produit activé détruit alors les vaisseaux du tissu tumoral situé autour de l’artère. Après la séance, les patients restent trois jours dans l’obscurité, pour éviter que la lumière ambiante n’abîme la peau et les tissus encore chargés du produit. L’opération a lieu environ deux semaines après le traitement, pour retirer ce qui reste de la tumeur.
| Étape | Ce qui se passe | Durée ou délai | Source |
|---|---|---|---|
| Injection | Padéliporfine par voie veineuse, 4 mg par kilo | Non précisée | Registre ClinicalTrials.gov |
| Mise en place | Cathéter à ballonnet contenant le laser, placé dans l’artère encerclée | Non précisée | Registre, UCI Health |
| Illumination | Laser à 753 nanomètres qui active le produit dans la zone éclairée | Deux fois 5 minutes, soit 10 minutes | Registre, UCI Health |
| Protection | Séjour dans l’obscurité contre les lésions de la peau et des tissus | 3 jours | UCI Health |
| Chirurgie | Ablation du tissu tumoral restant | Environ 2 semaines après | UCI Health |
Dix minutes de lumière, puis environ deux semaines avant le bloc. La lumière ne remplace pas l’opération. Elle vise à la rendre faisable, en dégageant le vaisseau que la tumeur enserrait. Ce but reste une hypothèse de travail : l’essai n’a pas été conçu pour démontrer qu’il est atteint.

La dose de lumière et les trois jours dans le noir, deux freins encore à l’essai
Le premier frein tient à l’artère elle-même. La lumière est délivrée depuis son intérieur, et le vaisseau doit rester intact. C’est pourquoi l’essai cherche d’abord la dose de lumière que l’organisme tolère. Le registre prévoit trois paliers, de 200, 400 puis 600 milliwatts par centimètre carré : l’intensité triple entre le premier et le dernier palier.
Cette montée par paliers constitue la partie A de l’essai. La partie B ajoute une cohorte d’extension, un groupe supplémentaire traité à la dose maximale tolérée. Les critères principaux sont la tolérance, cotée selon la classification internationale des effets indésirables CTCAE (version 5.0), et cette dose maximale, évaluée au trentième jour. La réponse de la tumeur au scanner, mesurée aux jours 2, 30 et 60 et selon RECIST 1.1, la grille standard de mesure des tumeurs, n’est qu’un critère secondaire.
C’est la définition même d’une phase 1 : trouver une dose tolérable avant de chercher une efficacité. Le registre prévoit 30 participants au total. Les six patients traités représentent donc un cinquième de l’effectif visé.
Le second frein est la sensibilité à la lumière. Selon UCI Health, le produit impose trois jours d’obscurité pour éviter des lésions de la peau et des tissus.
La sélection, enfin, est étroite. Le registre exige un adénocarcinome du pancréas de stade III non opérable, sans métastase, et un contact tumoral de plus de 180 degrés avec l’artère sur 3 centimètres au plus. L’artère doit mesurer entre 5 et 10 millimètres de diamètre, soit entre un demi-centimètre et un centimètre. L’état général doit être bon, coté 0 ou 1 sur l’échelle ECOG. Sont exclues les personnes déjà traitées par radiothérapie du pancréas, et celles atteintes de porphyrie ou d’une maladie de peau photosensible. Tous les malades ne sont pas candidats.
Quatre opérés sur six en phase 1, un résultat où chaque patient pèse 17 points
Le bilan chiffré vient du communiqué d’UCI Health du 10 septembre 2026. Six patients ont été traités à ce jour dans cet essai de phase 1. Quatre ont ensuite été opérés pour retirer le tissu tumoral restant. Chez trois de ces quatre, aucune cellule cancéreuse n’a été trouvée aux marges, c’est-à-dire sur les bords du tissu retiré par le chirurgien.
Avec six patients, chaque personne pèse environ 17 points de pourcentage. Si un seul des quatre opérés ne l’avait pas été, le bilan serait de trois sur six, la moitié. Un effectif aussi petit rend tout pourcentage instable.
Ce décompte se lit dans un seul sens. Il part des patients traités et compte combien ont été opérés ensuite. Dans l’autre sens, il ne dit rien : il ne permet pas de savoir combien de ces patients auraient été opérés sans la lumière. L’essai n’a pas de groupe témoin, c’est-à-dire de patients comparables suivis sans ce traitement. Les traitements reçus avant la séance de laser ne sont pas publiés, pas plus que la durée de suivi. Attribuer les opérations à la lumière plutôt qu’à ces traitements antérieurs est impossible en l’état.
Des marges sans cellule cancéreuse sont le meilleur résultat qu’une opération puisse viser. Elles ne prouvent pas que le cancer a disparu. Elles ne disent rien de la survie.
Le statut des données compte autant que les chiffres. La seule publication est un résumé de congrès, référencé LBA23, paru dans le numéro de mai 2026 (volume 37, numéro 5) du Journal of Vascular and Interventional Radiology. Il décrit un essai de phase 1 multicentrique en cours, à escalade de dose de lumière, chez des patients atteints d’un adénocarcinome canalaire du pancréas localement avancé non opérable. D’après UCI Health, ces résultats préliminaires portaient sur trois participants, et trois autres ont été traités depuis. Le texte du résumé n’a pas pu être consulté : l’effectif qu’il rapporte n’est pas confirmé à la source. Le bilan à six patients, quatre opérés et trois marges saines n’est donc attribuable qu’au communiqué de l’hôpital, et ne figure dans aucune publication relue par des pairs.
Un essai californien, aucun accès en France et un long chemin à parcourir
L’essai compte deux centres, tous deux en Californie : City of Hope et l’université de Californie à Irvine. Son promoteur est la société Impact Biotech, qui développe la technique selon le communiqué d’UCI Health. D’après le registre ClinicalTrials.gov, dont la dernière mise à jour date du 19 août 2026, il a débuté le 15 mai 2024 et figurait toujours à la mi-septembre 2026 comme « en recrutement ». La fin de l’évaluation du critère principal y était estimée au 30 août 2026, une échéance dépassée que la fiche n’a pas actualisée. Plus de deux ans après son lancement, il reste un essai de phase 1.
La technique n’est autorisée nulle part pour le pancréas. Selon UCI Health, des essais de phases 2 et 3, sur des effectifs nettement plus grands, nécessitent un feu vert de la FDA, l’agence américaine du médicament. L’autorisation européenne de la padéliporfine ne couvre que le cancer de la prostate à faible risque. Aucune date de disponibilité ne peut être avancée, en France ou ailleurs.
Pour un cancer du pancréas localement avancé, la référence française reste celle du Thésaurus national de cancérologie digestive. Chez les patients en bon état général, elle repose sur la chimiothérapie mFOLFIRINOX. Une radiochimiothérapie peut être proposée en option, après au moins quatre mois de contrôle de la tumeur. La recherche avance aussi du côté des médicaments, avec une autre piste thérapeutique contre le cancer du pancréas.
Un essai n’est pas une alternative au traitement en cours. Cette technique n’est proposée qu’aux patients inclus dans l’essai américain, selon des critères anatomiques stricts. Elle ne justifie ni d’interrompre ni de retarder une chimiothérapie. Si vous êtes suivi pour ce cancer, ou si un proche l’est, toute question sur la possibilité de participer à un essai clinique relève de l’équipe d’oncologie qui assure ce suivi, seule à même de juger d’une situation individuelle.
Le chemin qui sépare ce point d’étape d’un traitement est long, et il est connu. Restent à établir la tolérance de l’artère au-delà de trente jours et la dose de lumière retenue. Sur un effectif plus large, la proportion de patients opérés devra être mesurée, puis la survie. Le dernier verrou est un bénéfice face à la stratégie standard, que seul un essai contrôlé comparant les deux options peut démontrer. Aucun de ces résultats n’est publié.
L’essentiel à retenir
- Un cancer du pancréas sans métastase est jugé inopérable quand la tumeur entoure une grosse artère sur un demi-tour ou plus.
- La padéliporfine, inactive dans l’obscurité, détruit les vaisseaux de la tumeur là où un laser l’éclaire, ici depuis l’intérieur de l’artère.
- Selon un communiqué d’UCI Health, que ne reprend encore aucune revue scientifique, quatre patients sur six traités dans cet essai de phase 1 ont été opérés ensuite ; l’essai n’a ni groupe témoin ni donnée de survie publiée.
- La technique n’est accessible que dans l’essai mené par deux centres californiens ; elle n’est pas autorisée en France, où la chimiothérapie reste la référence.
Questions fréquentes sur le laser dans le cancer du pancréas
Qu’est-ce qu’une thérapie photodynamique vasculaire ?
C’est un traitement en deux temps : un médicament sensible à la lumière est injecté, puis un laser l’active dans une zone précise. Activée, la padéliporfine produit des formes d’oxygène très réactives qui détruisent les vaisseaux sanguins nourrissant la tumeur. Privées de sang, les cellules cancéreuses meurent. Hors de la zone éclairée, le produit reste inactif.
Pourquoi un cancer du pancréas sans métastase peut-il être inopérable ?
Parce que la tumeur peut entourer une grosse artère digestive. En France, un cancer est dit localement avancé quand la tumeur touche une artère sur 180 degrés ou plus, ou bouche un vaisseau que la chirurgie ne peut pas reconstruire. Le chirurgien ne peut alors pas la retirer sans emporter le vaisseau.
Peut-on recevoir ce traitement en France ?
Non. La technique n’est proposée que dans un essai de phase 1 mené dans deux centres en Californie, et elle n’est autorisée nulle part pour le pancréas. L’autorisation européenne de la padéliporfine ne concerne que le cancer de la prostate à faible risque. Toute question sur un essai clinique se pose à l’équipe d’oncologie qui vous suit, ou qui suit votre proche.
Des marges sans cellule cancéreuse signifient-elles que le cancer a disparu ?
Non. Des marges saines indiquent que les bords du tissu retiré ne contenaient pas de cellule cancéreuse : c’est le meilleur résultat qu’une opération puisse viser. Selon UCI Health, c’était le cas chez trois des quatre patients opérés, sur six traités dans cet essai de phase 1. Aucune donnée de survie ni durée de suivi n’est publiée.
Quand ce traitement pourrait-il être disponible ?
Aucune date ne peut être avancée. L’essai en cours cherche encore la dose de lumière tolérable, et les phases 2 et 3 attendent un feu vert de l’agence américaine du médicament. Il faudra ensuite mesurer la survie et démontrer un bénéfice face à la chimiothérapie de référence, dans un essai contrôlé.