Environ sept cas de plus pour 1 000 hommes sur huit ans : c’est l’ordre de grandeur du « +14 % de risque cardiovasculaire par heure de jetlag alimentaire » observé chez les hommes de la cohorte NutriNet-Santé, une fois ramené à leur risque de départ. Ce décompte est un calcul illustratif, établi à partir des chiffres bruts de l’étude, et il suppose un lien de cause à effet que ce travail ne démontre pas. Il ne s’agit pas de 14 chances sur 100.
Le résultat provient d’une étude observationnelle française publiée le 1ᵉʳ septembre 2026 dans la revue Communications Medicine, menée par des équipes de l’Inserm et de l’INRAE. Chez les hommes, elle associe chaque heure d’écart entre les horaires des repas de la semaine et ceux du week-end à un risque plus élevé de maladie cardiovasculaire, et plus encore de maladie coronarienne. Chez les femmes, et pour les accidents vasculaires cérébraux, aucune association n’apparaît. Pour que ce pourcentage vous parle, trois repères comptent : ce qu’il mesure, d’où part le calcul, et pourquoi l’horloge biologique des organes est soupçonnée.
14 % par heure de décalage, un chiffre qui ne vaut que pour les hommes
Le chiffre de 14 % a une adresse précise. Il concerne les hommes de la cohorte et l’ensemble des maladies cardiovasculaires, avec un rapport de risques de 1,14 par heure de jetlag alimentaire. Son intervalle de confiance à 95 %, la fourchette dans laquelle se situe vraisemblablement la valeur réelle, va de 1,05 à 1,23 : il reste entièrement au-dessus de 1, ce qui rend l’association statistiquement significative.
Cet ensemble est tiré par son versant coronarien, celui de l’infarctus et de l’angor. Pour les maladies coronariennes seules, le rapport atteint 1,21 par heure, soit 21 % de plus, avec une fourchette de 1,11 à 1,33. Pour les maladies cérébrovasculaires, c’est-à-dire les AVC, l’estimation chez les hommes est de 0,97, et sa fourchette de 0,83 à 1,13 englobe l’absence d’effet. Chez les femmes, dans le modèle le plus complet, les trois estimations restent proches de 1 : 0,98 pour l’ensemble cardiovasculaire, 0,95 pour le coronarien, 0,99 pour le cérébrovasculaire.
Le signal est masculin et coronarien. Les chiffres de 14 % et 21 % sont ceux du premier modèle statistique, repris dans le résumé de l’article et dans le communiqué de l’Inserm. Le modèle le plus complet, qui tient compte en plus de la corpulence, de l’alimentation, de l’heure du coucher et de la durée de sommeil, et qui porte sur les participants dont le sommeil était renseigné, donne 1,15 et 1,20 : le résultat est quasi inchangé.
Une heure de jetlag alimentaire, comment on la mesure
Le jetlag alimentaire n’a rien d’un voyage. C’est un écart d’horloge entre deux rythmes de la même semaine. Pour chaque participant, les chercheurs ont relevé l’heure de la première et de la dernière prise calorique dans des enregistrements alimentaires de 24 heures, puis calculé l’écart absolu entre les jours de semaine et ceux du week-end.
Ces relevés sont peu nombreux par personne : 5,8 journées en moyenne, avec un écart-type de 3,2, toutes recueillies pendant les deux premières années de suivi. Une « heure de jetlag alimentaire » est donc une moyenne tirée de cinq à six journées décrites par le participant. Un réveil tardif isolé ou un brunch occasionnel ne suffit pas à vous classer : l’écart est lissé sur l’ensemble de vos relevés. Un dimanche ne fait pas un décalage.
Les horaires de travail n’ont pas été recueillis. Les auteurs ont donc supposé que le lundi au vendredi correspondaient aux jours travaillés, et le samedi et le dimanche aux jours de repos. L’habitude alimentaire, elle, est relevée une fois, au début du suivi, puis n’est plus remesurée pendant les quelque huit années suivantes, alors qu’elle a pu changer entre-temps.
Une cohorte est un groupe de personnes suivies dans le temps sans qu’on leur impose quoi que ce soit : on observe leurs habitudes, puis on compte qui tombe malade. Celle-ci réunit 104 806 participants, dont 79,0 % de femmes, soit environ quatre sur cinq, pour un âge moyen de 42,7 ans. Les données ont été recueillies de 2009 à 2023, ce qui ne veut pas dire que chacun a été suivi sur toute la période : la durée médiane de suivi est de 8,1 ans, pour un total de 814 338 personnes-années. Sur ce suivi, 2 368 maladies cardiovasculaires sont survenues, dont 1 270 coronariennes et 1 098 cérébrovasculaires. Chaque cas a été déclaré par le participant, puis validé par les médecins de l’équipe à partir des dossiers médicaux transmis.
Un risque relatif : 14 % de plus que quoi ?
Un rapport de risques, ou hazard ratio (HR), de 1,14 est une comparaison, pas une probabilité. Il met face à face deux hommes de la cohorte qui ne diffèrent, dans le modèle statistique, que d’une heure de décalage entre semaine et week-end. Chez celui qui décale d’une heure de plus, les maladies cardiovasculaires surviennent à un rythme 14 % plus élevé au cours du suivi.
Ce « toutes choses égales par ailleurs » repose sur une liste précise. Le premier modèle tient compte de l’âge, du sexe, de la catégorie socioprofessionnelle, du diplôme, de la situation familiale, de l’activité physique, des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire, de l’alcool, du tabac et de son intensité, du nombre de prises alimentaires et de la présence d’enfants au foyer. Les modèles suivants ajoutent la corpulence mesurée par l’indice de masse corporelle (IMC), les apports énergétiques, la qualité de l’alimentation, puis l’heure du coucher et la durée de sommeil. Le rapport passe alors de 1,14 à 1,15.
Le calcul se lit dans un seul sens : il multiplie un risque qui existe déjà. Il ne dit pas que 14 hommes sur 100 auront un infarctus en raison de leurs horaires, ni que 14 % des maladies cardiovasculaires tiennent aux repas. Un pourcentage relatif s’applique à un point de départ ; si ce point est bas, 14 % de plus reste peu en nombre de personnes. Sans point de départ, 14 % ne vous dit rien.
Le point de départ : environ 50 hommes sur 1 000 en huit ans dans la cohorte
Le tableau descriptif de l’article fournit ce point de départ. Parmi les 21 982 hommes analysés, 1 097 ont eu une maladie cardiovasculaire pendant le suivi : environ 5,0 %, soit à peu près 50 sur 1 000, les 20 885 autres étant restés indemnes. Pour les maladies coronariennes, 689 de ces 21 982 hommes ont été touchés, environ 31 sur 1 000.
Ce calcul est brut. Il ne tient compte d’aucun facteur d’ajustement, et la durée de suivi varie d’un participant à l’autre autour d’une médiane de 8,1 ans. Il donne un ordre de grandeur pour les hommes de cette cohorte, pas votre risque personnel ni celui d’un homme en particulier.
Ce point de départ est aussi celui d’une population jeune et plutôt favorisée. L’âge moyen des participants, hommes et femmes confondus, est de 42,7 ans, et les volontaires de NutriNet-Santé ont un niveau socio-économique plus élevé et des comportements plus favorables à la santé que la population générale. À l’échelle de la France, Santé publique France recensait en 2022 242 227 adultes hospitalisés pour une cardiopathie ischémique, catégorie qui regroupe l’infarctus et l’angor, soit 452 pour 100 000 personnes-années : environ 4,5 pour 1 000 chaque année. Sept patients sur dix étaient des hommes, et l’âge moyen des personnes hospitalisées atteignait 69,3 ans. Ces chiffres nationaux ne se comparent pas directement à ceux de la cohorte : ils comptent des hospitalisations dans toute la population adulte, pas des cas validés chez des volontaires.
À 65 ans, le point de départ change. À risque de départ plus élevé, un même pourcentage relatif, s’il se confirmait, représenterait davantage de cas. L’étude ne publie cependant aucun résultat par tranche d’âge : elle ne permet pas de dire ce que pèserait une heure de décalage chez un homme de 65 ans plutôt que chez un homme de 40 ans.
De 50 à 57 cas pour 1 000 : la conversion pas à pas
Le calcul part des 50 cas pour 1 000 hommes observés dans la cohorte. Il leur applique le rapport de 1,14 : 50 × 1,14 donne 57. Pour 1 000 hommes suivis environ huit ans, une heure de décalage supplémentaire correspondrait donc à quelque 57 cas au lieu de 50, soit à peu près 7 de plus. Dans l’autre sens, environ 943 hommes sur 1 000 resteraient indemnes au lieu de 950.
Pour les maladies coronariennes, l’opération part de 31 cas pour 1 000 et du rapport de 1,21 : 31 × 1,21 donne environ 38, soit là aussi à peu près 7 cas de plus. Le pourcentage coronarien est plus élevé, mais il s’applique à un point de départ plus bas. Avec le modèle le plus complet (1,15 et 1,20), l’ordre de grandeur reste le même.
| Maladie | Risque de départ brut dans la cohorte | Rapport de risques par heure (modèle 1) | Cas illustratifs avec une heure de plus | Écart pour 1 000 hommes |
|---|---|---|---|---|
| Maladies cardiovasculaires | 1 097 sur 21 982, environ 50 pour 1 000 | 1,14 [1,05-1,23] | environ 57 pour 1 000 | environ 7 de plus |
| Maladies coronariennes | 689 sur 21 982, environ 31 pour 1 000 | 1,21 [1,11-1,33] | environ 38 pour 1 000 | environ 7 de plus |
Ce décompte n’est pas publié par les auteurs. C’est un calcul éditorial, arrondi, fondé sur le risque brut de la cohorte, et il repose sur deux hypothèses que l’étude ne permet pas de poser. La première : que l’association soit causale, autrement dit que le décalage des repas produise lui-même ces cas supplémentaires. La seconde : que l’effet soit proportionnel, le même rapport s’appliquant quel que soit le risque de départ de chacun. Ni l’une ni l’autre n’est démontrée.
Le décompte ne se prolonge pas non plus heure après heure. Les courbes dose-réponse tracées par les auteurs suggèrent un plateau à partir d’environ 1,5 heure de jetlag alimentaire, pour l’ensemble cardiovasculaire comme pour le coronarien. Les auteurs l’attribuent possiblement à une plage d’exposition restreinte, puisque 71 % des participants restent dans une fenêtre d’une heure : multiplier le rapport pour trois ou quatre heures d’écart sortirait de ce que la cohorte décrit.

Une heure d’écart, plus que la moyenne des participants
Une heure paraît peu. Pour situer votre propre habitude, le repère utile est celui des participants eux-mêmes. Dans la cohorte, c’est un peu plus que la moyenne : le jetlag alimentaire moyen est de 0,8 heure, soit environ 48 minutes, avec un écart-type de 0,8 heure.
Les chercheurs ont réparti les participants en trois catégories. Le groupe « Maintien », dont le décalage reste compris entre une heure plus tôt et une heure plus tard le week-end, rassemble 71,0 % des participants, environ 7 personnes sur 10. Le groupe « Retard », qui mange plus d’une heure plus tard le week-end, en réunit 24,2 %, près d’une sur quatre. Le groupe « Avance », qui mange plus d’une heure plus tôt, compte environ 5 % des participants, soit à peu près une personne sur vingt.
Ajouter une heure au décalage moyen revient donc à passer au-dessus de ce que fait la grande majorité de la cohorte. Ce n’est pas un écart marginal. L’étude ne fixe pas pour autant de seuil d’apparition : l’association est estimée heure par heure, et les catégories sont seulement découpées à plus ou moins une heure. Ces résultats ne décrivent aucune durée de décalage en dessous de laquelle le risque serait nul et au-dessus de laquelle il apparaîtrait. La seule inflexion décrite se situe en haut de l’échelle, avec le plateau des courbes vers 1,5 heure, là où les participants deviennent rares.
Avancer ou retarder ses repas : deux groupes, deux niveaux de solidité
Les comparaisons par groupe donnent les rapports les plus élevés, et les moins précis. Chez les hommes du groupe Avance, qui mangent en moyenne environ deux heures plus tôt le week-end selon le communiqué de l’Inserm, le rapport de risques atteint 1,44 pour l’ensemble cardiovasculaire et 1,68 pour le coronarien, par comparaison avec le groupe Maintien.
Les fourchettes sont larges : de 1,08 à 1,93 pour le premier, de 1,19 à 2,39 pour le second. Cette largeur tient à l’effectif, puisque ce groupe ne rassemble qu’environ 5 % des participants. Un rapport élevé mesuré sur un petit groupe est plus fragile qu’un rapport modeste estimé sur toute la cohorte.
Le groupe Retard, qui mange en moyenne 1 h 40 plus tard le week-end, est près de cinq fois plus nombreux. Chez les hommes, seul le risque coronarien y ressort, avec un rapport de 1,36 et une fourchette de 1,05 à 1,77. Pour l’ensemble cardiovasculaire, l’estimation de 1,14 s’accompagne d’une fourchette de 0,92 à 1,42, qui inclut l’absence d’effet : ce résultat n’est pas significatif dans le modèle le plus complet.
Le signal va dans les deux sens. Ce n’est pas le repas plus tardif du dimanche qui est pointé en particulier, mais l’irrégularité des horaires, que les repas soient avancés ou retardés le week-end.
Pourquoi les horloges biologiques des organes sont mises en cause
L’hypothèse des auteurs tient à la façon dont l’organisme mesure le temps. En dehors de l’horloge centrale du cerveau, les organes, dont le cœur, possèdent leurs propres horloges, dites périphériques. L’horaire des repas fait partie des signaux qui les règlent : les auteurs le décrivent comme un « donneur de temps », zeitgeber dans le vocabulaire scientifique.
Leur étude de 2023 sur la même cohorte, parue dans Nature Communications, posait déjà que l’alternance quotidienne entre alimentation et jeûne synchronise les horloges périphériques impliquées dans la régulation du système cardiovasculaire. Déplacer les repas deux jours sur sept imposerait alors à ces horloges un petit décalage horaire chaque week-end, sur le modèle de celui d’un voyage, puis un retour en semaine. Les auteurs rappellent que la désynchronisation circadienne touche la transcription des gènes, la contractilité du myocarde, c’est-à-dire la force de contraction du muscle cardiaque, les réponses métaboliques et le fonctionnement des mitochondries, les centrales énergétiques des cellules.
Deux résultats plaident pour une piste propre aux repas. L’association reste similaire après prise en compte du jetlag social, le décalage des heures de sommeil entre semaine et week-end, et le modèle le plus complet intègre l’heure du coucher et la durée de sommeil : le signal ne se réduit pas, dans ces données, au fait de se coucher plus tard le samedi. Ce même modèle tient compte des apports énergétiques et de la qualité de l’alimentation, si bien que c’est l’horaire des repas, et non le contenu de l’assiette, qui est examiné.
L’association tient aussi quand les travailleurs de nuit sont retirés de l’analyse. Ces derniers n’ont pas été étudiés en tant que tels, et les résultats ne disent rien de spécifique sur le travail posté ou de nuit.
L’horloge reste une piste. Aucun marqueur biologique n’a été mesuré dans l’étude : ni rythme des organes, ni paramètre métabolique relevé en fonction des horaires. Pour passer de l’hypothèse au mécanisme, il faudrait des travaux qui mesurent directement la désynchronisation chez des personnes aux repas irréguliers.
Chez les femmes, un signal absent malgré 1 271 cas
L’absence d’association chez les femmes ne tient pas à un manque de données. Elles totalisent 1 271 cas cardiovasculaires sur 82 824 participantes analysées, davantage que les 1 097 cas masculins. Sur l’ensemble de ces cas, dans le premier modèle, leur estimation est de 1,03 par heure, avec une fourchette de 0,95 à 1,12. Le modèle le plus complet, qui porte sur les participantes dont le sommeil était renseigné, donne 0,98, avec une fourchette de 0,88 à 1,09.
Ces fourchettes se lisent par leur borne haute. Au seuil habituel de 95 %, chacune reste sous l’estimation masculine du même modèle, 1,14 puis 1,15, et exclut donc, dans cette cohorte, un effet aussi fort. Si vous êtes une femme, elles ne démontrent pas pour autant que l’horaire de vos repas est sans importance. Absence de signal ne veut pas dire protection.
L’étude de 2023, menée sur 103 389 adultes de la même cohorte, associait au contraire un premier repas après 9 heures, comparé à un premier repas avant 8 heures, et un dernier repas après 21 heures, comparé à un dernier repas avant 20 heures, à un risque cardiovasculaire plus élevé, surtout chez les femmes. L’heure des repas et leur régularité sont deux mesures distinctes.
Pour expliquer la différence entre les sexes, les auteurs avancent des hypothèses qu’ils n’ont pas testées : un risque absolu plus élevé chez les hommes, des modes de vie et des contraintes professionnelles différents, une réponse du métabolisme à l’horaire des repas qui diffère selon le sexe chez l’animal, des rythmes hormonaux et des chronotypes distincts.
Un facteur de plus, pas un facteur à la place des autres
L’association persiste après prise en compte du tabac et de son intensité, de l’alcool, de l’activité physique, des antécédents familiaux, de l’IMC et du sommeil. Dans le modèle, le jetlag alimentaire s’ajoute à ces facteurs. Il ne les remplace pas et ne les relativise pas. Aucun facteur n’est effacé.
L’enjeu de ces maladies se mesure à l’échelle du pays : Santé publique France compte 31 391 décès par cardiopathie ischémique en 2021, soit environ 86 par jour. L’étude sur le jetlag alimentaire ne dit pourtant pas ce que produirait le fait de régulariser ses horaires. Elle observe des habitudes, elle ne les modifie pas, et la régularité des repas n’est pas une mesure de prévention validée. Rien dans ses résultats ne justifie de relâcher l’attention que vous portez au tabac, à la tension artérielle, au cholestérol ou à l’activité physique.
La même prudence de lecture vaut pour d’autres associations alimentaires observées dans des cohortes, comme celle qui relie la consommation de thé et la santé cardiovasculaire.
Les angles morts du calcul
Le décompte en cas pour 1 000 hérite de toutes les limites de l’étude. La première tient à la mesure : les horaires de travail n’ont pas été recueillis, et l’habitude de chaque participant est estimée sur quelques journées seulement, 5,8 en moyenne, relevées pendant les deux premières années puis jamais remesurées. La deuxième tient aux déclarations : les participants qui sous-déclaraient leurs apports alimentaires étaient plus souvent âgés, hommes, fumeurs, avec un IMC et une consommation d’alcool plus élevés et un niveau d’études plus bas. C’est le profil le plus exposé au risque cardiovasculaire.
La troisième tient à la population. Avec 79 % de femmes, un niveau socio-économique plus élevé et des comportements plus favorables à la santé, la cohorte n’est pas représentative de la population française, ce que les auteurs écrivent eux-mêmes. Ils précisent aussi qu’aucun lien de causalité ne peut être établi par une étude observationnelle. Le point le plus solide reste la validation des cas : chaque maladie déclarée a été vérifiée sur dossier médical.
Les auteurs formulent leur conclusion au conditionnel : « Si ces résultats sont confirmés par d’autres études, la régularité des horaires de repas pourrait constituer une stratégie pour réduire le risque de maladie cardiovasculaire. » En clair : ils ne recommandent rien tant que d’autres études n’ont pas reproduit le résultat. La prudence vient des auteurs eux-mêmes.
Le travail avait été présenté en octobre 2024 sous forme de résumé de congrès, publié dans un supplément de l’European Journal of Public Health. Ce résumé préliminaire n’a pas été consulté pour cet article, qui s’appuie sur la publication définitive de septembre 2026. Pour savoir si l’ordre de grandeur de sept cas pour 1 000 vaut pour vous, au-delà de ces volontaires, il faudrait d’autres cohortes, d’autres profils d’âge et des horaires de travail réellement relevés.
L’essentiel à retenir
- Chez les hommes de la cohorte NutriNet-Santé, chaque heure de jetlag alimentaire est associée à un risque de maladie cardiovasculaire plus élevé de 14 %, et de maladie coronarienne plus élevé de 21 %. Aucune association n’apparaît chez les femmes, ni pour les AVC chez les hommes.
- Le risque de départ brut chez les hommes de la cohorte est d’environ 50 cas pour 1 000 sur un suivi médian d’environ huit ans, et de 31 pour 1 000 pour les maladies coronariennes.
- Converti, le +14 % représenterait environ 7 cas de plus pour 1 000 hommes sur huit ans, par heure de décalage, sans prolongation au-delà du plateau décrit vers 1,5 heure. Ce calcul illustratif n’est pas publié par les auteurs et suppose une association causale et proportionnelle, que l’étude ne démontre pas.
- Le décalage moyen des participants est d’environ 48 minutes, et 71 % d’entre eux restent dans une fenêtre d’une heure.
- L’association chez les hommes ne fait pas de la régularité des repas une mesure de prévention validée.
Questions fréquentes sur le jetlag alimentaire et le risque cardiovasculaire
Qu’est-ce que le jetlag alimentaire mesuré dans cette étude ?
C’est l’écart, en heures, entre les horaires des repas de la semaine et ceux du week-end, calculé sur l’heure de la première et de la dernière prise calorique. Il est tiré de 5,8 journées d’enregistrement alimentaire en moyenne par participant. Il décrit un écart moyen sur plusieurs journées, pas un repas tardif isolé.
Que signifie « 14 % de risque en plus par heure » chez les hommes ?
C’est un risque relatif : chez les hommes de la cohorte, une heure de décalage supplémentaire est associée à un taux de maladies cardiovasculaires 14 % plus élevé, à autres facteurs pris en compte égaux. Ce pourcentage s’applique à un risque de départ relativement bas chez les hommes de cette cohorte, plutôt jeunes (42,7 ans en moyenne pour l’ensemble des participants), et qui dépend fortement de l’âge. Il ne signifie pas que 14 hommes sur 100 feront une maladie cardiovasculaire. Dans la cohorte, le risque de départ était d’environ 50 hommes sur 1 000 sur un suivi médian d’environ huit ans.
Combien de cas de plus pour 1 000 hommes cela représente-t-il ?
Dans la cohorte, environ 50 hommes sur 1 000 ont eu une maladie cardiovasculaire sur un suivi médian d’environ huit ans. Appliquer le rapport de 1,14 donne environ 57 cas, soit à peu près 7 de plus pour 1 000 hommes par heure de décalage. Ce calcul illustratif suppose que l’association est causale et identique quel que soit le risque de départ, ce que l’étude ne démontre pas.
Une heure de décalage, est-ce beaucoup par rapport aux autres participants ?
Un peu plus que la moyenne de la cohorte. Le décalage moyen des participants est de 0,8 heure, environ 48 minutes, et 71 % d’entre eux restent dans une fenêtre d’une heure plus tôt à une heure plus tard le week-end. L’étude ne définit toutefois aucun seuil à partir duquel l’association apparaîtrait, et ses courbes suggèrent un plateau vers 1,5 heure, peut-être faute de participants aux décalages plus importants. Une heure ajoutée à cette moyenne place en revanche au-dessus de ce que fait la grande majorité des participants.
Les femmes sont-elles concernées par cette association ?
Aucune association significative n’est observée chez les femmes, malgré 1 271 cas cardiovasculaires. Cette absence de signal ne permet pas de conclure qu’elles sont protégées ni que l’horaire des repas est sans importance pour elles : une étude de 2023 sur la même cohorte associait un repas tardif à un risque cardiovasculaire plus élevé, surtout chez les femmes.
La régularité des repas est-elle une mesure de prévention reconnue ?
Non. L’étude observe une association chez les hommes et ne mesure pas l’effet d’une régularisation des horaires ; les auteurs conditionnent toute stratégie de prévention à une confirmation par d’autres études. La régularité des repas ne remplace pas l’attention portée au tabac, à la tension, au cholestérol ou à l’activité physique. L’évaluation du risque cardiovasculaire d’une personne relève de son médecin traitant.