Vingt-trois femmes sur cent contre dix-sept : c’est l’écart d’hypertension constaté, sur près de quinze ans de suivi, entre celles dont les règles se sont arrêtées avant 40 ans et celles ménopausées après 45 ans. Six femmes de plus sur cent, donc. Ce décompte provient d’une cohorte britannique de 107 836 femmes, dont les résultats ont été mis en ligne fin juillet 2026 par la revue Menopause, éditée par la société savante américaine The Menopause Society.

Ce que ce résultat autorise tient en une phrase : faire mesurer sa tension, pas la traiter. L’association observée ne démontre aucun mécanisme, et aucun texte français ne fixe à ce jour de fréquence de contrôle tensionnel propre aux femmes ménopausées avant 40 ans. Ce qu’elle déplace, en revanche, c’est le postulat implicite selon lequel une femme de 35 ou 40 ans se situe hors du champ de la surveillance cardiovasculaire. La suite décrit à qui cela s’adresse exactement, ce que l’écart mesuré représente réellement, vers quel professionnel se tourner et comment un diagnostic d’hypertension se confirme en France.

Une ménopause arrivée avant 40 ans, et une tension que personne ne surveille

En France, la ménopause survient à 51 ans en moyenne, chiffre que l’Inserm retient dans son dossier de référence. Quand elle survient nettement plus tôt, elle porte un nom et ouvre un suivi particulier : avant 40 ans, on parle de ménopause prématurée, ou d’insuffisance ovarienne prématurée — l’arrêt de fonctionnement des ovaires bien avant l’échéance habituelle. Entre 40 et 45 ans, on parle de ménopause précoce. Les deux situations sont distinctes, et l’étude britannique les traite comme telles.

La cohorte range en effet ses participantes en trois classes : ménopause après 45 ans, qualifiée d’âge normal, ménopause entre 40 et 45 ans, ménopause avant 40 ans. Ces bornes comptent pour la lecture des chiffres qui suivent : l’écart mesuré porte sur le groupe le plus précoce, pas sur l’ensemble des femmes ménopausées « tôt ».

Reste la question qui décide de tout le reste pour vous : est-ce que ces femmes vous ressemblent ? Les 107 836 participantes viennent de la UK Biobank, une base britannique constituée de volontaires recrutés entre 2006 et 2010, âgés de 40 à 69 ans à l’inclusion. Un volontaire de cohorte est en général en meilleure santé que la population dont il est issu : il se déplace, il accepte des examens, il vit plus longtemps. La population de la UK Biobank est de surcroît très majoritairement d’origine européenne.

Un dernier point pèse sur la donnée elle-même. L’âge de la ménopause n’a pas été relevé au moment où elle s’est produite : il a été déclaré par les participantes, parfois plusieurs décennies après. Une mémoire n’est pas un dossier médical.

Six femmes de plus sur cent : la taille réelle de l’écart

Pendant le suivi, 18 508 nouvelles hypertensions ont été diagnostiquées dans la cohorte, soit 17,2 % des participantes. Réparties par groupe, ces hypertensions donnent trois taux : 16,6 % chez les femmes ménopausées après 45 ans, 18,8 % entre 40 et 45 ans, 22,6 % avant 40 ans.

Traduits en décompte, ces pourcentages deviennent lisibles. Sur cent femmes ménopausées après 45 ans, environ dix-sept sont devenues hypertendues au cours du suivi. Sur cent femmes ménopausées avant 40 ans, environ vingt-trois. L’écart est donc de six femmes sur cent, accumulé sur près de quinze ans — et non sur une année.

Le groupe intermédiaire mérite d’être isolé, parce qu’il concerne beaucoup plus de femmes. Entre 40 et 45 ans, l’écart avec la référence tombe à un peu plus de deux femmes sur cent : 18,8 % contre 16,6 %. Une ménopause à 43 ans ne se lit pas comme une ménopause à 33 ans.

Vient ensuite le chiffre qui circulera, et qui est le plus facile à mal lire. Comparés bruts, 22,6 % contre 16,6 % représentent environ un tiers de cas en plus en valeur relative. Une fois neutralisées plus de cinquante variables — poids, tabac, mode de vie, antécédents familiaux, résultats biologiques —, il ne reste qu’un surrisque ajusté de 12,3 %. Autrement dit, la plus grande part de l’écart brut tient à autre chose qu’à la date d’arrêt des règles.

Ce 12,3 % est une valeur relative, pas un nombre de femmes. Il ne signifie pas que 12 % des femmes ménopausées avant 40 ans deviennent hypertendues, ni que leur risque augmente de 12 points de pourcentage. Appliqué à un risque de départ voisin de dix-sept femmes sur cent, il déplace environ deux femmes sur cent. Un pourcentage de pourcentage n’est pas un pourcentage.

Pourquoi le rythme, lui, ne change presque pas

Le calcul part d’un nombre de cas rapporté à un effectif, pas à une durée. Or les participantes n’ont pas toutes passé le même nombre d’années en état post-ménopausique : une femme ménopausée à 33 ans en compte plusieurs décennies de plus qu’une femme ménopausée à 50 ans, alors que le suivi de la cohorte, lui, dure la même chose pour tout le monde — près de quinze ans, une médiane que la couverture spécialisée situe à 14,5 ans, jusqu’à fin 2023.

Cette différence de durée d’exposition change entièrement le sens du résultat. Rapportés au temps passé après la ménopause, les taux d’incidence bruts rapportés par la revue professionnelle britannique The Pharmaceutical Journal sont presque superposables d’un groupe à l’autre : environ 10,6 cas pour 1 000 femmes-années chez les femmes ménopausées après 45 ans, 10,9 entre 40 et 45 ans, 10,8 avant 40 ans. Un « femme-année » compte une femme suivie pendant un an ; mille femmes-années, c’est cent femmes suivies dix ans.

Autrement dit, les femmes ménopausées tôt ne fabriquent pas de l’hypertension à un rythme annuel plus rapide. Elles en accumulent davantage parce qu’elles passent plus d’années dans l’état où ce risque court. Ce n’est pas une vitesse, c’est une durée.

Dans l’autre sens, la donnée ne dit donc rien de ce qui se joue une année donnée. Une femme ménopausée à 35 ans ne se réveille pas avec un risque annuel majoré de 12 % : ce chiffre décrit un cumul mesuré sur quinze ans de suivi. La même mesure s’écrit d’ailleurs de deux façons dans la couverture de l’étude, en surrisque relatif de 12,3 % ou en rapport de risques ajusté de 1,12 — une seule et même valeur, avec un degré de signification statistique rapporté à p = 0,010 par le site médical spécialisé Medscape. Le texte intégral de l’article n’étant pas librement consultable, ces deux dernières valeurs sont reprises de cette couverture et non lues dans la publication.

Association mesurée, mécanisme non démontré

Une cohorte observationnelle suit des personnes sans rien modifier de leur vie, puis compare ce qui leur arrive. Elle mesure des associations. Elle ne teste aucune hypothèse de cause, parce que les groupes comparés diffèrent par bien davantage que le critère qui sert à les constituer.

Ici, le critère est l’âge de la ménopause, et le problème saute aux yeux dès qu’on le formule à l’envers. Une pression artérielle déjà élevée, ou un état vasculaire dégradé, peut favoriser un arrêt précoce du fonctionnement ovarien autant que l’inverse. Un même facteur peut aussi produire les deux phénomènes séparément : tabagisme, maladie auto-immune, ablation chirurgicale des ovaires, chimiothérapie. L’ajustement sur plus de cinquante variables réduit ce risque de confusion, il ne l’annule pas.

Les auteurs déclarent d’ailleurs eux-mêmes une série de limites : biais de sélection propre à la UK Biobank, biais de survie — seules les femmes encore vivantes et en état de participer ont été incluses —, âge de ménopause auto-déclaré, définitions hétérogènes de l’hypertension selon les sources de données, facteurs de confusion résiduels, population très majoritairement d’origine européenne.

Une dernière limite tient à ce que cet article ne peut pas vérifier. Le texte intégral de la publication parue dans Menopause est réservé aux abonnés : les effectifs, les taux et le surrisque repris ici proviennent du communiqué diffusé fin juillet 2026 par The Menopause Society, société savante qui édite la revue, et de couvertures spécialisées concordantes. Les dates varient de quelques jours d’une source à l’autre, la page du communiqué en affichant deux à elle seule, ce qui justifie de s’en tenir à « fin juillet 2026 ». Pour aller plus loin, il faudrait pouvoir lire les tableaux de résultats et le détail des modèles d’ajustement, qui ne sont pas publics.

C’est exactement cette configuration qui rend un contrôle tensionnel justifié et un traitement, lui, injustifié. Mesurer ne suppose aucune cause démontrée.

Six millions d’hypertendus qui s’ignorent : le contexte français

L’hypertension n’est pas une maladie de niche. Selon l’étude Esteban, menée en France entre 2014 et 2016 et publiée au Bulletin épidémiologique hebdomadaire d’avril 2018, 30,6 % des adultes de 18 à 74 ans sont hypertendus, avec un intervalle de confiance à 95 % de 28,1 à 33,2 % : 36,5 % des hommes et 25,1 % des femmes. Santé publique France en déduit un volume d’environ 17 millions de personnes concernées, et constate que ni le dépistage ni le contrôle de la maladie ne se sont améliorés ces dernières années. Les leviers connus sont pourtant documentés de longue date, comme le rappelle l’article sur l’hypertension artérielle et sa prévention.

Le repère d’âge manque souvent à la lecture de ces chiffres, et il change tout pour une femme ménopausée à 35 ans. Entre 18 et 34 ans, 6,3 % des adultes sont hypertendus en France. Entre 65 et 74 ans, 67,8 %. Une femme jeune part donc d’un risque très bas : l’excès associé à une ménopause prématurée porte sur peu de cas à court terme, mais il s’applique sur trois à quatre décennies de plus que chez les autres femmes.

Reste le point qui rend la mesure indispensable. L’hypertension ne provoque aucun symptôme pendant des années, et environ 6 millions d’adultes hypertendus l’ignorent en France, tandis que plus de 4 millions de patients traités n’ont pas une tension contrôlée. Les femmes connaissent un peu mieux leur situation que les hommes — 62,9 % des hypertendues savent qu’elles le sont, contre 50,1 % des hypertendus —, ce qui laisse tout de même plus d’une femme concernée sur trois dans l’ignorance. Il n’existe aucun signe d’appel fiable à guetter. On ne sent pas sa tension monter.

Les repères qui font passer d’un contrôle occasionnel à un suivi rapproché

Le premier repère est l’âge de survenue lui-même, et il ne fonctionne pas comme un compte à rebours régulier jusqu’à 40 ans. Le surrisque ne croît pas de façon linéaire à mesure que la ménopause s’éloigne : dans cette cohorte, il s’est révélé le plus marqué chez les femmes ménopausées entre 25 et 35 ans. Une ménopause à 28 ans et une ménopause à 44 ans ne se situent pas au même endroit du gradient.

Le deuxième repère est la conséquence que la société savante éditrice tire de ses propres résultats, et elle est explicitement de suivi et non de traitement : dépister régulièrement les facteurs de risque cardiovasculaires, dont l’hypertension, chez les femmes ménopausées précocement. Rien dans cette position n’introduit un médicament, un examen d’imagerie ou une conduite nouvelle.

Le troisième repère est le suivi qui existe déjà. Une ménopause avant 40 ans prive l’organisme de plusieurs années d’imprégnation hormonale, et justifie à elle seule une prise en charge spécifique — dont le retentissement osseux, sujet distinct qui suit sa propre logique, abordé à part dans l’article consacré à l’ostéoporose après 60 ans. Le contrôle tensionnel s’ajoute à ce parcours, il ne le remplace pas et ne le déclenche pas.

Ce que ces repères ne fournissent pas, c’est une fréquence. Aucun texte français, ni de la Haute Autorité de santé ni de la Société française d’hypertension artérielle, ne fixe aujourd’hui de rythme de contrôle propre aux femmes ménopausées précocement. Écrire « une fois par an » ou « tous les six mois » en le présentant comme une recommandation officielle serait fabriquer une donnée. Ce que la donnée soutient est plus modeste et plus utile : ne pas traiter une femme de 35 ans ménopausée comme une femme de 35 ans sans facteur de risque. Le rythme exact se décide avec le médecin qui suit le dossier, en fonction des autres facteurs de risque, et il n’a pas de valeur générale.

Cette absence de règle chiffrée ne signifie pas qu’il n’y a rien à faire. Une hypertension non dépistée reste muette pendant des années tout en abîmant les artères, les reins et le cœur. Les leviers non médicamenteux relèvent d’ailleurs du même suivi, à commencer par les apports en sel, traités dans l’article consacré à l’alimentation et à la tension artérielle.

Les mains des femmes mesurent leur propre pression artérielle avec un tonomètre concept hypotension

À qui s’adresser, et dans quel délai

Le premier interlocuteur est votre médecin traitant, qui dispose du dossier complet et des chiffres antérieurs. Pour une femme suivie pour une insuffisance ovarienne prématurée, le gynécologue ou l’endocrinologue qui assure ce suivi est également placé pour intégrer la question tensionnelle à une consultation déjà programmée : c’est souvent le chemin le plus rapide, puisqu’il ne nécessite aucun rendez-vous supplémentaire.

Une prise de tension ne relève pas de l’urgence en l’absence de symptôme, et aucun délai réglementaire ne s’y attache. Elle ne se reporte pas pour autant d’année en année : le plus simple est de l’ajouter au prochain rendez-vous que vous avez déjà prévu pour un autre motif, sans attendre qu’une occasion dédiée se présente. Le pharmacien constitue un point de contact intermédiaire utile ; son rôle exact est détaillé dans l’article sur ce que le pharmacien peut faire pour un patient hypertendu.

Pour la phase de confirmation, l’Assurance maladie indique mettre des autotensiomètres à disposition des médecins généralistes libéraux, via son portail professionnel amelipro, afin qu’ils les prêtent à leurs patients. Le dispositif existe et passe par le médecin ; sa disponibilité effective varie d’un cabinet à l’autre, et la question se pose donc en consultation. Le prix d’achat d’un autotensiomètre et ses conditions de prise en charge ne sont pas chiffrés ici : aucune page tarifaire officielle datée n’a pu être ouverte pour les établir.

Ce que cette étape décide mérite d’être dit clairement, parce qu’elle est la plus souvent sautée. Elle ne sert pas à confirmer un chiffre déjà connu : elle tranche entre traitement et absence de traitement. Selon l’Assurance maladie, environ un diagnostic d’hypertension sur trois posé au cabinet relève en réalité de l’effet blouse blanche, c’est-à-dire d’une tension qui monte en présence du soignant et redescend à domicile. Ces situations ne conduisent habituellement pas à un antihypertenseur. Sauter la confirmation, c’est risquer un traitement à vie inutile.

Du cabinet à l’automesure : comment un diagnostic se confirme

En France, la fiche mémo de la Haute Autorité de santé et de la Société française d’hypertension artérielle, publiée en septembre 2016, fixe le point de départ : une pression artérielle mesurée au cabinet supérieure ou égale à 140/90 mmHg. Le premier chiffre est la pression systolique, celle de la contraction du cœur ; le second est la pression diastolique, celle du relâchement. Ce relevé ne suffit pas à poser le diagnostic. Le texte demande une confirmation par des mesures réalisées hors du cabinet avant toute mise sous traitement, sauf urgence hypertensive.

Hors du cabinet, le seuil retenu est plus bas : 135/85 mmHg en moyenne, que la mesure soit faite par automesure à domicile ou par enregistrement ambulatoire diurne sur vingt-quatre heures. Cette différence de cinq points surprend souvent, et elle se lit à l’envers de ce qu’on croit. Le seuil domestique n’est pas plus sévère : 135/85 à la maison correspond à 140/90 en consultation, parce que la mesure médicale surestime la tension d’une partie des patients. Il est étalonné sur une autre situation de mesure. Comparer un relevé domestique au seuil de 140/90 conduit à se croire dans la norme alors qu’on n’y est pas.

Seuils de pression artérielle retenus en France selon le mode de mesure (fiche mémo HAS / SFHTA, septembre 2016)
Mode de mesure Seuil retenu Ce qu’il sert à établir
Mesure au cabinet médical 140/90 mmHg Point de départ : déclenche la démarche diagnostique, ne la conclut pas
Automesure à domicile 135/85 mmHg en moyenne Confirmation du diagnostic avant toute mise sous traitement
Mesure ambulatoire diurne sur 24 heures 135/85 mmHg en moyenne Confirmation également, avec un enregistrement automatisé en conditions de vie

La méthode d’automesure recommandée porte un nom simple, la règle des 3 : trois mesures le matin, trois mesures le soir, trois jours de suite, dans les jours qui précèdent la consultation. C’est la moyenne de ces dix-huit relevés qui compte, pas le plus haut d’entre eux ni celui que vous aurez obtenu un matin difficile. Le déroulé pratique — position, brassard, intervalle entre deux mesures — est décrit dans l’article consacré à la façon de mesurer sa pression artérielle à la maison.

Reste le cas que cette confirmation permet précisément d’identifier. Une tension élevée au cabinet mais normale à domicile définit l’hypertension dite blouse blanche, qui ne relève habituellement pas d’un traitement antihypertenseur. Elle n’est pas rare : l’Assurance maladie l’estime à environ un diagnostic de cabinet sur trois, soit une trentaine de femmes sur cent étiquetées hypertendues en consultation qui ne le sont plus une fois mesurées chez elles. Le relevé se rapporte au médecin, qui l’interprète. Trois jours d’automesure ne posent aucun diagnostic à eux seuls.

Le traitement hormonal ne répond pas à cette question

La tentation est grande de relier les deux sujets, puisque l’un et l’autre concernent les mêmes femmes. La cohorte britannique ne le permet pas : elle ne mesure aucun effet du traitement hormonal sur la pression artérielle, et rien dans ses résultats ne le désigne comme un moyen de prévenir une hypertension.

Ce que la société savante rappelle, en revanche, est une conduite préexistante, formulée en ces termes par sa directrice médicale Stephanie Faubion : « Le recours au traitement hormonal est aussi recommandé en routine chez les femmes ménopausées prématurément, au moins jusqu’à l’âge naturel de la ménopause, sauf contre-indication. » Deux bornes structurent cette phrase. La première est une borne de durée — jusqu’à l’âge où la ménopause serait survenue naturellement, soit autour des 51 ans de moyenne française rappelés plus haut, et non indéfiniment. La seconde est une borne d’indication : sauf contre-indication, laquelle relève d’un examen individuel.

Cette recommandation est antérieure à la publication de juillet 2026 et poursuit d’autres objectifs, liés aux conséquences d’une carence hormonale prolongée chez une femme jeune. L’étude ne la modifie pas. Le contrôle tensionnel s’ajoute à ce suivi ; il ne s’y substitue pas et n’en dépend pas.

Les situations qui imposent un avis sans attendre

La démarche décrite jusqu’ici — relevé au cabinet, puis trois jours d’automesure, puis interprétation en consultation — suppose une situation stable et sans symptôme. Deux circonstances la court-circuitent.

La première est un chiffre très au-dessus des seuils. Une pression artérielle nettement supérieure à 140/90 mmHg au cabinet, ou à 135/85 mmHg en moyenne à domicile, ne se met pas en attente de trois jours de relevés : elle se signale au médecin. La fiche mémo française réserve d’ailleurs explicitement le cas de l’urgence hypertensive, dans lequel la confirmation hors cabinet n’est pas exigée avant la prise en charge.

La seconde est l’association de chiffres élevés à des symptômes : maux de tête inhabituels et persistants, troubles de la vision, douleur thoracique, essoufflement anormal, saignements de nez répétés. Ces signes ne sont pas ceux de l’hypertension ordinaire, qui reste silencieuse ; ils signalent une situation qui demande un avis rapide.

Un troisième cas relève, lui, de l’appel immédiat au 15. Une faiblesse ou un engourdissement brutal d’un côté du corps, une déformation du visage, un trouble soudain de la parole ou de la vision évoquent un accident vasculaire cérébral, dont les signes d’alerte de l’AVC font l’objet d’un article distinct. Chaque minute compte alors. Le reste du temps, il n’y a rien à ressentir, et c’est bien le problème : seule la mesure détecte l’hypertension.

L’essentiel à retenir

  • Sur près de quinze ans de suivi, 22,6 % des femmes ménopausées avant 40 ans sont devenues hypertendues, contre 16,6 % des femmes ménopausées après 45 ans : six femmes de plus sur cent.
  • Après ajustement sur plus de cinquante variables, il reste un surrisque relatif de 12,3 %. Cette valeur ne se lit ni comme 12 % des femmes, ni comme 12 points de pourcentage.
  • Rapportés à la durée d’exposition, les taux d’incidence des trois groupes sont presque identiques. Le supplément de cas s’explique surtout par un nombre d’années passées après la ménopause plus élevé.
  • La cohorte établit une association, pas une cause. Une pression artérielle déjà élevée peut précéder la ménopause précoce, et plusieurs facteurs communs peuvent produire les deux.
  • Entre 40 et 45 ans, l’écart est bien plus faible : 18,8 % contre 16,6 %.
  • En France, un diagnostic d’hypertension se pose à partir de 140/90 mmHg au cabinet, puis se confirme hors du cabinet, où le seuil est de 135/85 mmHg. Environ un diagnostic sur trois posé en consultation relève de l’effet blouse blanche, selon l’Assurance maladie.
  • Aucun texte français ne fixe de fréquence de contrôle propre aux femmes ménopausées précocement. Le rythme se décide avec le médecin qui suit le dossier, en fonction des autres facteurs de risque.

FAQ — ménopause précoce et pression artérielle

À partir de quel âge de ménopause ce résultat me concerne-t-il ?

L’écart le plus net porte sur les femmes ménopausées avant 40 ans, c’est-à-dire en situation d’insuffisance ovarienne prématurée : 22,6 % d’hypertension au cours du suivi, contre 16,6 % chez les femmes ménopausées après 45 ans. Entre 40 et 45 ans, l’écart existe mais reste faible, à 18,8 %. À l’intérieur du groupe le plus précoce, le surrisque s’est révélé le plus marqué chez les femmes ménopausées entre 25 et 35 ans.

À quelle fréquence faut-il faire contrôler sa tension après une ménopause précoce ?

Aucune recommandation française ne fixe de rythme propre à cette population : écrire un chiffre ici reviendrait à l’inventer. Ce que la donnée soutient, c’est qu’une femme ménopausée avant 40 ans ne se situe plus dans la même catégorie de surveillance qu’une femme du même âge sans facteur de risque. Le rythme se fixe avec le médecin qui suit le dossier, selon le poids, le tabac, les antécédents familiaux et les chiffres déjà relevés.

Quel chiffre dois-je retenir si je mesure ma tension chez moi ?

À domicile, le seuil est de 135/85 mmHg en moyenne, plus bas que le seuil de 140/90 mmHg retenu au cabinet médical. Ce n’est pas un seuil plus sévère : il est étalonné sur une situation de mesure différente, la consultation surestimant la tension d’une partie des patients. Comparer un relevé domestique à 140/90 conduit donc à se croire à tort dans la norme. La méthode de référence est la règle des 3 : trois mesures le matin, trois le soir, trois jours de suite, avant la consultation.

Et si ma ménopause fait suite à une ablation des ovaires ou à une chimiothérapie ?

La cohorte a classé ses participantes sur l’âge de survenue de la ménopause, mais aussi sur son type, naturelle ou chirurgicale. Le résultat va dans le sens du reste de l’article. Une ménopause chirurgicale allait de pair avec des taux d’hypertension plus élevés dans les premières analyses, mais cette association ne tenait plus une fois les autres facteurs de risque pris en compte. Ce qui subsiste après ajustement se rattache donc à l’âge auquel les règles se sont arrêtées, pas au geste qui a provoqué cet arrêt. La ménopause induite par une chimiothérapie n’est pas isolée dans les données rendues publiques. Ces situations relèvent d’un suivi spécialisé déjà constitué, dans lequel le contrôle tensionnel s’intègre.

Le traitement hormonal protège-t-il de l’hypertension ?

Cette étude ne mesure aucun effet du traitement hormonal sur la pression artérielle, et ne permet donc pas de répondre par l’affirmative. Un traitement hormonal est habituellement proposé aux femmes ménopausées avant 40 ans, sauf contre-indication, au moins jusqu’à l’âge naturel de la ménopause : cette conduite est antérieure à la publication et répond à d’autres objectifs. Toute décision de le commencer, de le poursuivre ou de l’arrêter revient au médecin qui suit la patiente.

Dans quelles situations faut-il un avis médical sans attendre ?

Une tension mesurée très au-dessus des seuils habituels, ou des chiffres élevés accompagnés de maux de tête inhabituels, de troubles visuels, de douleurs thoraciques, d’un essoufflement ou de signes neurologiques brutaux, imposent un avis médical immédiat plutôt qu’un relevé étalé sur trois jours. L’apparition soudaine d’une faiblesse d’un côté du corps, d’une déformation du visage ou d’un trouble de la parole relève de l’appel au 15. En dehors de ces situations, l’hypertension ne produit pas de signe d’appel fiable : c’est la mesure, et elle seule, qui la détecte.