Les deux ampoules de vitamine B12 commercialisées en France sont en tension d’approvisionnement en même temps. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) porte ce statut sur son tableau public de disponibilité pour Vitamine B12 Delagrange 1000 µg/2 ml, dont la ligne a été mise à jour le 26 août 2026, et pour Vitamine B12 Gerda 1000 µg/4 ml. Tension ne veut pas dire rayon vide : le médicament circule encore, en quantité contrainte.

Deux groupes de patients utilisent pourtant la même ampoule sans avoir le même problème. Si la vitamine vous est injectée parce que votre tube digestif ne l’absorbe plus — maladie de Biermer, estomac retiré, iléon terminal réséqué —, aucun comprimé vendu en France ne remplace cette injection. Si vous buviez le contenu de l’ampoule pour compenser une alimentation sans produits animaux, la consigne officielle vous concerne, et le comprimé existe. Reste à savoir ce que la bascule change en dose, en euros et en démarches.

Deux ampoules sur deux en tension au même moment

Le tableau « Disponibilités des produits de santé » de l’ANSM attribue à chaque spécialité un statut daté. Vitamine B12 Delagrange 1000 µg/2 ml, solution injectable et buvable, y figure en tension d’approvisionnement, dans les domaines hématologie et hépato-gastroentérologie, avec une ligne mise à jour au 26 août 2026. La seconde ampoule du marché français, Vitamine B12 Gerda 1000 µg/4 ml, porte le même statut, sa ligne datant du 12 septembre 2025.

Ces deux ampoules et le comprimé disponible en pharmacie contiennent la même molécule, la cyanocobalamine. Une seule substance, trois présentations. L’ampoule Delagrange est exploitée par Zentiva France, le comprimé par Substipharm.

Il n’existe pas de troisième spécialité injectable de cyanocobalamine en France. C’est ce qui explique la nature de la consigne officielle : là où une tension ordinaire se règle en basculant sur un concurrent, celle-ci oblige à trier entre les patients selon leur besoin réel de la voie injectable. Aucun report n’est possible.

« Tension d’approvisionnement » et « rupture de stock » sont deux statuts distincts sur ce tableau, et ils n’appellent pas la même conduite. En tension, les stocks existent mais ne couvrent pas la demande normale ; les livraisons vers les officines sont échelonnées pour éviter que certaines pharmacies servent tout et que d’autres n’aient rien.

Cette tension n’est pas neuve. Une alerte de même nature remonte à septembre 2024, avec un retour à la normale alors attendu pour novembre de la même année, et la ligne Gerda porte une mise à jour de septembre 2025. Le sujet a donc connu plusieurs épisodes, et seules les dates affichées sur le tableau font foi au jour où vous le consultez.

Qui dépend de l’injection, qui dépend seulement de la voie orale

Le résumé des caractéristiques du produit — le document réglementaire qui définit ce pour quoi un médicament est autorisé — sépare deux indications pour la même ampoule, selon la voie utilisée. Pour la voie intramusculaire, il retient la formulation suivante : « Déficits prouvés en vitamine B12 dûs à un défaut d’absorption : maladie de Biermer, gastrectomie totale, résection de l’iléon terminal, maladie d’Imerslund ». La phrase figure à la rubrique des indications thérapeutiques du RCP de Vitamine B12 Delagrange.

Traduit, cela vise les situations où la paroi digestive ne peut plus laisser passer la vitamine. La cyanocobalamine avalée a besoin d’un transporteur fabriqué par l’estomac, le facteur intrinsèque, puis d’un segment précis de l’intestin, l’iléon terminal, pour rejoindre le sang. Dans la maladie de Biermer, le facteur intrinsèque manque. Après une gastrectomie totale, l’organe qui le produit a été retiré. Après une résection de l’iléon terminal, la porte de sortie a disparu. Avaler davantage n’ouvre pas une porte fermée.

La seconde indication du même document est d’un tout autre ordre : par voie orale, l’ampoule est autorisée dans l’anémie par carence d’apport alimentaire chez le végétalien strict depuis plus de quatre ans. Il ne s’agit plus d’un défaut d’absorption, mais d’un défaut d’arrivée. L’intestin fonctionne ; c’est l’assiette qui n’apporte pas la vitamine. Cette distinction entre ce qui manque dans l’assiette et ce que le corps ne sait plus capter se retrouve ailleurs, sur un autre terrain, avec la carence en vitamine D après 60 ans.

Les rythmes prescrits n’ont rien de comparable. Par voie intramusculaire, le RCP prévoit 1 mg par jour, ou trois fois par semaine, jusqu’à un total de 10 mg en traitement d’attaque, puis 1 mg par mois en entretien. Ce milligramme, ce sont les 1000 µg d’une ampoule. Par voie orale, il prévoit une ampoule par jour pendant quinze jours à un mois, puis une ampoule tous les dix jours.

La consigne de l’ANSM ne s’adresse qu’à la seconde population. Une phrase officielle exacte — préférer le comprimé à l’ampoule lorsque la voie orale est possible — devient dangereuse si on la lit comme une invitation générale à abandonner l’injection.

Le comprimé de 250 µg n’est pas l’ampoule de 1000 µg

Une seule forme comprimé de vitamine B12 dispose d’une autorisation de mise sur le marché en France : Vitamine B12 Gerda 250 µg, comprimé sécable, autorisé le 16 décembre 1997. La gamme ne comporte aucun comprimé dosé à 1000 µg. Le remplacement se fait donc entre deux dosages qui ne se correspondent pas.

L’écart est d’un facteur quatre. L’ampoule apporte 1000 µg de cyanocobalamine par prise, le comprimé 250 µg. Or les deux documents réglementaires prévoient exactement le même rythme : une prise par jour pendant quinze jours à un mois, puis une prise tous les dix jours. Reprendre ce calendrier avec des comprimés divise l’apport par quatre à chaque étape.

C’est la raison pour laquelle l’agence ne demande pas un simple échange, mais une adaptation de la dose et de la fréquence avec le prescripteur. L’annonce de l’agence ne détaille pas cette conversion ; elle décide pourtant de l’efficacité du remplacement.

Une limite d’âge s’ajoute. L’autorisation du comprimé le réserve à l’adulte et à l’enfant de plus de six ans. En dessous, la solution buvable reste la seule forme utilisable, ce qui rend la tension d’autant plus sensible pour les jeunes enfants traités. Le comprimé n’est pas un équivalent.

Au comptoir, le remboursement disparaît avec l’ampoule

Le calcul part du prix affiché dans la base de données publique des médicaments. Une boîte de six ampoules de Vitamine B12 Delagrange y est vendue 3,59 €, dont 2,57 € pour le médicament lui-même et 1,02 € d’honoraire de dispensation versé au pharmacien. Le taux de remboursement est de 65 %.

Appliqué à ces 3,59 €, ce taux laisse de l’ordre de 1,26 € à la charge du patient, avant intervention éventuelle d’une complémentaire santé. À cela s’ajoute la franchise médicale, fixée à 1 € par boîte de médicament remboursable, plafonnée à 50 € par an et par personne, selon la fiche officielle de service-public.fr vérifiée le 7 avril 2026 ; elle porte à environ 2,26 € le coût réel d’une boîte affichée 3,59 €, dont près de la moitié en franchise. Plus le médicament est bon marché, plus cet euro pèse. Un taux de 65 % ne veut donc pas dire « presque gratuit » : il porte sur le prix du médicament, pas sur ce que vous sortez de votre poche.

Le comprimé conseillé en remplacement, lui, est à prix libre et remboursé à 0 %. Aucun tarif opposable ne s’applique, chaque officine fixe le sien. Les prix affichés par des pharmacies en ligne pour le flacon de 24 comprimés se situent autour de 10 à 12 €, mais ce n’est qu’un ordre de grandeur, variable d’un comptoir à l’autre, et aucun de ces montants n’est pris en charge.

La substitution recommandée déplace donc la dépense du régime obligatoire vers le patient. Sur un traitement suivi pendant des années, on passe d’une prise en charge partielle à une absence complète de prise en charge. Ce type de déplacement se lit aussi ailleurs dans ce qui change dans le remboursement des médicaments.

Rapporté à la durée, l’écart est pourtant moins spectaculaire que le passage de 65 % à 0 % ne le laisse croire. Au rythme d’entretien inscrit aux deux documents, une prise tous les dix jours, une boîte de six ampoules couvre environ deux mois pour un peu plus de 2 €, et un flacon de vingt-quatre comprimés environ huit mois pour 10 à 12 €. On reste de l’ordre d’un euro par mois de chaque côté. Ce calcul suppose un comprimé pour une ampoule : si le prescripteur augmente le nombre de prises pour compenser un dosage quatre fois plus faible, le flacon dure d’autant moins longtemps et la dépense monte.

Dans l’autre sens, la bascule enlève une contrainte, mais pas celle qu’on imagine. L’ampoule n’est pas plus soumise à prescription médicale que le comprimé : la base de données publique des médicaments classe les deux en délivrance sans ordonnance. Ce qui disparaît avec le comprimé, c’est l’ordonnance à faire renouveler pour être remboursé, puisqu’un produit pris en charge à 0 % n’en réclame plus. Pour la personne qui buvait son ampoule, l’échange se joue entre une dépense non prise en charge et une démarche de moins. Les deux plateaux existent.

Docteur au travail

Ampoule de 1000 µg et comprimé de 250 µg : ce qui les sépare
CritèreVitamine B12 Delagrange 1000 µg/2 mlVitamine B12 Gerda 250 µg, comprimé sécable
Dose par prise1000 µg de cyanocobalamine250 µg de cyanocobalamine
Voies autoriséesIntramusculaire et oraleOrale uniquement
Défaut d’absorption (Biermer, gastrectomie, résection iléale)Indication reconnue par voie intramusculaireHors indication
ÂgeSeule forme utilisable en dessous de 6 ans, par voie buvableAdulte et enfant de plus de 6 ans
Prix3,59 € la boîte de 6, dont 1,02 € d’honoraire de dispensationPrix libre, de l’ordre de 10 à 12 € le flacon de 24 selon l’officine
Remboursement65 %0 %

La conduite à tenir pendant la tension

Depuis septembre 2024, la doctrine de l’ANSM tient en deux mouvements : réserver les ampoules aux patients qui relèvent de la voie intramusculaire, et faire passer au comprimé les personnes qui buvaient le contenu de l’ampoule. Elle n’a jamais demandé d’arrêter une injection.

Un complément alimentaire à la vitamine B12 n’est pas une solution de repli. Ces produits ne disposent pas d’une autorisation de mise sur le marché, ne relèvent ni des mêmes contrôles ni des mêmes indications, et rien ne permet de les substituer à un médicament autorisé. Le seul comprimé visé par la consigne de l’agence est un médicament.

En 2024, l’ANSM indiquait que l’approvisionnement des établissements de santé restait assuré et que les livraisons aux pharmacies de ville étaient échelonnées pour éviter la rupture. Cette organisation valait pour l’épisode de 2024 : aucun document public ne confirme qu’elle est reconduite à l’identique en 2026. Hôpital et pharmacie de ville ne sont pas approvisionnés par le même circuit. Ce qu’un patient hospitalisé obtient sans difficulté ne dit donc rien de ce que trouvera son voisin à l’officine, et la répartition observée en 2024 ne se transpose pas telle quelle.

Les personnes traitées à vie relèvent parfois d’un dispositif de prise en charge spécifique, décrit dans notre article sur la prise en charge en affection de longue durée.

Jusqu’à quand, et ce que la date du 26 août ne dit pas

Le 26 août 2026 est la date de mise à jour de la ligne du tableau. Ce n’est ni la date à laquelle la tension a commencé, ni une date annoncée de retour à la normale. Aucun de ces deux repères n’est public à ce jour.

Aucun communiqué de l’ANSM daté d’août 2026 n’a été retrouvé sur cette tension. La ligne du tableau de disponibilité est le seul document public identifié, et la fiche produit détaillée, celle qui porte habituellement le motif de la tension, le circuit concerné et la date prévisionnelle de remise à disposition, n’est pas consultable : les adresses qui y mènent d’ordinaire renvoient une erreur. Connaître le motif de la tension et son échéance suppose donc que cette fiche redevienne accessible, ou qu’une information du laboratoire titulaire soit publiée.

La durée, elle, n’est pas documentée.

Cela interdit de se projeter. Une personne dont la boîte suivante doit être délivrée en octobre ne peut pas savoir aujourd’hui si la contrainte sera levée d’ici là ; anticiper le renouvellement relève d’une discussion avec le prescripteur, pas d’une règle générale. La seule donnée à jour reste celle du tableau.

Vérifier soi-même le statut sur le tableau de l’ANSM

Le tableau « Disponibilités des produits de santé » est publié par l’ANSM et mis à jour en continu. Il se consulte librement sur ansm.sante.fr, à la rubrique consacrée aux médicaments, et se cherche par le nom de la spécialité. Chaque ligne affiche le statut du produit et la date à laquelle ce statut a été renseigné. Lors de la dernière vérification faite pour cet article, le 28 août 2026, les deux ampoules y étaient toujours classées en tension d’approvisionnement.

C’est la seule source publique qui vaille à un instant donné, y compris longtemps après la parution de cet article. Le statut peut évoluer dans les deux sens, de la tension vers la rupture de stock ou vers un retour à la disponibilité normale, sans qu’une annonce accompagne le changement.

Votre pharmacien voit la même information, et il sait en plus ce qu’il a en réserve. Deux sources valent mieux qu’une date de parution.

L’essentiel à retenir

  • Les deux ampoules de cyanocobalamine du marché français, Delagrange 1000 µg/2 ml et Gerda 1000 µg/4 ml, sont en tension d’approvisionnement au tableau de l’ANSM ; la ligne Delagrange a été mise à jour le 26 août 2026.
  • Maladie de Biermer, gastrectomie totale, résection de l’iléon terminal, maladie d’Imerslund : dans ces situations, le document réglementaire réserve la vitamine B12 à la voie intramusculaire, parce que la vitamine avalée ne franchit plus la paroi digestive.
  • La consigne de passer au comprimé ne vise que les personnes qui buvaient l’ampoule. L’échange va de 1000 µg à 250 µg par prise, donc avec une adaptation de dose à décider avec le prescripteur.
  • Côté argent, la boîte de six ampoules coûte 3,59 € et est remboursée à 65 %, soit environ 1,26 € à votre charge, plus 1 € de franchise médicale, avant intervention d’une complémentaire ; le comprimé, lui, est à prix libre et remboursé à 0 %.

Questions fréquentes sur la tension de vitamine B12

Peut-on remplacer une injection de vitamine B12 par un comprimé ?

Pas lorsque l’injection a été prescrite pour un défaut d’absorption. Le résumé des caractéristiques du produit réserve la voie intramusculaire aux déficits prouvés liés à une maladie de Biermer, une gastrectomie totale, une résection de l’iléon terminal ou une maladie d’Imerslund. Dans ces situations, la vitamine avalée ne franchit pas la paroi digestive, quelle que soit la dose. Seul le prescripteur peut décider d’un changement de voie.

Quelle est la différence entre une tension d’approvisionnement et une rupture de stock ?

Ce sont deux statuts distincts sur le tableau de l’ANSM. En tension, le médicament circule encore, mais en quantité insuffisante pour couvrir la demande habituelle : les livraisons vers les pharmacies sont échelonnées. En rupture, il n’est plus disponible du tout. Au 26 août 2026, les deux ampoules de vitamine B12 sont classées en tension, pas en rupture.

Le comprimé de vitamine B12 est-il remboursé ?

Non. Vitamine B12 Gerda 250 µg est à prix libre et remboursé à 0 %, et il se délivre sans ordonnance. Les tarifs affichés en ligne pour le flacon de 24 comprimés tournent autour de 10 à 12 €, avec des écarts d’une officine à l’autre. La boîte de six ampoules, elle, est vendue 3,59 € et remboursée à 65 %.

À partir de quel âge le comprimé peut-il être utilisé ?

Son autorisation le réserve à l’adulte et à l’enfant de plus de six ans. En dessous de cet âge, la solution buvable reste la seule forme utilisable. La tension pèse donc plus lourd pour les jeunes enfants traités, qui n’ont pas d’alternative en comprimé.

Le dosage du comprimé équivaut-il à celui de l’ampoule ?

Non : 1000 µg par ampoule contre 250 µg par comprimé, soit quatre fois moins par prise. Les deux documents réglementaires prévoient pourtant le même rythme, une prise par jour en attaque puis une tous les dix jours. Reprendre ce calendrier avec des comprimés divise l’apport par quatre, ce qui explique la demande d’adapter dose et fréquence avec le prescripteur.

Comment savoir si la tension est toujours en cours ?

Le tableau « Disponibilités des produits de santé » publié sur ansm.sante.fr affiche pour chaque spécialité un statut et la date à laquelle il a été renseigné. Il est mis à jour en continu, et c’est la seule source publique qui vaille à un instant donné. Votre pharmacien dispose de la même information, plus l’état réel de son stock.