Une phrase circule depuis plusieurs semaines : « le remboursement des médicaments change au 1er septembre 2026 ». Elle est exacte, mais elle ne dit pas quoi, et beaucoup comprennent que leur prise en charge va baisser. Ce n’est pas le cas. À cette date, aucun taux de remboursement n’est modifié : ce qui devient conditionnel, c’est le tiers payant, cette dispense d’avance de frais dont vous bénéficiez à la pharmacie. Trois dossiers sont d’ailleurs confondus dans la presse : cette nouvelle règle, un arrêté d’inscription au remboursement publié le 8 août, et un projet de transfert vers les complémentaires attendu pour 2027. Ce guide les sépare, cite le texte exact, donne la liste réelle des médicaments concernés et la conduite à tenir au comptoir.
Remboursement des médicaments : ce qui change exactement au 1er septembre 2026
La règle tient en une phrase : à cette date, le « tiers payant contre génériques » s’étend aux médicaments hybrides et aux biologiques similaires substituables. Ce mécanisme figure à l’article L. 162-16-7 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur au 1er septembre 2026, réécrite par l’article 87 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, la LFSS 2026.
Le texte est explicite : « La dispense d’avance de frais totale ou partielle […] consentie aux assurés ainsi qu’aux bénéficiaires de la protection complémentaire en matière de santé prévue à l’article L. 861-1 […] est subordonnée à l’acceptation par ces assurés ou bénéficiaires de la délivrance d’un médicament générique, hybride ou biologique similaire. » « Dispense d’avance de frais » est le nom juridique du tiers payant.
En pratique, selon l’information publiée par Service-Public.fr le 29 juillet 2026, le patient qui refuse règle au pharmacien la totalité du montant, puis se fait rembourser par l’Assurance maladie au taux fixé pour la spécialité. Le taux, lui, n’est pas touché. Cette fiche officielle ne renvoie d’ailleurs à aucun texte de référence.
Un autre texte, une autre date : l’arrêté du 29 juillet 2026
Le même mot « remboursement » recouvre une opération différente, publiée au Journal officiel du 8 août 2026 : l’arrêté du 29 juillet 2026 inscrit ENFLONSIA 105 mg (clesrovimab), destiné à prévenir les infections à VRS chez le nourrisson, sur la liste des spécialités remboursables. Il « prend effet à compter du quatrième jour suivant la date de sa publication au Journal officiel », soit le 12 août 2026, et non le 1er septembre.
Le même jour paraît un avis relatif à une décision de l’UNCAM du 20 juillet 2026 fixant la participation de l’assuré, le ticket modérateur, à 35 % : autrement dit une prise en charge à 65 %. Ce mécanisme — un arrêté qui inscrit, un avis qui fixe le taux — se répète chaque semaine, sans lien avec la règle du 1er septembre.
Générique, hybride, biosimilaire : trois mots à ne pas confondre
Les trois catégories visées par le texte n’ont ni la même définition ni le même degré de proximité avec le médicament d’origine. La distinction détermine ce que le pharmacien peut vous proposer, et donc si votre tiers payant est en jeu. Elle intéresse en priorité les personnes suivies au long cours, notamment pour une maladie chronique.
Le générique
C’est la copie d’un princeps, le médicament d’origine issu du développement initial : même substance active, même dosage, même forme. Sa substitution en officine est courante depuis des décennies et le tiers payant contre génériques lui est déjà appliqué : rien de nouveau en 2026.
Le médicament hybride
Il contient la même substance active que la spécialité de référence, mais s’en distingue par la forme, le dosage ou la voie d’administration : sprays nasaux, collyres, formes inhalées, applications cutanées, formes buvables pour les personnes qui avalent difficilement. Sa substitution entre, au 1er septembre 2026, dans le champ du tiers payant : c’est l’une des deux nouveautés du texte, avec le biosimilaire.
Le biosimilaire
C’est un médicament biologique très proche d’un médicament biologique de référence, produit à partir de cellules vivantes et commercialisable une fois le brevet de la référence expiré. Ce n’est ni un produit au rabais ni une copie strictement identique : le vivant ne se copie pas à l’identique, et l’équivalence est démontrée avant l’autorisation. Ces traitements sont très présents dans les maladies auto-immunes.
Quels médicaments sont réellement concernés : les 11 groupes
Le périmètre est fermé, point que la plupart des articles omettent. Le texte ne vise pas tous les médicaments biologiques, mais les seuls groupes figurant sur la liste mentionnée au premier alinéa du 2° de l’article L. 5125-23-2 du code de la santé publique, c’est-à-dire l’arrêté du 20 février 2025, modifié les 4 février et 10 avril 2026. Cette liste compte onze groupes.
Trois molécules y sont familières en rhumatologie et en dermatologie : l’adalimumab (HUMIRA), l’étanercept (ENBREL) et l’ustékinumab (STELARA), utilisés dans la polyarthrite et certaines formes de psoriasis.
L’ustékinumab est le dernier arrivé : l’arrêté du 10 avril 2026 l’a ajouté avec huit biosimilaires en annexe. La présentation STELARA 130 mg pour perfusion en est exclue, réservée à l’hôpital.
Le tériparatide (FORSTEO) est employé dans certaines formes sévères d’ostéoporose après 60 ans. L’énoxaparine (LOVENOX) relève de l’anticoagulation, l’époétine (EPREX) de l’anémie, le filgrastim (NEUPOGEN) et le pegfilgrastim (NEULASTA) de l’oncologie de support.
Restent le ranibizumab (LUCENTIS) et l’aflibercept (EYLEA), injectés dans l’œil en ophtalmologie, et la follitropine alfa (GONAL-F), utilisée en assistance à la fertilité. Si aucun de ces noms ne figure sur votre ordonnance, le volet biosimilaire ne vous concerne pas.
| Molécule | Médicament de référence | Domaine d’utilisation |
|---|---|---|
| Adalimumab | HUMIRA | Polyarthrite, psoriasis |
| Étanercept | ENBREL | Polyarthrite, psoriasis |
| Ustékinumab | STELARA | Psoriasis, maladies inflammatoires |
| Tériparatide | FORSTEO | Ostéoporose sévère |
| Énoxaparine | LOVENOX | Anticoagulation |
| Époétine | EPREX | Anémie |
| Filgrastim | NEUPOGEN | Oncologie de support |
| Pegfilgrastim | NEULASTA | Oncologie de support |
| Ranibizumab | LUCENTIS | Ophtalmologie |
| Aflibercept | EYLEA | Ophtalmologie |
| Follitropine alfa | GONAL-F | Fertilité |
Au comptoir : ce qui se passe si vous refusez
Deux obligations du pharmacien d’officine figurent dans la loi. Il délivre le conditionnement le moins coûteux pour l’Assurance maladie et, selon l’article L. 162-16 du code de la sécurité sociale, « le pharmacien propose au patient, le cas échéant par substitution, une spécialité dont la base de remboursement n’excède pas la plus chère en vigueur pour les médicaments biologiques similaires appartenant au groupe biologique similaire concerné ». Biosimilaire et tiers payant suivent la logique des génériques.
Si vous acceptez, rien ne change : vous réglez votre part habituelle. Si vous refusez — vous êtes traité par adalimumab pour une maladie de Crohn et tenez à votre marque —, vous devez avancer les frais à la pharmacie, sur la totalité du montant, puis votre CPAM vous rembourse. Le taux ne bouge pas : c’est la dispense d’avance de frais que vous perdez.
La perte du tiers payant à la pharmacie n’est pas automatique : trois situations le maintiennent. Les groupes génériques sous tarif forfaitaire de responsabilité ; ceux où un générique, un hybride ou un biosimilaire coûte autant ou plus que le princeps, la spécialité de référence ou le médicament biologique de référence ; et les situations médicales où la substitution pose des problèmes particuliers au patient, c’est-à-dire la mention « non substituable » justifiée par le prescripteur.
La substitution est encadrée : le pharmacien vous informe avant et après, note le nom exact du médicament délivré et son numéro de lot, prévient le prescripteur et doit « assurer la continuité de la dispensation du même médicament lors des dispensations suivantes » — pas de changement de marque à chaque renouvellement.
Bon à savoir — Le tiers payant est de droit dans plusieurs situations : affection de longue durée (ALD), maternité, accident du travail, aide médicale de l’État, complémentaire santé solidaire. Aucune n’ouvre d’exception sur le médicament refusé : le texte vise « les assurés ainsi que les bénéficiaires de la protection complémentaire en matière de santé ». La fiche officielle sur le tiers payant le rappelle déjà pour le générique.
Le second effet, moins connu : la base de remboursement
L’avance de frais est récupérable ; le second effet du même article 87 ne l’est pas. La loi plafonne la base de remboursement, le montant de référence auquel l’Assurance maladie applique votre taux : à taux inchangé, une base plus basse donne un remboursement en euros plus faible. Ce plafond ne joue ni partout ni pour tout le monde : seulement dans les groupes où il est déjà en vigueur, et seulement si la spécialité délivrée est plus chère que la base plafonnée. Accepter le produit proposé le laisse sans effet.
Attention à une inversion fréquente. La base n’est pas plafonnée au prix du médicament le plus cher du groupe, mais à la base la plus chère parmi les génériques ou les hybrides du groupe (III de l’article L. 162-16), et parmi les biologiques similaires du groupe (V) : le plafond de la base de remboursement d’un biosimilaire vient du prix des produits substituables, non de la marque d’origine.
Ce plafonnement n’entre pas en vigueur partout le 1er septembre 2026. Le NOTA publié sur Légifrance distingue trois cas, selon la date de publication du prix du premier biosimilaire du groupe. Si ce prix a été publié avant le 1er septembre 2024, le plafonnement s’applique dès le 1er septembre 2026 ; s’il l’a été entre le 1er septembre 2024 et le 31 août 2026, à l’échéance des deux ans ; s’il paraît à compter du 1er septembre 2026, deux ans plus tard. Pour les groupes génériques et hybrides, le délai d’un an du dernier alinéa du III ne vise que ceux dont le prix de la première spécialité paraît à compter du 1er septembre 2026.
Une exception figure dans le texte : « Le présent V n’est pas applicable lorsque le prescripteur a exclu, sur justification médicale, la possibilité de substitution. » Quand le refus de la substitution d’un biosimilaire tient à un motif médical, la base est protégée comme le tiers payant.
Ce que votre complémentaire prend, et ce qu’elle ne prend pas
Une complémentaire santé rembourse un pourcentage de la base de remboursement de la sécurité sociale, non de ce que vous payez, comme le rappelle notre guide pour mieux comprendre les complémentaires santé en France. Tant que la base d’un groupe n’est pas plafonnée, la mécanique reste identique.
Si elle l’est et que vous choisissez un produit plus cher, l’écart resterait vraisemblablement à votre charge, le socle du contrat responsable se calculant sur la base de la sécurité sociale. Aucun texte officiel ne l’énonce pour les biosimilaires : lisez votre tableau de garanties ou interrogez votre organisme.
Le tiers payant de votre mutuelle tombe avec celui de l’Assurance maladie : en réglant la totalité, vous avancez aussi la part complémentaire. S’y ajoutent la franchise médicale de 1 € par boîte et, pour vos consultations, la participation forfaitaire ; ce qui reste à votre charge à chaque boîte ne dépend pas de cette réforme.
Un troisième dossier, sans lien avec ce texte et non entré en vigueur, prévoit des transferts de charges vers les complémentaires à l’horizon 2027 ; nous le traitons à part. Nos repères pour choisir une mutuelle santé quand on est senior restent valables.
Enfin, si l’on vous appelle pour vous vendre un contrat en invoquant cette réforme, voyez notre guide sur le démarchage téléphonique des mutuelles.
Vérifier votre situation en trois gestes
Repérer votre traitement par sa substance active
Le nom commercial ne suffit pas : comparez aux onze molécules du tableau ci-dessus la substance active, inscrite sur la boîte sous le nom de marque. Un même principe actif se vend sous plusieurs noms ; c’est la molécule qui définit le groupe visé.
Connaître votre taux de prise en charge
Les taux applicables aux médicaments — 100 %, 65 %, 30 % ou 15 % selon le service médical rendu — ne sont pas modifiés au 1er septembre 2026. Vous retrouvez le vôtre dans le décompte de vos remboursements sur votre compte ameli et sur votre relevé annuel. La base de données publique des médicaments, éditée par l’ANSM en liaison avec la HAS et l’UNCAM, donne les informations de référence sur chaque spécialité. La logique vaut pour d’autres prises en charge, par exemple celle de l’apnée du sommeil.
Parler au prescripteur si une raison médicale existe
Une contre-indication à la substitution s’apprécie médicalement : c’est au prescripteur de porter, s’il l’estime justifié, la mention « non substituable » et son motif. Ce n’est pas une case à réclamer. Anticipez le rendez-vous, d’autant que l’accès aux médecins reste tendu dans certains territoires. Pour le tériparatide, l’étanercept, l’adalimumab et l’ustékinumab, le prescripteur peut en outre imposer un type de dispositif d’administration.
Quand consulter ? — N’interrompez jamais un traitement biologique et n’en changez pas de votre propre initiative : parlez-en d’abord à votre pharmacien, puis à votre médecin. Consultez si un effet indésirable nouveau apparaît après un changement de spécialité, si le dispositif d’injection vous semble difficile à manipuler, ou si l’avance des frais vous met en difficulté : parlez-en au comptoir avant la délivrance.
L’essentiel à retenir
- Aucun taux de remboursement ne baisse au 1er septembre 2026 : 100 %, 65 %, 30 % et 15 % restent fixés spécialité par spécialité selon le service médical rendu.
- Ce qui change, c’est le tiers payant : il devient conditionnel lorsque le pharmacien propose un générique, un médicament hybride ou un biosimilaire substituable et que vous refusez (article L. 162-16-7 du code de la sécurité sociale).
- Le volet biosimilaire ne vise que onze groupes de molécules listés par arrêté ; hors de cette liste, rien ne change pour votre traitement biologique.
- Refuser coûte l’avance des frais, réglés en totalité puis remboursés, et, dans les seuls groupes où le plafonnement est déjà en vigueur, l’écart avec la base plafonnée.
- La mention « non substituable » justifiée par le prescripteur reste la porte de sortie prévue par le texte.
FAQ — remboursement des médicaments et substitution
Le remboursement des médicaments baisse-t-il au 1er septembre 2026 ?
Non. Aucun taux n’est modifié : les médicaments restent pris en charge à 100 %, 65 %, 30 % ou 15 % selon leur service médical rendu. Ce qui change est le tiers payant, désormais conditionnel quand le pharmacien propose un générique, un hybride ou un biosimilaire substituable et que le patient refuse.
Que se passe-t-il si je refuse le biosimilaire proposé par mon pharmacien ?
Vous perdez la dispense d’avance de frais sur ce médicament : vous réglez la totalité du montant, puis l’Assurance maladie vous rembourse au taux fixé pour la spécialité. Dans les seuls groupes où le plafonnement de la base est entré en vigueur, une part de l’écart pourrait rester à votre charge.
Quels médicaments sont concernés par la règle du 1er septembre 2026 ?
Pour les biosimilaires, le périmètre est fermé : onze groupes inscrits sur la liste de l’arrêté du 20 février 2025, modifié en février puis en avril 2026, soit adalimumab, étanercept, ustékinumab, tériparatide, énoxaparine, époétine, filgrastim, pegfilgrastim, ranibizumab, aflibercept et follitropine alfa. S’y ajoutent les hybrides substituables et les génériques, déjà visés.
Mon médecin peut-il encore écrire « non substituable » sur l’ordonnance ?
Oui. Le tiers payant est maintenu dans les situations médicales où la substitution pose des problèmes particuliers au patient, c’est-à-dire lorsque le prescripteur a porté la mention « non substituable » avec sa justification. Le plafonnement de la base « n’est pas applicable lorsque le prescripteur a exclu, sur justification médicale, la possibilité de substitution ».
Ma mutuelle rembourse-t-elle la différence si je refuse la substitution ?
Les complémentaires remboursent un pourcentage de la base de la sécurité sociale, non du prix payé : si cette base est plafonnée, l’écart resterait vraisemblablement à votre charge. Aucun texte officiel publié ne le formule pour les biosimilaires : vérifiez votre tableau de garanties. Le tiers payant de votre mutuelle tombe aussi quand vous réglez la totalité.
