p>1,4 gramme de protéines par kilo de poids et par jour : c’est la consommation moyenne d’un adulte en France, environ 1,7 fois le repère de 0,83 g fixé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses). Le chiffre vient de l’étude INCA 3 de l’Anses, citée par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Pour une personne de 70 kg, cela fait une quarantaine de grammes au-delà de la référence, chaque jour. En moyenne, l’allégation « protéines » répond donc à un manque que la population générale n’a pas. L’exception tient à l’âge : après 65 ans, le besoin rapporté remonte.

Le 22 septembre 2026, l’association foodwatch a publié une enquête sur dix produits vendus en grande surface avec cette allégation, de Danone à Nestlé en passant par Carrefour et E.Leclerc. Elle les classe tous en Nova 4, le groupe des aliments ultra-transformés dans la classification Nova, qui trie les aliments selon leur degré de transformation. Ce classement de produits protéinés ultra-transformés est celui de l’association, pas un classement officiel. Le surcoût, lui, se calcule : au prix relevé par foodwatch chez Carrefour et ramenées au gramme de protéine, les tartines Wasa Protein+ ne sont pas plus chères que leur version légère, elles en contiennent simplement deux fois plus. Reste à savoir à quoi sert ce gramme supplémentaire.

Combien de protéines un adulte consomme déjà en France

Le repère de l’Anses pour l’adulte en bonne santé est de 0,83 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour, une valeur établie en 2007. Il s’agit d’une référence nutritionnelle pour la population (RNP). Ce n’est pas un minimum de survie : c’est un niveau qui couvre les besoins de la quasi-totalité des adultes en bonne santé. L’agence ajoute depuis 2016 un second repère, exprimé en énergie : les protéines devraient fournir entre 10 et 20 % des calories de la journée.

En face, la consommation mesurée. Selon l’étude INCA 3 de l’Anses, citée par l’OPECST dans son rapport de juin 2025, l’apport moyen atteint 1,4 g par kilo et par jour. Les deux tiers de ces protéines sont d’origine animale, une catégorie où figurent les produits laitiers. L’Anses estime d’ailleurs que les apports en énergie et en protéines de la population française sont conformes aux références nutritionnelles.

Converti en grammes pour un adulte de 70 kg, pris ici à titre d’illustration, le repère représente 58 g par jour. L’apport moyen, lui, avoisine 98 g. Une seule portion de boisson Hipro de Danone, qui affiche 25 g de protéines, couvre à elle seule 43 % du repère de cet adulte. Pour situer votre propre repère, avant 65 ans et en bonne santé, le calcul part de 0,83 multiplié par votre poids. Le manque moyen n’existe pas.

Une limite supérieure au-delà de laquelle manger des protéines deviendrait risqué n’a pas pu être fixée, faute de données suffisantes, indique l’Anses. Cela ne veut pas dire qu’un excès est sans effet : cela veut dire que la question reste sans réponse chiffrée. Et 1,4 g reste une moyenne. Elle ne dit rien d’une personne âgée qui mange peu, ni de quelqu’un qui suit un régime restrictif.

Après 65 ans, un besoin qui remonte

Le raisonnement sur l’excès s’arrête ici. Après 65 ans, le besoin rapporté par l’OPECST passe à 1 à 1,2 g de protéines par kilo et par jour. L’objectif est de freiner la sarcopénie, c’est-à-dire la perte progressive de masse et de force musculaires avec l’âge, et de préserver la densité osseuse. Pour une personne de 70 kg, toujours à titre d’illustration, cela représente 70 à 84 g par jour, contre 58 g pour le repère de l’adulte plus jeune.

C’est dans cette tranche d’âge qu’un apport insuffisant a des conséquences concrètes, sur le muscle comme sur l’os. Si vous avez passé 65 ans, la moyenne nationale ne dit pas si vous atteignez ce niveau. Une personne âgée qui réduirait ses protéines après avoir lu que « les Français en mangent trop » ferait l’inverse de ce dont elle a besoin. Ici, la question se pose vraiment.

La réponse ne passe pas forcément par un produit enrichi. Les aliments riches en protéines pour les personnes âgées figurent dans l’alimentation courante, et les besoins en protéines après 60 ans se discutent au cas par cas. Les chiffres donnés pour 70 kg illustrent un ordre de grandeur. Ils ne constituent pas une consigne personnelle.

L’ultra-transformation, un risque mesuré par association

Sept indicateurs de santé sur dix : c’est la proportion pour laquelle l’Anses relève un lien entre forte consommation d’aliments classés Nova 4 et risque accru de maladies chroniques non transmissibles, mortalité toutes causes comprise. L’avis date du 19 novembre 2024 et repose sur une revue systématique, c’est-à-dire un recensement méthodique de toutes les études répondant à des critères fixés à l’avance. L’agence n’a trouvé aucune association pour le cancer de la prostate et n’a pas pu conclure pour deux autres cancers.

Le poids de preuve de ces associations est jugé faible. La raison est arithmétique : la revue n’a retenu que 10 articles, portant sur 4 cohortes, et chaque indicateur n’a été évalué qu’à partir d’une ou deux études. Une cohorte suit un grand nombre de personnes pendant des années et compare la santé de celles qui mangent beaucoup d’un aliment à celle des autres. Aucune des cohortes retenues ne portait sur les personnes âgées, les enfants ou les femmes enceintes.

La série d’articles publiée par The Lancet en novembre 2025 dresse un tableau plus large. Ses 43 experts ont recensé 104 études de long terme, dont 92 associent une alimentation riche en produits ultra-transformés à un risque accru d’au moins une maladie chronique. Les deux lectures n’ont pas le même périmètre : la revue de l’Anses appliquait des critères d’inclusion stricts et s’arrêtait en juin 2023. Leurs résultats ne se comparent donc pas terme à terme. Les auteurs du Lancet reconnaissent eux-mêmes les débats sur Nova et demandent davantage d’essais de long terme.

Dans les deux cas, il s’agit d’associations observées. Les gros consommateurs d’ultra-transformés diffèrent aussi des autres par d’autres habitudes de vie, que les ajustements statistiques ne neutralisent pas toujours complètement. Si vous lisez « associé à un risque accru », c’est ce niveau de preuve qui se trouve derrière. Le signal existe, la causalité reste à démontrer.

Une seule expérience contrôlée éclaire le mécanisme possible. Aux National Institutes of Health (NIH), aux États-Unis, 20 adultes hospitalisés ont mangé à volonté un régime ultra-transformé puis un régime non transformé, deux semaines chacun, avec des repas proposés équivalents en calories, sucre, sel, fibres et macronutriments. Les résultats, publiés dans Cell Metabolism en mai 2019, sont nets : 508 kcal de plus par jour en moyenne sous régime ultra-transformé, soit plus de 7 000 kcal sur les deux semaines. Les participants y ont pris 0,9 kg, et en ont perdu autant sous l’autre régime. Les protéines ingérées, elles, n’ont pas bougé. Mais l’essai porte sur 20 personnes et quatre semaines au total : il mesure une surconsommation de calories, pas l’apparition de maladies.

Les autorités sanitaires françaises ont déjà fixé un cap. Comme le rappelle l’avis de l’Anses de 2024, le Haut Conseil de la santé publique a inscrit dans les objectifs du Programme national nutrition santé (PNNS) celui « d’interrompre la croissance de la consommation des produits ultratransformés ». Traduit : stopper la hausse, sans fixer de baisse. Santé publique France recommande, pour sa part, de limiter ces produits.

Dix produits, une même recette d’enrichissement

Faire monter la teneur en protéines d’un aliment suppose d’en ajouter sous forme concentrée. Les dix produits examinés par foodwatch le montrent : protéines de soja isolées dans les barres Nature Valley Protein de General Mills, gluten de blé dans les céréales Lion Protein de Nestlé et les tartines Wasa Protein+ de Barilla, protéines de lait dans les gourdes Andros Sport Whey & fruits. Or les isolats de protéines figurent eux-mêmes parmi les marqueurs qui font classer un aliment en Nova 4, au même titre que les additifs dits « cosmétiques » : émulsifiants, édulcorants, épaississants, gélifiants.

Le cas Wasa est le plus lisible. Selon foodwatch, c’est l’ajout de gluten, destiné à augmenter la teneur en protéines, qui fait basculer ces tartines en Nova 4. Le classement découle de la recette d’enrichissement elle-même, pas d’un choix accessoire.

Une fois la protéine ajoutée, il faut rattraper la texture et le goût. D’où la gomme gellane relevée dans la boisson chocolatée Lactel de Lactalis, dans la boisson Alpro Protéines de Danone et dans la boisson Chocolate Mocha Protein de Starbucks. D’où aussi l’amidon de maïs modifié de la boisson Hipro de Danone, et les édulcorants acésulfame-K et sucralose relevés dans cette boisson comme dans le yaourt myrtille Marque Repère d’E.Leclerc. Dans sa réponse rapportée par Allo Docteurs, Danone indique que la gomme gellane et l’amidon modifié servent à la texture et à la stabilité. Pour les protéines de lait des produits sportifs, un article du site compare les protéines de lactosérum (whey) ou végétales.

Riche en protéines ne veut pas dire pauvre en sucre. Les céréales Lion Protein affichent 15 g de protéines, mais 23 g de sucres pour 100 g : près d’un quart du poids du produit. Les barres Nature Valley Protein contiennent 20,5 g de sucres pour 100 g. La boisson chocolatée Lactel apporte 6 g de protéines et 9,1 g de sucres pour 100 ml, autant de sucre qu’un Orangina selon foodwatch. L’allégation ne renseigne pas sur le reste.

Les dix produits « protéinés » de l’enquête foodwatch, tous classés en Nova 4 par l’association
ProduitFabricant ou enseigneProtéines (teneur publiée)Marqueurs d’ultra-transformation relevés par foodwatch
Barres Nature Valley ProteinGeneral MillsProtéines de soja isolées, sirop de glucose, maltodextrine
Salade « high protein » Carrefour SensationCarrefour3,5 g de plus pour 100 g que la version standardDextrose, amidon de pomme de terre modifié, disulfite de potassium
Boisson Hipro myrtilleDanone25 g par portionAmidon de maïs modifié, pectine, acésulfame-K, sucralose
Céréales Lion ProteinNestlé15 g pour 100 gGluten de blé ajouté
Gourdes Andros Sport Whey & fruitsAndrosProtéines de lait, glycosides de stéviol
Boisson chocolatée protéinée LactelLactalis6 g pour 100 mlGomme gellane
Tartines Wasa Protein+Barilla20 g pour 100 gGluten de blé ajouté
Boisson Chocolate Mocha ProteinStarbucksGomme gellane, carraghénanes, acésulfame-K
Boisson soja Alpro ProtéinesDanoneGomme gellane, phosphates de potassium
Yaourt myrtille protéiné Marque RepèreE.LeclercAcésulfame-K, sucralose

Un tiret signale une teneur que cet article ne reprend pas. Le classement Nova 4 est celui de foodwatch ; la classification Nova n’a aucun statut réglementaire.

Bouteille de lait de soja et de soja sur table en bois

Le prix d’un gramme de protéine ajouté

13,95 € le kilo pour les tartines Wasa Protein+, contre 7,09 € pour les Wasa Léger : ce sont les prix relevés par foodwatch chez Carrefour, à une date donnée et dans une seule enseigne. Ce ne sont pas des prix nationaux. À première vue, la version protéinée coûte le double.

Le calcul peut se lire dans l’autre sens. Les tartines Protein+ contiennent 20 g de protéines pour 100 g, soit 200 g par kilo ; la version légère en contient 9 g pour 100 g, soit 90 g par kilo. Ramené au gramme de protéine, cela donne 0,070 € pour Protein+ et 0,079 € pour la version légère : la version enrichie est légèrement moins chère. Le prix double parce que la teneur double. Ces calculs sont ceux du site, à partir des chiffres publiés par foodwatch.

Reste l’opération la plus parlante pour l’acheteur : le surcoût des protéines ajoutées. Les 110 g de protéines supplémentaires par kilo coûtent 6,86 €, soit environ 6,2 € les 100 g de protéines ajoutés.

Sur la salade « high protein » Carrefour Sensation, l’écart relevé par foodwatch est de 4 € au kilo par rapport à la version standard, pour 3,5 g de protéines de plus pour 100 g, soit 35 g par kilo. Le supplément revient à environ 11,4 € pour 100 g de protéines ajoutés, près du double du cas Wasa. Ramené à une portion, l’apport supplémentaire reste de quelques grammes.

Vous pouvez refaire l’opération devant le linéaire, elle vaut pour tout produit « protéiné » : diviser l’écart de prix au kilo par l’écart de protéines au kilo, deux chiffres lisibles en rayon. Pour les céréales Lion Protein, relevées à 8,15 € le kilo chez Super U, foodwatch ne publie pas de prix de comparaison, et le calcul ne peut donc pas être fait ici.

Le vrai critère n’est pas le prix du gramme, mais son utilité. Pour un adulte de 70 kg qui consomme déjà une quarantaine de grammes au-delà du repère, quelques grammes de plus ne comblent aucun manque. Pour lui, le produit ne répare rien.

Additifs relevés : des signaux de cohorte à lire en risque relatif

Trois familles d’additifs relevées par foodwatch apparaissent dans des travaux publiés : l’acésulfame-K, les carraghénanes et les phosphates de potassium, famille à laquelle appartient le phosphate tripotassique (E340) étudié dans ces travaux ; un résultat obtenu sur ce composé ne vaut pas pour toute la famille. Ces données proviennent de NutriNet-Santé, une cohorte qui suit des adultes volontaires. Elles se lisent en risque relatif, exprimé par un « hazard ratio » (HR) : lorsque vous lisez un HR de 1,13, il signifie un risque supérieur de 13 % à celui du groupe de comparaison, pas 13 malades sur cent.

Pour les édulcorants, l’étude publiée dans PLoS Medicine en mars 2022 a suivi 102 865 adultes, parmi lesquels 3 358 cancers ont été diagnostiqués. Les plus forts consommateurs d’acésulfame-K présentaient un HR de 1,13 par rapport aux non-consommateurs, avec un intervalle de confiance de 1,01 à 1,26, dont la borne basse frôle l’absence d’effet. Les auteurs citent eux-mêmes trois limites : un biais de sélection, les volontaires ne ressemblant pas à la population générale ; une confusion résiduelle, d’autres habitudes pouvant expliquer l’écart ; une causalité inverse, des personnes déjà fragiles pouvant avoir changé d’alimentation.

Pour les émulsifiants, l’étude parue dans The Lancet Diabetes & Endocrinology en mai 2024 porte sur 104 139 adultes, à 79,2 % des femmes, âgés de 42,7 ans en moyenne. En 6,8 ans de suivi moyen, 1 056 diabètes de type 2 sont apparus, environ un participant sur cent. Les carraghénanes sont associés à un HR de 1,03 par tranche de 100 mg consommés chaque jour, le phosphate tripotassique (E340) à un HR de 1,15 par tranche de 500 mg quotidiens. En ordre de grandeur, calculé par le site à partir du risque de base de la cohorte : sur 10 000 participants, une centaine de cas, et 3 % de plus en relatif, ce sont environ trois cas supplémentaires en près de sept ans, par tranche de 100 mg de carraghénanes.

La gomme gellane, présente dans trois produits de l’enquête, ne figure pas parmi les émulsifiants associés au diabète dans le résumé publié. La population étudiée, âgée de 42,7 ans en moyenne et majoritairement féminine, ne représente pas non plus les lecteurs de plus de 65 ans. Et tous ces additifs restent autorisés en Europe. Danone, dans sa réponse rapportée par Allo Docteurs, souligne que ses produits respectent la réglementation et que les édulcorants employés ont été évalués et approuvés par les autorités européennes compétentes. Associé ne veut pas dire causé.

Nova, outil de recherche mais base d’étiquetage contestée

Une même base de données alimentaire compte 10,2 % d’aliments ultra-transformés selon Nova, et 47,4 % d’aliments « ultra ou hautement transformés » selon la classification du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Cette comparaison, publiée en 2022 par une équipe menée par de Araujo, est citée par l’Anses. Un aliment sur dix d’un côté, près d’un sur deux de l’autre : tout dépend de la définition. Or il n’en existe aucune qui soit consensuelle ou réglementaire, et l’Anses juge Nova peu reproductible : les équipes qui classent les mêmes aliments aboutissent à de faibles taux de concordance.

La conclusion de l’avis sur ce point, endossée par le directeur général de l’agence, est rédigée ainsi : « cette classification, ni aucune autre étudiée, ne peut pas servir directement de base à la construction d’outils de prévention des maladies chroniques non transmissibles tels que des recommandations ou une inclusion dans un mécanisme de catégorisation ». Deux mots portent le sens. « Ni aucune autre » : aucune classification concurrente ne fait mieux. « Mécanisme de catégorisation » : un logo sur un emballage en est un.

C’est pourtant ce que demande foodwatch : un étiquetage obligatoire de l’ultra-transformation en face avant des emballages, à côté du Nutri-Score. L’association présente Nova comme une classification reconnue sur laquelle s’appuie l’expertise publique. L’Anses a bien analysé des études fondées sur Nova, les seules disponibles, mais elle écarte son usage en l’état pour un étiquetage. Côté fabricants, E.Leclerc conteste la méthode en invoquant l’absence de consensus scientifique international sur Nova, et Andros a interrogé l’association sur sa démarche. Danone, Nestlé et Barilla ont répondu par voie de presse, sans aborder la demande d’étiquetage, selon foodwatch. L’association ne fait état d’aucune réponse de General Mills, Carrefour, Lactalis ni Starbucks.

Le Nutri-Score ne tranche pas la question, car il répond à une autre. Calculé pour 100 g ou 100 ml, il compte les protéines parmi les éléments favorables, et l’énergie, les graisses saturées, les sucres et le sel parmi ceux à limiter, avec les édulcorants pour les boissons dans sa version révisée appliquée depuis mars 2025. Il ne mesure pas la transformation : un bon Nutri-Score sur l’emballage que vous tenez ne certifie pas un produit peu transformé. Ajouter un isolat de protéines peut donc améliorer la note d’un produit tout en le faisant passer en Nova 4. Son affichage reste facultatif. Le Nutri-Score et le comportement d’achat font l’objet d’un article dédié.

Ce qui permettrait de trancher, et à quelle échéance

Trois chantiers conditionnent la réponse. Le premier est celui que recommande l’Anses : des études capables de dire si le lien observé tient à l’excès de calories, à une formulation qui pousse à des portions trop grandes, aux conditions de consommation ou aux additifs, et quelle part revient à chacun. C’est la question que l’essai du NIH a ouverte sans la refermer.

Le deuxième relève des auteurs de la série du Lancet, qui appellent à des essais de plus longue durée. Seul un essai randomisé, où le hasard décide qui mange quoi, peut écarter les différences de mode de vie entre gros et petits consommateurs. Le troisième chantier est une définition partagée de l’ultra-transformation, sans laquelle aucun logo ne peut être construit.

Au 24 septembre 2026, aucune échéance n’est annoncée pour ces travaux, ni pour un étiquetage de l’ultra-transformation, en France comme à l’échelle européenne. Personne ne peut donc dater l’arrivée d’un tel logo en rayon. La pétition portée par foodwatch sur les ultra-transformés dépassait 180 000 signatures le 24 septembre 2026. L’objectif de santé publique rappelé par l’Anses en 2024, lui, visait à stopper la hausse de la consommation, pas à la faire baisser.

L’essentiel à retenir

  • Un adulte en France consomme en moyenne 1,4 g de protéines par kilo et par jour, selon l’étude INCA 3 de l’Anses citée par l’OPECST, contre un repère de 0,83 g : en moyenne, la population générale ne manque pas de protéines, ce qui ne dit rien de chaque personne.
  • Après 65 ans, le besoin rapporté remonte à 1 à 1,2 g par kilo et par jour : c’est l’âge où un apport insuffisant compte, et où la réponse se discute avec le médecin.
  • Ramené au gramme, le prix des protéines ajoutées va d’environ 6 € à 11 € les 100 g dans les deux exemples calculables, selon un calcul du site sur des prix relevés ponctuellement par foodwatch : la question est surtout leur utilité.
  • Le lien entre ultra-transformés et maladies chroniques repose sur des associations de cohorte, au poids de preuve jugé faible par l’Anses.
  • Le classement Nova 4 des dix produits est celui de foodwatch ; l’Anses juge Nova inutilisable en l’état pour un étiquetage.

Questions fréquentes sur les produits protéinés

Combien de protéines faut-il par jour à un adulte ?

L’Anses retient pour l’adulte en bonne santé une référence de 0,83 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour, qui couvre les besoins de la quasi-totalité de cette population. Pour une personne de 70 kg, prise à titre d’illustration, cela représente environ 58 g par jour. L’apport moyen mesuré en France, 1,4 g par kilo selon l’étude INCA 3 citée par l’OPECST, est nettement supérieur. Cette moyenne ne décrit toutefois pas chaque personne.

Les seniors doivent-ils manger plus de protéines ?

Le besoin rapporté par l’OPECST remonte après 65 ans, à 1 à 1,2 g par kilo et par jour, pour limiter la perte de masse musculaire et préserver la densité osseuse. C’est la tranche d’âge où un apport insuffisant a des conséquences concrètes. Une perte de poids involontaire ou une fonte musculaire justifient d’en parler au médecin traitant, qui dira si l’alimentation doit être adaptée.

Un produit protéiné est-il forcément ultra-transformé ?

Pas forcément, mais l’enrichissement y conduit souvent. Pour augmenter la teneur, le fabricant ajoute des protéines concentrées, comme le gluten, les protéines de lait ou l’isolat de soja, et les isolats de protéines comptent eux-mêmes parmi les marqueurs du groupe Nova 4. Les dix produits de l’enquête sont classés en Nova 4 par foodwatch, un classement qui n’a pas de valeur officielle.

Les additifs relevés dans ces produits sont-ils interdits ou dangereux ?

Aucun n’est interdit : tous sont autorisés en Europe. Certains, comme l’acésulfame-K ou les carraghénanes, sont associés dans la cohorte NutriNet-Santé à un risque un peu plus élevé de cancer ou de diabète de type 2, par exemple un risque de diabète supérieur de 3 % par tranche de 100 mg de carraghénanes consommés chaque jour. Il s’agit d’associations observées, qui ne démontrent pas que l’additif cause la maladie.

Comment calculer le prix d’un gramme de protéine ajouté ?

Il suffit de diviser l’écart de prix au kilo entre la version enrichie et la version standard par l’écart de protéines au kilo. Sur les prix relevés par foodwatch, le calcul du site donne environ 6,2 € les 100 g de protéines ajoutés pour les tartines Wasa Protein+ et environ 11,4 € pour la salade Carrefour Sensation. Ces relevés sont ponctuels et ne valent pas pour toutes les enseignes.

Le Nutri-Score tient-il compte de la transformation ?

Non. Le Nutri-Score est calculé pour 100 g ou 100 ml à partir des nutriments, en comptant les protéines comme un élément favorable. Il ne mesure pas le degré de transformation : ajouter des protéines peut améliorer la note d’un produit tout en le faisant classer en Nova 4. C’est pourquoi foodwatch réclame un second étiquetage, dont le principe se heurte à l’absence de définition partagée de l’ultra-transformation.