Dix jours au moins avant le départ : c’est la marge prudente pour demander le document qui accompagne un médicament du TDAH classé stupéfiant, qu’il s’agisse du méthylphénidate ou des amphétamines. Pour un pays de l’espace Schengen, ce document est une autorisation de transport délivrée par l’agence régionale de santé (ARS) de la région où le médecin prescripteur est enregistré. Hors Schengen, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) établit une attestation seulement si le pays de destination l’exige. Ce délai de dix jours, l’ANSM l’écrit pour son attestation et l’ARS Nouvelle-Aquitaine pour l’autorisation Schengen ; la procédure de dépôt, elle, varie d’une ARS à l’autre. Pour un départ le 1er juillet, votre demande part au plus tard le 21 juin.
Le sujet revient par la médecine des voyages. Le 19 octobre 2026, le Journal of Travel Medicine a mis en ligne une lettre à l’éditeur de trois auteurs de l’Université de Galway, en Irlande, consacrée aux difficultés du voyage international avec un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Seules ses métadonnées sont publiques : son texte intégral est payant, ses recommandations ne sont donc pas connues et rien n’en est repris ici. Les règles décrites plus bas viennent des autorités françaises, européennes et japonaises.
Autorisation Schengen et attestation de l’ANSM, deux régimes distincts
En France, le méthylphénidate est un médicament légal, délivré sur ordonnance. La molécule n’en reste pas moins contrôlée par les conventions internationales sur les stupéfiants : franchir une frontière avec sa boîte, c’est détenir un stupéfiant sur le sol d’un autre État. Le document demandé n’est pas un permis de se soigner. C’est la preuve administrative que la boîte vient d’une prescription licite dans le pays de résidence, ce que la fiche de l’ANSM sur le transport personnel de stupéfiants décrit comme sa fonction : justifier la nature licite du médicament.
Dans l’espace Schengen, l’instrument est commun à tous les États participants. Il découle de l’article 75 de la convention d’application de l’accord de Schengen, signée en 1990, mis en application en France par le décret n° 95-304 du 21 mars 1995 ; une circulaire de la Direction générale de la santé (DGS) du 12 octobre 2011 en précise les modalités, et le modèle du certificat a été fixé par une décision du Comité exécutif Schengen du 22 décembre 1994. Toute personne résidant en France, quelle que soit sa nationalité, doit s’en munir dès qu’elle transporte un médicament soumis en tout ou partie à la réglementation des stupéfiants. L’ARS du prescripteur la délivre au vu de l’original de l’ordonnance. Un même modèle, reconnu dans toute la zone.
Hors de l’espace Schengen, aucune harmonisation : chaque pays applique ses propres dispositions. La fiche de l’ANSM de juillet 2015, dans son paragraphe consacré aux pays hors Schengen, fixe le champ de l’attestation en une phrase : « L’Ansm délivre des attestations de transport pour les particuliers se rendant dans un pays situé en dehors de l’espace Schengen uniquement si ce pays exige, pour l’entrée sur son territoire, un certificat des autorités compétentes du pays de résidence du patient. » Traduit : c’est la loi du pays d’arrivée, et non le souhait du voyageur, qui déclenche la démarche. Depuis le 1er août 2015, l’ANSM n’en délivre plus dans les autres cas, et sa page « Voyager avec mes médicaments », mise à jour le 29 mai 2026, reprend la même règle.
Si le pays n’exige rien, il n’y a rien à demander à l’ANSM. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire. L’original de l’ordonnance, accompagné si possible d’une traduction en anglais, reste dans tous les cas le justificatif à présenter aux autorités de contrôle sur demande, et la règle du pays où vous allez se vérifie avant de partir. Les pièces de la demande ont aussi changé : la fiche de 2015 réclamait une copie de l’ordonnance et un certificat médical, alors que la page en vigueur de l’ANSM prévoit un formulaire en ligne accompagné de l’ordonnance sécurisée scannée.
Méthylphénidate et amphétamines, les traitements visés par la règle
Le régime suit la molécule, pas la maladie. La page de l’ANSM range les médicaments des troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité parmi ceux soumis aux règles de transport des stupéfiants et assimilés. Elle cite le méthylphénidate en exemple, aux côtés de la buprénorphine, du fentanyl, de la méthadone, de la morphine ou de l’oxycodone.
Le méthylphénidate figure sur la liste des stupéfiants sous toutes ses marques : Concerta LP, Ritaline, Ritaline LP, Medikinet, Quasym LP et leurs génériques, selon l’information diffusée aux professionnels par l’ANSM et les laboratoires en septembre 2021. Sa prescription est limitée à 28 jours, sur ordonnance sécurisée. Depuis le 13 septembre 2021, la prescription initiale annuelle peut être faite par un neurologue, un psychiatre ou un pédiatre exerçant à l’hôpital ou en ville, et tout médecin peut la renouveler dans l’année. Pour le patient, c’est depuis cette date que la première ordonnance peut s’obtenir hors de l’hôpital.
Deux amphétamines ont rejoint en 2026 la palette des traitements du TDAH disponibles en France. La lisdexamfétamine (Xurta) et la dexamfétamine (Tentin) arrivent en pharmacie en deuxième intention, c’est-à-dire après le méthylphénidate, rapporte La Revue du Praticien du 22 juin 2026. Ce sont aussi des médicaments stupéfiants, prescrits sur ordonnance sécurisée limitée à 28 jours, avec une prescription initiale annuelle réservée aux neurologues, pédiatres et psychiatres. La Revue du Praticien présente ces amphétamines sous l’angle du TDAH de l’enfant : la question du voyage se pose donc aussi en famille, y compris pour un TDAH chez l’adolescent, et le cas de l’enfant qui voyage avec ses parents est traité plus bas.
L’indice le plus simple tient dans l’ordonnance elle-même. Si votre traitement est prescrit sur ordonnance sécurisée pour 28 jours au plus, il relève de ce régime. En cas de doute, votre pharmacien ou votre prescripteur confirme le classement du médicament. Cet article ne traite que du méthylphénidate et des amphétamines.
Dix jours avant le départ, trente jours de validité, vingt-huit jours de traitement
Trois nombres, trois règles distinctes. Le premier est un délai : la demande se dépose au moins dix jours avant le départ, comme l’exige l’ANSM pour son attestation et comme le demande l’ARS Nouvelle-Aquitaine pour l’autorisation Schengen. Pour un départ le 1er juillet, la dernière date utile est le 21 juin. Pour un départ le 15 août, c’est le 5 août.
Le deuxième est une validité : l’autorisation Schengen vaut 30 jours au maximum. Le troisième est une quantité : on ne transporte pas plus que la durée maximale de prescription du médicament, en général 28 jours pour les stupéfiants, soit 4 semaines, et 14 jours pour la méthadone en sirop. L’attestation de l’ANSM couvre elle aussi 28 jours de traitement au plus. Les 30 jours disent combien de temps le papier reste valable ; les 28 jours disent combien de jours de traitement vous pouvez emporter. Ce ne sont pas les mêmes jours.
Mis bout à bout, ces chiffres dessinent la durée de séjour possible. Une autorisation de 30 jours accompagnée de 28 jours de traitement couvre trois semaines de vacances. Elle ne couvre pas un séjour de six semaines. Pour celui-là, la poursuite du traitement sur place s’organise avec le prescripteur avant le départ ; pour les destinations hors Schengen, l’ANSM conseille de prolonger le traitement dans le pays d’accueil au-delà de 28 jours.
Ce plafond n’est pas un excès de zèle administratif. Il découle du plafond de prescription : l’ordonnance sécurisée d’un stupéfiant ne dépasse pas 28 jours, et l’autorisation ne couvre jamais au-delà de la durée de prescription. La douane française applique aux autres médicaments une règle générale de trois mois de traitement, qui ne vise pas les stupéfiants. Aucun document français ne permet donc d’emporter trois mois de méthylphénidate.
Le dépôt de la demande Schengen, lui, varie d’une région à l’autre. En Nouvelle-Aquitaine, l’ARS demande le formulaire Cerfa 10083*03, un par médicament et par dosage, déposé sur place ou envoyé par courrier à la délégation départementale où le prescripteur est enregistré. En Auvergne-Rhône-Alpes, la demande se fait obligatoirement en ligne, avec jusqu’à trois médicaments par dossier, une instruction en 48 heures ouvrables au plus et une ordonnance à jour couvrant toute la période du déplacement. Aucune de ces deux procédures n’est nationale. La règle prudente tient en une ligne : déposer au moins dix jours avant le départ auprès de l’ARS du prescripteur, en suivant la procédure qu’elle publie, même quand son délai d’instruction annoncé est plus court.
La loi du pays d’arrivée garde le dernier mot
L’autorisation et l’attestation prouvent une origine licite. Elles ne priment pas sur la loi du pays d’arrivée. Chaque pays peut limiter le nombre d’unités ou de jours de traitement admis sur son sol, voire interdire l’entrée de ces médicaments, rappellent la page de l’ANSM et sa fiche de 2015. Un document français n’ouvre aucune frontière.
Le Japon montre jusqu’où l’écart peut aller. L’exemple ne vaut que pour lui : il s’agit de la règle publiée par le département de contrôle des stupéfiants du ministère japonais de la Santé, et elle ne renseigne sur aucun autre pays. La même famille de traitements y reçoit trois statuts. Le méthylphénidate, classé psychotrope, entre sans permission dans la limite de quantités fixées par le ministère japonais, avec un certificat médical au-delà. La lisdexamfétamine exige une permission préalable, demandée au moins 14 jours avant le voyage, avec un certificat médical : si vous partez le 1er juillet, la demande japonaise doit partir au plus tard le 17 juin. L’amphétamine, elle, ne peut pas être importée, même pour un traitement.
Au Japon, une boîte légale en France peut donc être admise, soumise à permission ou refusée selon la molécule qu’elle contient. Pour qui prévoit d’y partir, la question du traitement s’ajoute aux autres étapes pour préparer un voyage au Japon.
Chaque destination se vérifie pour elle-même. L’ANSM renvoie à la base de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), qui recense la réglementation pays par pays, et conseille de se renseigner auprès de l’ambassade ou du ministère de la Santé du pays de destination. Cette base n’a pas pu être consultée pour cet article, sa page étant inaccessible lors de la recherche. Les règles des autres pays ne sont donc pas détaillées ici : c’est auprès de ces deux interlocuteurs qu’elles se lisent.

Au départ, sur place et au retour, le traitement voyage avec le patient
L’autorisation est nominative. Le patient voyage lui-même avec son traitement, et un tiers ne peut pas le transporter à sa place, précise l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes. La douane française ajoute que ces médicaments ne peuvent entrer en France que transportés personnellement. Les solutions intuitives tombent : le traitement ne s’envoie pas par la poste et ne se confie pas à un proche qui partirait plus tard.
Les documents se présentent à l’aller, pendant le séjour et au retour, aux autorités du pays visité comme aux douanes, à la police et à la gendarmerie françaises. L’original de l’ordonnance les accompagne toujours. Pour rentrer en France, l’ANSM n’établit aucune attestation, l’OICS ne signalant pas d’exigence de ce type pour la France ; l’ordonnance originale reste en revanche obligatoire. Les règles générales sur les médicaments et contrôles douaniers complètent ce cadre.
Le cas d’un enfant traité qui voyage avec ses parents n’est pas réglé par les textes consultés. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes indique seulement qu’un tiers peut déposer la demande pour le patient. L’autorisation reste établie au nom de celui-ci. Qui porte la boîte pendant le trajet est une question à poser à l’ARS du prescripteur.
Ne pas adapter seul son traitement pour un voyage. Les démarches ne justifient ni d’interrompre le traitement pendant les vacances, ni d’en réduire la dose, ni d’emporter moins de comprimés que prescrit. Toute adaptation, comme l’organisation d’un traitement sur place pour un long séjour, se discute avec le prescripteur. C’est aussi lui qu’il faut joindre si le traitement vient à manquer pendant le séjour.
Croatie, Irlande, Chypre et les zones grises de la carte
L’espace Schengen compte 29 pays : 25 États de l’Union européenne, plus l’Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein, selon la Commission européenne. La Bulgarie et la Roumanie l’ont rejoint le 1er janvier 2025 : la liste à jour de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes les compte désormais, avec la Croatie, parmi les pays où s’applique l’autorisation de l’ARS.
Des fiches officielles encore en ligne, datées de 2015 et de 2023, listent 26 États, sans la Croatie, la Bulgarie ni la Roumanie. Trois pays d’écart. Un voyageur qui partirait en Croatie en se fiant à une liste ancienne se tromperait de démarche. Le réflexe utile consiste à vérifier la destination sur une liste récente, puis à s’adresser à l’ARS du prescripteur.
L’espace Schengen ne se confond pas avec l’Europe. Le Royaume-Uni et l’Irlande n’en font pas partie, et Chypre, en cours d’intégration, n’a pas encore levé ses contrôles aux frontières intérieures. Pour l’Irlande, Chypre et Gibraltar, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes indique qu’une attestation de transport se demande à l’ARS ; l’Irlande du Nord, rattachée au Royaume-Uni, ne relève pas de cette procédure. La page de l’ANSM, de son côté, confie les destinations hors Schengen à l’attestation de l’ANSM, quand le pays l’exige.
Les deux lectures coexistent, et les textes consultés ne permettent pas de les départager. Il faudrait pour cela une position commune de l’ANSM et des ARS sur ces trois destinations. En attendant, l’ARS du prescripteur reste la porte d’entrée : elle instruit la demande ou oriente vers la bonne administration.
| Destination | Document | Délivré par | Délai de dépôt | Durée couverte |
|---|---|---|---|---|
| Pays de l’espace Schengen (29 pays, dont Croatie, Bulgarie, Roumanie) | Autorisation de transport (article 75), avec l’ordonnance originale | ARS de la région où le prescripteur est enregistré | 10 jours au moins avant le départ, par prudence ; procédure propre à chaque ARS | Validité de 30 jours au plus ; quantité limitée à la durée maximale de prescription, en général 28 jours |
| Pays hors Schengen qui exige un certificat | Attestation de transport, avec l’ordonnance originale | ANSM | 10 jours au moins avant le départ | 28 jours de traitement au plus |
| Pays hors Schengen qui n’exige pas de certificat | Pas d’attestation ANSM ; ordonnance originale, traduite en anglais si possible ; règle du pays à vérifier (OICS, ambassade) | — | — | Selon la loi du pays d’arrivée |
| Irlande, Chypre, Gibraltar | Attestation de transport, à demander à l’ARS selon une ARS | ARS du prescripteur, qui instruit ou oriente | 10 jours au moins, par prudence | Selon l’administration qui instruit |
| Retour en France | Pas d’attestation ; ordonnance originale obligatoire | — | — | — |
L’essentiel à retenir
- Le méthylphénidate et les amphétamines prescrits contre le TDAH sont des stupéfiants : leur transport à l’étranger obéit à une règle propre.
- Dans l’espace Schengen, l’autorisation de transport se demande à l’ARS du prescripteur. Hors Schengen, l’ANSM délivre une attestation seulement si le pays l’exige.
- Par prudence, la demande se dépose au moins dix jours avant le départ, délai fixé par l’ANSM pour son attestation : le 21 juin au plus tard pour partir le 1er juillet.
- L’autorisation vaut 30 jours au plus et couvre 28 jours de traitement au plus. Un séjour plus long se prépare avec le prescripteur.
- Aucun document français ne prime sur la loi du pays d’arrivée. Hors Schengen, l’absence d’attestation n’est pas l’absence de règle : ordonnance originale toujours, vérification auprès de l’OICS et de l’ambassade. La santé d’un départ lointain se prépare aussi par ailleurs, par exemple pour préparer un voyage lointain avec les vaccins de base.
Questions fréquentes
Faut-il une autorisation pour partir en Croatie avec du méthylphénidate ?
Oui. La Croatie fait partie de l’espace Schengen, qui compte 29 pays. Le document à demander est l’autorisation de transport délivrée par l’ARS de la région où le prescripteur est enregistré, à demander par prudence au moins dix jours avant le départ, selon la procédure de cette ARS. Certaines fiches officielles anciennes listent encore 26 États sans la Croatie.
Et pour le Royaume-Uni ou les États-Unis ?
Ces deux pays sont hors de l’espace Schengen. L’ANSM ne délivre une attestation que si le pays de destination exige un certificat des autorités du pays de résidence. Dans tous les cas, l’original de l’ordonnance voyage avec le patient, et la règle du pays se vérifie auprès de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) et de l’ambassade.
Combien de jours de traitement peut-on emporter ?
En général 28 jours au plus, la durée maximale de prescription d’un stupéfiant sur ordonnance sécurisée. L’autorisation Schengen reste valable 30 jours au maximum, mais elle ne couvre jamais plus que la durée de prescription. La règle des trois mois qui vaut pour les autres médicaments ne s’applique pas ici.
Un parent peut-il porter le traitement de son enfant ?
Les textes consultés ne règlent pas ce cas précisément. L’autorisation est nominative et établie au nom du patient ; l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes précise qu’un tiers peut déposer la demande pour lui. Les modalités pratiques du trajet se demandent à l’ARS du prescripteur.
Que faire pour un séjour de deux mois ?
Ni l’autorisation Schengen ni l’attestation de l’ANSM ne couvrent plus de 28 jours de traitement. La poursuite du traitement sur place s’organise avec le prescripteur avant le départ, et l’ANSM conseille de le prolonger dans le pays d’accueil. Toute adaptation du traitement relève du prescripteur.
Faut-il un document pour rentrer en France ?
L’ANSM n’établit pas d’attestation pour l’entrée en France, l’OICS ne signalant pas d’exigence de ce type. L’original de l’ordonnance reste obligatoire, et ces médicaments ne peuvent entrer en France que transportés personnellement par le patient.