100 g de sucres par jour, fruits et sucre de table compris mais sucres du lait exclus : au-delà, un adulte en bonne santé franchit la limite haute fixée par l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Ce n’est pas une ration conseillée. Le chiffre de 29 kg de sucre consommés chaque année par Français, qui circule à côté, ne s’y compare pas directement. Ramené au jour, il fait environ 80 g, mais de saccharose seulement, et en moyenne sur toute la population, nourrissons compris.
Ces deux repères accompagnent un projet de taxe sur les biscuits, céréales du petit-déjeuner, confiseries et viennoiseries industrielles, inscrit à l’article 8 du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. La commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale l’a approuvé le 14 octobre au soir, en élargissant son champ. Ce vote ne fait pas une loi. En séance, les députés repartent du texte du gouvernement, puis le Sénat doit se prononcer. Le barème, lui, se lit déjà : 4, 14 ou 22 centimes par kilo de produit selon sa teneur en sucres.
29 kg par an, 100 g par jour : deux chiffres qui ne comptent pas les mêmes sucres
Les 29 kg viennent du ministère de l’Agriculture, dont les dernières données ont été citées par France Info le 15 octobre 2026. Ils portent sur le saccharose, c’est-à-dire le sucre de table, et sur lui seul. Divisés par 365, ils donnent 79,5 g par jour, soit environ 80 g. Le calcul se lit dans ce sens : une quantité totale rapportée à toute la population, des nourrissons aux plus âgés. Il ne dit pas, à l’inverse, ce que mange une personne donnée.
Le plafond de l’Anses compte autre chose. Il additionne tous les sucres qui apportent du fructose : sucre de table, mais aussi sucres des fruits, du miel, des jus et des sirops. Seuls le lactose et le galactose, les sucres du lait, en sont exclus. Et il s’applique à une personne, pas à une moyenne nationale.
Poser 80 g à côté de 100 g revient donc à comparer deux grandeurs différentes. La lecture qui fait de 80 g un chiffre proche du plafond commet deux erreurs à la fois. Elle oublie les sucres des fruits, des jus et du miel, que l’Anses compte et que le saccharose n’inclut pas. Elle vous prête aussi une consommation qui n’est que celle d’une moyenne, où chaque jeune enfant compte pour une part entière, comme chaque adulte.
La mesure individuelle sur laquelle s’appuie l’avis de l’Anses est plus ancienne. L’enquête INCA 2 (étude individuelle nationale des consommations alimentaires), menée en 2006-2007, relevait en moyenne 75 g par jour de sucres totaux hors lactose chez l’adulte. Deux méthodes, deux périmètres, deux époques. Aucun de ces chiffres ne dit combien vous en consommez.
Le chiffre du ministère a lui-même ses limites. Ni son année de référence ni sa méthode de calcul ne sont précisées dans la source qui le rapporte, et la publication statistique d’origine n’a pas pu être consultée. Il se lit comme un ordre de grandeur, pas comme une mesure datée.
D’où sortent les 100 g : 50 g de fructose et des triglycérides
Le plafond n’a pas été fixé à partir d’une quantité jugée raisonnable. Il part d’un marqueur sanguin. Dans son avis du 2 décembre 2016 (saisine 2012-SA-0186), l’Anses a recherché la plus faible dose de fructose associée à une hausse significative des triglycérides, les graisses qui circulent dans le sang. Elle l’a située à 50 g par jour.
Le passage à 100 g est une conversion. Le saccharose est formé pour moitié de fructose : 100 g de sucre de table en apportent 50 g. L’agence a donc fixé la limite à 100 g de sucres par jour, qu’ils soient naturellement présents dans l’aliment ou ajoutés, lactose et galactose exceptés. Un seuil observé dans le sang devient ainsi un plafond dans l’assiette, transposé à tous les sucres qui contiennent du fructose.
Le statut de ce chiffre tient en une phrase de l’avis. Le comité d’experts spécialisé Nutrition humaine y écrit que cette valeur représente « une limite supérieure d’apport à ne pas dépasser, et non une recommandation d’apport ». La formule figure, en anglais, dans la version de l’avis mise en ligne par l’Anses le 24 janvier 2017. Traduit : 100 g ne sont ni un objectif à atteindre ni une quantité « autorisée ». C’est un toit, pas une cible.
L’avis précise aussi à qui il s’adresse : la population adulte en bonne santé. Il retient, au-delà d’une certaine quantité, des effets directs du sucre, comme la prise de poids et la hausse des triglycérides et de l’acide urique, et des effets indirects, comme le diabète de type 2 et certains cancers. Il ne reconnaît en revanche aucun bénéfice propre au sucre une fois couverts les besoins en glucides, la famille de nutriments à laquelle appartiennent les sucres.
Ce plafond est une quantité sur une journée. Il ne dit rien de la vitesse à laquelle ces sucres passent dans le sang au cours d’un repas, une question qui relève d’un autre mécanisme, abordé à propos de l’ordre des aliments et du pic de glycémie.
Fruits, lactose, sucres libres : ce qui entre dans le plafond
Les sucres d’une pomme comptent dans les 100 g, ceux d’un verre de lait non. La raison n’est pas que les premiers seraient plus nocifs. L’Anses explique ne pas pouvoir distinguer, dans les données disponibles, les effets des sucres naturellement présents de ceux des sucres ajoutés. Elle juge donc qu’une recommandation portant sur les seuls sucres ajoutés ne serait pas appropriée, et compte tout ce qui apporte du fructose. Le lactose et le galactose sont exclus pour une autre raison : les données manquent pour les relier à un risque.
Le verre de jus de fruits que vous buvez le matin entame le plafond. Un yaourt nature, non. L’agence n’en tire pourtant aucune consigne de manger moins de fruits ou de laitages : pour rester sous le seuil, elle fait porter l’effort sur les sucres ajoutés.
L’autre chiffre qui circule, 50 g, vient de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle recommande de limiter les sucres libres à moins de 10 % de l’apport énergétique, et idéalement à moins de 5 %. Pour 2 000 kilocalories par jour, 10 % représentent 50 g. Les sucres libres de l’OMS regroupent les sucres ajoutés et ceux du miel, des sirops et des jus de fruits, mais pas ceux d’un fruit ou d’un légume entier. L’ensemble mesuré est plus petit, la limite aussi.
Les deux chiffres ne se contredisent donc pas. L’Anses juge le sien cohérent avec la limite de 10 % fixée par l’OMS, qu’elle chiffre selon le besoin énergétique : 52,5 g pour une femme à 2 100 kcal, 65 g pour un homme à 2 600 kcal. Combien d’adultes dépassent ce seuil-là, l’agence dit ne pas pouvoir le mesurer. Il lui manque la teneur en sucres ajoutés des aliments, et elle demande pour cela l’accès aux recettes industrielles.
Un adulte sur cinq au-dessus en 2006-2007, un homme jeune sur trois, la majorité des enfants
En 2006-2007, un adulte sur cinq dépassait les 100 g. C’est le résultat de l’enquête INCA 2, sur laquelle s’appuie l’avis de 2016 : 20 % des adultes au-delà de 100 g par jour de sucres totaux hors lactose. La moyenne de 75 g cache une dispersion large. L’écart-type, qui mesure l’éloignement typique par rapport à la moyenne, atteint 35,6 g, et les 5 % d’adultes les plus consommateurs dépassaient environ 138 g par jour.
Le dépassement n’était pas réparti au hasard. Il touchait 33 % des hommes de 18 à 34 ans, soit un sur trois, un groupe dont la consommation moyenne tournait autour de 87 g par jour. À l’autre bout, 12 % des femmes de plus de 55 ans étaient au-dessus, environ une sur huit ; les femmes de 55 à 79 ans consommaient en moyenne 68 g. Si vous êtes une femme de plus de 55 ans, le dépassement reste possible. C’est le groupe le moins exposé.
La page de l’Anses consacrée aux sucres, datée du 18 mars 2024, donne une fourchette plus large : 20 à 30 % des adultes et des adolescents au-dessus de 100 g. Une partie de l’écart peut tenir au périmètre, puisque les adolescents de 13 à 17 ans, soumis au même plafond, y sont réunis aux adultes. Les données adultes détaillées de l’avis datent de 2006-2007. Leur évolution depuis n’est pas documentée dans les documents de l’Anses cités ici, et l’Anses elle-même ne peut pas chiffrer les sucres ajoutés faute d’accès aux recettes.
Chez les enfants, le constat change d’échelle. Selon la même page, 60 % des 8-12 ans dépassent leur plafond de 75 g, et 75 % des 4-7 ans dépassent celui de 60 g. Sur cent enfants de 4 à 7 ans, soixante-quinze sont au-dessus. La page ne précise pas l’année de ces données, et rien ne permet de les situer par rapport à l’enquête de 2006-2007. Dans INCA 2, déjà, 20 % des 3-10 ans franchissaient même la barre adulte de 100 g.
La raison est arithmétique. Dans cette enquête, les 3-17 ans consommaient en moyenne environ 80 g de sucres par jour, autant que les adultes, alors que leurs plafonds sont plus bas. À consommation égale, ils dépassent plus souvent. C’est cette population que vise d’abord l’exposé des motifs du projet de loi. Il affirme qu’environ un tiers des apports en sucres des enfants et adolescents viennent des familles de produits visées, sans indiquer d’où vient ce chiffre.
10, 23 et 30 grammes pour 100 grammes : le plafond rapporté à une portion
Le barème du projet de loi est écrit en kilos de sucres par quintal, c’est-à-dire pour 100 kg de produit. L’unité paraît lointaine. Elle ne l’est pas : 10 kg de sucres pour 100 kg de produit, c’est 10 g pour 100 g, la proportion que vous lisez sur l’étiquette. Les trois paliers du barème général se lisent donc directement au dos d’un paquet : 10, 23 et 30 g de sucres pour 100 g.
Rapportés au plafond, ces seuils prennent un sens concret. 100 g d’un produit à 30 g de sucres pour 100 g apportent 30 g de sucres. C’est 30 % de la limite d’un adulte, 40 % de celle d’un enfant de 8 à 12 ans, la moitié de celle d’un enfant de 4 à 7 ans. Au seuil de 23 g, la même quantité représente près d’un quart du plafond adulte. Au seuil de 10 g, un dixième.
Un produit sous 10 g de sucres pour 100 g ne serait pas taxé. L’entrée dans la taxe se situe donc au niveau où 100 g de produit consomment un dixième de la limite quotidienne d’un adulte. Une portion plus petite se calcule de la même façon : 50 g d’un produit à 30 g pour 100 g apportent 15 g, soit 15 % du plafond adulte et le quart de celui d’un enfant de 4 à 7 ans.
Cette conversion se fait sans connaître la marque. Elle ne demande que la ligne de l’étiquette et la quantité que vous mangez. Elle ne porte que sur le produit : le reste de votre journée, fruits, jus ou sucre ajouté au café, entre dans le même plafond.
La ligne « dont sucres » de l’étiquette, base du calcul
Sur la déclaration nutritionnelle, le tableau que vous trouvez au dos des emballages, la ligne « dont sucres » figure sous celle des glucides. Elle additionne tous les monosaccharides et disaccharides du produit, qu’ils soient ajoutés ou non. La version du gouvernement retenait déjà cette définition des sucres. L’amendement adopté en commission est plus explicite : le tarif dépendrait de la quantité de sucres, ajoutés ou non, inscrite dans la déclaration nutritionnelle du produit.
Ce n’est donc pas une taxe sur les sucres ajoutés. Un biscuit qui contient des fruits secs paierait aussi sur les sucres de ces fruits, puisqu’ils figurent sur la même ligne.
Cette ligne ne coïncide pas non plus avec le repère de l’Anses. Le lactose est un disaccharide : l’étiquette le compte, le plafond de santé l’exclut. Pour un produit laitier sucré qui entrerait dans le champ de la taxe, le lactose pèserait donc dans le calcul du tarif sans compter dans la limite des 100 g. Et le saccharose des 29 kg n’est qu’une des composantes de cette ligne.
Quatre mesures coexistent ainsi. Le saccharose seul, pour le chiffre du ministère. Les sucres totaux hors lactose et galactose, pour le plafond de l’Anses. Les sucres libres, pour la limite de l’OMS. Les sucres de l’étiquette, lactose compris, pour la taxe. Elles ne s’additionnent pas et ne se comparent pas terme à terme.

4, 14 ou 22 centimes par kilo : le barème à l’échelle d’un paquet
Le tarif est fixé en euros par quintal de produit, pas par gramme de sucre. Dans le barème général, un produit contenant de 10 à 23 g de sucres pour 100 g serait taxé 4,07 € par quintal, de 23 à 30 g 14 €, à partir de 30 g 22 €. Ramené au kilo, cela fait environ 4, 14 ou 22 centimes. Sur un paquet de 500 g, environ 2, 7 ou 11 centimes, avant toute décision de prix du fabricant ou du distributeur. Les tarifs seraient relevés chaque 1ᵉʳ janvier selon l’inflation hors tabac de l’avant-dernière année.
| Sucres pour 100 g, barème général | Sucres pour 100 g, confiseries et chocolat | Tarif par quintal (100 kg) | Équivalent pour un paquet de 500 g | Part du plafond adulte dans 100 g de produit, au seuil bas du barème général |
|---|---|---|---|---|
| De 10 à 23 g | De 10 à 47 g | 4,07 € | Environ 2 centimes | 10 % |
| De 23 à 30 g | De 47 à 56 g | 14 € | Environ 7 centimes | 23 % |
| 30 g et plus | 56 g et plus | 22 € | Environ 11 centimes | 30 % ou plus |
Le barème fonctionne par paliers, pas en proportion. Un produit qui passe de 31 à 29 g de sucres pour 100 g voit son tarif tomber de 22 à 14 € par quintal. C’est l’effet recherché. L’exposé des motifs le résume en substance : ce n’est pas le sucre qui est visé, mais son excès. Il justifie le premier seuil, à 10 g, par la volonté d’encourager la reformulation des recettes : réduire le sucre plutôt que payer.
Le modèle existe déjà pour les boissons. La taxe sur les boissons sucrées, en place depuis 2012, a vu son barème révisé par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, sur le modèle britannique à trois paliers. L’exposé des motifs attribue à ce mécanisme une baisse de 46 % du sucre dans les boissons entre 2015 et 2020, soit près de la moitié.
Les seuils ne sont pas les mêmes pour toutes les familles. Confiseries et produits chocolatés ont leur propre barème, aux seuils plus hauts : de 10 à 47 g, de 47 à 56 g, puis 56 g et plus. Un chocolat à 50 g de sucres pour 100 g tomberait dans le palier à 14 €, un biscuit à 30 g dans celui à 22 €. D’une famille à l’autre, plus de sucre ne signifie pas plus de taxe. Le texte assume de ne pas traiter de la même façon des produits par nature plus sucrés.
Les édulcorants ont leur ligne. L’article étend aux mêmes produits solides la contribution sur les édulcorants de synthèse : 4,5 € par quintal jusqu’à 120 mg par kilo, 6 € au-delà, soit environ 2 ou 3 centimes pour un paquet de 500 g. Ce montant s’ajouterait au tarif lié au sucre. Un produit sucré qui contient aussi un édulcorant de synthèse paierait donc les deux lignes.
Le champ réécrit en commission : tous les ultra-transformés sucrés
La version du gouvernement délimitait le champ par six positions de la nomenclature douanière, les codes NC 1704, 1806, 1901 90 99, 1904, 1905 et 2105. Étaient visés les produits transformés préemballés, consommés en l’état ou après simple réchauffage ou décongélation, contenant à la fois des sucres et au moins un additif alimentaire autorisé. L’exposé des motifs nomme les familles concernées : viennoiseries, pâtisseries, biscuits et gâteaux industriels, céréales pour le petit-déjeuner, barres céréalières, confiseries et produits chocolatés.
L’amendement AS917 de Cyrille Isaac-Sibille, adopté en commission, change de logique. Le champ ne part plus de la catégorie douanière mais de la liste des ingrédients. Serait concerné tout produit préemballé contenant des sucres et ultra-transformé, c’est-à-dire dont la liste d’ingrédients mentionne un additif autorisé ou un ingrédient d’usage non culinaire : isolats ou hydrolysats de protéines, amidons modifiés, huiles ou graisses partiellement hydrogénées, maltodextrine, arômes. La notion est détaillée à propos des aliments ultra-transformés et du risque par tranche de 100 grammes, et touche par exemple les produits protéinés ultra-transformés qui contiennent des sucres.
Un produit préemballé, sucré et aromatisé entrerait donc dans le champ, quelle que soit sa catégorie douanière, selon l’exposé de l’amendement. Le texte maintient un barème distinct, aux seuils plus élevés, pour les sucreries avec ou sans cacao, et étend la contribution sur les édulcorants à son nouveau périmètre. Il exclut deux catégories : les produits fabriqués et vendus directement au consommateur final par des artisans, et ceux dispensés de déclaration nutritionnelle au sens du règlement européen n° 1169/2011.
D’autres exclusions auraient été votées. Selon France Info, un amendement de Stéphanie Galzy, députée du Rassemblement national (RN), écarterait les artisans et les petites entreprises du secteur alimentaire. Selon LCP, la chaîne parlementaire, les produits sous signe officiel de qualité ou d’origine seraient aussi exclus. Le texte adopté par la commission n’a pas pu être consulté pour le confirmer.
Un point reste illisible dans l’amendement seul : la façon dont les paliers, rédigés par codes douaniers dans la version du gouvernement, s’appliqueraient au nouveau champ. Le périmètre reste mouvant.
Du vote du 14 octobre au 1ᵉʳ janvier 2027 : les étapes qui restent
Le projet de loi a été enregistré à l’Assemblée nationale le 1ᵉʳ octobre 2026. La commission des affaires sociales a approuvé l’article 8 le mercredi 14 octobre au soir, au terme d’un examen achevé dans la nuit. Les amendements de suppression déposés par le RN, l’UDR (Union des droites pour la République) et des députés LR (Les Républicains) ont été rejetés.
Ce vote ne lie pas la séance. L’article 42 de la Constitution prévoit que, pour un projet de loi de financement de la sécurité sociale, la discussion en première lecture devant la première assemblée saisie porte sur le texte présenté par le gouvernement, non sur celui de la commission. À partir du mardi 20 octobre, date de la discussion en séance publique inscrite au dossier législatif de l’Assemblée, l’hémicycle repart donc de la version d’origine. La réécriture AS917 et les exclusions votées en commission devront être redéposées et revotées pour survivre.
Viennent ensuite le Sénat, puis l’adoption définitive par le Parlement. L’article 47-1 de la Constitution encadre les délais. Si l’Assemblée ne s’est pas prononcée en première lecture dans les 20 jours suivant le dépôt, le gouvernement saisit le Sénat, qui dispose de 15 jours. Au-delà de 50 jours, les dispositions peuvent être mises en œuvre par ordonnance. Cinquante jours, c’est un peu plus de sept semaines.
Le III de l’article 8 fixe l’entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2027. Cette date n’a d’effet que si l’article survit à la navette. Même dans ce cas, le moment où un changement de prix apparaîtrait en rayon dépendrait des fabricants et des distributeurs, et le texte ne le fixe pas.
L’idée n’est pas neuve. Le 15 novembre 2023, le Sénat avait adopté, contre l’avis du gouvernement, des amendements au PLFSS 2024 qui taxaient les aliments transformés selon leur teneur en sucres ajoutés. Cette fois, la contribution figure dans le texte du gouvernement lui-même.
Prix en rayon, santé, données datées : les angles morts des deux chiffres
L’effet de la taxe en caisse n’est pas établi. La loi fixerait ce que doit le redevable par quintal de produit ; elle ne fixe pas le prix en rayon. Les industriels annoncent des hausses de prix sur les viennoiseries, les pâtisseries et les gâteaux industriels. Le gouvernement, de son côté, vise la reformulation des recettes et un rendement qui décroîtrait à mesure qu’elle progresse. Ni l’une ni l’autre issue n’est mesurable aujourd’hui.
Le rendement lui-même varie selon la source. Le projet de loi l’évalue à 0,3 milliard d’euros, soit 300 millions, pour l’instauration des contributions sur les produits transformés sucrés ou contenant des édulcorants. Un montant d’environ 200 millions d’euros par an a circulé dans la presse économique. Celle-ci évalue à 800 millions d’euros ce qu’a rapporté la taxe sur les boissons en 2025 : même au chiffre du projet de loi, le nouveau prélèvement rapporterait moins de la moitié. Selon l’exposé des motifs, son produit irait à la branche maladie du régime agricole, et la mesure épargne producteurs agricoles et produits artisanaux.
Côté santé, les justifications avancées reposent sur des études d’observation. Le gouvernement cite des travaux de l’Inserm associant certains additifs à des risques de cancer, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et d’hypertension. L’amendement AS917 s’appuie sur la cohorte NutriNet-Santé, un grand groupe de volontaires suivi dans le temps, où une hausse de 10 % de la part d’ultra-transformés était associée à 15 % de mortalité en plus. Ce pourcentage est relatif, et le risque de départ n’est pas donné. Une association n’est pas une preuve de cause. Rien, dans ces travaux, ne garantit un bénéfice de santé de la taxe.
La baisse de 46 % porte sur des boissons, sous un barème britannique. Elle ne prédit pas l’effet d’un barème comparable sur des biscuits. Les proportions de dépassement chez l’adulte, enfin, datent de 2006-2007 et ne décrivent pas la situation de 2026.
Le plafond de 100 g, lui, est un repère établi pour une population d’adultes en bonne santé. Ce n’est pas une consigne individuelle, et il ne vaut pas pour une personne diabétique, en surpoids traité ou sous traitement. Dans ces situations, les apports en sucres se discutent avec votre médecin traitant.
L’essentiel à retenir
- Le repère de l’Anses est une limite haute : 100 g par jour de sucres totaux hors lactose et galactose pour un adulte en bonne santé, 75 g de 8 à 12 ans, 60 g de 4 à 7 ans. Ce n’est pas une ration conseillée.
- Il découle d’un seuil de 50 g de fructose associé à une hausse des triglycérides, converti en sucres.
- Les 29 kg de saccharose par an, environ 80 g par jour, sont une moyenne par habitant d’un autre périmètre : ils ne se comparent pas au plafond.
- La taxe en projet serait de 4, 14 ou 22 centimes par kilo de produit selon les paliers, dus par le redevable ; son effet sur le prix en rayon n’est pas connu. Elle n’est pas adoptée : la séance repart du texte du gouvernement.
Questions fréquentes
100 g de sucres par jour, est-ce une quantité recommandée ?
Non. L’Anses présente ce chiffre comme une limite supérieure à ne pas dépasser, pas comme un apport conseillé ni un objectif. Il vaut pour l’adulte et l’adolescent de 13 à 17 ans en bonne santé, et compte tous les sucres hors lactose et galactose, y compris ceux des fruits et des jus.
Les sucres des fruits comptent-ils dans les 100 g ?
Oui, parce que l’Anses ne sait pas distinguer leurs effets de ceux des sucres ajoutés. L’agence n’en tire pourtant aucune consigne de manger moins de fruits : elle fait porter l’effort sur les sucres ajoutés. Les sucres du lait, eux, ne sont pas comptés.
La taxe soda élargie est-elle votée ?
Non. Seule la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a approuvé l’article 8, le 14 octobre 2026. En séance, la Constitution impose de repartir du texte du gouvernement. Le Sénat doit ensuite se prononcer avant toute adoption définitive.
Quand la taxe s’appliquerait-elle ?
Le projet prévoit une entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2027. Cette date ne vaut que si l’article est adopté définitivement par le Parlement. Le moment où un éventuel effet apparaîtrait sur les prix en rayon n’est pas fixé par le texte.
Combien la taxe représenterait-elle sur un paquet de biscuits ?
Selon le barème du gouvernement, environ 2, 7 ou 11 centimes pour un paquet de 500 g, selon que le produit contient de 10 à 23 g, de 23 à 30 g, ou 30 g et plus de sucres pour 100 g. Ce montant est dû par le redevable : la répercussion sur le prix en rayon n’est pas connue.
Le plafond de 100 g vaut-il pour une personne diabétique ?
Non. Le repère de l’Anses a été établi pour une population d’adultes en bonne santé. Une personne diabétique, en surpoids traité ou sous traitement relève d’un avis individuel : ses apports en sucres se discutent avec son médecin traitant.