Chez les patients âgés qui arrivent à l’hôpital déjà dénutris, un suivi diététique organisé service par service est associé à 3,4 jours d’hospitalisation en moins et à une mortalité hospitalière plus basse. Chez tous les autres, il n’est associé à rien de mesurable. Les deux constats viennent de la même cohorte : 17 057 patients de 65 ans et plus, âgés de 78 ans en moyenne, admis à l’hôpital universitaire d’Aichi, au Japon, et analysés dans la revue JAMA Network Open, qui a mis l’article en ligne le 14 septembre 2026.

Le patient concerné représente environ un malade sur huit à l’admission. Chez lui, l’écart de mortalité hospitalière s’exprime par un odds ratio de 0,45, que les auteurs traduisent en écart absolu : 6 à 7 décès hospitaliers de moins pour cent patients dénutris, estimés et non démontrés. Le signal est cohérent. Il ne résiste pourtant pas à la correction statistique des tests multiples, et les auteurs écartent eux-mêmes toute conclusion causale. Reste une question pratique si l’un de vos parents est hospitalisé : comment sa dénutrition se repère, en France, depuis les critères de 2021.

Six questions pour classer 17 057 patients âgés à l’admission

Le travail est une cohorte rétrospective : les chercheurs n’ont tiré au sort personne, ils ont repris les dossiers de patients déjà soignés. Toutes les admissions du 1er janvier 2022 au 30 juin 2025 ont été passées en revue, avec un suivi d’un an après l’entrée. Le comité d’éthique a validé l’étude ; le consentement individuel a été remplacé par une information des patients, assortie d’un droit d’opposition.

Sur 43 408 patients de 65 ans et plus admis pendant la période, 17 057 ont été retenus : seule la première hospitalisation de chacun comptait, les services de psychiatrie et les séjours de cinq jours ou moins étaient exclus. La population finale compte 53,2 % d’hommes, pour un âge moyen de 78,1 ans : celui d’un parent, plus que d’un jeune retraité.

Tous ont été classés avec le MNA-SF (Mini Nutritional Assessment, forme courte), un questionnaire de six questions noté sur 14. Il demande si la personne mange moins depuis trois mois, que ce soit par perte d’appétit, problème digestif, difficulté à mâcher ou à avaler. Il demande ensuite si elle a perdu du poids dans les trois derniers mois et comment elle se déplace : du lit au fauteuil, autonome à l’intérieur, ou capable de sortir. Il recherche une maladie aiguë ou un stress psychologique récent, puis des troubles neuropsychologiques comme une démence ou une dépression. La dernière question porte sur l’indice de masse corporelle (IMC), remplacé par le tour de mollet quand on ne peut ni peser ni mesurer, avec un seuil fixé à 31 cm.

Un score de 12 à 14 signale un état nutritionnel normal, de 8 à 11 un risque de malnutrition, de 0 à 7 une malnutrition avérée. C’est un outil de tri, pas un diagnostic. Quatre des six questions portent sur ce que vous pouvez observer au quotidien chez un proche : l’assiette, la balance, la marche, la maladie récente.

À l’admission, 2 182 patients étaient dénutris (12,8 %), 6 253 à risque (36,7 %) et 8 622 en état normal (50,5 %). Sur cent patients âgés entrés pour plus de cinq jours, treize arrivaient dénutris et trente-sept à risque. C’est presque un patient sur deux. Les auteurs rappellent que la dénutrition touche, selon les travaux qu’ils citent, entre 20 et 50 % des personnes hospitalisées, tous âges confondus.

Un diététicien attitré dans neuf services, une équipe transversale ailleurs

Ce qui est testé n’est ni un aliment ni un complément. C’est une organisation, inspirée du Nutrition Care Process de l’Academy of Nutrition and Dietetics, une méthode en quatre étapes : évaluer, diagnostiquer, intervenir, suivre. Dans neuf services de l’hôpital, tous les patients étaient dépistés dans les 48 heures, avec le MNA-SF et un second indice, le Geriatric Nutritional Risk Index.

Un dépistage positif déclenchait une évaluation structurée par le diététicien attitré au service. Elle combinait une grille d’évaluation globale (PG-SGA), les critères GLIM de diagnostic de la malnutrition, les critères de cachexie AWGC de 2023 (la fonte liée à la maladie) et le tour de mollet comme mesure principale du muscle. Le diététicien fixait ensuite des objectifs chiffrés de calories et de protéines, propres à chaque patient. Faute de les atteindre, l’escalade suivait des paliers standardisés : adaptation des repas, compléments oraux, nutrition par sonde ou par perfusion, ajustement des médicaments, rééducation, soins bucco-dentaires. Le patient était revu deux fois par semaine et formellement réévalué à deux semaines. Les patients dépistés négatifs restaient en soins habituels, avec une réévaluation programmée.

Dans les autres services, les infirmiers dépistaient, et l’équipe transversale de nutrition de l’hôpital évaluait une première fois les patients à risque. Il n’y avait ensuite ni suivi systématique par un diététicien ni réévaluation programmée. Les mêmes traitements nutritionnels restaient disponibles partout. La différence porte donc sur la continuité, pas sur l’accès. Le dispositif vise précisément le scénario du repérage fait une fois, puis plus rien, quand personne ne suit l’alimentation d’un patient d’une semaine à l’autre.

Les neuf services ont été choisis, selon l’article, en fonction de la faisabilité opérationnelle, et non de l’état nutritionnel ou de la gravité de leurs patients. L’article ne nomme pas leurs spécialités. Il ne précise pas non plus combien de diététiciens y travaillaient : « attitré » ne désigne pas un ratio connu d’un diététicien par service.

Le calendrier découpe trois périodes. Avant : du 1er janvier 2022 au 31 décembre 2023, soit 4 895 patients dans les services du dispositif et 5 903 dans les autres. Une transition de six mois, de janvier à juin 2024, est exclue de l’analyse. Après : du 1er juillet 2024 au 30 juin 2025, soit 2 748 et 3 511 patients. Le dispositif est donc jugé sur douze mois de fonctionnement, comparés à vingt-quatre mois d’avant.

Chez les plus dénutris, 3,4 jours d’hôpital en moins et moins de décès estimés

Tous les résultats qui suivent concernent la seule strate dénutrie, celle des 2 182 patients avec un MNA-SF de 7 ou moins. Ce sont des estimations en « différence de différences », une méthode détaillée plus bas, qui compare l’évolution des services du dispositif à celle des autres. Elles décrivent une association, pas un effet démontré.

Le séjour est plus court de 3,4 jours en moyenne. L’intervalle de confiance à 95 %, c’est-à-dire la plage des valeurs compatibles avec les données, va de 0,4 à 5,9 jours. Pour lire ce chiffre, il faut un repère : dans cet hôpital, la durée médiane de séjour était de 15 jours dans les services de comparaison et de 11 jours dans ceux du dispositif. La médiane des seuls dénutris n’est pas publiée dans l’article. Les auteurs expriment aussi l’écart en proportion, avec un coefficient de 0,87 (0,77 à 0,98), un rapport de moyennes géométriques : un séjour de l’ordre de 13 % plus court. En jours, la fourchette va de quelques heures (0,4 jour) à près d’une semaine (5,9 jours). L’ordre de grandeur est utile, sa précision faible.

La mortalité hospitalière, celle des décès survenus pendant le séjour, donne un odds ratio de 0,45 (0,22 à 0,91), avec un p de 0,03. Le p mesure la probabilité d’observer un écart au moins aussi grand si le dispositif n’avait aucun lien avec le décès ; sous 0,05, l’usage parle de résultat « significatif ». À six mois, l’odds ratio vaut 0,59 (0,35 à 0,98), p = 0,04. À un an, il vaut 0,62 (0,37 à 1,03), p = 0,06, et la mortalité sur l’ensemble du suivi 0,62 (0,38 à 1,03), p = 0,07. Ces deux derniers intervalles franchissent 1, la valeur qui signifie « aucune différence ». Ils ne sont pas significatifs, même avant toute correction.

Le signal est donc le plus net pendant le séjour et dans les six mois, puis il s’estompe. Deux lectures restent compatibles avec ces chiffres. Soit l’écart tient à la période de prise en charge et se dilue après la sortie, quand le suivi s’arrête. Soit il est fragile dès le départ, et le recul d’un an le fait apparaître. L’étude ne permet pas de trancher. Elle ajoute une incertitude de plus : les décès survenus hors du réseau hospitalier ont pu échapper au recueil. Aucun bénéfice de survie à long terme n’est établi.

Un odds ratio de 0,45 ne veut pas dire deux fois moins de morts

La tentation est de lire 0,45 comme une mortalité réduite de plus de moitié. Ce n’est pas ce que mesure ce chiffre. Un odds ratio compare des cotes, au sens des paris : la chance de mourir divisée par la chance de survivre. Quand le décès est rare, cote et risque se confondent presque. Quand il devient fréquent, l’odds ratio s’éloigne de 1 davantage que le rapport des risques, et l’effet relatif paraît plus grand qu’il n’est.

Le calcul relatif part d’un taux de départ que le lecteur ne voit pas. Il faut donc le lire dans l’autre sens, en points de pourcentage. Les auteurs le font eux-mêmes : la mortalité hospitalière des patients dénutris est inférieure de 6,5 points (intervalle de 1,0 à 9,5 points), soit 16 patients dénutris à suivre avec le dispositif pour un décès hospitalier de moins, estimé. À six mois, l’écart atteint 8,3 points (0,3 à 13,9), soit 12 patients. En reprenant les bornes de l’intervalle hospitalier, un calcul dérivé ici et non publié par les auteurs donne une fourchette allant d’environ 11 à 100 patients pour un décès de moins.

Le chiffre qui parle, c’est seize. La fourchette dit le reste : entre une estimation favorable et une estimation à peine différente de zéro. Il manque une donnée pour aller plus loin. Le texte de l’article ne donne pas le taux de décès de départ des patients dénutris, si bien qu’aucun rapport des risques ne peut être reconstitué à partir de l’odds ratio.

Aucun effet mesurable chez les patients à risque ou bien nourris

Sur l’ensemble des 17 057 patients, la mise en place du dispositif n’est associée à aucun des critères étudiés, ni la mortalité ni la durée de séjour. L’article ne détaille pas les odds ratios globaux. Dans la strate à risque (MNA-SF de 8 à 11), la mortalité hospitalière donne 1,25 (0,71 à 2,20) et la durée de séjour 1,00 (0,94 à 1,07). Dans la strate en état normal (12 et plus), les mêmes critères donnent 0,57 (0,27 à 1,21) et 0,99 (0,94 à 1,03).

L’explication tient en une proportion. Environ 87 patients sur cent n’étaient pas dénutris, et chez eux un suivi renforcé a beaucoup moins à corriger. Leur poids statistique noie ce qui se passe chez les treize autres. Les auteurs rappellent que, dans l’essai EFFORT, le bénéfice du soutien nutritionnel individualisé sur la mortalité n’apparaissait que chez les patients à haut risque nutritionnel, et que d’autres travaux trouvent un bénéfice plus marqué chez les patients dénutris. L’odds ratio de 0,57 de la strate normale, lui, n’est pas significatif : il ne se lit pas comme un effet.

Un effet ciblé ne se voit pas en moyenne. L’inverse vaut aussi : un résultat global nul ne dit pas que la prise en charge nutritionnelle est inutile. Il dit que, dans cet hôpital, le dispositif n’a rien changé de mesurable chez les patients qui n’arrivaient pas déjà dénutris.

Résultats par strate MNA-SF chez les 65 ans et plus (hôpital universitaire d’Aichi, estimations en différence de différences)
Strate MNA-SF à l’admissionEffectifMortalité hospitalière (odds ratio, IC 95 %)Durée de séjour (coefficient, IC 95 %)
Dénutris (0 à 7)2 182 (12,8 %)0,45 (0,22-0,91)0,87 (0,77-0,98), soit −3,4 jours en moyenne
À risque (8 à 11)6 253 (36,7 %)1,25 (0,71-2,20)1,00 (0,94-1,07)
État normal (12 à 14)8 622 (50,5 %)0,57 (0,27-1,21)0,99 (0,94-1,03)

Une valeur de 1 signifie l’absence de différence. Seule la strate dénutrie s’en écarte avec un intervalle qui ne contient pas 1, et aucune de ses associations ne reste significative après la correction des tests multiples.

Homme senior âgé prenant son petit-déjeuner sur le lit dans la chambre à la maison de retraite

Un seul hôpital, des services choisis, des malades différents

Sans tirage au sort, il faut une autre façon de comparer. La « différence de différences » met côte à côte deux évolutions : l’avant et l’après dans les neuf services du dispositif, l’avant et l’après sur les mêmes dates dans les autres services. Ce qui change pour tout l’hôpital au même moment, comme les pratiques générales, la saison ou la sortie de la période Covid, s’annule dans la soustraction. Ce qui change seulement dans les neuf services, au moment même où le dispositif démarre, ne s’annule pas.

La mortalité brute de la cohorte entière montre pourquoi la méthode est nécessaire. Elle baisse dans les deux groupes : de 6,1 % à 5,1 % dans les services de comparaison, de 3,8 % à 2,3 % dans ceux du dispositif. Sur cent patients, c’est un décès de moins d’un côté, un et demi de l’autre. Seul l’écart entre les deux évolutions est rapproché du dispositif, sans lui être imputé.

Tout repose sur une hypothèse : sans le dispositif, les deux groupes auraient évolué en parallèle. Les auteurs l’ont testée sur la période d’avant, en simulant une intervention fictive. Ce test placebo ne montre aucun écart, avec un odds ratio de 1,06 (0,73 à 1,53) et un p de 0,76. Il va dans le sens de l’hypothèse. Il ne la démontre pas.

Les deux groupes ne se ressemblaient d’ailleurs pas. Avant l’intervention, 16,8 % des admissions étaient des urgences dans les services du dispositif, contre 32,4 % dans les autres, soit deux fois moins. Les cancers y étaient deux fois plus fréquents : 32,3 % contre 16,2 %. L’âge moyen était de 77,4 ans contre 78,4 ans, et la durée médiane de séjour de 11 jours contre 15.

Les auteurs énumèrent eux-mêmes les autres limites. Un seul centre. Des services non tirés au sort et non équilibrés. Une confusion résiduelle, ou évoluant dans le temps, qui ne peut être exclue. L’intensité réelle de la prise en charge n’a pas été mesurée service par service, et le dispositif n’avait pas été enregistré à l’avance. Les critères ont été extraits automatiquement du dossier, sans vérification au cas par cas. Enfin, 6 à 23 % des patients n’ont pas de suivi complet à un an.

Pour un lecteur français, la question de la transposition se pose aussitôt. L’étude porte sur un hôpital universitaire japonais, des 65 ans et plus, des séjours de plus de cinq jours et des services choisis pour leur faisabilité. Un parent hospitalisé en gériatrie aiguë en France, résidant en Ehpad ou soigné à domicile n’est pas dans cette situation. Les critères français, eux, partent de 70 ans. Aucune donnée française ne figure dans l’étude, et la durée de séjour japonaise ne se compare pas directement à celle d’un hôpital français. Ce n’est pas forcément votre parent.

Quinze tests et une correction : pourquoi le signal ne compte pas encore comme une preuve

L’étude a examiné cinq critères dans trois strates, soit quinze tests. Au seuil habituel de 5 %, le seul hasard produit en moyenne un peu moins d’un résultat « significatif » à tort sur quinze : 15 × 0,05 = 0,75. Pour en tenir compte, les auteurs ont appliqué la correction de Benjamini-Hochberg, qui relève la barre à mesure que les tests se multiplient. Après correction, aucune des associations de la strate dénutrie ne reste significative. Les p de 0,03 deviennent non concluants.

Un second point affaiblit le résultat. La mortalité hospitalière a été désignée critère principal pendant la révision de l’article, et non fixée avant l’analyse. Un critère choisi après coup laisse la possibilité, même involontaire, de retenir celui qui sort le mieux.

Plusieurs éléments pèsent dans l’autre sens. Les cinq critères de la strate dénutrie vont tous dans la même direction : selon une analyse bayésienne, la probabilité que l’odds ratio soit inférieur à 1 atteint au moins 96 % pour chacun. La pondération par probabilité inverse, une façon de rééquilibrer les groupes, donne des effets de même ampleur ou plus forts. Une pondération par score de propension conserve une association significative, un peu moins marquée (odds ratio de 0,61, contre 0,45 dans l’analyse principale). En revanche, tenir compte de l’évolution du recrutement des services entre les deux périodes affaiblit la significativité. Un modèle de survie sur la mortalité globale donne un rapport de risques de 0,65, non significatif après correction. Reste l’E-value de 3,85 (borne basse 1,42) : pour tout expliquer, un facteur caché devrait être lié à la fois au service et au décès avec une force de cet ordre, ce qui est très élevé. Pour ramener seulement la borne de l’intervalle jusqu’à 1, une force de 1,42 suffirait, ce qui est plus modeste.

La conclusion de l’article tranche elle-même le niveau de preuve : « une inférence causale n’est pas justifiée ». Traduit : les données ne permettent pas d’affirmer que le dispositif a causé la baisse des décès ou du séjour. Les auteurs qualifient leurs résultats de générateurs d’hypothèses, à confirmer par des études randomisées ou multicentriques. Un signal cohérent, pas une démonstration.

L’essai suisse EFFORT avait déjà mesuré un bénéfice, chez des adultes à risque

Ce signal ne tombe pas dans le vide. Publié dans The Lancet le 25 avril 2019, l’essai EFFORT a réparti par tirage au sort 2 088 patients hospitalisés en médecine dans huit hôpitaux suisses, recrutés d’avril 2014 à février 2018. Tous étaient à risque nutritionnel, avec un score NRS 2002 (Nutritional Risk Screening) de 3 ou plus et un séjour prévu de plus de quatre jours. La moitié recevait un soutien nutritionnel individualisé, l’autre l’alimentation hospitalière standard. Le tirage au sort rend les deux groupes comparables au départ : c’est ce qui manque à l’étude japonaise.

À 30 jours, 73 patients sur 1 050 étaient décédés avec le soutien individualisé (7 %), contre 100 sur 1 038 avec l’alimentation standard (10 %). L’odds ratio ajusté vaut 0,65 (0,47 à 0,91), p = 0,011. Sur cent patients, cela fait environ trois décès de moins. Rapporté autrement, par un calcul dérivé des effectifs et non publié dans le résumé, un décès de moins pour une trentaine à une quarantaine de patients soutenus. Un événement clinique défavorable à 30 jours touchait 23 % des patients soutenus contre 27 %, avec un odds ratio ajusté de 0,79 (0,64 à 0,97). Les objectifs caloriques étaient atteints chez 79 % des patients du bras soutenu, les objectifs protéiques chez 76 %.

Les auteurs de l’essai concluaient à une amélioration de critères cliniques importants, survie comprise. Mais EFFORT portait sur des adultes de tous âges hospitalisés en médecine, sélectionnés sur un risque nutritionnel. L’étude japonaise ajoute autre chose : un modèle d’organisation appliqué en routine, chez des 65 ans et plus, avec des résultats séparés selon le score MNA-SF. Les deux vont dans le même sens, à deux niveaux de preuve différents. L’essai randomisé pèse plus lourd.

En France, une dénutrition se diagnostique sur deux critères depuis 2021

Quand un médecin français écrit « dénutrition » dans un compte rendu, il ne s’appuie pas sur un score isolé. La recommandation de la Haute Autorité de santé (HAS) et de la Fédération française de nutrition, mise en ligne le 10 novembre 2021, vise les personnes de 70 ans et plus. Selon la présentation qu’en fait l’Ordre national des pharmaciens, le diagnostic repose exclusivement sur « l’association d’un critère phénotypique à un critère étiologique ». Autrement dit, il faut un signe visible sur le corps et une cause qui l’explique. Le MNA-SF reste un outil de repérage ; le diagnostic suit ces critères.

Les critères phénotypiques, ceux du corps, sont au nombre de trois. Une perte de poids d’au moins 5 % en un mois, ou d’au moins 10 % en six mois, ou d’au moins 10 % par rapport au poids habituel d’avant la maladie. Un IMC inférieur à 22 kg/m². Une sarcopénie confirmée, c’est-à-dire une force et une masse musculaires réduites. Les critères étiologiques, ceux de la cause, sont aussi trois : une prise alimentaire réduite de moitié ou plus pendant plus d’une semaine, ou réduite de façon quelconque pendant plus de deux semaines ; une absorption réduite ; une situation d’agression, comme une maladie aiguë, une maladie chronique évolutive ou un cancer évolutif.

Ces pourcentages deviennent des kilos, que vous pouvez situer sur une balance. Une perte de 5 % en un mois, c’est 3 kg pour une personne de 60 kg, 3,75 kg pour une personne de 75 kg. Une perte de 10 % en six mois, c’est 6 kg à 60 kg. L’IMC se calcule en divisant le poids par la taille au carré : un IMC de 22 correspond à environ 60 kg pour 1,65 m et 53 kg pour 1,55 m.

Exiger deux critères évite deux erreurs opposées. Une perte de poids voulue, sans cause médicale, ne suffit pas à étiqueter quelqu’un dénutri. À l’inverse, une personne au poids normal peut l’être si elle a perdu du muscle et mange moins à cause d’une maladie. Chez une personne obèse, le critère d’IMC ne fait d’ailleurs pas partie de la définition, selon le communiqué de la HAS. Deux critères, jamais un seul.

La sévérité se juge ensuite, et un seul critère suffit pour parler de dénutrition sévère : un IMC inférieur à 20 kg/m², soit environ 54 kg pour 1,65 m ; une perte de poids d’au moins 10 % en un mois ou d’au moins 15 % en six mois ou par rapport au poids habituel ; une albuminémie inférieure à 30 g/L, mesurée par immunonéphélométrie ou immunoturbidimétrie. L’albumine, une protéine du sang longtemps utilisée pour diagnostiquer la dénutrition, sert désormais à en mesurer la gravité, plus à la poser.

Le problème n’est pas marginal. Les documents de 2021 situent le nombre de personnes dénutries en France entre 2 et 3 millions : « près de 3 millions » selon le communiqué de la HAS et de la Fédération française de nutrition, dont au moins un tiers de plus de 70 ans, « plus de 2 millions » selon l’Ordre des pharmaciens. Les deux chiffres coexistent, et aucun n’est une mesure récente. Seule une enquête nationale plus récente permettrait de départager les deux estimations.

Un parent âgé hospitalisé : ce que l’équipe surveille et ce qu’un proche peut signaler

Selon la recommandation HAS-FFN de novembre 2021, le rythme de surveillance dépend du lieu de vie. À l’hôpital, en médecine, chirurgie ou obstétrique comme en soins de suite, la mesure est prévue à l’entrée puis chaque semaine. En Ehpad, à l’entrée puis au moins une fois par mois. À domicile, une fois par mois et à chaque consultation. Le rythme s’accélère après un événement médical ou une baisse d’appétit. Si votre parent est hospitalisé, les mesures attendues sont simples : poids, IMC, appétit et quantités consommées, force mesurée par la poignée ou par le lever de chaise.

Une pesée à l’entrée dit ce que pèse le patient ce jour-là. Elle ne dit pas ce qu’il pesait avant de tomber malade, ni depuis quand il mange moins. Ces deux informations répondent aux deux premières questions du MNA-SF. Elles alimentent aussi deux critères de la HAS : la perte de poids par rapport au poids habituel, côté corps, et la prise alimentaire réduite, côté cause. Le poids d’avant, c’est souvent vous qui le connaissez.

Si vous signalez à l’équipe une perte de poids, un appétit en baisse depuis des semaines ou des plateaux-repas peu touchés, vous lui apportez une information utile au repérage. Ce n’est pas une décision de traitement. Les objectifs de calories et de protéines, l’éventuel recours à des compléments ou à une nutrition par sonde relèvent du médecin et du diététicien. Les apports en protéines du senior au quotidien font l’objet d’un article distinct sur les aliments riches en protéines pour les personnes âgées ; à l’hôpital, ils s’inscrivent dans le plan fixé par l’équipe.

À l’hôpital, la prise en charge nutritionnelle se décide avec l’équipe soignante. Apporter de soi-même des compléments nutritionnels, modifier le régime prescrit ou un traitement d’un patient hospitalisé n’est pas anodin : ces décisions reviennent au médecin et au diététicien. Une perte de poids, une baisse d’appétit qui dure, des repas laissés de côté sont des éléments à signaler sans attendre à l’équipe, puis au médecin traitant après la sortie.

Le résultat japonais ne dit pas que la prise en charge nutritionnelle est superflue chez les patients qui ne sont pas dénutris. Il ne dit pas non plus qu’elle a fait ses preuves dans cette organisation-là. La dénutrition, elle, reste un diagnostic que la HAS demande de poser et de prendre en charge.

L’essentiel à retenir

Dans un hôpital universitaire japonais, un suivi diététique organisé par service n’est associé à aucun changement mesurable sur l’ensemble des patients de 65 ans et plus. Chez le patient sur huit qui arrivait déjà dénutri, il est associé à 3,4 jours de séjour en moins et à un écart de mortalité hospitalière de 6,5 points, soit 16 patients suivis pour un décès de moins, estimé.

L’odds ratio de 0,45 ne se lit pas comme une mortalité divisée de moitié : l’écart absolu est le bon repère. Après correction pour quinze tests, aucune association ne reste significative, et les auteurs écartent toute conclusion causale. C’est un signal cohérent, que l’essai randomisé EFFORT rend plausible sans le confirmer pour cette population.

En France, le MNA-SF repère ; le diagnostic suit les critères HAS de 2021, un signe sur le corps plus une cause. Absence de preuve ne veut pas dire absence d’effet : la dénutrition d’un parent âgé reste un diagnostic à poser et à traiter.

Questions fréquentes sur la dénutrition du patient âgé à l’hôpital

Que signifie un score MNA-SF de 7 ou moins ?

Le MNA-SF est un questionnaire de six questions noté sur 14, qui porte sur l’alimentation, le poids, la mobilité, une maladie récente, l’état neuropsychologique et l’IMC ou le tour de mollet. Un score de 7 ou moins classe la personne en « malnutrition avérée », de 8 à 11 en risque, de 12 à 14 en état normal. C’est un outil de repérage : en France, le diagnostic de dénutrition suit les critères de la HAS de 2021.

Quel écart de mortalité a été observé chez les patients âgés dénutris ?

Dans la cohorte japonaise, la mortalité hospitalière des patients dénutris suivis par un diététicien attitré est inférieure de 6,5 points, soit 16 patients suivis pour un décès hospitalier de moins, estimé. L’odds ratio de 0,45 exagère l’impression d’effet relatif et ne se lit pas comme une mortalité divisée de moitié. À un an, l’écart n’est plus significatif.

L’étude prouve-t-elle qu’un diététicien attitré améliore la survie ?

Non. Il s’agit d’une cohorte observationnelle menée dans un seul hôpital, sans tirage au sort des services. Après correction pour les quinze tests réalisés, aucune association ne reste significative, et les auteurs écrivent qu’une inférence causale n’est pas justifiée. Le résultat est un signal à confirmer par des études randomisées ou multicentriques.

Comment la HAS définit-elle la dénutrition après 70 ans ?

Depuis la recommandation de novembre 2021, le diagnostic associe au moins un critère sur le corps (perte de poids d’au moins 5 % en un mois ou 10 % en six mois, IMC inférieur à 22, sarcopénie confirmée) et au moins un critère de cause (prise alimentaire réduite, absorption réduite, maladie aiguë ou chronique évolutive). Un IMC inférieur à 20 ou une albuminémie sous 30 g/L signalent une forme sévère.

À quel rythme un patient âgé hospitalisé doit-il être pesé ?

Selon la HAS, la mesure se fait à l’entrée à l’hôpital puis chaque semaine, en médecine, chirurgie, obstétrique comme en soins de suite. Elle se rapproche après un événement médical ou une baisse d’appétit. La surveillance porte sur le poids, l’IMC, l’appétit et la force.

Faut-il apporter des compléments nutritionnels à un parent hospitalisé qui mange peu ?

Cette décision revient à l’équipe soignante, médecin et diététicien, qui fixent des objectifs et choisissent les moyens. Le rôle utile d’un proche est de signaler une perte de poids, le poids habituel d’avant la maladie ou des repas peu consommés. Ces informations correspondent aux critères de repérage et de diagnostic.