2,9 microgrammes de vitamine B12 par jour : c’est ce que mangent en moyenne les femmes végétariennes britanniques de 18 à 45 ans, contre 4,3 µg chez les omnivores du même âge. Sur cette vitamine, l’écart se retrouve aussi dans le sang, sur les marqueurs les plus sensibles du statut en B12. Sur les folates, l’autre vitamine du projet de grossesse, les végétariennes mangent un peu plus, sans différence statistiquement établie dans le sang. Ces chiffres viennent d’une analyse de l’enquête nationale britannique sur l’alimentation (National Diet and Nutrition Survey, NDNS) portant sur 89 végétariennes et 2 204 omnivores, parue le 13 octobre 2026 dans l’European Journal of Nutrition.
Si vous êtes végétarienne et envisagez une grossesse, l’acide folique ne devient pas facultatif pour autant. Près de neuf femmes sur dix de l’enquête, végétariennes ou non, ont des folates dans les globules rouges sous le seuil associé, à l’échelle d’une population, à la protection contre les anomalies de fermeture du tube neural, la structure de l’embryon qui donne le cerveau et la moelle épinière. En France, le comprimé d’acide folique à 0,4 mg est indiqué dès le désir de grossesse chez toutes les femmes, hors quelques situations où le médecin fixe un autre dosage. La B12 s’ajoute à la discussion ; elle ne remplace rien.
Quatre critères pour peser la B12 et les folates avant une grossesse
Comparer deux vitamines suppose de les mesurer avec les mêmes règles. Quatre critères structurent la comparaison, et ils ne disent pas tous la même chose. Le site consacre un article de fond à l’acide folique et la vitamine B12 avant une grossesse ; celui-ci s’en tient aux données britanniques nouvelles et à ce qu’elles changent dans la balance.
L’assiette. L’apport vient d’un carnet alimentaire tenu quatre jours de suite, compléments compris, converti en nutriments grâce à la banque de données alimentaires britannique. C’est une mesure déclarative : elle dit ce qui a été noté, pas ce qui a été absorbé.
Le repère. Un apport ne prend son sens que face à une référence. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES), dans son actualisation des références nutritionnelles de février 2021, fixe un apport satisfaisant de B12 de 4 µg par jour pour les femmes adultes, de 4,5 µg pendant la grossesse et de 5 µg pendant l’allaitement. Pour les folates, la référence est de 330 µg d’équivalents folates alimentaires (EFA) par jour chez l’adulte, et de 600 µg EFA pour une femme susceptible de devenir enceinte. L’unité EFA corrige une différence d’absorption : 1 µg EFA correspond à 1 µg de folates naturels, mais à 0,6 µg seulement d’acide folique, la forme de synthèse.
Le sang. Le statut se lit sur des marqueurs biologiques. Pour la B12, l’enquête britannique a mesuré la B12 sérique totale, l’holotranscobalamine (holoTC) et l’homocystéine ; pour les folates, leur taux dans le sérum et dans les globules rouges, dits folates érythrocytaires. L’holoTC n’a été dosée que lors des années 6 à 11 de l’enquête, l’homocystéine lors des années 1 à 5. Un quatrième marqueur de la B12, l’acide méthylmalonique, n’a pas été analysé. Or l’ANSES, comme l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), a construit son repère de B12 sur ces quatre marqueurs, en considérant qu’aucun ne reflète seul l’ensemble des fonctions de la vitamine. Aucun marqueur ne suffit seul.
Le seuil de protection. Pour les folates, un dernier critère pèse plus que les autres : 748 nmol/L de folates érythrocytaires, seuil sous lequel le risque d’anomalie du tube neural augmente à l’échelle d’une population. C’est un repère collectif, pas une valeur de diagnostic pour une femme donnée.
Vitamine B12 : 2,9 µg par jour dans l’assiette végétarienne, sous le repère français
Les végétariennes de l’enquête mangent en moyenne 2,9 µg de B12 par jour, avec un intervalle de confiance à 95 % de 2,5 à 3,3 µg, contre 4,3 µg (4,2 à 4,5) chez les omnivores. L’intervalle de confiance est la fourchette dans laquelle la vraie moyenne a de fortes chances de se situer ; ici, les deux fourchettes ne se recoupent pas. Compléments compris, l’écart se resserre sans disparaître : 3,2 µg contre 3,9 µg en valeur médiane.
Tout dépend ensuite du repère. 2,9 µg, c’est presque le double du repère britannique, fixé à 1,5 µg par jour. C’est aussi 73 % du repère français de 4 µg, et 64 % des 4,5 µg retenus pendant la grossesse. La même assiette passe pour suffisante d’un côté de la Manche et pour courte de l’autre. La différence tient à la construction des deux chiffres : selon les auteurs, le repère britannique a surtout été fixé pour prévenir l’anémie mégaloblastique, une anémie à gros globules rouges, alors que l’ANSES et l’EFSA ont calé le leur sur quatre marqueurs sanguins. Une carence peut s’installer dans le métabolisme sans aller jusqu’à l’anémie. Le repère change le verdict.
Sur cent végétariennes de l’enquête, environ 78 restent sous 4 µg par jour par l’alimentation seule, et 66 une fois les compléments comptés. Chez les omnivores, la proportion tourne autour d’une femme sur deux (51,7 % puis 49,2 %). Sous le repère britannique, beaucoup plus bas, on trouve 21,8 % des végétariennes par l’alimentation (marge de 9,7 à 33,8 %) et 14,0 % compléments compris (marge de 3,3 à 24,6 %), contre environ 5 % des omnivores. Ces proportions reposent sur 89 végétariennes : leur ordre de grandeur compte plus que leur décimale.
Dans une alimentation sans viande ni poisson, la B12 vient des laitages et des œufs ; l’ANSES signale aussi des quantités moindres dans certains produits végétaux fermentés. Une cohorte néerlandaise, c’est-à-dire un groupe de personnes suivies dans le temps, a porté sur 1 266 femmes enceintes prélevées entre 34 et 36 semaines ; publiée en 2018 dans The Journal of Nutrition, elle associe la B12 des laitages, de la viande et du poisson à un meilleur statut, et celle des œufs à la seule holoTC. Les végétariennes y avaient un statut nettement moins bon que les omnivores. La British Nutrition Foundation, dans un message grand public revu en avril 2015, estime que des œufs et des laitages consommés régulièrement devraient couvrir les besoins des végétariennes. L’enquête NDNS ne mesure pas cette régularité. Elle ne peut donc ni confirmer ni contredire ce message ; elle montre seulement qu’en moyenne, l’apport des végétariennes britanniques reste plus bas.
Holotranscobalamine et homocystéine, les deux signaux qui bougent
La B12 sérique totale, le dosage le plus courant, ne départage pas les deux groupes. Elle s’établit à 231,0 pmol/L chez les végétariennes et à 271,3 pmol/L chez les omnivores, un écart que les tests ne jugent significatif ni avant ni après ajustement (p = 0,102 puis 0,293, au-dessus du seuil usuel de 0,05). Ce dosage ne portait que sur 41 végétariennes.
L’holotranscobalamine raconte autre chose. Elle désigne la B12 liée à la transcobalamine, sa protéine de transport, et l’étude la présente comme un marqueur sensible du statut. Elle tombe à 39,8 pmol/L chez les végétariennes contre 63,1 chez les omnivores, soit plus d’un tiers en moins ; après ajustement sur l’âge, l’origine ethnique, le niveau d’études, le revenu et l’indice de masse corporelle, l’écart reste de 21,5 pmol/L. L’homocystéine, une molécule qui s’accumule quand la B12 fait défaut, monte à 11,22 µmol/L contre 8,49. Après ajustement, son niveau est 1,49 fois plus élevé chez les végétariennes, soit à peu près moitié plus. Les auteurs y voient le signe le plus convaincant d’une B12 insuffisante sur le plan fonctionnel.
Si vous avez eu un dosage de B12 totale dans les normes, il ne suffit donc pas à rassurer : il mesure toute la vitamine circulante, sans isoler la part liée à sa protéine de transport. Le choix de l’ANSES de ne se fier à aucun marqueur isolé va dans le même sens.
Rapportés à des seuils, les écarts se creusent, sur des effectifs étroits. Sous 180 pmol/L de B12 sérique, seuil de carence retenu par les auteurs, on compte 29,2 % des 41 végétariennes dosées, avec une marge de 8,1 à 50,3 %, contre 15,7 % des omnivores ; sous 258 pmol/L, seuil de carence possible, 79,2 % contre 53,4 %. Sous 70 pmol/L d’holoTC, 94,3 % des végétariennes contre 66,4 % des omnivores, sur la seule partie des 89 végétariennes dosée lors des années 6 à 11. Sous 25 pmol/L, seuil de carence sévère, on trouve 7,3 % des végétariennes contre 2,9 % des omnivores, avec une marge de −6,6 à 21,2 % qui inclut l’absence de tout cas. Enfin, 86,2 % des végétariennes et 96,7 % des omnivores gardent une homocystéine à 15 µmol/L ou moins. Le sens est net ; les pourcentages restent flous.
Un complément déclaré par une végétarienne sur quatre, sans écart comblé
Les végétariennes prennent plus souvent un complément de B12 : 27 % d’entre elles le déclarent, soit 24 femmes, contre 10 % des omnivores. Pourtant, 65,9 % restent sous 4 µg par jour une fois les compléments comptés, contre 49,2 % des omnivores. Chez les utilisatrices, le complément apporte en médiane 1,7 µg par jour aux végétariennes et 2,2 µg aux omnivores.
L’enquête ne permet pas de savoir pourquoi, et ce manque est une information en soi. Elle ignore la dose réellement avalée, la régularité et l’ancienneté de la prise, comme la durée du régime végétarien. Le lien peut aussi se lire dans l’autre sens : certaines ont pu commencer un complément parce qu’elles se savaient basses. Le complément serait alors la conséquence d’un statut faible, pas la preuve de son échec. Parmi les végétariennes, au plus 12 utilisatrices de compléments disposent de biomarqueurs, et les auteurs demandent de lire ces estimations avec prudence.
Les auteurs ont aussi choisi de ne pas ajuster leurs comparaisons sur la prise de compléments, parce qu’elle se situe sur le chemin qui va du régime au statut sanguin. La neutraliser aurait gommé une partie de ce qu’ils cherchaient à mesurer. Deux lectures tombent ensemble : celle qui tiendrait toute prise de complément pour une garantie, et celle qui en conclurait à l’inutilité des compléments. Ni l’une ni l’autre ne tient.
Folates : l’avantage de l’assiette végétarienne ne se retrouve pas dans le sang
Sur les folates, l’avantage des végétariennes à table est réel mais modeste : 227,4 µg par jour (marge de 210,1 à 244,7) contre 206,9 µg chez les omnivores. Cela représente environ 20 µg de plus, un dixième de mieux. L’écart franchit le seuil statistique usuel (p = 0,025). Selon l’ANSES, les folates naturels se trouvent dans les légumineuses, les légumes à feuilles et le foie.
Dans le sang, l’avantage s’efface. Les folates érythrocytaires atteignent 583,4 nmol/L chez les végétariennes contre 528,9 chez les omnivores, un écart non significatif (p = 0,484). Après ajustement sur l’âge, l’origine, les études, le revenu et la corpulence, il se réduit à 6,0 nmol/L (p = 0,899), à peine plus de 1 % du niveau mesuré. Les folates sériques, 22,1 contre 18,1 nmol/L, ne diffèrent pas davantage de façon établie (p = 0,170). Le sang ne départage pas les groupes.
Une absence de différence établie ne veut pas dire un niveau identique. Avec 89 végétariennes, une petite différence réelle pourrait échapper aux tests, dans un sens comme dans l’autre. La formule exacte est donc : sans différence statistiquement établie. Elle ne permet de conclure ni à un retard, ni à un avantage dans le sang.
La conclusion de l’étude évoque pourtant un avantage nutritionnel des végétariennes sur les folates. Les résultats chiffrés de la même publication ne l’établissent que pour l’apport alimentaire, pas pour les marqueurs sanguins. C’est cette lecture, celle des tests, que retient cet article.
Neuf femmes sur dix sous le seuil protecteur, végétariennes ou non
Le vrai sujet des folates est commun aux deux groupes. Sur cent végétariennes de l’enquête, près de 90 ont des folates érythrocytaires sous 748 nmol/L (89,6 %, avec une marge de 80,5 à 98,7 %) ; chez les omnivores, la proportion est de 85 sur cent. Ce seuil est un repère de population, lié au risque d’anomalie du tube neural, et non une limite de diagnostic individuel. Il décrit un niveau collectif trop bas.
L’ordre de grandeur de l’assiette explique pourquoi. Les deux groupes mangent 200 à 230 µg de folates par jour, exprimés dans l’unité britannique ; l’ANSES fixe 600 µg EFA pour une femme susceptible de devenir enceinte. Les deux unités ne se convertissent pas directement, mais l’écart va grossièrement du simple au triple. C’est la raison d’être du comprimé : l’acide folique, forme de synthèse, est mieux absorbé que les folates naturels, et son rôle protecteur contre les anomalies de fermeture du tube neural, lorsqu’il est pris autour de la conception, est bien établi selon l’ANSES.
La photographie britannique va changer. À partir de décembre 2026, la farine de blé non complète devra y être enrichie en acide folique, à raison de 0,25 mg pour 100 g ; le gouvernement britannique en attend une baisse d’environ 20 % des anomalies du tube neural, soit une sur cinq évitée. Les chiffres 2008-2019 décrivent donc un pays sans enrichissement. Le même gouvernement précise que la farine enrichie ne remplace pas le complément conseillé avant la grossesse. La mesure est propre au Royaume-Uni.

Pourquoi l’une des deux vitamines ne peut pas remplacer l’autre
Les deux vitamines travaillent sur la même étape du métabolisme. Une enzyme, la méthionine synthase, prend un groupe méthyle porté par une forme de folate, le 5-méthyltétrahydrofolate, et le transfère à l’homocystéine pour la recycler. Pour réaliser ce transfert, elle a besoin de B12, sous sa forme méthylcobalamine. La B12 est l’outil ; le folate apporte la pièce.
Quand la B12 manque, la chaîne se bloque à deux endroits à la fois, selon le rapport de l’ANSES. L’homocystéine n’est plus recyclée et monte dans le sang. Le folate reste coincé sous sa forme méthylée : il s’accumule dans le plasma, tandis que les folates actifs baissent dans la cellule. Un taux de folates sanguin correct peut donc coexister avec des cellules qui en manquent, faute de B12 pour les remettre en circulation.
Ce mécanisme donne son poids à l’homocystéine plus élevée des végétariennes britanniques : elle signale une B12 qui fait défaut là où elle travaille, pas seulement dans un chiffre. Il explique aussi pourquoi assez de folates ne compense pas une B12 basse, et pourquoi une B12 correcte ne tient pas lieu d’acide folique. Une réserve s’impose : l’homocystéine dépend aussi de la riboflavine (vitamine B2) et de la vitamine B6, que l’étude n’a pas analysées. Le signal est fort, pas exclusif.
Les conséquences d’une carence ne se recoupent qu’en partie. Selon l’ANSES, la carence en B12 se manifeste le plus souvent par une anémie mégaloblastique, la même que celle des folates mais plus tardive ; elle peut aussi atteindre le système nerveux, avec des troubles qui régressent sous traitement mais laissent le plus souvent des séquelles. Le rôle de la vitamine et ses formes d’administration sont détaillés dans l’article consacré à la vitamine B12 injectable.
B12 et folates face à face : le tableau des deux régimes
Le tableau réunit les principaux résultats de l’enquête NDNS, femmes non enceintes de 18 à 45 ans, avec les repères français en regard. Les marqueurs sanguins n’ont été dosés que chez une partie des participantes : 41 végétariennes pour la B12 sérique, un sous-groupe des années 6 à 11 pour l’holoTC.
| Indicateur | Omnivores (2 204) | Végétariennes (89) | Repère ou lecture |
|---|---|---|---|
| B12 alimentaire moyenne | 4,3 µg/j | 2,9 µg/j | ANSES : 4 µg/j, 4,5 µg/j pendant la grossesse |
| Sous 4 µg/j de B12, compléments compris | 49,2 % | 65,9 % | Proportion végétarienne estimée sur 89 femmes |
| Holotranscobalamine | 63,1 pmol/L | 39,8 pmol/L | Écart maintenu après ajustement |
| Homocystéine | 8,49 µmol/L | 11,22 µmol/L | 1,49 fois plus élevée après ajustement |
| Folates alimentaires | 206,9 µg/j | 227,4 µg/j | ANSES : 600 µg EFA/j, unités non converties |
| Folates érythrocytaires | 528,9 nmol/L | 583,4 nmol/L | Sans différence statistiquement établie |
| Sous 748 nmol/L de folates érythrocytaires | 85,0 % | 89,6 % | Seuil de population, pas de diagnostic |
Lu de haut en bas, le tableau sépare nettement les deux vitamines. Côté B12, chaque ligne désavantage les végétariennes, de l’assiette jusqu’aux marqueurs. Côté folates, l’assiette les favorise, le sang ne départage pas, et la dernière ligne place presque tout le monde sous le seuil. Deux vitamines, deux problèmes distincts.
89 végétariennes britanniques : la portée d’un petit effectif
L’enquête NDNS interroge chaque année un nouvel échantillon de la population britannique. L’analyse couvre ses onze premières années, de 2008 à 2019 : c’est une photographie répétée, pas un suivi des mêmes femmes. Elle retient les femmes non enceintes de 18 à 45 ans ayant tenu au moins quatre jours de carnet et fourni des données biologiques, soit 2 204 omnivores et 89 végétariennes. Les comparaisons sont pondérées pour représenter la population britannique.
Végétarienne signifie ici une déclaration faite lors de l’entretien. Si vous consommez œufs et laitages, vous ressemblez à la population étudiée ; si vous êtes végane, vous n’en faites pas partie. Le groupe ne compte que des lacto-ovo-végétariennes, qui consomment œufs et laitages ; les femmes véganes, chez qui l’ANSES juge la carence en B12 particulièrement fréquente, ne font pas partie de la comparaison. Sur les 89, 22 ont pourtant noté de la viande ou du poisson dans leur carnet, 15 du poisson seul et 7 de la viande seule. Restreint aux 67 autres, le groupe donne les mêmes conclusions principales, ni inversées ni rendues non significatives.
Un groupe de 89 femmes donne une direction fiable et des pourcentages flous. La proportion de végétariennes sous le seuil de carence de B12 sérique, estimée à 29,2 %, se situe quelque part entre 8 et 50 % : entre une sur douze et une sur deux. Les écarts d’holoTC et d’homocystéine, eux, résistent à l’ajustement comme à l’exclusion des femmes ayant noté viande ou poisson. Retenir la direction, pas le pourcentage.
Une autre limite tient à la part expliquée. L’ensemble des facteurs étudiés, régime compris, ne rend compte que de 7,1 à 9,8 % des variations des biomarqueurs d’une femme à l’autre : plus de neuf dixièmes de ces différences tiennent à des éléments que l’étude ne mesure pas. Les auteurs listent eux-mêmes les autres limites : un devis transversal, qui photographie un instant sans permettre de conclusion causale, des apports déclarés par les participantes, l’absence de données sur la durée du régime, et une confusion résiduelle possible. Le régime végétarien va de pair avec une B12 plus basse ; l’étude ne permet pas de dire qu’il en est la cause.
Aucune grossesse, aucune malformation et aucun développement d’enfant n’ont été mesurés. Le résultat va dans le même sens que des travaux antérieurs. Sur l’édition 2000/2001 de la même enquête, une étude parue en août 2016 dans BMJ Open trouvait déjà 12,4 % de 299 femmes de 19 à 39 ans, environ une sur huit, avec une B12 sérique à 150 pmol/L ou moins, alors que leur apport médian atteignait 3,8 µg par jour et que 96 % dépassaient le repère britannique. Ses auteurs proposaient déjà de relever ce repère et de doser la B12 avant la conception ou en début de grossesse.
Qui tranche, et sur quels éléments, avant la conception
Pour l’acide folique, la fenêtre utile s’ouvre avant le test de grossesse, parce que le tube neural se ferme dans les premières semaines. Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de l’acide folique 0,4 mg, consultable sur la base de données publique des médicaments et mis à jour le 29 septembre 2026, fixe la règle ainsi : « Pour être efficace, la supplémentation doit être périconceptionnelle : elle doit couvrir au moins les 4 semaines qui précèdent la conception et les 8 semaines qui suivent celle-ci. » Traduit : douze semaines au minimum, dont un mois entier avant une conception dont la date ne se connaît pas à l’avance. La date qui compte pour vous n’est donc pas celle du test de grossesse, mais celle du projet : d’où l’indication de commencer dès le désir de grossesse. D’autres pays retiennent une fenêtre plus large : au Royaume-Uni, idéalement trois mois avant et au moins jusqu’à la douzième semaine.
Le même RCP indique l’acide folique 0,4 mg chez toutes les femmes qui envisagent une grossesse, avec deux exceptions : un antécédent personnel ou familial d’anomalie de fermeture du tube neural, ou un traitement par certains antiépileptiques. Dans ces situations, un autre dosage est recommandé, et c’est au médecin de le fixer.
Le coût n’est pas l’obstacle. Selon la base publique, la boîte de 30 comprimés coûte 3,18 € au comptoir, honoraire de dispensation compris, soit environ 11 centimes par jour ; la boîte de 90 vaut 8,57 €, un peu moins de 10 centimes par jour, et couvre à elle seule les douze semaines minimales. Le médicament s’achète sans ordonnance ; prescrit, il est remboursé à 65 %. Ces prix et ce taux sont ceux de la fiche à sa mise à jour du 29 septembre 2026.
Pour la B12, l’enjeu est lui aussi préconceptionnel. Les auteurs de l’étude britannique rappellent que le statut de la mère avant la conception compte pour la grossesse, et le rapport de l’ANSES rappelle, en reprenant l’argument d’un comité scientifique européen pour majorer le repère de la grossesse, que des troubles de croissance et des problèmes neurologiques ont été observés chez des enfants de femmes suivant un régime végétarien strict. Les auteurs plaident pour relever le repère britannique à 4 µg par jour, le niveau déjà retenu en France, et proposent d’étudier l’intérêt d’un dosage combiné de l’holoTC et de l’homocystéine chez les végétariennes en âge de procréer. C’est une piste de recherche, pas un examen recommandé.
Les repères ne fixent pas la conduite individuelle. Décider d’un dosage, d’un complément de B12 ou de sa forme relève d’une consultation avant la grossesse, avec un médecin ou une sage-femme. Ce professionnel tient compte de votre alimentation réelle, de vos antécédents et de vos traitements en cours. Les deux textes français mobilisés ici, les repères de l’ANSES et le RCP de l’acide folique, fournissent le cadre de cette discussion.
Avant de commencer ou de modifier un complément. Un traitement en cours ne se modifie ni ne s’arrête seul pendant un projet de grossesse, et un complément de B12 se discute avec le médecin ou la sage-femme. L’acide folique 0,4 mg est à part : son RCP l’indique dès le désir de grossesse, et il s’achète sans ordonnance. Trois situations sont à signaler au médecin ou à la sage-femme : un antécédent personnel ou familial d’anomalie de fermeture du tube neural, un traitement antiépileptique, et une alimentation sans aucun produit animal.
L’essentiel à retenir
- Les végétariennes britanniques de 18 à 45 ans mangent 2,9 µg de B12 par jour, soit 73 % du repère français de 4 µg, et leurs marqueurs les plus sensibles, holoTC et homocystéine, sont moins bons que ceux des omnivores.
- La B12 sert d’outil aux folates : aucune des deux vitamines ne remplace l’autre.
- Sur les folates, près de neuf femmes sur dix restent sous le seuil de population associé à la protection du tube neural, végétariennes ou non : l’acide folique avant la conception reste dû à toutes.
- Avec 89 végétariennes, la direction des écarts est solide, les pourcentages restent approximatifs.
- Dosage, complément et forme se décident lors d’une consultation avant la grossesse.
Questions fréquentes
Une femme végétarienne a-t-elle besoin d’acide folique avant une grossesse ?
Oui, au même titre que les autres femmes. Dans l’enquête britannique, 89,6 % des végétariennes et 85 % des omnivores ont des folates érythrocytaires sous le seuil de population associé à la protection du tube neural. En France, l’acide folique 0,4 mg est indiqué dès le désir de grossesse chez toutes les femmes, hors quelques situations où le médecin fixe un autre dosage.
Les œufs et les laitages suffisent-ils à couvrir les besoins en vitamine B12 ?
Ce sont les principales sources de B12 d’une alimentation sans viande ni poisson. L’enquête britannique ne mesure pas la fréquence de leur consommation : elle montre seulement qu’en moyenne, les végétariennes mangent moins de B12 que les omnivores. La question se discute au cas par cas avec un médecin ou une sage-femme.
Un dosage de vitamine B12 normal suffit-il à rassurer ?
Pas à lui seul. Dans l’étude, la B12 sérique totale ne distingue pas les deux groupes, alors que l’holotranscobalamine et l’homocystéine le font. L’ANSES considère qu’aucun marqueur isolé ne reflète l’ensemble des fonctions de la vitamine.
À partir de quand s’occuper de ces vitamines avant une grossesse ?
Dès le projet de grossesse. Le RCP de l’acide folique 0,4 mg demande une prise couvrant au moins les 4 semaines avant la conception et les 8 semaines après. Pour la B12, les auteurs de l’étude rappellent que le statut de la mère avant la conception compte.
Les femmes véganes sont-elles concernées par cette étude ?
Non, elles n’en font pas partie : le groupe végétarien ne compte que des femmes consommant œufs et laitages. Selon l’ANSES, la carence en B12 est particulièrement fréquente chez les végétaliens. Ces résultats ne décrivent donc pas leur situation.
Combien coûte l’acide folique 0,4 mg ?
La boîte de 30 comprimés coûte 3,18 € et la boîte de 90 coûte 8,57 €, soit 10 à 11 centimes par jour environ. Il s’achète sans ordonnance et, prescrit, il est remboursé à 65 %. Ces montants sont ceux de la base de données publique des médicaments au 29 septembre 2026.