Trois ans d’un régime visant 500 à 750 kilocalories de moins par jour n’ont pas fait grimper les symptômes d’addiction alimentaire chez 448 seniors espagnols en surpoids : ils ont légèrement baissé. Ils ont baissé dans les deux groupes comparés, et un peu plus chez ceux qui se restreignaient. Le résultat provient de l’essai PREDIMED-Plus, dans une analyse mise en ligne le 6 octobre 2026 par la revue BMC Medicine, sous la forme d’une version acceptée après relecture par d’autres chercheurs, qui n’est pas encore la version définitive.
L’écart entre les deux groupes, au bout de trois ans, tient en un quart de symptôme sur une échelle qui en compte onze. Il est détectable par la statistique, sans être forcément perceptible au quotidien. Et la question la plus sensible, celle des personnes déjà « addictes » à l’entrée, repose sur 26 participants, soit à peine 6 sur cent. Sur ce point, l’essai ne tranche pas.
448 seniors espagnols, deux régimes méditerranéens et un questionnaire de 35 questions
Les participants appartiennent à une sous-étude baptisée PREDIMED-Plus Cognition, conduite dans quatre centres : l’Hospital del Mar, l’hôpital universitaire de Bellvitge, l’Universitat Rovira i Virgili et l’Universitat de València. Elle est logée à l’intérieur d’un ensemble bien plus vaste, l’essai PREDIMED-Plus, qui suit 6 874 personnes dans 23 centres en Espagne. C’est un essai randomisé : le groupe de chaque participant a été tiré au sort par ordinateur, en équilibrant les tirages par centre, par sexe et par tranche d’âge, et l’attribution restait cachée jusqu’au dernier moment grâce à un système web sécurisé.
Pour entrer, il fallait avoir 55 à 75 ans pour un homme, 60 à 75 ans pour une femme, un indice de masse corporelle (IMC, le poids divisé par le carré de la taille) d’au moins 27 et inférieur à 40, et au moins trois critères de syndrome métabolique, un faisceau d’anomalies métaboliques associé au surpoids. Les personnes ayant déjà eu une maladie cardiovasculaire, un trouble psychiatrique ou cognitif sévère ou un abus de substances étaient exclues.
Sur 487 personnes éligibles, 448 ont été analysées : 219 dans le groupe intensif, 229 dans le groupe témoin. Âge moyen : 65,3 ans. Un peu plus de la moitié sont des femmes (51,6 %), presque toutes sont d’origine européenne (98,2 %), près des deux tiers sont retraitées et près d’une sur deux est en obésité dite de classe I. Les deux groupes ne différaient pas à l’inclusion. Trois ans plus tard, 434 personnes avaient encore des données : sur cent participants, trois seulement ont été perdus de vue.
Deux groupes qui mangent tous deux méditerranéen
Le groupe intensif suivait un régime méditerranéen hypocalorique individualisé, avec un déficit visé de 500 à 750 kilocalories par jour. S’y ajoutaient un objectif d’au moins 150 à 200 minutes d’activité physique modérée à vigoureuse par semaine et un soutien comportemental assuré par des diététiciens, des psychologues et des infirmiers : entretien motivationnel, fixation d’objectifs, auto-surveillance, travail sur les pensées, prévention de la rechute. Cela représentait 36 contacts la première année, soit trois par mois, puis 24 par an. Aucune de ces composantes n’avait été conçue pour traiter l’addiction alimentaire.
Le groupe témoin recevait des conseils pour suivre un régime méditerranéen traditionnel (pour les principes de base, voir ce qu’on appelle régime méditerranéen), sans restriction de calories ni objectif de perte de poids. Il voyait les soignants deux fois par an : une visite individuelle et une séance de groupe, chacune tous les six mois. Les deux groupes recevaient de l’huile d’olive vierge extra. Les auteurs parlent d’un comparateur actif, pas d’un groupe laissé sans rien.
La comparaison porte donc sur un régime méditerranéen allégé et très encadré, opposé à un régime méditerranéen libre et peu encadré. Ce qui est testé, c’est un paquet. Restriction, activité physique et accompagnement serré arrivent ensemble, et rien dans le protocole ne permet d’attribuer un effet à la seule baisse des calories.
Un compte de symptômes, pas un diagnostic
L’addiction alimentaire a été mesurée avec la version espagnole validée de la Yale Food Addiction Scale 2.0 (YFAS 2.0), un auto-questionnaire de 35 questions. Il transpose à la nourriture les critères que le DSM-5, la classification américaine des troubles mentaux, applique aux troubles liés à l’usage d’une substance : perte de contrôle, envies intenses, poursuite malgré les conséquences. Il se lit de deux façons. La première est un compte de symptômes, de 0 à 11, qui sert de mesure de sévérité. La seconde est un classement oui ou non : on est classé « addict » si l’on cumule des symptômes et une souffrance ou une gêne cliniquement significative.
Ce classement n’est pas un diagnostic officiel. L’addiction alimentaire ne figure pas dans le DSM-5. Elle ne se confond pas non plus avec l’hyperphagie boulimique ni avec la boulimie, qui sont des troubles du comportement alimentaire reconnus. Le mot « addict », dans cet article, désigne un profil repéré par questionnaire. Les mesures ont été faites à l’inclusion, à un an et à trois ans, sans point intermédiaire à six mois.
Un quart de symptôme d’écart au bout de trois ans
Les deux groupes partent bas. À l’inclusion, le score moyen ajusté est de 1,85 symptôme sur 11 dans le groupe témoin et de 1,68 dans le groupe intensif : moins de deux symptômes sur onze possibles. Un an plus tard, il descend à 1,57 et 1,51. À trois ans, il remonte légèrement à 1,62 chez les témoins et continue de baisser à 1,38 dans le groupe intensif.
Dans les deux groupes, la baisse par rapport au départ est statistiquement significative à un an comme à trois ans. Chez les témoins, le score de trois ans reste significativement sous celui de l’inclusion (p = 0,002). La différence entre les groupes se loge ailleurs. Seul le groupe intensif continue de baisser entre la première et la troisième année (p = 0,035). La baisse est donc maintenue dans les deux bras, et poursuivie dans un seul.
L’écart entre les deux groupes n’est pas significatif à l’inclusion (p = 0,143) ni à un an (p = 0,555). Il le devient à trois ans : 0,246 point, avec p = 0,011. Rapporté à l’échelle, cela fait un quart de symptôme sur onze. Pour se représenter l’ordre de grandeur, il faudrait quatre participants du groupe intensif pour cumuler un symptôme de moins que quatre participants du groupe témoin.
Significatif ne veut pas dire grand
Un autre indicateur mesure la taille de l’effet plutôt que sa simple détectabilité : l’êta carré partiel, noté η². Il vaut ici 0,014. Traduit, l’appartenance à l’un ou l’autre groupe ne rend compte que d’environ 1,4 % des différences de score observées entre participants à trois ans, une fois mis à part les autres facteurs du modèle. C’est un écart réel au sens statistique, pas un changement que vous remarqueriez forcément dans votre relation à la nourriture.
Une différence en fin de parcours, pas une trajectoire
Un dernier test compte davantage qu’il n’y paraît. Il compare l’allure globale des deux courbes sur les trois ans, ce que les statisticiens appellent l’interaction temps × groupe. Il n’est pas significatif (p = 0,205). Seule la comparaison point par point à trois ans franchit le seuil. Le résultat se lit donc comme un écart constaté à l’arrivée, non comme la démonstration que le programme fait évoluer les symptômes autrement. Le signal est faible.
La crainte de départ, elle, reçoit une réponse plus nette. Chez ces seniors, trois ans de déficit calorique n’ont pas fait monter les symptômes. Ils ont même continué à baisser dans le seul groupe qui se restreignait.
Poids et tour de taille : nettement plus souvent au rendez-vous dans le bras encadré
Sur le poids, l’écart entre les deux programmes est franc. Chez les participants non addicts, l’odds ratio d’atteindre une perte d’au moins 8 % du poids vaut 2,97 pour le groupe intensif par rapport au groupe témoin, avec un intervalle de confiance à 95 % de 1,93 à 4,59 (la fourchette dans laquelle la valeur réelle se situe très probablement). Pour une personne de 86 kilos, 8 % représentent un peu moins de 7 kilos. Pour une baisse du tour de taille d’au moins 5 %, l’odds ratio monte à 5,91 (de 3,85 à 9,06).
Les poids moyens ajustés donnent la mesure concrète. Les non-addicts du groupe intensif passent de 86,25 kg à 80,18 kg en un an, puis reprennent un peu pour finir à 80,66 kg à trois ans : environ 5,6 kilos de moins qu’au départ. Leurs homologues du groupe témoin passent de 85,18 kg à 83,39 kg, soit 1,8 kilo de moins. L’adhésion au régime suit la même pente. Mesurée par un score sur 17 points, elle part d’environ 7,6 à 7,8 à l’inclusion et atteint 12,2 à 12,9 dans le groupe intensif, contre 10,2 à 10,7 dans le groupe témoin, à un an comme à trois ans.
Lire un odds ratio dans le bon sens
Lire un odds ratio de 2,97 comme « trois fois plus de personnes », c’est surestimer l’effet que vous pouvez en attendre. Le calcul porte sur la « cote », c’est-à-dire le rapport entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent. C’est cette cote qui est multipliée par près de trois. Quand le résultat est fréquent, l’écart entre les deux lectures devient important. Un exemple purement arithmétique, sans lien avec les chiffres de l’essai, suffit à le voir. Si une personne sur deux atteint un objectif, la cote est d’un contre un ; la tripler donne trois contre un, soit trois personnes sur quatre. Le nombre de personnes qui réussissent est alors multiplié par 1,5, pas par 3.
La lecture juste est donc « nettement plus souvent ». Pour la traduire en personnes sur cent, il faudrait les pourcentages de participants ayant atteint chaque seuil dans chaque groupe. Le texte de l’article ne précise pas ces pourcentages. La conversion n’est donc pas possible à partir des chiffres donnés dans le texte.
Une seconde analyse de l’article mesure autre chose : la vitesse à laquelle les seuils sont atteints. Ces modèles dits de Cox donnent des rapports de 2,865 (de 1,985 à 4,136) pour les 8 % de poids et de 3,005 (de 2,197 à 4,110) pour les 5 % de tour de taille, entre non-addicts des deux groupes. Ce sont ces valeurs, arrondies, que reprend le résumé de l’article. Elles disent que le seuil est franchi plus vite dans le groupe intensif. Elles ne mesurent pas la même chose que les odds ratios.
Les 26 participants classés « addicts » : un signal, pas une démonstration
À l’inclusion, 26 participants sur 448 remplissent les critères d’addiction alimentaire, soit 5,8 % : 15 dans le groupe témoin, 11 dans le groupe intensif. Avec si peu de personnes, les intervalles de confiance deviennent immenses. Pour la perte de 8 % du poids, l’odds ratio des addicts du groupe intensif face aux addicts témoins vaut 3,85, mais sa fourchette va de 0,56 à 26,77. Elle couvre à la fois une cote presque divisée par deux et une cote multipliée par plus de vingt-six. Les données ne départagent rien.
« Non significatif » veut dire ici « impossible de trancher », pas « inefficace ». Les poids moyens illustrent cette incertitude. Les 11 addicts du groupe intensif passent de 87,25 kg à 81,56 kg la première année, près de 6 kilos de moins, une baisse statistiquement significative. Ils en reprennent ensuite une partie, de façon significative entre la première et la troisième année, et finissent à 83,32 kg : environ 4 kilos sous leur poids de départ, un écart qui n’est plus significatif par rapport à l’inclusion. Ce poids final les place au niveau des non-addicts du groupe témoin (83,3 contre 83,4 kg). Les 15 addicts témoins, eux, restent pratiquement au même poids, de 86,18 kg à 86,05 kg.
Ce qui les distingue dans les données
À programme égal, les addicts atteignent moins souvent une adhésion élevée au régime, définie comme un score de 11 à 17 sur 17. Dans le groupe intensif, leur odds ratio face aux non-addicts est de 0,183 (de 0,04 à 0,79), et l’interaction entre groupe et addiction est significative (p = 0,032). Sur le tour de taille, ils atteignent aussi moins souvent la baisse de 5 % (odds ratio 0,21, de 0,06 à 0,77), mais l’interaction reste juste au-dessus du seuil (p = 0,056). Leur score moyen d’adhésion progresse pourtant comme celui des autres.
Un modèle statistique plus global affine le constat. Chez les non-addicts, une meilleure adhésion va de pair avec un poids, un tour de taille et une qualité de vie meilleurs à trois ans. Chez les addicts, ces liens ne ressortent pas : leurs valeurs finales s’expliquent surtout par leur point de départ. Leur qualité de vie, mesurée par le questionnaire SF-36, part plus bas (environ 66 sur 100 contre 78), sans effet significatif du groupe ni du statut addict sur son évolution.
Tout cela reste une association observée. Le statut d’addict n’a pas été tiré au sort, et 26 personnes ne suffisent pas à établir un mécanisme. Les auteurs en tirent une proposition, formulée dans la section « Implications cliniques » de l’article : « les personnes présentant une addiction alimentaire pourraient avoir besoin de stratégies thérapeutiques complémentaires ou différentes » (traduction de l’anglais). La formulation est au conditionnel, et c’est elle qui porte le sens. Autrement dit, un programme adapté, avec une composante psychologique ou inspirée de l’addictologie, est une piste à tester, pas un résultat de l’essai.
Pourquoi se restreindre n’a pas attisé les envies
La crainte est intuitive : priver le corps de calories pendant des années devrait exacerber les envies et la perte de contrôle. Les données de PREDIMED-Plus ne vont pas dans ce sens, et elles ne sont pas isolées. Une méta-analyse publiée en 2017 dans Obesity Reviews, qui regroupe 8 études chez des personnes obèses, conclut qu’une restriction calorique d’au moins 12 semaines s’accompagne d’une baisse des envies alimentaires. La baisse touche les envies globales, mais aussi celles de sucré, de gras, de féculents et de restauration rapide.
Ses auteurs y voient un déconditionnement. Une envie se renforce à chaque exposition à l’aliment qui la déclenche. Moins on en mange, moins il la déclenche. Le mécanisme est plausible et cohérent avec la baisse poursuivie entre un et trois ans dans le groupe qui se restreignait. Le lien entre ces familles d’aliments et la santé est traité dans l’article consacré aux aliments ultra-transformés et au risque.
Deux bornes encadrent pourtant cette lecture. D’abord, l’essai ne teste pas la restriction seule : elle arrive avec l’activité physique et un accompagnement de trois contacts par mois la première année, qui peuvent chacun jouer. Ensuite, aucune composante du programme ne visait l’addiction alimentaire, et l’écart final se compte en quart de symptôme. Rien n’indique qu’un régime hypocalorique soigne l’addiction alimentaire. L’essai montre seulement qu’il ne l’a pas aggravée chez ces participants.
À qui ce résultat s’applique, et à qui il ne s’applique pas
Le profil des participants est étroit. Ce sont des seniors de 55 à 75 ans, en surpoids ou en obésité, porteurs d’un syndrome métabolique, espagnols, sans trouble psychiatrique sévère. Ils sont surtout très peu « addicts » : 5,8 %, soit environ 6 sur cent. Une analyse publiée en 2023 dans le BMJ, qui agrège 281 études menées dans 36 pays, estime la proportion à 14 % chez l’adulte, environ une personne sur sept. Une méta-analyse de 272 études parue en 2021 dans European Eating Disorders Review arrive à 20 % en moyenne pondérée, une sur cinq, en incluant des échantillons de patients suivis en clinique. Cette seconde synthèse ne compte aucune étude portant uniquement sur des personnes âgées.
Rien, dans l’essai, ne dit ce que produirait une restriction chez une personne plus jeune, très compulsive ou souffrant d’hyperphagie boulimique. Le résultat ne s’étend pas non plus aux personnes sans surpoids ou sans syndrome métabolique. Si vous vous demandez s’il vous concerne, le repère est le profil des participants : un senior en surpoids avec syndrome métabolique, sans trouble psychiatrique sévère ; au-delà de ce profil, l’essai ne dit rien.
Un essai conçu pour autre chose
L’analyse sur l’addiction alimentaire est secondaire : PREDIMED-Plus n’a pas été construit pour elle. Fin août 2025, l’essai parent a publié dans Annals of Internal Medicine son résultat sur le diabète. Sur 4 746 participants sans diabète suivis en médiane six ans, le diabète de type 2 est apparu chez 9,5 % des participants du programme intensif, contre 12,0 % dans le groupe témoin. En valeur absolue, l’écart est d’environ 2,5 cas pour cent participants sur la période ; exprimée en risque relatif, la baisse est de 31 % (intervalle de 18 à 41 %). C’était, là aussi, une analyse secondaire prévue au protocole, dans un essai en simple aveugle. La perte de poids moyenne y restait modeste : 3,3 kilos contre 0,6 kilo, et 3,6 cm de tour de taille contre 0,3 cm, selon l’école de santé publique de Harvard. Le contexte plus large figure dans l’article sur les bienfaits du régime méditerranéen sur la santé.
Les angles morts du protocole
Les participants savaient forcément dans quel programme ils se trouvaient. L’article sur l’addiction alimentaire ne décrit aucun aveugle, et l’essai parent est qualifié de « simple aveugle ». Or les symptômes sont auto-déclarés. Une personne très suivie, qui voit des soignants trois fois par mois la première année, peut être tentée de répondre dans le sens attendu. Ce biais de désirabilité n’est pas mesuré. Il pèse surtout sur un écart d’un quart de symptôme.
Les données manquantes ont été remplacées par la dernière valeur connue de chaque participant, une méthode appelée LOCF qui suppose que rien n’a changé depuis. Quatorze couples figuraient parmi les participants, sans modèle statistique dédié à cette dépendance entre conjoints. Les auteurs listent eux-mêmes d’autres limites : quatre centres seulement, une puissance statistique faible pour le sous-groupe addict, une population de seniors avec syndrome métabolique, une faible prévalence d’addiction, des mesures auto-déclarées pour l’addiction, l’adhésion, l’activité et la qualité de vie, un groupe témoin actif qui a pu réduire les écarts, et un recrutement limité à l’Espagne.
L’article ne rapporte pas d’effets indésirables du programme. Ce silence ne vaut pas preuve de leur absence : il faudrait pour cela un relevé publié des événements survenus dans chaque groupe.
Une littérature encore partagée
Le résultat prolonge celui de la même équipe, publié en 2021 dans Scientific Reports : à un an, sur 342 participants de la même sous-étude, l’addiction alimentaire baissait déjà dans les deux groupes, et l’IMC baissait davantage dans le groupe intensif. La conclusion sur les addicts est plus discutée. Une méta-analyse parue en 2024 dans Obesity Reviews, portant sur 25 études et 4 904 personnes (71 % de femmes, âge moyen 41 ans, IMC moyen 40,8), ne trouve qu’un soutien limité à l’idée que l’addiction alimentaire freine la perte de poids, l’effet défavorable étant plus marqué dans les programmes comportementaux. Face à près de 5 000 personnes plus jeunes et à l’IMC plus élevé, 26 seniors pèsent peu.
Deux précisions complètent le tableau. L’auteur correspondant, Fernando Fernández-Aranda, déclare des honoraires de consultant de Novo Nordisk. Un autre auteur, J. Salas-Salvadó, déclare des soutiens non financiers de producteurs d’huile d’olive et de fruits à coque, une place au conseil scientifique du Danone Institute International et des honoraires de l’Instituto Danone. Le financement est public, espagnol (institut de santé Carlos III, réseau de recherche CIBEROBN) et européen, et, selon la déclaration des auteurs, les financeurs n’ont joué aucun rôle dans l’analyse. Enfin, la version en ligne est un « Article in Press » : relue et citable, elle sera remplacée par une version définitive, dont certains chiffres peuvent encore être corrigés à la marge.
| Sous-groupe | Participants | Poids à l’inclusion | Poids à 3 ans | Odds ratio d’atteindre −8 % (face au témoin de même statut) |
|---|---|---|---|---|
| Intensif, non addicts | 208 | 86,25 kg | 80,66 kg | 2,97 (1,93 à 4,59) |
| Intensif, addicts | 11 | 87,25 kg | 83,32 kg | 3,85 (0,56 à 26,77), non concluant |
| Témoin, non addicts | 214 | 85,18 kg | 83,39 kg | référence |
| Témoin, addicts | 15 | 86,18 kg | 86,05 kg | référence |
L’essentiel à retenir
- Chez 448 seniors espagnols en surpoids suivis trois ans, un régime méditerranéen hypocalorique encadré n’a pas aggravé les symptômes d’addiction alimentaire : ils ont baissé dans les deux groupes.
- L’écart final entre les groupes vaut un quart de symptôme sur onze, et l’évolution globale des deux courbes ne diffère pas significativement.
- Le constat sur les personnes classées « addicts » repose sur 26 participants : il ne permet ni de dire que le programme marche pour elles, ni qu’il échoue.
- Le résultat ne se transpose ni aux adultes plus jeunes, ni aux personnes souffrant d’hyperphagie boulimique ou très compulsives.
FAQ — addiction alimentaire et régime hypocalorique
L’addiction alimentaire est-elle une maladie reconnue ?
Non. Elle ne figure pas dans le DSM-5, la classification américaine des troubles mentaux. Elle est repérée par un auto-questionnaire, la Yale Food Addiction Scale, qui transpose à la nourriture les critères d’une addiction : perte de contrôle, envies intenses, poursuite malgré les conséquences. Elle ne se confond pas avec l’hyperphagie boulimique ni avec la boulimie.
Un régime hypocalorique aggrave-t-il les envies compulsives ?
Pas dans l’essai PREDIMED-Plus. Chez 448 seniors en surpoids, trois ans d’un déficit visé de 500 à 750 kilocalories par jour, avec activité physique et accompagnement, se sont accompagnés d’une légère baisse des symptômes. Une méta-analyse de 2017 trouve aussi moins d’envies après au moins 12 semaines de restriction.
Que signifie un odds ratio de 2,97 pour la perte de poids ?
Il signifie que la cote, c’est-à-dire le rapport entre personnes qui atteignent le seuil et personnes qui ne l’atteignent pas, est multipliée par près de trois. Ce n’est pas trois fois plus de personnes. La lecture juste est « nettement plus souvent ».
Le régime fonctionne-t-il chez les personnes « addictes » ?
L’essai ne permet pas de trancher. Le sous-groupe compte 26 personnes, dont 11 dans le programme intensif, et les intervalles de confiance sont très larges. Ces 11 personnes ont perdu en moyenne près de 6 kilos la première année, puis en ont repris une partie : à trois ans, il leur reste environ 4 kilos de moins, un écart qui n’est plus statistiquement significatif par rapport au départ.
Ce résultat vaut-il pour une personne plus jeune ou souffrant d’hyperphagie boulimique ?
L’essai ne permet pas de le dire. Les participants avaient 55 à 75 ans, un syndrome métabolique et aucun trouble psychiatrique sévère, et seuls 6 sur cent étaient classés addicts. Pour une personne sujette à des compulsions ou à un trouble du comportement alimentaire, l’interlocuteur avant toute restriction reste le médecin traitant.
Quel lien avec la baisse du diabète observée dans PREDIMED-Plus ?
C’est le même programme intensif. Sur 4 746 participants suivis en médiane six ans, le diabète de type 2 est apparu chez 9,5 % des participants du programme intensif contre 12,0 % du groupe témoin, soit environ 2,5 cas de moins pour cent personnes. Le volet sur l’addiction alimentaire est une analyse secondaire de cet ensemble.
