Cinq centièmes de gramme par litre de sang : c’est l’écart moyen de cholestérol total entre les adultes qui sautent le petit-déjeuner et ceux qui le prennent, dans un échantillon de 3 812 Suédois âgés de 18 à 75 ans. Sur un taux moyen proche de 1,9 g/L, cela fait environ 2 %. L’écart existe à l’échelle d’un groupe. Sur votre bilan sanguin, il se perdrait dans les variations ordinaires d’un individu à l’autre.
Le résultat a été mis en ligne le 24 septembre 2026 par l’European Journal of Nutrition, sous la signature de J. Schultz et de ses collègues. Dans l’unité de la publication, il s’écrit 0,12 mmol/L. Les auteurs l’accompagnent de deux chiffres plus frappants : des chances de syndrome métabolique 9 % plus élevées par heure de retard du premier repas, et des chances de maladie cardiovasculaire plus élevées d’environ 30 % par heure de retard du moment où la moitié des calories du jour est atteinte. Le premier chiffre est petit, le dernier repose sur 39 malades. Aucun ne mesure l’effet d’un changement d’horaires, et aucun ne remplace un traitement.
0,12 mmol/L, 9 % par heure, 31 % : trois chiffres qui ne pèsent pas pareil
Les trois chiffres de l’étude suédoise ne portent ni sur la même habitude, ni sur la même grandeur. Le premier est une différence de concentration dans le sang : 0,12 mmol/L de cholestérol total en plus chez les personnes qui sautent le petit-déjeuner, avec un intervalle de confiance de 0,04 à 0,21 mmol/L, c’est-à-dire la fourchette dans laquelle se situe vraisemblablement la valeur réelle. La même comparaison relève une pression diastolique, le chiffre bas de la tension, plus élevée de 0,97 mmHg : moins d’un millimètre de mercure.
Le deuxième est un rapport de chances, ou odds ratio (OR). Chaque heure de retard du premier repas va de pair avec des chances de syndrome métabolique 9 % plus élevées (OR 1,09). Le syndrome métabolique désigne la réunion, chez une même personne, de plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire. Ce chiffre-là ne concerne pas le cholestérol : une fois les autres facteurs pris en compte, l’heure du premier repas n’est associée à aucun marqueur lipidique, ni à la maladie cardiovasculaire.
Le troisième sort d’une autre analyse, qui suit les participants dans le temps. Chaque heure de retard du point médian énergétique, l’heure à laquelle la moitié des calories du jour a été consommée, y est associée à des chances de maladie cardiovasculaire plus élevées d’environ 30 % (OR 1,32), sur 39 malades seulement.
Trois habitudes différentes, trois unités, trois niveaux de solidité. Si vous les lisez comme trois preuves convergentes d’un même effet, vous empilez des mesures qui ne se recouvrent pas. Ils ne s’additionnent pas.
Quatre jours de carnet et 3 812 Suédois : la fabrication des écarts
Les 3 812 participants appartiennent à la Malmö Offspring Study, une cohorte du sud de la Suède. Leur âge moyen est de 42,8 ans, et 54 % sont des femmes ; 72 % des participants de la cohorte ont rempli le carnet alimentaire sur lequel repose l’analyse. Chacun a noté en ligne, pendant quatre jours, ce qu’il mangeait et à quelle heure, puis fourni une prise de sang à jeun. Cholestérol, tension et habitudes ont donc été relevés au même moment.
Cette construction a une conséquence directe, et la comparaison se lit dans ce sens. Elle oppose des personnes qui ont des horaires différents, à un instant donné. Elle ne suit pas une même personne qui avancerait ou retarderait ses repas, et ne dit donc rien de ce que ce changement produirait chez elle. C’est une photographie, pas une expérience. Les auteurs ont corrigé leurs comparaisons pour l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, le tabac, l’activité physique, le niveau d’études, la prise de médicaments, l’apport énergétique et la consommation de fruits et légumes. Le sommeil, les conditions de travail et la génétique, eux, n’ont pas été pris en compte.
La seconde analyse, dite cas-témoins nichée, repère dans les registres suédois les participants atteints d’une maladie cardiovasculaire jusqu’au 31 décembre 2022, après un suivi moyen de 5,3 ans. Leurs horaires de départ sont ensuite comparés à ceux de participants restés indemnes.
Un repas commence à 50 kcal
Au sens de l’étude, un repas est toute prise alimentaire d’au moins 210 kJ, soit environ 50 kcal, séparée de la précédente par au moins un quart d’heure. Un café au lait sucré peut franchir ce seuil ; un café noir, non. L’heure du « premier repas » dépend entièrement de cette convention. C’est le participant lui-même qui range chaque prise dans le petit-déjeuner, le déjeuner, le dîner ou la catégorie « autre ».
Avec ces règles, le participant moyen mange 4,2 fois par jour, de 8 h 24 à 19 h 48. Sa journée alimentaire dure 11,3 heures, et la moitié de ses calories est atteinte vers 15 h 30.
Le « sauteur de petit-déjeuner » ne saute pas tous les jours
Est compté comme sauteur de petit-déjeuner quiconque n’en a pas déclaré au moins un jour sur quatre. Si vous vous passez de petit-déjeuner un matin sur quatre, vous auriez donc fait partie de ce groupe. Le groupe réunit 715 personnes, soit 19 % de l’échantillon : 23 % des hommes, 15 % des femmes. Seules 64 d’entre elles, 2 participants sur 100, n’ont pris aucun petit-déjeuner pendant les quatre jours. Les 651 autres en ont sauté un, deux ou trois. Neuf sauteurs sur dix sont donc des sauteurs irréguliers.
Le groupe comparé n’est pas celui des personnes qui ne déjeunent jamais le matin. Les sauteurs complets montrent des associations plus marquées, mais à 64 personnes l’effectif est trop petit pour en tirer un chiffre utilisable.
0,05 g/L sur 1,9 g/L : le cholestérol ramené à l’échelle d’un bilan
Votre bilan sanguin exprime le cholestérol en grammes par litre, la publication en millimoles par litre. La masse molaire du cholestérol, 386,7 g/mol d’après la base PubChem, donne la clé : 1 mmol/L vaut environ 0,387 g/L. Les 0,12 mmol/L de l’étude deviennent ainsi 0,046 g/L, arrondis à 0,05 g/L. Le cholestérol total moyen de l’échantillon, 4,9 mmol/L, correspond à 1,89 g/L.
L’écart représente donc environ 2,4 % du taux moyen. Il pèse aussi un neuvième environ de la dispersion naturelle des taux : d’une personne à l’autre, le cholestérol total s’écarte typiquement de 1,1 mmol/L de la moyenne (c’est l’écart-type), soit plus de 0,4 g/L. Il s’agit d’une différence entre deux moyennes de groupe. Sur votre propre bilan, elle resterait invisible.
Le LDL, le « mauvais » cholestérol, obéit à une autre règle. Son écart ne concerne que les hommes : 0,15 mmol/L de plus chez ceux qui sautent le petit-déjeuner, soit 0,058 g/L, avec un intervalle de 0,03 à 0,26. Chez les femmes, aucune association n’apparaît. Le chiffre de 0,12 mmol/L vaut pour le cholestérol total, pas pour le LDL de l’ensemble des participants.
Deux règles graduées pour situer l’écart
Les auteurs proposent eux-mêmes un premier repère. Selon leur discussion, une fenêtre alimentaire plus longue de 4 heures va de pair avec un cholestérol total et un LDL plus bas de 0,12 mmol/L, un ordre de grandeur qu’ils jugent comparable à une baisse de 2 % de la part des calories venant des acides gras saturés. Cette équivalence est la leur : elle s’appuie sur un travail qu’ils citent, pas sur leurs propres mesures.
Le second repère vient des essais de statines. La méta-analyse de la Cholesterol Treatment Trialists’ Collaboration, publiée dans The Lancet en novembre 2010, réunit 26 essais randomisés et environ 170 000 participants. Chaque baisse de 1 mmol/L de LDL y réduit d’environ un cinquième le taux annuel d’événements vasculaires majeurs (risque relatif 0,78). L’unité de ces essais est environ huit fois plus grande que l’écart observé en Suède.
Rapporter les 0,12 mmol/L à cette règle pour en tirer un pourcentage de risque cardiaque serait tentant. Ce calcul n’aurait pourtant pas de sens, pour une raison de construction. Les essais de statines mesurent une baisse provoquée par un traitement, dans des groupes formés par tirage au sort ; l’étude suédoise décrit un écart entre des personnes différentes, sans aucune intervention. Les deux règles ne se croisent pas. Le poids du cholestérol LDL dans la mortalité mondiale se mesure, lui, sur d’autres données.
Une heure de retard, des chances 9 % plus élevées : lire un rapport de chances
Un rapport de chances compare des « chances » au sens statistique : le nombre de personnes atteintes rapporté au nombre de personnes qui ne le sont pas. Dans l’échantillon suédois, 678 participants ont un syndrome métabolique, 17 % : environ 17 personnes atteintes pour 83 indemnes. L’OR de 1,09 signifie que ce rapport est multiplié par 1,09 pour chaque heure de retard du premier repas, dans le modèle statistique des auteurs.
Il ne se traduit pas en « 9 % de personnes en plus ». Quand une affection touche près d’une personne sur six, chances et risque s’écartent, et un rapport de chances ne se lit pas comme une proportion de malades supplémentaires. Le modèle fait en outre s’empiler l’effet heure après heure, comme si chaque heure pesait autant que la précédente.
Reste à savoir ce que vaut une heure. Le premier repas tombe en moyenne à 8 h 24, avec un écart-type de 1,6 heure : si vous prenez votre premier repas une heure avant ou après votre voisin, l’écart reste dans la variation ordinaire des horaires, sans séparer les lève-tôt des couche-tard.
Les autres rapports de chances de l’étude se lisent de la même façon. Chaque heure de fenêtre alimentaire en plus va de pair avec des chances de syndrome métabolique 7 % plus faibles (OR 0,93), chaque prise alimentaire supplémentaire avec des chances 15 % plus faibles (OR 0,85), et chaque heure de retard du point médian énergétique avec des chances 8 % plus élevées (OR 1,08). Pour le HDL, le « bon » cholestérol, la relation dessine une courbe en cloche : il culmine autour de 4,7 prises par jour, puis redescend. Côté tension, une heure de point médian en plus coïncide avec 0,26 mmHg de pression systolique et 0,21 mmHg de diastolique. Des fractions de millimètre.
Le signal cardiovasculaire tient sur 39 malades
L’analyse cardiovasculaire repose sur 40 personnes tombées malades pendant le suivi, soit 1 % de l’échantillon. Trente-neuf ont été appariées chacune à quatre témoins de même sexe et de même tranche d’âge de cinq ans : 156 témoins, 195 personnes au total. La maladie cardiovasculaire y regroupe l’infarctus et les autres cardiopathies ischémiques, l’accident vasculaire cérébral (AVC) et l’insuffisance cardiaque.
Sur cet effectif, chaque heure de retard du point médian énergétique est associée à des chances de maladie plus élevées d’environ 30 % : OR 1,32, avec un intervalle de 1,00 à 1,74. La borne basse, 1,00, correspond à l’absence d’effet. Le résumé et la discussion arrondissent à 31 %, mais la largeur de la fourchette compte davantage que la décimale.
L’écart réel entre les deux groupes est mince. Les malades atteignaient la moitié de leurs calories du jour vers 15 h 49, les témoins vers 15 h 19 : une demi-heure en moyenne. Sauter le petit-déjeuner donne, lui, un OR de 2,05 avec un intervalle de 0,56 à 7,52, qui va de chances presque divisées par deux à des chances multipliées par sept et demi : aucune conclusion possible. Aucune autre habitude horaire n’est associée à la maladie cardiovasculaire.
Ce signal est compatible avec des cohortes bien plus grandes, présentées plus bas. Il ne constitue pas une mesure stable. Pour resserrer la fourchette, il faudrait beaucoup plus de malades, et les auteurs rangent eux-mêmes le faible nombre de cas parmi les limites de leur travail. Le chiffre le plus frappant est le plus fragile.
Journée longue ou jeûne intermittent : les autres études au même étalon
Une journée alimentaire longue, associée à un meilleur profil
Le jeûne intermittent de type 16:8 resserre les repas dans une fenêtre de huit heures. L’étude suédoise va à rebours de cette image : chaque heure de fenêtre alimentaire en plus y est associée à un cholestérol total et un LDL plus bas de 0,03 mmol/L chacun, soit environ 0,01 g/L, et à des chances de syndrome métabolique 7 % plus faibles. Une fenêtre longue peut pourtant s’ouvrir tôt le matin ou se refermer tard le soir, et l’association porte sur sa seule durée. Les deux bornes ne se valent pas forcément.
Un essai randomisé, où le hasard décide qui suit quel régime, éclaire la question autrement. Publié en avril 2022 dans le New England Journal of Medicine, l’essai de Liu et de ses collègues a suivi 139 personnes obèses pendant douze mois. Toutes suivaient une restriction calorique ; un groupe devait en plus limiter ses repas à la plage 8 h-16 h. Ce groupe a perdu 8,0 kg, contre 6,3 kg pour l’autre : une différence de 1,8 kg dont l’intervalle va de 4,0 kg en faveur de la fenêtre courte à 0,4 kg en sa défaveur, donc non significative. Les facteurs de risque métaboliques suivaient la même tendance.
À calories égales, la fenêtre courte n’a donc pas fait mieux. Si vous pratiquez le jeûne intermittent, l’étude suédoise, observationnelle, ne le condamne pas pour autant. Aucune des deux approches n’est démontrée supérieure. Le cas des personnes diabétiques, plus délicat, est traité à part dans l’article sur le jeûne intermittent chez les diabétiques de type 1.
Suède et France : d’accord sur le matin, pas sur le soir
La cohorte française NutriNet-Santé fournit le point de comparaison le plus proche. Son analyse parue en décembre 2023 dans Nature Communications porte sur 103 389 adultes, dont 79 % de femmes, suivis 7,2 ans en médiane. Parmi eux, 2 036 ont développé une maladie cardiovasculaire, soit environ 2 sur 100. Chaque heure de retard du premier repas y est associée à un risque cardiovasculaire plus élevé de 6 % (rapport de risques, ou hazard ratio, de 1,06, intervalle 1,01 à 1,12). En Suède, le premier repas tardif allait de pair avec davantage de syndrome métabolique, pas de maladie cardiovasculaire. Le matin, les deux cohortes penchent néanmoins du même côté, sur des effectifs de malades cinquante fois plus élevés en France.
Le soir, elles divergent. En Suède, cholestérol total et LDL sont les plus élevés quand le dernier repas tombe vers 18 h, plus bas au-delà, et les auteurs n’observent pas de risque cardiovasculaire accru avec un dernier repas tardif. Dans NutriNet-Santé, un dernier repas après 21 h plutôt qu’avant 20 h est associé à un risque cérébrovasculaire, celui des AVC, plus élevé de 28 % (HR 1,28) ; chaque heure de jeûne nocturne en plus, à un risque plus bas de 7 %.
Le nombre de repas divise aussi. Chaque prise supplémentaire va de pair avec moins de syndrome métabolique en Suède. Dans une seconde analyse de NutriNet-Santé, parue en mai 2026 dans Scientific Reports, il n’est associé à rien. Ce travail a suivi 16 436 adultes, dont 1 936, environ 12 sur 100, ont développé un syndrome métabolique en 2,1 ans. D’après le résumé de la publication, un premier repas plus tardif y est lié à un risque plus élevé chez les femmes (risque relatif 1,09, intervalle 1,02 à 1,16) ; chez les hommes, c’est la part des calories consommée après 17 h (risque relatif 1,12).
En 2017, une déclaration scientifique de l’American Heart Association estimait que les schémas alimentaires irréguliers semblent moins favorables au profil cardiométabolique, et proposait des définitions communes des repas pour la recherche. Les résultats ci-dessus en donnent la mesure : les cohortes s’accordent sur le début de journée et se contredisent sur la fin. Aucune règle horaire unique n’en sort.
Les limites du chiffre : horloge interne, mode de vie, causalité inverse
Un mécanisme rend l’hypothèse plausible. L’horloge interne règle l’appétit, l’insuline et le métabolisme des graisses, si bien qu’une même assiette ne produit pas la même réponse sanguine le matin et le soir. La question du rythme circadien se pose aussi pour l’heure à laquelle surviennent les infarctus. Ce mécanisme reste une hypothèse. Les auteurs jugent eux-mêmes incertain que les bénéfices associés au petit-déjeuner tiennent à la rupture du jeûne de la nuit, aux aliments typiquement consommés au petit-déjeuner, ou à son rôle de marqueur d’un mode de vie sain. Le sommeil, les conditions de travail et la génétique n’ont pas été pris en compte.
Les auteurs énumèrent eux-mêmes les autres limites. La partie transversale ne peut pas démontrer de lien de cause à effet. La causalité peut aussi jouer à rebours : une personne à qui l’on a déjà découvert un cholestérol élevé ou un surpoids a pu modifier ses horaires avant l’étude. Une confusion résiduelle, due à des facteurs non pris en compte, reste possible malgré les ajustements. Enfin, 1 117 participants, 29 %, ont sous-déclaré leurs apports.
Un test de robustesse va dans le même sens. Quand les 2 009 personnes ayant sauté un repas principal sont retirées de l’analyse, les estimations gardent leur sens et leur ampleur, mais ne sont plus statistiquement significatives.
Reste la population. Les participants sont les enfants et petits-enfants des membres d’une cohorte cardiovasculaire de Malmö des années 1990 : plus souvent diplômés et cadres, moins souvent fumeurs ou d’origine non suédoise, recrutés dans un seul centre. Leur âge moyen est de 43 ans. Si vous vivez en France, un résultat obtenu sur ce groupe ne se transpose pas tel quel à votre cas, a fortiori si vous avez 70 ans. L’étude a été financée par deux fondations suédoises et une infrastructure de l’université de Lund, sans conflit d’intérêts déclaré.
La conclusion du résumé, traduite de l’anglais, tient compte de tout cela : « Commencer à manger tôt dans la journée, prendre régulièrement un petit-déjeuner, atteindre plus tôt le point médian énergétique, multiplier les repas et allonger la fenêtre alimentaire pourraient être associés à une santé cardiométabolique favorable. » Autrement dit : cinq habitudes sont alignées, mais le verbe est au conditionnel et il porte sur une association, pas sur un effet. Les auteurs ne recommandent rien.
Pour le lecteur : un écart de groupe, pas une consigne horaire
Les écarts mesurés en Suède sont faibles au regard de ce qui fait bouger un bilan lipidique, et leur sens de cause à effet n’est pas établi. Ils décrivent des groupes, pas une conduite à tenir. Si votre bilan montre un cholestérol élevé, des écarts de quelques centièmes de gramme mesurés sur des groupes suédois ne disent rien de la conduite à tenir pour vous. Ils ne remplacent ni un traitement hypolipémiant, c’est-à-dire destiné à baisser le cholestérol, ni une prise en charge de l’alimentation. Le risque réel, ici, est la sur-interprétation.
Traitement et horaires de repas. Changer ses horaires de repas ne remplace pas un traitement contre le cholestérol et ne justifie pas d’en retarder le début ou d’en modifier la dose : toute question sur ce traitement se pose au médecin traitant. Chez une personne diabétique traitée par insuline ou par sulfamides, décaler ou supprimer un repas modifie le risque d’hypoglycémie ; un changement d’horaires se discute d’abord avec le médecin. Pour les plus âgés, la question du traitement lui-même est abordée dans l’article sur les statines après 75 ans.
L’essentiel à retenir
- Chez 3 812 Suédois, sauter le petit-déjeuner va de pair avec 0,12 mmol/L de cholestérol total en plus, environ 0,05 g/L : 2 % du taux moyen, un écart de groupe invisible sur un bilan individuel.
- Les trois chiffres de l’étude portent sur trois habitudes et trois mesures différentes ; ils ne s’additionnent pas.
- Les chances de maladie cardiovasculaire plus élevées d’environ 30 % par heure de point médian reposent sur 39 malades, et leur intervalle touche l’absence d’effet.
- Une journée alimentaire plus longue est associée à un meilleur profil ; l’essai randomisé disponible ne montre pas d’avantage d’une fenêtre courte à calories égales.
- Ces écarts ne remplacent aucun traitement ; une personne diabétique traitée ne change pas ses horaires de repas sans avis médical.
| Chiffre | Ce qu’il compte | Unité | Point de comparaison | Solidité |
|---|---|---|---|---|
| +0,12 mmol/L (0,05 g/L) | Cholestérol total, sauteurs de petit-déjeuner | Concentration sanguine | 2 % du taux moyen ; écart de même taille rapproché par les auteurs de 2 % de calories en moins issues des graisses saturées | Transversal, intervalle 0,04 à 0,21 |
| OR 1,09 par heure | Syndrome métabolique, premier repas tardif | Rapport de chances | 17 % de l’échantillon atteint ; RR 1,09 chez les Françaises de NutriNet-Santé | Transversal, borne basse 1,01 |
| OR 1,32 par heure | Maladie cardiovasculaire, point médian tardif | Rapport de chances | NutriNet-Santé : HR 1,06 par heure de premier repas, sur 2 036 malades | Fragile : 39 cas, borne basse 1,00 |
| 1 mmol/L de LDL | Unité des essais de statines | Concentration sanguine | Environ 8 fois l’écart suédois ; RR 0,78 d’événements vasculaires par an | Essais randomisés, mais non transposable à l’écart suédois |
Questions fréquentes
Le petit-déjeuner sauté est-il lié à un cholestérol plus élevé ?
Dans l’étude suédoise publiée le 24 septembre 2026, les adultes qui sautent le petit-déjeuner ont en moyenne 0,12 mmol/L de cholestérol total en plus, soit environ 0,05 g/L, 2 % du taux moyen. C’est une association observée à un instant donné, pas un effet démontré : des personnes au cholestérol déjà élevé ont pu changer leurs horaires avant l’étude.
Sauter le petit-déjeuner de temps en temps place-t-il dans le groupe étudié ?
Oui, au sens de l’étude : il suffisait de ne pas avoir déclaré de petit-déjeuner un jour sur quatre. Neuf sauteurs sur dix étaient irréguliers ; seules 64 personnes n’en avaient pris aucun en quatre jours, un effectif trop petit pour un chiffre fiable.
Comment lire les 9 % par heure de retard du premier repas ?
C’est un rapport de chances de 1,09 pour le syndrome métabolique, qui touche 17 % de l’échantillon. Il ne signifie pas 9 % de personnes malades en plus. Une heure correspond par ailleurs à la variation ordinaire des horaires entre participants.
Le chiffre de 30 % de maladie cardiovasculaire est-il solide ?
Non. Il repose sur 39 malades comparés à 156 témoins, et son intervalle descend jusqu’à 1,00, c’est-à-dire l’absence d’effet. Malades et témoins ne différaient que d’une demi-heure de point médian énergétique. C’est un signal à confirmer, compatible avec la cohorte française NutriNet-Santé.
L’étude remet-elle en cause le jeûne intermittent ?
Elle associe une journée alimentaire longue à un meilleur profil, mais elle est observationnelle et ne démontre rien. L’essai randomisé de Liu, publié en 2022, n’a pas montré d’avantage d’une fenêtre 8 h-16 h à calories égales. Aucune des deux approches n’est démontrée supérieure.
Changer d’horaires de repas peut-il remplacer un traitement contre le cholestérol ?
Non. Les écarts observés sont faibles et leur sens de cause à effet n’est pas établi ; ils ne remplacent ni un traitement hypolipémiant ni une prise en charge de l’alimentation. Une personne diabétique traitée par insuline ou sulfamides ne modifie pas ses horaires de repas sans avis médical, en raison du risque d’hypoglycémie.
