Un plat préparé contient beaucoup d’eau, et le Nutri-Score le note pour 100 grammes, jamais pour la barquette entière. Cette eau n’apporte ni calorie, ni sel, ni sucre : ramenée à 100 g, elle dilue tout ce que le barème compte, les défauts comme les qualités. Dans une base de près de 26 000 produits vendus en Norvège, six plats préparés sur dix recevaient la lettre C, des soupes aux plats de pâtes.

Ce regroupement est le point de départ d’un travail mis en ligne le 19 septembre 2026 par l’European Journal of Nutrition (le numéro imprimé, lui, est daté d’octobre 2026), mené dans le cadre du projet norvégien NewTools. Les chercheurs y testent une correction fondée sur la densité énergétique, c’est-à-dire les calories contenues dans 100 g. Elle sépare mieux les plats préparés. Elle améliore aussi la note des gâteaux et des viennoiseries, et pénalise des produits maigres mais salés, comme le cabillaud. Ses propres auteurs la jugent non supérieure au Nutri-Score actuel.

Six plats préparés sur dix rangés dans la même case

La base norvégienne compte 1 466 plats préparés. Avec le Nutri-Score dans sa version révisée de 2023, 60 % d’entre eux obtiennent un C. Sur cent barquettes, cela donne 5 A, 12 B, 60 C, 20 D et 3 E. Les deux lettres les plus favorables réunissent 17 plats sur cent, les deux plus défavorables 23.

Une lettre C ne signifie pas « équilibré ». Le Nutri-Score classe les produits sur cinq lettres, de A, la plus favorable, à E : le C désigne une position moyenne sur cette échelle, pas une qualité de la recette. Quand six produits sur dix d’un même rayon partagent la même case, la lettre ne départage plus grand-chose entre eux. Devant deux plats classés C, le logo ne vous dit pas s’ils se valent.

Le phénomène dépasse les plats préparés. Les auteurs de l’étude observent qu’avec le barème de 2023, les produits peu denses en énergie obtiennent presque exclusivement des lettres de A à C. Les produits denses, à partir de 4 points d’énergie sur 10, soit au-delà d’environ 1 340 kJ (320 kcal) pour 100 g, finissent presque tous en D ou en E. Ils y voient un avantage accordé aux produits peu denses indépendamment de leur qualité nutritionnelle, la teneur en eau jouant un rôle important.

Une question reste ouverte, et l’étude ne la tranche pas. Le regroupement en C peut venir du calcul, qui écraserait les différences entre recettes. Il peut aussi refléter des compositions réellement proches d’un plat à l’autre. Les auteurs l’écrivent : ils n’ont pas vérifié, par une mesure indépendante de la qualité nutritionnelle, si ces plats diffèrent vraiment. Rien ne permet donc d’affirmer que le logo surnote ou sous-note ce rayon. Seul le resserrement est établi.

Un barème qui compte pour 100 g, jamais pour la barquette

Le Nutri-Score additionne des points. D’un côté, les composantes défavorables : l’énergie, le sel, les acides gras saturés et les sucres totaux. De l’autre, les composantes favorables : les protéines, les fibres et la part de fruits, de légumes et de légumineuses. Chaque teneur est lue pour 100 g de produit, ou pour 100 mL s’il s’agit d’un liquide, comme le rappelle Santé publique France.

Il existe en réalité trois algorithmes : un pour les boissons, un pour les matières grasses, huiles, noix et graines, un pour les aliments généraux. Ce dernier doit classer sur une même échelle des produits aussi éloignés qu’un bouillon et une mayonnaise. Les plats préparés y figurent, aux côtés des pains, des yaourts, des viandes, des poissons et des desserts.

L’énergie donne la mesure de cette échelle. Elle rapporte de 0 à 10 points, par paliers de 335 kilojoules (kJ) pour 100 g : 0 point jusqu’à 335 kJ, 10 points au-delà de 3 350 kJ. Traduit dans l’unité la plus familière des étiquettes, un palier vaut environ 80 kcal, et le sommet de l’échelle dépasse 800 kcal pour 100 g. Très peu de produits l’approchent : dans toute la base, 18 seulement atteignent 9 points ou plus.

Les plats préparés se tiennent tout en bas. Sur les 1 466 de la base, 1 014, soit 69 %, prennent 1 ou 2 points d’énergie : ils apportent entre 335 et 1 005 kJ pour 100 g, c’est-à-dire entre 80 et 240 kcal environ. Sept plats sur dix récoltent donc au plus 2 points sur 10 pour leurs calories.

La portion, elle, n’entre jamais dans le calcul. Le barème mesure la composition d’un produit, pas la quantité que vous en mangez, et il ne se lit que dans ce sens. Deux plats de même recette, vendus l’un en barquette individuelle et l’autre en format familial, reçoivent la même lettre. Un chiffre exprimé pour 100 g pose toujours la même question, 100 g de quoi et combien en mange-t-on, qu’il s’agisse d’une étiquette ou des 100 g d’ultra-transformés par jour. Le logo ignore la taille de la barquette.

De l’eau dans la recette à la lettre sur l’emballage

Le mécanisme tient en une opération de dilution. Une soupe, un ragoût ou un plat de pâtes contiennent beaucoup d’eau. Cette eau compte dans les 100 g de référence, mais elle n’apporte ni énergie, ni sel, ni acides gras saturés, ni sucres. Chaque teneur défavorable paraît donc plus faible qu’elle ne le serait dans une préparation sèche, et les points défavorables restent bas. La barquette que vous terminez peut pourtant apporter beaucoup de sel : la lettre n’en voit que 100 g.

La dilution joue aussi sur les qualités. Ramenées à 100 g, les protéines et les fibres d’un plat aqueux paraissent elles aussi modestes. Défauts et atouts sont tassés ensemble, et le plat glisse vers le milieu de l’échelle. À l’opposé, une mayonnaise concentre tout dans peu d’eau : les teneurs grimpent, et les points avec elles. C’est pourquoi les auteurs de l’étude norvégienne attribuent à la teneur en eau un rôle important dans l’avantage des produits peu denses.

La notion en jeu porte un nom : la densité énergétique, soit l’énergie apportée par gramme d’aliment. C’est elle qui sert aussi à expliquer l’intérêt des aliments à faible densité calorique. Dans le Nutri-Score, elle pèse de deux façons : directement, par les points d’énergie, et indirectement, par la dilution de toutes les autres teneurs.

Pourquoi ne pas changer d’unité ? Les systèmes de profilage nutritionnel, ces barèmes qui notent les aliments, en utilisent trois. Le Nutri-Score compte au poids, pour 100 g. Le Food Compass compte à l’énergie, pour 100 kcal. Le Nutrient Rich Foods Index compte à la portion. Le système français SAIN-LIM mélange déjà deux unités : 100 kcal pour les nutriments favorables, 100 g pour les défavorables.

Chaque unité a son angle mort. Le calcul pour 100 g avantage ce qui est aqueux. Le calcul pour 100 kcal pose le problème inverse : dans un aliment très peu calorique, une teneur négligeable gonfle une fois rapportée à 100 kcal. La portion colle à ce que l’on mange, mais il n’existe pas en Europe de standard de portion par catégorie d’aliment. Le choix du 100 g n’est donc pas un oubli, c’est un arbitrage entre trois défauts. Aucune unité n’est neutre. D’où l’idée, testée en Norvège, d’en combiner deux plutôt que d’en choisir une.

La correction testée : moitié pour 100 g, moitié pour 100 kcal

Les chercheurs ont travaillé sur deux bases d’étiquettes norvégiennes. La première, Tradesolution, dans sa version de juin 2023, couvre l’essentiel des produits préemballés vendus dans le pays : 28 691 produits. La seconde, Unil, rassemble 577 produits des marques de distributeur du groupe NorgesGruppen, dans une version de novembre 2022. Après fusion et retrait des données manquantes, des doublons et des valeurs invraisemblables, il reste 25 813 produits uniques.

Le principe s’énonce simplement. Chaque composante, sauf l’énergie et la part de fruits, légumes et légumineuses, est notée pour moitié sur sa teneur pour 100 g et pour moitié sur sa teneur pour 100 kcal. En pratique, ce mélange passe par un coefficient multiplicateur, fixé selon le niveau d’énergie du produit. Le point d’équilibre théorique, où le coefficient vaudrait 1, est placé à la densité médiane de la base : 1 mégajoule pour 100 g, soit 1 000 kJ ou environ 240 kcal. La moitié des produits est moins dense, l’autre moitié plus dense.

Les auteurs sont partis de onze niveaux d’énergie, avec des coefficients bruts allant de 3,5 à 0,6. En test préliminaire, les extrêmes produisaient des pénalités ou des bonus excessifs pour les produits très peu denses, et des notes invraisemblablement favorables pour des gâteaux et des snacks sucrés. Ils ont donc ramené le dispositif à quatre coefficients plafonnés, retenus de façon empirique, sans optimisation formelle :

  • 1,5 jusqu’à 670 kJ pour 100 g, soit environ 160 kcal ;
  • 1,1 de 670 à 1 005 kJ, soit de 160 à 240 kcal environ ;
  • 0,9 de 1 005 à 1 340 kJ, soit de 240 à 320 kcal environ ;
  • 0,8 au-delà de 1 340 kJ, soit plus de 320 kcal environ.

En clair, plus un produit est aqueux, plus ses défauts et ses qualités pèsent lourd dans la note. Plus il est dense, plus ils pèsent léger. La bascule se fait autour de 240 kcal pour 100 g : la médiane de la base, 1 000 kJ, tombe à la frontière entre le coefficient 1,1 et le coefficient 0,9, et aucun des quatre ne vaut 1. La plupart des plats préparés, situés sous ce seuil, voient donc leurs points amplifiés.

Une seconde opération brouille la lecture. Avec ces coefficients, les produits accumulaient au total plus de points qu’avant. Pour conserver une répartition des lettres proche de celle du Nutri-Score 2023, les auteurs ont déplacé les seuils qui séparent A, B, C, D et E. Poids et frontières ont bougé en même temps. Quand un produit change de lettre, il est donc impossible de dire quelle part du changement revient à la prise en compte des calories, et quelle part au déplacement des seuils.

Un produit sur cinq change de lettre, les plats aqueux d’abord

Sur les 25 813 produits, 5 647 changent de lettre avec la version ajustée, soit 22 %. Ce chiffre mesure un écart entre deux méthodes de calcul : il ne vous dit pas quelle proportion d’aliments serait mal notée. Sur cent produits, 12 descendent vers une lettre moins favorable, 10 montent vers une lettre plus favorable et 78 ne bougent pas. Les déplacements se limitent presque tous à un seul cran : 95 % d’entre eux.

Les extrémités de l’échelle tiennent bien. Parmi les produits classés A en 2023, 91,5 % restent en A. Parmi les E, 13,9 % remontent en D. Le milieu bouge davantage : 22,8 % des produits classés C descendent en D.

Pour situer ces 22 %, un repère existe en France. La révision officielle de l’algorithme avait modifié le score de 30 à 40 % des produits, selon Santé publique France. Les deux chiffres ne portent ni sur la même base ni sur le même type de changement, et ne se comparent qu’en ordre de grandeur. À cette échelle, la correction norvégienne n’a rien d’un bouleversement.

Pour les plats préparés, l’effet recherché est au rendez-vous. Avec la version ajustée, ils se répartissent en 6 % de A, 10 % de B, 53 % de C, 26 % de D et 5 % de E, et 29 % d’entre eux changent de lettre. Sur cent barquettes, la case C perd 7 plats et la case D en gagne 6. Le rayon s’étale un peu.

Le mouvement est plus net chez les plats les plus aqueux, ceux qui restent sous 670 kJ, soit environ 160 kcal, pour 100 g : soupes, ragoûts, porridges, plats de pâtes, plats végétariens. Sur ces 729 produits, 35 % changent de lettre. Le C recule de 69 % à 53 %, le B de 19 % à 11 %, et le D passe de 4 % à 25 %. Sur cent plats de ce groupe, 4 étaient classés D ; avec la correction, 25 le sont.

La lecture mécanique est la suivante, même si l’étude ne la chiffre pas composante par composante : affectés du coefficient 1,5, les défauts que l’eau diluait pèsent de nouveau dans la note. Pour les plats plus denses, comme les pizzas, les sandwichs, les tourtes ou les wraps, le sens du déplacement ne peut pas être donné ici. Le texte des résultats et le tableau détaillé de l’étude se contredisent sur ce point, et rien ne permet de trancher entre les deux.

Gâteaux et viennoiseries mieux notés : le calcul qui compte deux fois

La correction ne s’arrête pas aux plats préparés. Elle redistribue les lettres dans tout le rayon des aliments généraux, et pas toujours dans le sens voulu. Ont gagné des A et des B, et perdu des D et des E : les pains, les céréales du petit-déjeuner, les céréales et grains nature, les biscuits, gâteaux et viennoiseries, les snacks sucrés et desserts, les garnitures sucrées. Ont fait le chemin inverse : les yaourts laitiers, la viande rouge, les viandes à tartiner, le poisson, les légumes et légumineuses, les pommes de terre, les sauces et les plats préparés.

Le cas des biscuits, gâteaux et viennoiseries est le plus parlant. Sur 579 produits, la part de E tombe de 32 % à 18 %, celle de C monte de 23 % à 34 %, et 30 % changent de lettre. Sur cent gâteaux, la case E en compte 14 de moins. Chez les 5 000 snacks sucrés et desserts, le E recule de 65 % à 55 %, et 18 % des produits changent de lettre.

Les auteurs avancent une explication, qu’ils présentent comme possible sans l’avoir testée séparément. Elle tient à l’origine de la densité énergétique. Celle d’un gâteau vient surtout de ses graisses et de ses sucres, un peu de ses protéines. Or ces nutriments figurent déjà dans le barème. En abaissant le coefficient des produits denses, la correction allège le poids des nutriments défavorables qui font justement leur densité. Le gras et le sucre interviennent ainsi deux fois : comme composantes pénalisées, puis comme source des calories qui leur valent un coefficient réduit. Les auteurs parlent d’un raisonnement circulaire.

Ils ont exploré une piste voisine, retirer complètement l’énergie du calcul. Les notes des snacks et des desserts devenaient alors encore plus favorables. Un calcul nutritionnel ne se répare pas avec un seul curseur.

Ces gâteaux mieux notés ne vous apprennent rien de nouveau sur les gâteaux. Leur composition n’a pas changé, seul le barème a bougé. Les auteurs y voient un défaut de leur correction, pas une réhabilitation de ces produits.

Pains croissants pâtisseries assorties sur une table en bois brun

Cabillaud salé, fromage allégé : la pénalité qui frappe les produits maigres

Le revers apparaît à l’autre bout de l’échelle. Un cabillaud maigre, à moins de 2 % de matières grasses, apporte peu de calories. Rapporté à 100 kcal, son sel devient donc élevé, même s’il paraît modeste pour 100 g. Classé parmi les produits les moins denses, il reçoit en plus le coefficient 1,5. C’est la lecture qu’autorise la méthode décrite par les auteurs, et le résultat la confirme : le cabillaud de l’étude, à 1,6 g de sel pour 100 g, passe de A à D.

Ce n’est pas un cas isolé. Parmi les 134 poissons frais à moins de 2 % de gras et à plus de 0,3 g de sel pour 100 g, 63 % changent de lettre. Le A tombe de 47 % à 22 %, le D monte de 22 % à 54 %. Sur cent de ces poissons, plus de la moitié finit en D, contre un peu plus d’un sur cinq avant. Au-delà de 0,3 g de sel, le glissement touche les poissons frais quel que soit leur taux de gras ; à 0,3 g ou moins, leurs notes restent quasiment inchangées. Le sel fait la différence.

Sur l’ensemble du poisson, 2 603 produits, la part de D passe de 20 % à 26 % et celle de E de 20 % à 27 % ; 30 % changent de lettre. Les légumes et légumineuses, 1 278 produits, perdent aussi du terrain : le A recule de 60 % à 55 %, le E grimpe de 3 % à 9 %.

Les produits allégés suivent la même pente. Selon les auteurs, une version allégée, le fromage en tête, est davantage pénalisée pour son sel que la version entière. Chez les fromages à moins de 18 % de gras, la part de E passe de 7 % à 13 %, celle de C recule de 55 % à 48 %. Les fromages les plus gras, au-delà de 29 %, ne sont pas épargnés pour autant : leur part de E monte de 15 % à 29 %. Le constat qu’en tirent les auteurs porte sur l’orientation : le score ne guide plus systématiquement vers les produits moins caloriques et moins riches en acides gras saturés.

La viande rouge maigre et salée bascule plus fort encore. Parmi 505 produits à moins de 10 % de gras et à 2 g de sel ou plus pour 100 g, la part de E passe de 32 % à 78 %, et 51 % changent de lettre. Sur cent de ces produits, 78 portent la pire lettre après correction, contre 32 avant. La correction punit les produits maigres et salés.

Plats préparés et autres catégories : lettres avant et après correction (produits vendus en Norvège, European Journal of Nutrition, 2026)
Catégorie (nombre de produits)Nutri-Score 2023Version ajustéePart qui change de lettre
Plats préparés (1 466)A 5 %, B 12 %, C 60 %, D 20 %, E 3 %A 6 %, B 10 %, C 53 %, D 26 %, E 5 %29 %
Plats préparés jusqu’à 670 kJ pour 100 g (729)B 19 %, C 69 %, D 4 %B 11 %, C 53 %, D 25 %35 %
Biscuits, gâteaux et viennoiseries (579)C 23 %, E 32 %C 34 %, E 18 %30 %
Poisson (2 603)D 20 %, E 20 %D 26 %, E 27 %30 %
Fromages à moins de 18 % de gras (125)A 7 %, B 0 %, C 55 %, D 31 %, E 7 %A 6 %, B 1 %, C 48 %, D 32 %, E 13 %26 %

Lecture : pour les plats préparés les plus aqueux, les biscuits et le poisson, seules les lettres commentées dans l’article sont reprises. Ces pourcentages décrivent des produits vendus en Norvège et ne se transposent pas aux rayons français.

Jusqu’où porte l’essai norvégien

Le travail est une évaluation de faisabilité, ce que les chercheurs appellent une preuve de concept : il vérifie qu’une idée de calcul tient sur des données réelles, sans prétendre la valider. L’analyse est descriptive. Elle ne comporte ni test statistique ni intervalle de confiance, cette marge d’incertitude qui encadre d’ordinaire un résultat. Aucun participant n’est impliqué : l’étude recalcule des lettres à partir d’étiquettes. Elle ne dit rien de ce que les consommateurs achètent, ni de leur santé.

Les auteurs détaillent eux-mêmes les limites. Un seul jeu de coefficients a été testé, sans analyse de sensibilité, c’est-à-dire sans vérifier comment les résultats varieraient avec d’autres réglages. La seule comparaison menée oppose la version ajustée au Nutri-Score 2023 : aucune confrontation avec des classements d’experts, des recommandations alimentaires ou des données de santé. Or davantage de variation entre plats ne signifie pas un classement plus juste. Pour le savoir, il faudrait une référence indépendante, que l’étude n’utilise pas. Enfin, l’objectif de laisser les autres aliments à leur place n’a pas été atteint.

Les données ont aussi leurs trous. Les fibres ne sont pas obligatoires dans la déclaration nutritionnelle européenne : 14 929 produits, plus de la moitié de l’échantillon, n’en indiquaient pas et ont reçu 0 point. Aucune des deux bases ne renseignait la part de fruits, légumes et légumineuses. Seuls 1 615 produits, des fruits, baies, légumes et légumineuses, ont été crédités de plus de 80 %. Certains plats préparés ont donc pu être notés plus sévèrement que leur composition ne le justifiait, dans les deux versions du calcul.

Le verdict des auteurs figure à la page 11 de l’article : leur score ajusté « n’est pas adapté, sous sa forme actuelle, comme profil nutritionnel transversal ». Traduit : il ne peut pas servir de barème unique pour l’ensemble des aliments généraux. Il pourrait mieux différencier certains produits peu denses, comme les plats préparés et les plats composés, mais au prix d’effets secondaires défavorables, et il ne fait pas mieux que le Nutri-Score 2023. Les pistes évoquées : affiner les pondérations, construire des profils propres aux plats, non testés ici, ou appliquer l’idée aux scores environnementaux.

Le contexte du travail compte aussi. En Norvège, le Nutri-Score n’apparaît que sur certains produits importés. Le projet NewTools, piloté par l’Institut norvégien de santé publique (FHI) et financé par le Conseil norvégien de la recherche, vise à mettre au point un score adapté au marché du pays. Le FHI a payé l’accès libre à l’article, et les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts.

Ce regroupement en C se retrouve-t-il ailleurs ? Une étude grecque publiée en 2022 donnait l’image inverse : environ sept plats prêts à consommer sur dix, et plus de huit plats surgelés ou semi-prêts sur dix, y étaient classés A ou B, sur quelques dizaines de produits par groupe. Les auteurs norvégiens écrivent eux-mêmes qu’on ignore si le phénomène est propre à leur marché ou commun aux marchés européens. La question reste ouverte. Les pourcentages norvégiens ne décrivent donc pas les rayons où vous faites vos courses.

Lire la lettre d’un plat préparé en rayon

Santé publique France présente le Nutri-Score comme un outil de comparaison. Il sert à départager des produits d’un même rayon, un même produit vendu sous plusieurs marques, ou des produits consommés au même moment du repas. En 2021, l’agence illustrait ce mode d’emploi avec des lasagnes à la bolognaise classées de A à D selon les marques. L’exemple est antérieur à la révision de l’algorithme : il montre l’usage du logo, pas un classement actuel.

Pour un plat préparé, cet usage reste le bon. Entre deux lasagnes ou deux soupes, la lettre compare des produits de même nature, à poids égal. C’est exactement ce qu’elle sait faire. Elle ne dit pas, en revanche, ce qu’apporte la barquette que vous allez manger. L’effet du logo sur les achats est une autre question, traitée dans l’article consacré au Nutri-Score, au goût et au rachat des produits.

Pour connaître l’apport d’une barquette entière, tout ce qu’il vous faut est imprimé sur l’emballage. Le tableau nutritionnel donne les valeurs pour 100 g, et le poids net figure à part. Le calcul consiste à multiplier la valeur pour 100 g par le poids net, puis à diviser par 100. Il vaut pour les calories, les graisses ou les sucres. Il compte surtout pour le sel, que la dilution rend discret.

Un exemple donne l’échelle. Le cabillaud de l’étude contient 1,6 g de sel pour 100 g. Chaque tranche de 100 g apporte donc environ un tiers du repère fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), moins de 5 g de sel par jour pour un adulte, soit moins de 2 000 mg de sodium. Un plat aussi salé, consommé en portion de plusieurs centaines de grammes, approcherait ce plafond à lui seul : pour 300 g, le calcul donne 1,6 × 300 ÷ 100, soit 4,8 g. La lettre n’en montre rien.

Ce repère de l’OMS est une valeur de population pour les adultes, pas une prescription individuelle. Il se lit à côté d’un autre chiffre de l’organisation : l’apport moyen mondial atteignait 11 g de sel par jour en 2021, plus du double. Une consigne médicale sur le sel, quand elle existe, relève du médecin qui l’a donnée et ne se déduit pas de ce repère général.

En France, le calcul en vigueur depuis mars 2025

Rien ne change en France à cause de l’étude norvégienne. Le calcul qui s’applique est l’algorithme révisé, adopté par un arrêté signé le 14 mars 2025 et publié au Journal officiel le 15 mars 2025. Cette révision durcit le traitement du sel et des sucres, favorise les céréales complètes, les poissons gras et certaines huiles, et classe la volaille mieux que la viande rouge. Elle ne modifie pas la composition des produits, seulement la façon de les noter.

La date à laquelle vous voyez le changement n’est pas celle de l’arrêté. Les fabricants disposent de deux ans à compter de mars 2025 pour mettre à jour leurs emballages, et Santé publique France décrit une mise en œuvre progressive. Pendant ce délai, une lettre en rayon peut encore avoir été calculée avec l’ancien barème. Le logo reste par ailleurs volontaire : en 2022, les marques engagées représentaient 58 % des volumes de vente en France, un peu plus de la moitié. Sur une partie des produits, vous n’en trouverez donc aucun.

L’étude norvégienne reste une piste de recherche, jugée non supérieure par ses auteurs. Au 7 octobre 2026, aucune reprise de cette proposition par Santé publique France ou par le comité scientifique du Nutri-Score n’a été relevée. C’est un constat de recherche documentaire, pas une prise de position de ces organismes. Aucun changement de logo n’en découle.

L’essentiel à retenir

  • Le Nutri-Score se calcule pour 100 g ou 100 mL, jamais pour la portion. L’eau d’un plat préparé dilue ses défauts comme ses qualités et le tire vers le milieu de l’échelle.
  • Dans la base norvégienne étudiée, six plats préparés sur dix sont classés C. Une lettre C est une position moyenne, pas un label « équilibré » ; l’étude ne dit pas si ce regroupement vient du calcul ou de recettes réellement proches.
  • La correction testée, qui mêle calcul pour 100 g et pour 100 kcal, sépare mieux les plats aqueux, mais améliore la note des gâteaux et viennoiseries et pénalise des produits maigres et salés. Ses auteurs la jugent non supérieure au Nutri-Score 2023.
  • La lettre sert à comparer des produits de même type. Pour connaître le sel d’une barquette entière, il faut multiplier la valeur pour 100 g par le poids net, puis diviser par 100.
  • En France, le calcul en vigueur reste l’algorithme révisé adopté en mars 2025 ; l’étude norvégienne ne change rien au logo.

Questions fréquentes

Pourquoi tant de plats préparés sont-ils classés C ?

Le Nutri-Score note les produits pour 100 g. Un plat préparé contient beaucoup d’eau, qui n’apporte ni calorie, ni sel, ni sucre : ramenées à 100 g, ses teneurs paraissent diluées, et ses points restent modérés dans un sens comme dans l’autre. Dans une base norvégienne de près de 26 000 produits, 60 % des plats préparés obtenaient un C. Les auteurs de l’étude n’ont pas vérifié si ce regroupement vient du calcul ou de compositions réellement proches.

Le Nutri-Score tient-il compte de la portion ?

Non. Toutes les teneurs sont lues pour 100 g, ou pour 100 mL s’il s’agit d’un liquide, comme le précise Santé publique France. Un même plat vendu en barquette individuelle ou en format familial reçoit donc la même lettre. Ce que vous mangez réellement se calcule à partir du tableau nutritionnel et du poids net.

Comment calculer le sel d’une barquette entière ?

Il suffit de multiplier la teneur en sel pour 100 g par le poids net, puis de diviser par 100. À 1,6 g de sel pour 100 g, 300 g apportent 4,8 g de sel. L’Organisation mondiale de la santé fixe pour les adultes un repère de population de moins de 5 g de sel par jour. Ce repère général ne remplace pas une consigne médicale individuelle.

Pourquoi ne pas calculer le Nutri-Score pour 100 kcal ?

Chaque unité a son biais. Le calcul pour 100 g avantage les produits aqueux, mais celui pour 100 kcal fait gonfler des teneurs négligeables dans les aliments très peu caloriques. La portion n’a pas de définition commune en Europe. Une équipe norvégienne a testé un mélange des deux premières unités : il a amélioré la note des gâteaux et pénalisé des produits maigres et salés.

Le Nutri-Score va-t-il changer après cette étude ?

Non. L’étude parue en ligne le 19 septembre 2026 dans l’European Journal of Nutrition est un essai de calcul, jugé non supérieur au Nutri-Score 2023 par ses propres auteurs. En France, le calcul en vigueur est l’algorithme révisé adopté par l’arrêté du 14 mars 2025, avec deux ans à compter de mars 2025 pour mettre à jour les emballages.

Une lettre C veut-elle dire qu’un plat est équilibré ?

Non. Le C est une position moyenne sur une échelle de A à E, pas un jugement sur l’équilibre d’un repas. Quand la plupart des plats d’un rayon partagent cette lettre, elle départage peu de choses entre eux. Elle reste utile pour comparer deux plats de même type, comme deux lasagnes ou deux soupes.