Une étude publiée le 17 août 2026 dans la revue JAMA Pediatrics mesure, dans neuf hôpitaux australiens, ce que la vaccination des femmes enceintes contre le virus respiratoire syncytial (VRS) change pour leur nourrisson : une réduction estimée à 77,8 % du risque d’hospitalisation avec atteinte respiratoire basse liée à ce virus, de la naissance à six mois, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 66,4 à 85,3 %. La protection apparaît plus forte au tout début de la vie — 86,3 % sur les deux premiers mois — puis décroît. Il s’agit d’une étude observationnelle : elle établit une association robuste entre vaccination de la mère et moindre hospitalisation de l’enfant, pas une démonstration de causalité par tirage au sort.
En France, cette vaccination existe sous le nom d’Abrysvo et se pratique entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée, une fenêtre plus tardive que celle du programme australien. Elle est prise en charge à 100 % au titre de l’assurance maternité, qui couvre intégralement les soins à partir du sixième mois de grossesse ; le vaccin lui-même est facturé environ 197 €. Elle n’est pas la seule option de prévention : le nouveau-né peut à la place recevoir un anticorps monoclonal, le nirsévimab (Beyfortus), et la stratégie française retient l’une ou l’autre, jamais les deux.
| Ce qui les distingue | Vaccination pendant la grossesse (Abrysvo) | Anticorps monoclonal au nouveau-né (Beyfortus, nirsévimab) |
|---|---|---|
| Qui reçoit le produit | La femme enceinte | Le nouveau-né |
| Quand | Entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée, pendant la campagne saisonnière | À la maternité ou en ville après la naissance |
| Mécanisme | La mère fabrique des anticorps, transmis à l’enfant par le placenta | Anticorps prêts à l’emploi injectés directement à l’enfant |
| Niveau de preuve disponible | Essai randomisé de 2023, puis études en population, dont celle du 17 août 2026 | Essais puis études en population, dont la comparaison EPI-PHARE de décembre 2025 |
| Cumul | Non : la stratégie française retient une seule protection par enfant, avec rattrapage prévu si la vaccination maternelle n’a pas eu le temps d’agir | |
Ce que l’étude du 17 août a mesuré, et sur qui
L’étude, baptisée STREETON, a été conduite dans neuf hôpitaux australiens entre le 1er mars 2025 et le 28 février 2026, soit douze mois de recueil continu. Elle a inclus 1 012 nourrissons hospitalisés pour une infection respiratoire aiguë ; parmi eux, 655 remplissaient les critères d’une atteinte respiratoire basse, c’est-à-dire une atteinte des bronches et des poumons et non du seul nez ou de la gorge. L’âge médian des enfants au moment de l’hospitalisation était de 52 jours, et l’âge médian des mères à l’accouchement de 32 ans.
L’exposition évaluée est précise : une vaccination maternelle par RSVpreF — le vaccin commercialisé sous le nom d’Abrysvo — administrée à 28 semaines de gestation ou plus, et au moins quatorze jours avant l’accouchement. L’Australie a intégré cette vaccination à son programme national en février 2025, à partir de 28 semaines de gestation, comme stratégie principale de protection des nourrissons de six mois et moins. L’étude mesure donc les résultats d’un programme public dans sa première année d’application, pas ceux d’un protocole de recherche.
Le schéma « test-négatif », en clair
Le premier réflexe est d’imaginer une comparaison entre des bébés de mères vaccinées et des bébés de mères non vaccinées, répartis au hasard. Ce n’est pas ce qui a été fait. Il s’agit d’une étude cas-témoins rétrospective à schéma test-négatif : tous les enfants comparés ont été hospitalisés pour une gêne respiratoire. Les « cas » sont ceux dont le test PCR — une technique de laboratoire qui recherche le matériel génétique du virus dans un prélèvement respiratoire — est revenu positif pour le VRS ; les « témoins » sont ceux dont le test est revenu négatif pour un tableau respiratoire par ailleurs comparable.
L’intérêt de ce montage est de neutraliser en partie une difficulté bien connue : les familles qui conduisent leur enfant à l’hôpital ne ressemblent pas à celles qui n’y vont pas, ni par leur accès aux soins ni par leur vigilance. En ne comparant que des enfants déjà hospitalisés, on retire une partie de cet écart. Concrètement, 114 des 386 nourrissons classés « cas » (29,5 %) étaient nés d’une mère vaccinée, contre 171 des 269 « témoins » (63,6 %). C’est cet écart de proportions, ajusté sur les autres caractéristiques mesurées, qui produit le chiffre d’efficacité.
Les résultats, chiffre par chiffre
Le critère de jugement principal — celui que l’étude était conçue pour mesurer — est l’hospitalisation avec atteinte respiratoire basse liée au VRS, de la naissance à six mois. L’efficacité estimée y est de 77,8 %, avec un intervalle de confiance à 95 % de 66,4 à 85,3 %. C’est ce chiffre qui résume le résultat de l’étude.
Les analyses par tranche d’âge montrent une décroissance nette. De la naissance à deux mois, l’efficacité estimée atteint 86,3 % (79,0 à 91,1). De la naissance à trois mois, elle est de 80,2 % (71,1 à 86,5). Entre deux et quatre mois, elle tombe à 68,2 %, avec un intervalle nettement plus large (42,2 à 82,5). Deux critères secondaires complètent le tableau : 80,4 % (54,4 à 91,6) contre les formes basses sévères, et 80,8 % (70,4 à 87,6) contre l’hospitalisation pour infection respiratoire aiguë liée au VRS.
Ce dernier chiffre mérite une lecture attentive, car il ne recouvre pas la même chose que le résultat principal. Les 80,8 % correspondent à un critère secondaire plus large que le critère principal : il englobe toutes les hospitalisations pour infection respiratoire aiguë liée au VRS, atteintes hautes comprises, et non les seules atteintes respiratoires basses. Le résultat principal de l’étude reste 77,8 % sur six mois. Écrire que la vaccination « réduit de 80 % les hospitalisations » sans préciser le critère retenu, la tranche d’âge et l’intervalle de confiance revient à additionner des mesures qui ne portent pas sur la même chose.
Pourquoi l’intervalle de confiance compte autant que le chiffre affiché
Un pourcentage d’efficacité est une estimation, jamais une valeur exacte. L’intervalle de confiance à 95 % indique la fourchette dans laquelle la vraie valeur a de fortes chances de se situer, compte tenu du nombre de cas observés. Plus il est étroit, plus l’estimation est solide.
La différence est frappante d’une tranche d’âge à l’autre. Les 86,3 % des deux premiers mois sont encadrés par un intervalle resserré, de 79,0 à 91,1 % : l’ordre de grandeur est bien établi. Les 68,2 % de la tranche 2-4 mois reposent sur beaucoup moins de cas, et leur intervalle s’étend de 42,2 à 82,5 % : l’effet réel peut y être nettement plus faible que le chiffre affiché, comme il peut être plus fort. Un pourcentage donné sans son intervalle crée une impression de précision que les données ne portent pas.
Pourquoi la protection est la plus forte dans les toutes premières semaines
La décroissance observée, de 86,3 % à deux mois à 68,2 % entre deux et quatre mois, n’est pas un accident statistique : elle découle du mécanisme même de cette prévention. Le vaccin administré à la femme enceinte ne fait pas fabriquer d’anticorps au nourrisson. Il en fait fabriquer à la mère, qui les transmet à son enfant par le placenta pendant les dernières semaines de grossesse.
Le nouveau-né vient donc au monde avec un stock d’anticorps constitué avant sa naissance, et ce stock n’est jamais renouvelé. Comme toute protéine, ces anticorps se dégradent progressivement dans l’organisme de l’enfant. La protection est maximale à la naissance, encore élevée à trois mois, et sensiblement moindre au-delà. Cette érosion est attendue et documentée ; elle explique pourquoi la mesure sur six mois (77,8 %) est inférieure à la mesure sur les deux premiers mois.
Le délai de quatorze jours n’est pas une formalité administrative
Deux étapes prennent du temps : la fabrication des anticorps par la mère après l’injection, puis leur passage à travers le placenta. C’est la raison pour laquelle l’étude australienne n’a retenu comme « vaccinées » que les mères ayant reçu l’injection au moins quatorze jours avant l’accouchement, et pour laquelle la France considère la protection comme acquise passé ce même délai.
Un accouchement survenant trop tôt après l’injection laisse le nouveau-né avec un stock insuffisant. C’est précisément la situation dans laquelle la stratégie française prévoit un rattrapage par anticorps monoclonal chez l’enfant : la vaccination a eu lieu, mais elle n’a pas eu le temps d’agir.
Comment lire un pourcentage d’efficacité vaccinale
« 77,8 % d’efficacité » ne signifie pas que 77,8 % des bébés sont protégés, ni que le vaccin « marche huit fois sur dix ». Il s’agit de la réduction de la probabilité d’être hospitalisé pour une atteinte respiratoire basse liée au VRS, par rapport à un nourrisson comparable dont la mère n’a pas été vaccinée. C’est une comparaison de risques entre deux groupes, pas un décompte d’enfants immunisés.
Reste à savoir sur quel risque de départ s’applique cette réduction. En France, la bronchiolite touche chaque année environ 30 % des nourrissons de moins de deux ans, soit de l’ordre de 480 000 cas selon l’agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais la très grande majorité de ces enfants guérit à domicile, sans hospitalisation.
Les pourcentages d’efficacité présentés ici ne portent pas sur cet ensemble : ils portent sur la fraction des nourrissons hospitalisés. Autrement dit, la réduction mesurée porte sur un événement peu fréquent — l’hospitalisation d’un nourrisson pour une forme sévère —, et non sur l’expérience courante du nez qui coule et de la toux hivernale. C’est une distinction essentielle pour situer ce que l’on peut en attendre : ces stratégies visent les formes graves, pas l’ensemble des infections.
Ce que cette étude ne permet pas de conclure
L’étude australienne est observationnelle. Elle mesure une association ajustée entre le statut vaccinal de la mère et l’hospitalisation de l’enfant ; elle ne répartit pas les participantes au hasard entre vaccination et absence de vaccination, comme le ferait un essai randomisé. La différence n’est pas cosmétique : sans tirage au sort, les mères vaccinées peuvent différer des autres par la qualité du suivi de grossesse, le milieu social, ou la présence d’autres enfants à la maison — un facteur d’exposition majeur au VRS.
Les auteurs eux-mêmes énumèrent ces limites : un facteur de confusion résiduel possible, lié à des expositions domestiques et à des caractéristiques cliniques non mesurées ; l’évolution de la circulation du VRS pendant la première année du programme ; un risque de classement erroné du statut vaccinal ; et l’hétérogénéité des pratiques de test et d’admission d’un hôpital à l’autre. Leur conclusion est formulée avec la même prudence : « La vaccination maternelle par RSVpreF était associée à une protection élevée contre les hospitalisations liées à un VRS confirmé par PCR, chez les nourrissons jusqu’à l’âge de 6 mois. »
Le verbe employé porte le statut de la preuve. « Associée » n’est pas « a réduit » : les auteurs ne concluent pas à un effet causal démontré, et cette nuance disparaît dans toute reformulation plus directe.
Un dernier élément appartient à la lecture d’un tel résultat : l’étude a été financée par Pfizer, fabricant du vaccin, au moyen d’une subvention collaborative versée au Kids Research Institute Australia. Cela ne l’invalide pas — le protocole, les effectifs et les limites sont publiés, et le financement est déclaré. Cela justifie en revanche de la lire à côté de données produites indépendamment du fabricant, comme celles que tirent des bases françaises de l’Assurance maladie l’ANSM — l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé — et la Caisse nationale de l’Assurance maladie.
À l’inverse, un point de solidité mérite d’être noté : l’efficacité estimée reste stable quel que soit l’âge gestationnel au moment de la vaccination, quel que soit le délai entre vaccination et accouchement, et que d’autres vaccins maternels aient été administrés le même jour ou séparément. Ces analyses de sensibilité renforcent la cohérence interne du résultat.
Ce qui était déjà établi : l’essai randomisé de 2023
La vaccination des femmes enceintes contre le VRS ne repose pas sur cette seule étude. Son autorisation s’appuie sur l’essai MATISSE, un essai randomisé — c’est-à-dire une étude où les participantes sont réparties par tirage au sort entre vaccin et placebo — publié en 2023 dans le New England Journal of Medicine. C’est l’essai pivot qui a fondé l’autorisation d’Abrysvo chez la femme enceinte.
Les ordres de grandeur rapportés pour cet essai, tels que repris par les documents de référence sur le vaccin, sont les suivants : environ 81,8 % d’efficacité contre les formes respiratoires basses sévères médicalement prises en charge à 90 jours de vie, et 69,4 % à 180 jours ; du côté des hospitalisations, environ 67,7 % de réduction à 90 jours et 56,8 % à 180 jours. Ces valeurs sont issues de sources documentaires secondaires et non d’une lecture directe de la publication ; elles doivent être prises comme des ordres de grandeur attribués à l’essai MATISSE, sans les intervalles de confiance correspondants.
L’apport de l’étude du 17 août se comprend à partir de là. Un essai randomisé mesure ce que fait un vaccin dans des conditions contrôlées, chez des participantes sélectionnées et suivies selon un protocole. L’étude australienne mesure ce qu’il fait à l’intérieur d’un programme national réel : des femmes non triées, vaccinées à des moments variables, parfois le même jour qu’un autre vaccin, dans neuf hôpitaux aux pratiques différentes. La concordance des ordres de grandeur entre les deux dispositifs constitue en soi l’information nouvelle. Elle ne remplace pas l’essai : elle indique que son résultat ne s’est pas évaporé au contact du terrain.

En France : entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée, et pourquoi
La Haute Autorité de santé recommande, dans son avis du 6 juin 2024, d’administrer Abrysvo entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée. Le programme australien évalué par l’étude commence, lui, à 28 semaines de gestation. L’écart paraît plus grand qu’il ne l’est, parce que les deux pays ne comptent pas dans la même unité.
Semaines d’aménorrhée et semaines de gestation : deux comptes différents
L’aménorrhée se compte à partir du premier jour des dernières règles ; la gestation se compte à partir de la conception. Il y a environ deux semaines d’écart entre les deux. Les 28 semaines de gestation australiennes correspondent donc à peu près à 30 semaines d’aménorrhée. La France ouvre la fenêtre deux semaines plus tard et la referme à 36 semaines d’aménorrhée.
Le motif de la restriction française
Cette fenêtre plus étroite est une décision de précaution, prise au vu de deux éléments. Le premier est un signal observé dans l’essai pivot et rapporté par les mêmes documents de référence sur le vaccin : les naissances prématurées y ont concerné environ 5 % des grossesses dans le groupe vacciné contre 4 % sous placebo, et les petits poids de naissance 6 % contre 5 %. L’écart est faible et n’a pas été confirmé, mais il n’a pas non plus été exclu. Le second est l’absence de données d’efficacité chez l’enfant prématuré.
Vacciner plus tard réduit mécaniquement la période pendant laquelle une naissance survenant après l’injection serait à la fois prématurée et susceptible d’être rattachée au vaccin. Il s’agit d’une mesure de prudence réglementaire, pas du constat d’un danger établi. Elle a une conséquence pratique directe : le calendrier australien ne se transpose pas à une grossesse suivie en France, et la date de l’injection se détermine avec le professionnel qui assure ce suivi.
Le calendrier de la campagne et la règle des quatorze jours
La prévention du VRS est saisonnière, et son calendrier n’est pas une commodité administrative : il découle de la durée de la protection transmise, de l’ordre de six mois. Vacciner trop tôt dans l’année laisse le nourrisson découvert en fin de saison épidémique ; vacciner trop tard le laisse sans protection au moment du pic. Pour la campagne 2025-2026, le démarrage a eu lieu le 1er août 2025 en Guyane, le 1er septembre 2025 en métropole ainsi qu’aux Antilles et dans l’océan Indien, et le 1er octobre 2025 à Mayotte. Le calendrier de la campagne suivante est fixé chaque année par les autorités sanitaires, territoire par territoire ; à la mi-août 2026, les dates de la campagne 2026-2027 n’avaient pas encore été publiées. Il faut donc se référer à l’annonce officielle de l’année en cours plutôt qu’aux dates de la saison précédente. Dans son dossier thématique consacré au VRS, mis à jour le 13 janvier 2026, l’ANSM formule la règle autrement, et de façon plus directement utilisable : la vaccination se pratique entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire au cours du huitième mois de grossesse, lorsque celui-ci tombe entre septembre et janvier.
Deux règles encadrent ensuite le dispositif. La première est celle du délai : la protection est considérée comme acquise quatorze jours après l’injection, et un rattrapage du nouveau-né par Beyfortus est recommandé si l’accouchement survient dans ce délai ou avant terme. La seconde est la règle de non-cumul : la stratégie française retient soit la vaccination maternelle, soit l’anticorps monoclonal chez le nouveau-né, jamais les deux. Vouloir « faire les deux pour être sûr » se heurte à une règle explicite, le rattrapage n’étant prévu que dans les cas où la première protection n’a pas pu s’installer.
Côté circuits, Abrysvo et Beyfortus sont disponibles en pharmacie d’officine ; les trois produits concernés — Abrysvo, Beyfortus et Synagis — sont disponibles en établissement de santé.
Vaccin pendant la grossesse ou anticorps au nouveau-né : ce que dit la comparaison française
L’étude australienne répond à une question : la vaccination maternelle fait-elle mieux que l’absence de vaccination ? Une étude française répond à une autre : entre les deux protections disponibles, laquelle fait mieux ? Les deux résultats peuvent être exacts en même temps. Un vaccin très efficace contre l’absence de prévention peut rester moins efficace qu’une autre option, elle aussi disponible.
Cette comparaison directe a été conduite par EPI-PHARE, groupement scientifique réunissant l’ANSM et la Caisse nationale de l’Assurance maladie. Elle a exploité le Système national des données de santé, la base des remboursements, et a porté sur 42 560 nourrissons nés entre septembre et décembre 2024, appariés un pour un sur la date de sortie de maternité, le sexe, l’âge gestationnel et la région, avec un suivi médian de 84 jours. Ses résultats ont fait l’objet d’un rapport EPI-PHARE du 22 décembre 2025, également publié dans JAMA.
Ce que mesurent les rapports de risque
Dans cette cohorte, 481 hospitalisations pour VRS sont survenues : 212 dans le groupe nirsévimab, 269 dans le groupe vaccination maternelle. Le rapport de risque ajusté est de 0,74 (intervalle de confiance à 95 % : 0,61 à 0,88) en faveur du nirsévimab — autrement dit, le risque d’hospitalisation y est estimé inférieur d’environ un quart. L’écart est plus marqué sur les formes graves : 0,58 (0,42 à 0,80) pour l’admission en soins critiques, 0,57 (0,40 à 0,81) pour la ventilation, 0,56 (0,38 à 0,81) pour l’oxygénothérapie. EPI-PHARE exprime ces écarts en réductions supplémentaires : 26 % pour les hospitalisations, 42 % pour les soins critiques, 44 % pour l’oxygénothérapie, 43 % pour les intubations.
Rapportés aux effectifs, ces pourcentages changent d’allure. Sur environ 21 280 nourrissons par groupe et un peu moins de trois mois de suivi, l’écart tient à 57 hospitalisations supplémentaires dans le groupe vacciné : de l’ordre de 1,3 % contre 1,0 %, si l’on rapporte soi-même les hospitalisations publiées aux effectifs des groupes — un calcul à partir des chiffres du rapport, et non un taux publié comme tel par EPI-PHARE. L’écart est réel et statistiquement établi, mais il ne fait pas passer d’un risque banal à un risque élevé.
Pourquoi « 26 % » n’est pas « 26 points d’efficacité en moins »
Le 26 % d’EPI-PHARE est une réduction relative de risque entre deux stratégies déjà efficaces. Les deux affichent une efficacité comprise entre 65 % et 85 % contre les hospitalisations pour bronchiolite. Lire ce chiffre comme un écart d’efficacité absolue conduirait à croire que la vaccination maternelle ne protège qu’à moitié, ce que les données ne disent pas.
Deux précautions de lecture s’imposent par ailleurs. L’étude EPI-PHARE est une étude de pharmaco-épidémiologie sur données de remboursement, et non un essai randomisé : ses deux groupes n’ont pas été constitués par tirage au sort, malgré l’appariement sur plusieurs caractéristiques. Et l’arbitrage officiel qui en découle ne disqualifie pas la vaccination maternelle. EPI-PHARE, c’est-à-dire l’ANSM et l’Assurance maladie conjointement, l’énonce ainsi : « Les deux approches restent toutefois efficaces. »
Aucune des deux stratégies n’est ici recommandée plutôt que l’autre. Le choix relève d’une décision partagée avec le professionnel de santé qui suit la grossesse, en tenant compte du terme prévu, du calendrier de la campagne et de la situation propre à chaque grossesse.
Ce que paie l’Assurance maladie, ce qui reste à votre charge
Abrysvo a été inscrit au remboursement par un arrêté du 13 août 2024, pour une prise en charge effective à partir du 19 août 2024. Trois dates cohabitent donc souvent dans les documents : celle de l’avis de la Haute Autorité de santé (6 juin 2024), celle de l’arrêté, et celle à partir de laquelle la prise en charge s’applique réellement. C’est la dernière qui compte pour la patiente.
Le vaccin est facturé environ 197 € toutes taxes comprises, honoraire de dispensation inclus. Ce montant n’est pas ce que paie la femme enceinte. La prise en charge est de 100 % au titre de l’assurance maternité : la gratuité ne provient pas d’un taux propre à ce vaccin, mais du régime de l’assurance maternité, qui couvre intégralement les soins à partir du sixième mois de grossesse. Or c’est exactement la période, entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée, où cette vaccination est recommandée. La coïncidence n’est pas fortuite, mais elle mérite d’être comprise : hors de ce cadre, le produit reste un médicament à environ 197 €. Ce prix est celui relevé sur une source professionnelle et peut évoluer.
Ce mécanisme diffère de celui d’autres vaccinations recommandées, remboursées selon un taux de l’Assurance maladie complété par la complémentaire santé — c’est le cas par exemple de la vaccination contre le pneumocoque après 65 ans. Ici, l’assurance maternité absorbe la totalité de la base de remboursement, sans ticket modérateur — la part habituellement laissée à la charge de l’assuré — ni recours à la mutuelle sur ce poste. Comme pour tout médicament, cette prise en charge porte sur le tarif de référence du produit, et non sur un prix libre.
Où en est la couverture en France
Les données nationales complètes ne sont pas publiées, mais un bilan régional donne un ordre de grandeur. Selon l’agence régionale de santé d’Île-de-France, dans un bilan de campagne publié le 21 mai 2026, plus de 30 000 femmes enceintes ont été vaccinées en ville pendant la campagne 2025-2026 dans cette région, soit plus de 40 % des grossesses — contre 1 500 lors de la campagne précédente. Sur la même période, plus de 30 000 nouveau-nés y ont été immunisés par Beyfortus en maternité, soit 60 % des naissances, et plus de 8 000 en ville.
Ces valeurs sont régionales et datées : elles ne s’extrapolent pas à la France entière. Elles indiquent néanmoins un basculement d’échelle. Passer de 1 500 à plus de 30 000 femmes vaccinées en un an dans une seule région signifie que la vaccination maternelle est sortie du statut d’option marginale. Une femme qui n’en avait jamais entendu parler lors d’une grossesse précédente ne se trouve plus dans le même paysage de propositions.
Du côté de l’épidémie, la saison 2025-2026 a duré huit semaines en métropole, de la mi-novembre 2025 à la mi-janvier 2026, avec un pic à la mi-décembre. L’impact sur les nourrissons de moins de six mois est resté inférieur aux niveaux observés avant la pandémie de Covid-19. Une saison ne démontre pas à elle seule l’effet d’un programme de prévention : d’autres facteurs, dont la circulation virale elle-même, varient d’une année sur l’autre.
Ce qui doit faire consulter, quelle que soit la prévention reçue
Aucune de ces deux stratégies n’annule le risque : elles le réduisent, y compris fortement, mais un nourrisson protégé peut faire une bronchiolite, et une bronchiolite peut être sévère. Avec environ 480 000 cas par an chez les moins de deux ans en France, la maladie reste très fréquente, et la prévention porte sur la fraction la plus grave.
Chez un nourrisson, une gêne respiratoire, une respiration rapide ou sifflante, des difficultés à boire ou à finir ses biberons, une somnolence inhabituelle ou tout changement net de comportement justifient un avis médical sans attendre — que l’enfant ait reçu une protection ou non. Le fait qu’une mère ait été vaccinée pendant sa grossesse ne modifie pas cette conduite.
L’essentiel à retenir
- L’étude publiée le 17 août 2026 dans JAMA Pediatrics estime à 77,8 % (66,4-85,3) la réduction des hospitalisations avec atteinte respiratoire basse liée au VRS jusqu’à six mois, et à 86,3 % sur les deux premiers mois. Il s’agit d’une association observée, non d’une causalité démontrée, et l’étude est financée par le fabricant du vaccin.
- Ces pourcentages expriment une réduction de probabilité par rapport à un nourrisson comparable non protégé, sur l’événement « hospitalisation », pas sur l’ensemble des bronchiolites.
- En France, la vaccination se pratique entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée, fenêtre resserrée par précaution après un signal de prématurité non confirmé dans l’essai pivot.
- La comparaison française d’EPI-PHARE place le nirsévimab devant la vaccination maternelle sur les hospitalisations et les formes graves, tout en concluant que les deux approches restent efficaces. Les deux ne se cumulent pas.
- Le vaccin, facturé environ 197 €, est pris en charge à 100 % au titre de l’assurance maternité, qui couvre les soins à partir du sixième mois de grossesse.
Questions fréquentes sur le vaccin VRS pendant la grossesse
Quel est le chiffre exact d’efficacité, et sur quelle durée ?
L’étude publiée le 17 août 2026 dans JAMA Pediatrics estime à 77,8 % la réduction du risque d’hospitalisation avec atteinte respiratoire basse liée au VRS, de la naissance à six mois, avec un intervalle de confiance à 95 % de 66,4 à 85,3 %. La protection estimée est plus élevée au début : 86,3 % sur les deux premiers mois, 80,2 % sur les trois premiers, puis 68,2 % entre deux et quatre mois avec un intervalle beaucoup plus large. Ces chiffres expriment une réduction de probabilité par rapport à un nourrisson comparable dont la mère n’a pas été vaccinée, et non une proportion d’enfants protégés.
À quelle semaine de grossesse la vaccination contre le VRS se fait-elle en France ?
La Haute Autorité de santé recommande, dans son avis du 6 juin 2024, une administration entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée. Cette fenêtre est plus tardive que celle du programme australien, qui commence à 28 semaines de gestation, soit environ 30 semaines d’aménorrhée. Elle a été resserrée par précaution, au vu d’un possible surrisque de naissance prématurée observé dans l’essai pivot et de l’absence de données d’efficacité chez le prématuré. La date exacte de l’injection se fixe avec le professionnel qui suit la grossesse, en fonction du calendrier de la campagne saisonnière.
Faut-il choisir entre le vaccin pendant la grossesse et l’anticorps injecté au nouveau-né ?
Oui : la stratégie française exclut la double immunisation. Un enfant reçoit soit la protection transmise par la vaccination de sa mère, soit une injection d’anticorps monoclonal après la naissance, pas les deux. Un rattrapage par Beyfortus est prévu dans les seuls cas où la vaccination maternelle n’a pas eu le temps d’agir, notamment si l’accouchement survient moins de quatorze jours après l’injection ou avant terme. Le choix entre les deux stratégies relève d’une décision partagée avec le professionnel de santé qui suit la grossesse.
Combien coûte le vaccin Abrysvo et que reste-t-il à payer ?
Le vaccin est facturé environ 197 € toutes taxes comprises, honoraire de dispensation inclus. Ce montant n’est pas ce que paie la femme enceinte : Abrysvo est inscrit au remboursement par un arrêté du 13 août 2024, avec une prise en charge effective depuis le 19 août 2024, et il est couvert à 100 % au titre de l’assurance maternité. Cette couverture intégrale ne tient pas à un taux propre au vaccin mais au régime de l’assurance maternité, qui prend en charge la totalité des soins à partir du sixième mois de grossesse — précisément la période où la vaccination est recommandée.
Que se passe-t-il si l’accouchement a lieu moins de quatorze jours après l’injection ?
La protection transmise à l’enfant est considérée comme acquise quatorze jours après l’injection, le temps que la mère fabrique ses anticorps et qu’ils franchissent le placenta. Si l’accouchement survient dans ce délai, ou avant terme, le nouveau-né n’a pas reçu un stock suffisant. Un rattrapage par l’anticorps monoclonal Beyfortus est alors recommandé. C’est l’une des rares situations où l’enfant reçoit une protection après la naissance alors que sa mère a été vaccinée.
L’étude du 17 août prouve-t-elle que le vaccin protège les nourrissons ?
Elle établit une association forte, pas une preuve causale. Il s’agit d’une étude observationnelle sans tirage au sort : les auteurs eux-mêmes écrivent que la vaccination était « associée » à une protection élevée. Ils signalent un facteur de confusion résiduel possible, l’évolution de la circulation du virus et l’hétérogénéité des pratiques entre hôpitaux, et l’étude a été financée par Pfizer, fabricant du vaccin. Son apport est de retrouver, dans un programme national réel, des ordres de grandeur cohérents avec l’essai randomisé de 2023.