Mise en ligne le 15 juin 2026 par la revue américaine JAMA, puis parue dans le numéro daté du 18 août 2026 (pages 577 à 586), une analyse a suivi pendant vingt et un ans des adultes américains dont la glycémie était limite, sans être diabétique. Il ne s’agit pas d’un essai de vingt et un ans, mais d’un suivi observationnel greffé sur un essai randomisé lancé en 1996. Il ne mesure pas le passage au diabète, contrairement aux publications précédentes du même essai, mais l’accumulation de maladies chroniques au fil de la vie. Sur ce critère, les participants tirés au sort dans le programme encadré de perte de poids et d’activité physique présentent un risque relatif inférieur de 21 % à celui du groupe placebo. Ceux qui recevaient de la metformine ne se distinguent pas statistiquement du placebo.
Ce résultat est plus nuancé qu’un pourcentage isolé ne le laisse penser : dans les trois groupes, plus de huit participants sur dix ont fini par cumuler au moins deux maladies chroniques. Cet article détaille ce que l’analyse a réellement mesuré, sur qui et avec quel niveau de preuve, comment lire l’écart entre les groupes, ce que ces données disent de la metformine — et ce qu’elles n’en disent pas —, puis ce que ces chiffres américains valent pour une personne suivie en France, où la metformine n’est pas autorisée dans cette situation.
Ce que l’étude a réellement mesuré
Le point de départ est un essai contrôlé randomisé — une étude où l’intervention est tirée au sort, ce qui rend les groupes comparables au départ — lancé aux États-Unis à la fin des années 1990. Le Diabetes Prevention Program (DPP, « programme de prévention du diabète ») a inclus 3 234 adultes à haut risque de diabète de type 2, recrutés de juin 1996 à mai 1999 sur 27 sites. Chacun a été affecté au hasard à l’un de trois groupes : un programme intensif de modification du mode de vie, de la metformine à 850 mg deux fois par jour, ou un placebo.
L’analyse publiée en 2026 n’est pas cet essai : c’est un suivi greffé dessus, plus de vingt ans après. Elle porte sur 1 173 participants, soit environ un tiers des personnes tirées au sort au départ — celles dont les données de morbidité de Medicare, l’assurance publique américaine, étaient exploitables jusqu’en 2021. Vingt et un ans séparent la randomisation du terme de ce suivi.
Entre-temps, la structure de l’essai a changé. Pendant la phase de prolongation, le DPP Outcomes Study (DPPOS), le placebo a été arrêté, la metformine a été poursuivie, et des séances de mode de vie ont été proposées à tous les groupes jusqu’en 2014. Autrement dit, les trois bras ne sont pas restés étanches : ce sont les groupes d’origine que l’on compare, pas trois traitements maintenus à l’identique pendant vingt et un ans.
Surtout, le critère de jugement a changé. Les publications antérieures comptaient les diabètes déclarés. Celle-ci compte la multimorbidité, définie comme la présence d’au moins deux pathologies parmi quinze affections chroniques répertoriées dans le Chronic Condition Data Warehouse de Medicare, un registre administratif construit à partir des remboursements de soins. La question posée n’est donc plus « qui devient diabétique ? », mais « qui accumule des maladies chroniques, et à quel rythme ? ».
Multimorbidité : de quoi parle-t-on exactement
La multimorbidité, c’est le cumul de plusieurs maladies chroniques chez une même personne. Ce n’est pas un détail de vocabulaire : c’est ce cumul qui détermine le nombre de médicaments à prendre, le nombre de rendez-vous à tenir, les interactions entre traitements et, à terme, le risque de perte d’autonomie — bien plus que l’étiquette d’une seule maladie prise isolément.
Dans la cohorte analysée, 85 % des 1 173 participants avaient cumulé au moins deux pathologies chroniques au terme du suivi. Les plus fréquentes étaient l’hyperlipidémie, c’est-à-dire un excès de graisses dans le sang (76 %), l’hypertension artérielle (75 %) et le diabète (67 %), d’après la lecture du texte intégral publiée par l’American College of Cardiology le 16 juin 2026. Les affections comptabilisées incluaient aussi l’accident vasculaire cérébral, l’insuffisance rénale chronique, l’insuffisance cardiaque, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’arthrite, la dépression et la cardiopathie. La liste exacte des quinze affections retenues n’a pas pu être lue à la source, le texte intégral étant sous péage : cette énumération n’est donc pas exhaustive.
Les résultats, chiffre par chiffre
Sur le critère principal — au moins deux pathologies chroniques —, les proportions par groupe sont proches les unes des autres : 316 participants sur 385 dans le bras mode de vie, soit 82 % ; 327 sur 385 dans le bras metformine, soit 85 % ; 350 sur 403 dans le bras placebo, soit 87 %.
Après ajustement sur les covariables, c’est-à-dire après correction statistique des différences de profil entre les groupes, le rapport de risque du bras mode de vie face au placebo s’établit à 0,79, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 0,68 à 0,93. Celui du bras metformine est de 0,91, avec un intervalle de 0,78 à 1,07 : il ne se distingue pas statistiquement du placebo.
Deux résultats secondaires précisent le tableau. D’abord, l’écart entre mode de vie et placebo persiste lorsque le diabète lui-même est retiré de la définition de la multimorbidité : le résultat observé ne se réduit donc pas au fait d’avoir évité ou retardé un diabète. Ensuite, sur les associations de pathologies les plus coûteuses pour le système de soins, l’écart est plus marqué que sur le critère principal, avec un rapport de risque de 0,57 (intervalle de confiance à 95 % de 0,38 à 0,85).
Le contraste le plus lisible ne se joue pas au franchissement du seuil, mais dans le nombre de maladies accumulées. La médiane est de 5 pathologies pour l’ensemble de la cohorte (écart interquartile de 3 à 7), et de 4 dans le bras mode de vie contre 5 dans les deux autres. Au seuil de trois pathologies ou plus, la lecture du texte intégral par l’American College of Cardiology relève 72 % dans le bras mode de vie contre 81 % dans les bras metformine et placebo. Ces deux derniers chiffres ne figurent pas dans le résumé de la publication et ne constituent pas le critère principal de l’étude : ils proviennent d’une lecture professionnelle du texte complet.
| Groupe d’origine | Participants analysés | Au moins 2 pathologies (critère principal) | Au moins 3 pathologies | Rapport de risque face au placebo |
|---|---|---|---|---|
| Mode de vie | 385 | 316, soit 82 % | 72 % | 0,79 (IC 95 % : 0,68-0,93) |
| Metformine 850 mg deux fois par jour | 385 | 327, soit 85 % | 81 % | 0,91 (IC 95 % : 0,78-1,07) |
| Placebo | 403 | 350, soit 87 % | 81 % | référence |
Lecture du tableau : les colonnes « au moins 2 pathologies » et « rapport de risque » proviennent de la publication du JAMA du 15 juin 2026 ; la colonne « au moins 3 pathologies » provient de la lecture du texte intégral publiée par l’American College of Cardiology et ne correspond pas au critère principal. Le nombre médian de pathologies est de 4 dans le bras mode de vie contre 5 dans les deux autres.
Comment lire ces pourcentages
« Moins 21 % de risque » est la formulation la plus reprise, et la plus facile à mal comprendre. Elle correspond au rapport de risque de 0,79, qui est un risque relatif : il compare la vitesse à laquelle la multimorbidité apparaît dans un groupe par rapport à l’autre au fil du temps. Il ne signifie pas qu’un cinquième des cas a disparu.
Le risque absolu, lui, est bien moins spectaculaire : 82 % de multimorbidité dans le bras mode de vie contre 87 % dans le bras placebo, soit cinq points d’écart en vingt et un ans sur le fait d’avoir au moins deux maladies chroniques. À l’échelle de la cohorte entière, 85 % des participants sont devenus multimorbides. Le programme de mode de vie n’a donc pas empêché l’accumulation de maladies chroniques : il a modifié le rythme auquel elle se produit et le nombre de pathologies atteint au terme du suivi.
L’intervalle de confiance à 95 % mérite lui aussi une clé de lecture. C’est la fourchette de valeurs compatibles avec les données observées. Quand elle ne contient pas 1 — 0,68 à 0,93 pour le mode de vie —, l’écart est jugé statistiquement significatif : l’hypothèse « aucune différence » devient peu compatible avec ce qui a été mesuré. Quand elle contient 1 — 0,78 à 1,07 pour la metformine —, l’absence d’effet reste compatible avec les données.
Cette nuance est décisive. « Pas de différence statistiquement significative » ne veut pas dire « effet nul démontré ». La fourchette de la metformine s’étend de 0,78 à 1,07 : elle reste compatible avec un bénéfice modéré comme avec l’absence de tout effet sur ce critère. L’étude ne tranche pas entre ces deux possibilités, elle constate qu’elle ne peut pas les départager.
Dernier point de méthode, essentiel pour ne pas mélanger les chiffres : le critère principal est le seuil de deux pathologies, et c’est à lui que se rapportent les valeurs de 0,79 et de 0,91. Les 72 % contre 81 % relèvent d’un autre seuil, celui de trois pathologies. Un pourcentage tiré de cette étude n’a de sens que si l’on précise à quel critère il se rattache.
Ce que ces données disent, et ne disent pas, de la metformine
Sur le critère de la multimorbidité, le bras metformine se situe entre le mode de vie et le placebo, sans que l’écart avec ce dernier soit statistiquement établi. Ce constat porte sur une population précise — des adultes en prédiabète — et sur un critère précis — le cumul de maladies chroniques. Il ne concerne en rien l’utilité de la metformine dans le diabète de type 2 avéré, où elle reste un traitement de référence.
Ce que ces données ne disent pas non plus, c’est que la metformine n’aurait rien fait. Dans ce même essai, elle avait obtenu des résultats mesurables, mais sur une autre question. La publication initiale de 2002 rapportait, après environ trois ans de suivi, une réduction de l’incidence du diabète de 31 % avec la metformine, contre 58 % avec le programme de mode de vie, par rapport au placebo. Aux suivis à 10 et 15 ans du DPPOS, la metformine était associée à un retard de survenue du diabète de 18 % aux deux échéances.
L’enseignement le plus utile tient dans cet écart entre les deux questions. La metformine agit sur une voie métabolique liée à la glycémie ; elle a retardé l’apparition du diabète sans que le rythme d’accumulation des autres maladies chroniques s’en trouve modifié de façon détectable. Agir sur le sucre sanguin n’agit pas mécaniquement sur l’hypertension artérielle, la BPCO, l’arthrite ou la dépression, qui figurent parmi les affections comptabilisées.
Cette lecture n’autorise aucune conclusion sur un traitement en cours. Une metformine prescrite l’est pour une indication donnée, avec un objectif défini par le médecin qui la suit. Ni commencer, ni arrêter, ni modifier une posologie ne se décide à partir d’un rapport de risque lu dans un article.
Ce que le programme de mode de vie demandait vraiment
Derrière l’expression « programme intensif de mode de vie » se cachent deux objectifs chiffrés, et non de vagues bonnes résolutions : perdre 7 % du poids corporel et pratiquer 150 minutes d’activité physique par semaine.
Ces deux cibles gagnent à être traduites. Sept pour cent du poids corporel, cela représente de l’ordre de six kilos pour une personne de 85 kilos. Cent cinquante minutes hebdomadaires d’activité d’endurance d’intensité modérée reviennent à environ trente minutes cinq jours sur sept, réparties sur la semaine plutôt que concentrées sur une séance. Ce sont des ordres de grandeur exigeants, mais qui restent lisibles à l’échelle d’une vie quotidienne.
Le second élément, souvent perdu, est le cadre. Les participants n’ont pas reçu une brochure : ils ont bénéficié d’un accompagnement encadré, puis de séances de rappel semestrielles pendant des années, et des cours de mode de vie ont été proposés à l’ensemble des groupes jusqu’en 2014. Le résultat mesuré est celui d’un dispositif structuré et prolongé, financé par des instituts publics, pas celui d’un effort individuel isolé.
Cette distinction compte pour interpréter le résultat. Une personne qui tenterait seule les mêmes objectifs, sans suivi, ne se trouve pas dans les conditions de l’essai — ce qui ne dit rien de ce qu’elle obtiendrait, mais interdit de lui appliquer les mêmes chiffres.
Le premier auteur de l’article, Marcel Salive, du National Institute on Aging, résume ainsi le déplacement opéré par cette publication : « Prévenir le diabète est d’une importance capitale, mais prévenir l’accumulation de plusieurs maladies chroniques avec l’âge pourrait avoir des implications encore plus larges pour la qualité de vie, l’autonomie et les coûts de santé. »

Pourquoi l’écart ne porte pas seulement sur le diabète
Un résultat secondaire éclaire la portée de l’écart : celui-ci subsiste entre mode de vie et placebo quand on retire le diabète du décompte. L’avantage observé ne passe donc pas uniquement par le diabète évité ou retardé : il se répartit sur d’autres pathologies du registre.
Une explication cohérente existe. La perte de poids et l’activité physique régulière modifient simultanément plusieurs paramètres : la pression artérielle, le profil lipidique, la capacité respiratoire, la force musculaire et l’humeur. Or les affections les plus fréquentes de la cohorte — hyperlipidémie chez 76 % des participants, hypertension chez 75 % — relèvent précisément de ces paramètres. Un médicament ciblant une seule voie métabolique n’a pas cette portée transversale.
Cette explication est plausible et compatible avec les résultats, mais elle n’est pas démontrée par cette étude. L’analyse a compté des pathologies enregistrées dans une base de remboursements ; elle n’a pas mesuré les mécanismes intermédiaires, ni établi par quelle chaîne physiologique l’écart s’est constitué. Retenir l’hypothèse comme une explication séduisante est légitime ; la présenter comme un mécanisme prouvé ne l’est pas.
Ce que le même essai avait déjà montré depuis 2002
Le Diabetes Prevention Program a donné lieu à des publications de suivi échelonnées depuis 2002, et cet historique éclaire le résultat de 2026. Selon la page institutionnelle du National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK), l’institut américain qui finance l’essai depuis l’origine, la publication de 2002 rapportait après environ trois ans une réduction de l’incidence du diabète de 58 % dans le bras mode de vie et de 31 % dans le bras metformine, par rapport au placebo.
Ces chiffres se sont érodés avec le temps. Aux suivis à 10 puis 15 ans du DPPOS, le retard de survenue du diabète attribué au mode de vie était de 34 % puis de 27 %, tandis que celui de la metformine restait stable à 18 %. Surtout, une majorité de participants avait fini par développer un diabète dans les trois bras : à quinze ans, 55 % dans le bras mode de vie, 56 % dans le bras metformine et 62 % dans le bras placebo.
Cette trajectoire est la clé de lecture de l’ensemble. Sur la durée d’une vie, l’intervention n’a pas supprimé le diabète : elle en a décalé la survenue. C’est le même schéma que l’on retrouve en 2026 sur la multimorbidité, avec 82 % contre 87 %. L’échelle de temps sur laquelle le résultat est apprécié change radicalement l’impression qu’il produit.
Reste que l’essai a été prolongé, avec le renfort de deux autres instituts fédéraux à partir de 2016 — l’institut du cœur, du poumon et du sang (NHLBI) et l’institut national du cancer américain (NCI) —, et que le premier auteur de l’article de 2026 relève du National Institute on Aging, l’institut américain du vieillissement. Ce financement entièrement public, sur trente ans, est un élément à verser au dossier : la question posée n’est pas celle d’un promoteur industriel.
Ce que cette étude ne prouve pas
Le point le plus important tient au statut de preuve. La randomisation date bien de 1996-1999, mais le critère mesuré ici provient de données de facturation de Medicare recueillies plus de vingt ans plus tard, sur une fraction des participants. Les auteurs qualifient l’analyse d’observationnelle et ajustent les rapports de risque sur des covariables : ce dernier point signale précisément que l’on ne compare plus des groupes strictement équivalents. Ce n’est donc pas un essai randomisé de vingt et un ans, mais un suivi observationnel greffé sur un essai randomisé — un niveau de preuve intermédiaire, plus solide qu’une simple cohorte, moins concluant qu’un essai.
Vient ensuite le passage de 3 234 à 1 173 participants. Seules les personnes ayant vécu assez longtemps, restées dans le suivi et disposant de données Medicare exploitables sont analysées. Celles qui sont décédées tôt ou sorties de l’étude n’apparaissent pas. Cette sélection peut aussi bien atténuer qu’amplifier l’écart entre les bras : elle ne renverse pas le sens du résultat, mais elle impose de prendre son ampleur exacte avec prudence.
La population analysée mérite d’être regardée de près avant toute transposition. Il s’agit d’adultes américains d’environ 51 ans en médiane à l’inclusion, en surpoids et en prédiabète, dont l’âge médian atteignait 74 ans (écart interquartile de 70 à 80 ans) au moment de l’évaluation, majoritairement des femmes — 795 sur 1 173, soit 68 % —, tous affiliés à Medicare. Un résultat obtenu dans ce cadre ne se transpose pas tel quel à une personne de 35 ans, ni à une personne déjà diabétique, ni à quelqu’un dont le poids est normal.
Enfin, quatre questions restent hors de portée de cette publication. Elle ne compare pas des régimes alimentaires entre eux. Elle ne prend pour critère principal ni la mortalité, ni la qualité de vie. Elle ne dit pas à partir de quel âge il serait trop tard pour agir. Et elle ne montre pas qu’un programme démarré aujourd’hui, dans un autre système de soins, produirait le même résultat.
Qui est concerné en France, et ce que dit le droit du médicament
Le prédiabète, en France, s’appelle aussi hyperglycémie modérée à jeun. Selon les critères de glycémie à jeun de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ceux que retient Santé publique France pour mesurer sa fréquence, il désigne une glycémie à jeun comprise entre 1,10 et 1,25 g/L chez une personne sans diagnostic de diabète : au-dessus de la normale, en dessous du seuil du diabète. Ce n’est pas une maladie, et ce n’est pas non plus une trajectoire écrite d’avance — l’étude américaine montre justement que la suite dépend en partie de ce qui est entrepris.
L’ordre de grandeur de la population concernée est connu par l’enquête Esteban, menée entre 2014 et 2016, dont les résultats sont publiés par Santé publique France sur une page mise à jour le 10 novembre 2021. Le prédiabète y touchait 9,9 % des adultes de 18 à 74 ans (intervalle de confiance à 95 % de 8,3 à 11,5), avec un écart net entre les sexes : 13,2 % chez les hommes contre 7,0 % chez les femmes. Environ un adulte sur dix, donc, dans cette tranche d’âge, sur des données déjà anciennes. La même source relève 1,7 % de diabètes non diagnostiqués (intervalle de 1,1 à 2,4), soit 23 % de l’ensemble des diabètes, et 5,3 % d’adultes traités pharmacologiquement pour un diabète en 2020, soit plus de 3,5 millions de personnes.
Le second point est réglementaire, et il change la portée pratique de l’étude en France. Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de la metformine, document de référence validé par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et mis à jour le 21 mai 2025 pour la spécialité à 850 mg, limite l’indication autorisée au traitement du diabète de type 2, en particulier en cas de surcharge pondérale, lorsque le régime alimentaire et l’exercice physique ne suffisent pas. Ni le prédiabète, ni l’intolérance au glucose, ni la prévention du diabète n’y figurent.
Concrètement, une prescription de metformine pour un prédiabète sortirait, en France, du cadre de l’autorisation de mise sur le marché (AMM), alors que l’usage préventif est débattu et pratiqué aux États-Unis. La question tranchée par l’étude américaine ne se pose donc pas dans les mêmes termes des deux côtés de l’Atlantique. Plus largement, la population étudiée, la couverture par Medicare, le statut du médicament et l’offre de programmes encadrés diffèrent : ces données ne se transposent pas telles quelles au système français.
L’éditorial publié le même jour dans le JAMA rappelle enfin l’échelle mondiale du sujet : environ 40 millions d’Américains vivent avec un diabète et 115 millions avec un prédiabète, et plus de 500 millions de personnes vivaient avec un diabète dans le monde en 2024, avec une projection autour de 900 millions en 2050.
Ce qu’il est raisonnable d’en retenir
Ce que cette analyse ajoute est limité mais net : chez des adultes en prédiabète, un programme structuré de perte de poids et d’activité physique a été associé, vingt et un ans plus tard, à un rythme d’accumulation de maladies chroniques plus lent et à une maladie de moins en médiane. Ce n’est ni une protection, ni une garantie : plus de huit participants sur dix sont malgré tout devenus multimorbides dans ce groupe.
Les deux objectifs du programme — 7 % de poids en moins et 150 minutes d’activité physique par semaine — restent les repères les plus concrets de l’étude, à condition de se rappeler qu’ils ont été poursuivis dans un cadre accompagné sur des années. Ils décrivent ce qui a été testé, pas une prescription à s’appliquer soi-même : le point de départ, le rythme et la faisabilité relèvent d’un avis médical individuel, et pour une personne à glycémie limite, la conversation utile se tient avec son médecin traitant.
La manière de lire ce qu’une étude établit et ce qu’elle n’établit pas s’applique bien au-delà de ce sujet.
L’essentiel à retenir
- Publiée le 15 juin 2026 dans le JAMA, l’analyse porte sur 1 173 participants du Diabetes Prevention Program suivis vingt et un ans après le tirage au sort, à partir des données de l’assurance publique américaine Medicare.
- Critère principal : le cumul d’au moins deux maladies chroniques sur quinze répertoriées. Rapport de risque de 0,79 (intervalle de confiance à 95 % : 0,68-0,93) pour le bras mode de vie face au placebo ; 0,91 (0,78-1,07) pour la metformine, soit une absence de différence statistiquement établie.
- En valeur absolue, l’écart est de cinq points : 82 % de multimorbidité dans le bras mode de vie contre 87 % dans le bras placebo. L’accumulation de maladies chroniques est ralentie, pas empêchée.
- L’écart le plus tangible porte sur le nombre de maladies : 4 en médiane contre 5, et 72 % de participants à trois pathologies ou plus contre 81 %, selon la lecture du texte intégral par l’American College of Cardiology.
- La metformine avait réduit l’incidence du diabète dans ce même essai — de 31 % à trois ans, 18 % de retard à quinze ans — sans effet détectable ici sur les autres maladies chroniques. Ce constat ne concerne pas son usage dans le diabète de type 2 avéré.
- Il s’agit d’un suivi observationnel greffé sur un essai randomisé, avec ajustement statistique et analyse d’un tiers des participants d’origine : le niveau de preuve est intermédiaire.
Questions fréquentes sur le prédiabète, la metformine et le mode de vie
Qu’est-ce que le prédiabète, et à partir de quelle glycémie parle-t-on de prédiabète ?
Le prédiabète, aussi appelé hyperglycémie modérée à jeun, correspond, selon les critères de glycémie à jeun de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) retenus par Santé publique France, à une glycémie à jeun comprise entre 1,10 et 1,25 g/L chez une personne sans diagnostic de diabète. Ce n’est pas une maladie, mais une situation intermédiaire entre la normale et le seuil du diabète. Seul un médecin peut interpréter un résultat d’analyse dans le contexte d’une personne donnée.
Combien de personnes sont concernées par le prédiabète en France ?
D’après l’enquête Esteban menée entre 2014 et 2016, dont les résultats sont publiés par Santé publique France, le prédiabète concernait 9,9 % des adultes de 18 à 74 ans, avec un intervalle de confiance à 95 % de 8,3 à 11,5. La proportion était de 13,2 % chez les hommes et de 7,0 % chez les femmes. Ces données sont anciennes et portent sur cette seule tranche d’âge.
Que signifie exactement « moins 21 % de risque de multimorbidité » ?
Il s’agit d’un risque relatif, correspondant à un rapport de risque de 0,79 : il compare la vitesse d’apparition du cumul de maladies chroniques entre deux groupes, et non une part de cas évités. En valeur absolue, 82 % des participants du bras mode de vie ont cumulé au moins deux maladies chroniques, contre 87 % dans le bras placebo, soit cinq points d’écart en vingt et un ans.
L’étude montre-t-elle que la metformine est inutile ?
Non. Elle constate que, sur le critère du cumul de maladies chroniques chez des personnes en prédiabète, le bras metformine ne se distingue pas statistiquement du placebo : le rapport de risque est de 0,91, avec un intervalle de confiance de 0,78 à 1,07, qui reste compatible aussi bien avec un bénéfice modéré qu’avec l’absence d’effet. Dans ce même essai, la metformine avait par ailleurs réduit l’incidence du diabète. Ce résultat ne dit rien de son intérêt dans le diabète de type 2 avéré, où elle demeure un traitement de référence.
Peut-on demander de la metformine en France pour un prédiabète ?
L’indication autorisée de la metformine, telle qu’elle figure dans le résumé des caractéristiques du produit mis à jour le 21 mai 2025 pour la spécialité à 850 mg, se limite au traitement du diabète de type 2, en particulier en cas de surcharge pondérale, lorsque le régime alimentaire et l’exercice physique ne suffisent pas. Le prédiabète, l’intolérance au glucose et la prévention du diabète n’y figurent pas. Une prescription dans cette situation sortirait donc du cadre de l’autorisation de mise sur le marché.
Quels étaient les objectifs du programme de mode de vie testé ?
Le programme visait deux objectifs chiffrés : perdre 7 % du poids corporel et pratiquer 150 minutes d’activité physique par semaine, soit de l’ordre de trente minutes cinq jours sur sept. Ces objectifs étaient poursuivis dans un cadre accompagné, avec des séances de rappel semestrielles pendant des années. Ils décrivent une intervention encadrée dans un essai, et non un programme à entreprendre seul : le point de départ et le rythme se discutent avec un médecin.
Précautions et références
Cet article décrit l’état des connaissances issues d’une publication scientifique. Il ne remplace pas un avis médical et ne constitue pas une recommandation individuelle. Ne commencez, ne modifiez et n’interrompez jamais seul un traitement, en particulier une metformine, sur la foi d’un résultat d’étude : cette décision appartient au médecin qui vous suit. Une glycémie limite, une prise de poids inexpliquée, une soif ou des envies d’uriner inhabituellement fréquentes, une fatigue persistante ou des troubles de la vision justifient une consultation.
Sources principales : Salive ME, Tjaden AH, Ames JR et al. (DPP Research Group), « Lifestyle and Metformin Interventions and Risk of Multimorbidity in Adults With Prediabetes », JAMA, mise en ligne le 15 juin 2026, numéro daté du 18 août 2026, volume 336, numéro 7, pages 577 à 586 ; éditorial associé de Florez H, Foster C et Vizcaino G, JAMA, 15 juin 2026 ; Journal Scan de l’American College of Cardiology, 16 juin 2026 ; page institutionnelle du NIDDK consacrée au Diabetes Prevention Program ; résumé des caractéristiques du produit de la metformine 850 mg, base de données publique des médicaments, mise à jour du 21 mai 2025 ; Santé publique France, « Prévalence et incidence du diabète », données Esteban 2014-2016, page mise à jour le 10 novembre 2021.