Au comptoir de la pharmacie, la question tombe sans prévenir : « et le vaccin contre le pneumocoque, vous l’avez fait ? » Peut-être avez-vous aussi lu qu’une « nouvelle recommandation » venait de sortir. Le 30 juillet 2026, la Haute Autorité de santé (HAS) a publié un avis qui réoriente la stratégie française de vaccination contre les infections à pneumocoques ; la presse professionnelle l’a relayé début août. Rien là-dedans ne doit vous alarmer : le vaccin pneumocoque à 65 ans n’est pas une urgence, mais une conversation à préparer pour votre prochain rendez-vous. Ce guide dit ce qui change, qui est concerné, à quel coût — et surtout ce qu’il ne faut pas conclure si vous êtes déjà vacciné. Rien ici ne remplace l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
Le pneumocoque, cette bactérie que l’on connaît mal
Le pneumocoque (Streptococcus pneumoniae) est une bactérie très répandue, transmise par contact étroit (toux, éternuements), qui vit le plus souvent sans bruit dans le nez et la gorge. Quand elle passe à l’offensive, elle provoque otites, sinusites, pneumonies, septicémies ou méningites, et touche surtout les jeunes enfants, les personnes âgées ou immunodéprimées et les malades chroniques. Chez l’adulte, elle reste la première cause bactérienne de pneumonie, terrain détaillé dans nos repères pratiques sur la pneumologie.
Une frontière commande toute la logique vaccinale : on parle d’infection invasive à pneumocoque (IIP) lorsque la bactérie atteint un site normalement stérile — le sang (bactériémie), les méninges, une articulation. Ces formes imposent presque toujours une hospitalisation et sont la cible des vaccins. Les formes plus banales ne sont pas anodines, comme le montre le lien entre les infections des voies respiratoires et l’oreille.
Un mot revient sans cesse : sérotype. C’est, indique la HAS, une variante de la bactérie. Il en existe des dizaines, et aucun vaccin ne les couvre toutes : d’où les sigles VPC13, VPC15, VPC20, VPC21 ou VPP23, où le nombre indique les variantes visées. Les vaccins dits conjugués (les « VPC ») associent des fragments de bactérie à une protéine porteuse, mieux reconnue par le système immunitaire. Le pneumocoque est enfin le principal facteur de surinfection bactérienne d’une grippe chez l’adulte.
Bon à savoir : le poids du pneumocoque. Il est responsable de 15 à 30 % des pneumonies aiguës communautaires, contractées hors de l’hôpital, soit au moins 60 000 cas par an, un chiffre que la HAS juge sous-estimé, faute de diagnostic systématique. Il est aussi la première cause de méningite bactérienne chez l’adulte en France et représente 40 % des infections invasives de l’adulte (données EPIBAC 2024).
Pourquoi l’âge change tout
La HAS l’avait résumé dans son avis du 28 janvier 2025 : « L’âge : un facteur de risque à lui seul ». L’incidence des infections invasives passe de 18,7 pour 100 000 chez les 65-69 ans à 63,7 pour 100 000 au-delà de 89 ans. Sur 2014-2022, selon Santé publique France, 60 % de ces infections touchaient les 65 ans et plus, leur nombre progressant constamment depuis 2015.
La gravité suit la même pente : une étude française du réseau SIIPA (2024) situe la sévérité des infections invasives comme multipliée par trois dès 65 ans, et leur mortalité entre 10 et 30 %, d’autant plus élevée avec l’âge, les maladies chroniques et les fragilités du grand âge, dont les déficits nutritionnels comme la carence en vitamine D chez le senior.
Vient l’objection la plus fréquente : « je n’ai rien, je suis en bonne santé ». Les données la nuancent. La moitié des 65 ans et plus hospitalisés pour pneumonie aiguë communautaire, et plus d’un quart de ceux hospitalisés pour infection invasive, n’ont aucune comorbidité. N’avoir aucune maladie chronique ne met donc pas à l’abri après 65 ans. C’est ce constat qui a fait sortir, dès 2025, d’une logique réservée aux seules « personnes à risque ».
Aucun vaccin ne corrige ces fragilités du grand âge, qui forment un terrain favorable à l’infection sévère.
Selon une modélisation réalisée par la HAS avec l’Institut Pasteur, sans évolution de la stratégie vaccinale, ces infections seraient à l’origine, sur cinq ans, de plus de 17 000 hospitalisations et d’environ 2 800 décès, et de près de 3 000 personnes gardant des séquelles. Ce travail est « fondé sur les données historiques françaises de surveillance des infections invasives à pneumocoques », précise la note méthodologique de la HAS. C’est une projection, pas un décompte.
Ce que la HAS vient de recommander (30 juillet 2026)
L’avis tient en une phrase : « la HAS recommande désormais le recours préférentiel au VPC21 en dose unique ». Chez l’adulte, le vaccin conjugué 21-valent — Capvaxive (MSD France) — devient celui à privilégier, en une seule injection, pour tous les 65 ans et plus comme pour les 18-64 ans à risque. La HAS s’était autosaisie, dans un contexte d’évolution des sérotypes circulants et d’arrivée de vaccins à plus haute valence : tout le détail dans son communiqué du 30 juillet 2026.
Pourquoi ce basculement ? La répartition des sérotypes en cause a changé. En France en 2024, chez les 65 ans et plus, 84 % des infections invasives étaient dues à des sérotypes contenus dans le VPC21, contre 63 % pour le VPC20. C’est la couverture sérotypique.
Une couverture sérotypique de 84 % ne signifie pas que le vaccin protège 84 % des personnes vaccinées, ni qu’il évite 84 % des infections. Elle décrit la part des infections invasives observées en France causées par des variantes figurant dans le vaccin. C’est un indicateur épidémiologique, pas un taux d’efficacité mesuré chez des patients. Cette couverture figure parmi les données analysées par la HAS.
Côté pédiatrique : le VPC20 (Prevenar 20, Pfizer) est retenu chez les nourrissons et les enfants à risque, avec l’arrêt du VPC13, du VPC15 (Vaxneuvance) et, pour certaines populations pédiatriques, du VPP23 (Pneumovax). À la demande du ministère de la Santé, la HAS a aussi reconnu le surrisque des travailleurs exposés aux fumées de soudage — soudeurs, métallurgie —, désormais inclus dans la recommandation VPC21 des 18-64 ans à risque. L’évaluation du VPC21 chez les enfants à risque débute, conclusions attendues d’ici fin 2026. Schémas complets sur la page d’évaluation de la HAS.
| Critère | VPC20 (Prevenar 20) | VPC21 (Capvaxive) |
|---|---|---|
| Sérotypes couverts | 20 | 21 |
| Couverture sérotypique à 65 ans et + : part des infections invasives dues à des sérotypes du vaccin (France 2024) — pas un taux d’efficacité | 63 % | 84 % |
| Position HAS 2026 chez l’adulte | Reste possible | Préférentiel |
| Schéma | Dose unique | Dose unique |
| Prise en charge Assurance maladie | 65 % | 65 % |
Attention : les 63 % et les 84 % sont des couvertures sérotypiques établies sur les données françaises de 2024, et non des taux d’efficacité individuelle.
Qui est concerné ?
Qui est concerné ?
- 65 ans ou plus — vaccination recommandée pour tous, avec ou sans maladie chronique, au calendrier vaccinal depuis avril 2025 ; la nécessité d’un rappel n’est pas établie.
- 18 à 64 ans — vaccination recommandée en présence d’un facteur de risque reconnu. Depuis 2026 s’y ajoutent les soudeurs et travailleurs de la métallurgie exposés aux fumées de soudage.
- Personnes immunodéprimées — une recommandation spécifique est en préparation par la SPILF (Société de pathologie infectieuse de langue française). Le spécialiste qui vous suit reste la référence.
La liste officielle des facteurs de risque adultes réunit les situations d’immunodépression — asplénie ou hyposplénie, dont la drépanocytose majeure, déficit immunitaire héréditaire, VIH, tumeur solide ou hémopathie maligne, transplantation, greffe de cellules souches, immunosuppresseurs, biothérapie ou corticothérapie —, le syndrome néphrotique, puis, hors immunodépression : cardiopathie congénitale cyanogène, insuffisance cardiaque, insuffisance respiratoire chronique, BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), emphysème, asthme sévère traité, insuffisance rénale, hépatopathie chronique, diabète non équilibré, brèche ostéoméningée et implant cochléaire. Plusieurs relèvent d’un suivi cardiovasculaire, comme l’hypertension artérielle.
Cette liste sert à préparer votre question, pas à décider à votre place : c’est votre médecin traitant ou votre pharmacien qui confirmera si vous êtes concerné.
« Je suis déjà vacciné » : pourquoi il n’y a pas de rattrapage
La réponse de la HAS est nette : « Pour les adultes déjà vaccinés par le VPC20, aucun rattrapage n’est recommandé à ce stade. » Si vous avez reçu une dose de Prevenar 20, vous n’avez rien à refaire.
Votre vaccination n’était pas une erreur et n’est pas devenue inutile. Le VPC20 était la recommandation en vigueur : depuis juillet 2023 pour les adultes à risque, puis, depuis le 28 janvier 2025, pour tous les 65 ans et plus. Il couvre toujours près des deux tiers des infections invasives de cette tranche d’âge — une protection réelle, que le nouvel avis n’annule pas. La stratégie évolue parce que les vaccins évoluent et parce que les sérotypes circulants changent eux aussi.
La raison est technique, et la HAS l’énonce : « À ce jour, aucun schéma séquentiel associant VPC20 et VPC21 n’a été étudié. » Elle ajoute qu’elle « ne se prononce pas, à ce stade, sur la pertinence et la nécessité d’une vaccination itérative après la dose unique, conformément à son AMM », son autorisation de mise sur le marché. Ne pas recommander de rattrapage traduit donc une absence de données, pas un jugement sur celle que vous avez reçue. Rien n’est figé : la HAS précise que « cette stratégie pourra être actualisée en fonction de l’évolution des données épidémiologiques, des connaissances scientifiques et des indications autorisées des vaccins ».
Une seule chose vous revient : connaître votre statut vaccinal. Carnet de vaccination, carnet de santé ou dossier médical partagé en gardent la trace, et votre médecin ou votre pharmacien peuvent vous aider à la retrouver. Ne décidez pas seul de vous faire revacciner « pour être tranquille » : cette question se tranche en consultation.
Vaccin pneumocoque après 65 ans : où, quand et combien
Le schéma est simple : chez l’adulte, une dose unique, à 65 ans et plus comme entre 18 et 64 ans à risque. Il succède aux schémas séquentiels qui enchaînaient deux vaccins. Aucune saison n’est imposée : la question se pose à tout rendez-vous.
VPC20 comme VPC21 peuvent être administrés en même temps que les autres vaccins du calendrier. Le vaccin pneumococcique peut donc être fait séparément ou lors de la même séance qu’un vaccin grippal quadrivalent et qu’un vaccin à ARNm contre le Covid-19.
Le vaccin pneumocoque en pharmacie est une réalité : le pharmacien y assure le conseil, la prescription et l’administration. Au premier trimestre 2026, 2,1 millions d’actes vaccinaux y ont été réalisés, en hausse de 72 %, dont 11 % pour le pneumocoque, qui progresse de 162 % (GERS Data). Votre médecin traitant et, selon les situations, un infirmier vaccinent également.
Reste le prix. Capvaxive est affiché à 56,53 € TTC, avec une prise en charge de 65 % par l’Assurance maladie, comme Prevenar 20. Le remboursement du vaccin pneumocoque laisse un reste à charge, souvent couvert par une complémentaire santé selon les garanties « prévention » du contrat : nos repères pour choisir une mutuelle santé pour senior précisent quoi regarder.
Une nuance, enfin. Capvaxive n’arrive pas demain : il est déjà disponible, remboursé depuis l’arrêté du 25 novembre 2025 (Journal officiel du 2 décembre) et au calendrier vaccinal depuis décembre 2025. Ce que l’avis de juillet 2026 modifie, c’est son statut préférentiel, pas sa disponibilité. Comme le rappelle Christelle Pangrazzi dans Le Moniteur des pharmacies du 3 août 2026, « ces recommandations devront désormais être intégrées au calendrier vaccinal pour devenir applicables ». Autrement dit : posez la question, n’exigez pas un vaccin précis au guichet.

Effets indésirables et contre-indications
La HAS n’a pas tranché sur un seul critère. Elle a analysé l’épidémiologie française, la couverture sérotypique, l’immunogénicité — la capacité du vaccin à déclencher une réponse immunitaire —, la sécurité et la pharmacovigilance, une modélisation, une évaluation économique, les recommandations internationales et les parties prenantes. Dès 2025, elle intégrait la pharmacovigilance du VPC20, dont un suivi européen sur le syndrome de Guillain-Barré.
Nous ne chiffrerons ici aucun effet indésirable : leurs fréquences figurent dans la notice du vaccin, que votre pharmacien ou votre médecin peuvent vous commenter. Une allergie connue à l’un des composants, une infection aiguë en cours avec fièvre : deux situations qui peuvent conduire à décaler l’injection. Des questions à poser, jamais des décisions à prendre seul — comme les risques d’une otite non soignée chez les seniors.
Quand consulter ? Vacciné ou non, certains signes imposent un avis médical sans délai : fièvre élevée, essoufflement inhabituel, douleur thoracique, confusion soudaine chez une personne âgée, raideur de nuque avec maux de tête. Ce ne sont pas des critères de diagnostic — seul un professionnel peut en poser un — mais des signaux d’alerte qui justifient d’appeler votre médecin ou le 15.
La vaccination du senior au-delà du pneumocoque
Le calendrier vaccinal des 65 ans et plus prévoit quatre vaccinations — Covid-19, grippe, zona, pneumocoque — plus un rappel diphtérie-tétanos-poliomyélite (DTP), et les regrouper lors d’une même consultation fait partie des objectifs de simplification des autorités.
Le point faible n’est pas la disponibilité des vaccins, mais leur usage : en janvier 2025, la HAS relevait chez les adultes à risque une couverture vaccinale de 5 % à 16,9 %, qu’elle qualifiait de « très insuffisante ». Les repères de Vaccination Info Service sur les infections à pneumocoques complètent l’avis de votre médecin.
Le terrain compte aussi : des apports suffisants et un poids stable après 70 ans limitent la fragilité, comme le détaillent nos conseils sur l’alimentation à privilégier chez les personnes âgées.
L’activité physique va dans le même sens, en préservant muscles et capacité respiratoire, avec des sports adaptés aux personnes âgées.
Le tabac, enfin, aggrave les infections respiratoires basses, et il n’est jamais trop tard pour s’en éloigner : nos étapes clés pour arrêter de fumer décrivent un chemin réaliste.
Vaccination, alimentation, mouvement et sevrage se cumulent, comme le montrent nos conseils pour vivre plus longtemps.
L’essentiel à retenir
- Un avis daté. Le 30 juillet 2026, la HAS a actualisé sa stratégie contre les infections à pneumocoques.
- Ce qui change. Chez l’adulte, le VPC21 (Capvaxive) devient le vaccin préférentiel, en dose unique, dès 65 ans et pour les 18-64 ans à risque.
- Le chiffre à lire correctement. 84 % pour le VPC21 contre 63 % pour le VPC20 : ce sont des couvertures sérotypiques mesurées en France en 2024, pas des taux d’efficacité individuelle.
- Déjà vacciné par le VPC20 ? Ce n’est pas un problème. Aucun rattrapage n’est recommandé à ce stade, faute de données sur l’association des deux vaccins ; votre protection reste réelle.
- Côté pratique. Une seule injection, chez le médecin, en pharmacie ou par un infirmier, en même temps que la grippe et le Covid-19.
- Coût et décision. Prise en charge à 65 % par l’Assurance maladie, reste à charge souvent couvert par une complémentaire santé adaptée aux seniors, décision à prendre avec votre médecin ou votre pharmacien.
FAQ — vaccin contre le pneumocoque après 65 ans
Le vaccin contre le pneumocoque est-il obligatoire après 65 ans ?
Non : il est recommandé, pas obligatoire. Depuis avril 2025, le calendrier vaccinal le prévoit dès 65 ans, avec ou sans maladie chronique, et la HAS a fait du VPC21 le vaccin préférentiel le 30 juillet 2026. La décision vous appartient, après échange avec votre médecin ou votre pharmacien.
Je suis déjà vacciné avec le Prevenar 20 : dois-je refaire une injection ?
Non. La HAS indique que, pour les adultes déjà vaccinés par le VPC20, aucun rattrapage n’est recommandé à ce stade, aucun schéma associant les deux vaccins n’ayant été étudié. Votre vaccination reste valable et couvre près des deux tiers des infections invasives de votre âge. Signalez-la à votre médecin.
Peut-on faire le vaccin pneumocoque en même temps que celui de la grippe ?
Oui. VPC20 comme VPC21 peuvent être administrés en même temps que les autres vaccins du calendrier. La HAS précise qu’il peut être fait séparément ou lors de la même séance qu’un vaccin grippal quadrivalent et qu’un vaccin à ARNm contre le Covid-19. Le professionnel qui vous vaccine organise la séance.
Combien coûte le vaccin contre le pneumocoque et est-il remboursé ?
Le prix public du Capvaxive est de 56,53 € TTC. L’Assurance maladie le prend en charge à 65 %, comme Prevenar 20, depuis l’arrêté du 25 novembre 2025. Le reste à charge est souvent couvert par une complémentaire santé, selon votre contrat : vérifiez-le avant le rendez-vous.
Qui peut me vacciner : mon médecin, mon pharmacien, mon infirmier ?
Les trois, selon les situations. En officine, le pharmacien assure le conseil, la prescription et l’administration : au premier trimestre 2026, le pneumocoque représentait 11 % des actes vaccinaux en pharmacie. Votre médecin traitant reste l’interlocuteur de référence si vous avez des antécédents à discuter.
Cet article a une vocation d’information générale. Il ne constitue ni un avis médical individuel, ni une prescription. Pour votre situation, adressez-vous à votre médecin ou à votre pharmacien.