Un somnifère commencé pour trois semaines, reconduit à chaque renouvellement, toujours là huit ans plus tard : une ordonnance de personne âgée se sédimente plus qu’elle ne se réécrit. Il existe en France un rendez-vous dédié à sa relecture, en pharmacie, et il porte un nom administratif peu engageant : le bilan partagé de médication. Il est ouvert aux personnes de 65 ans et plus qui prennent au moins cinq médicaments remboursés depuis six mois. Ce n’est pas une consultation. Le pharmacien recueille, analyse, transmet une synthèse au médecin traitant ; le médecin décide.
La matière ne manque pas. Chez les adultes de 65 ans et plus vivant à domicile avec un trouble cognitif, la part de ceux exposés à un médicament potentiellement inapproprié agissant sur le système nerveux central est passée de 39,3 % à 29,3 % entre 2011 et 2022 aux États-Unis — un relevé mis en ligne le 4 août 2026 par le Journal of the American Geriatrics Society. Dix points de moins en onze ans. Et trois personnes sur dix encore concernées.
Trois seniors sur dix avec trouble cognitif encore exposés : le relevé américain 2011-2022
Le travail repose sur le Medical Expenditure Panel Survey, une enquête américaine qui interroge chaque année un nouvel échantillon de ménages sur leurs soins et leurs médicaments. Les auteurs — une équipe de l’University at Buffalo — y ont isolé 2 796 personnes de 65 ans et plus, vivant à domicile, chez qui une démence ou un trouble cognitif léger était identifié. Après pondération, cet échantillon représente environ 29,7 millions de personnes à l’échelle des États-Unis.
L’exposition mesurée est simple à définir et large à porter : au moins une délivrance dans l’année civile d’un médicament appartenant à quatre familles — anticholinergiques, antipsychotiques, benzodiazépines et hypnotiques apparentés du groupe des « Z-drugs », dont le zolpidem. Une seule boîte délivrée dans l’année suffit à classer la personne comme exposée. Le chiffre décrit donc un contact avec le médicament, pas une consommation quotidienne.
Sur les personnes exposées, le relevé rapporte une moins bonne qualité de vie mentale déclarée, davantage de passages aux urgences et davantage d’hospitalisations. La qualité de vie physique, elle, ne diffère pas. Ces écarts sont des associations statistiques constatées au même moment, entre deux groupes qui ne se ressemblent pas forcément par ailleurs.
Le calcul part d’une photographie, pas d’un suivi. Une analyse transversale décrit des personnes à un instant donné : elle ne suit pas les mêmes individus dans le temps et ne peut pas dire ce qui est arrivé avant quoi. Dans l’autre sens, elle ne dit rien non plus — impossible d’en déduire qu’arrêter ces médicaments réduirait le nombre d’hospitalisations. Une personne dont le trouble cognitif est plus avancé reçoit aussi plus souvent ce type de traitement et va plus souvent aux urgences, pour des raisons qui tiennent à la maladie. L’association ne tranche pas entre ces explications.
Les auteurs eux-mêmes n’ont pas cherché à expliquer la baisse de dix points. Ils la constatent, et s’arrêtent là. Rien dans ce travail ne permet de l’attribuer à une amélioration des prescriptions plutôt qu’à une évolution du diagnostic, de l’offre de soins ou des pratiques de déclaration. C’est une description, pas un bilan de politique publique.
En France, 13 % des 65 ans et plus ont eu en 2022 une prescription de benzodiazépine potentiellement inappropriée
Le chiffre américain ne se transporte pas tel quel : il décrit des personnes vivant à domicile avec un trouble cognitif déjà identifié, soit une population beaucoup plus étroite que l’ensemble des seniors français. Les repères hexagonaux existent, sur un périmètre différent. L’Irdes, institut de recherche et documentation en économie de la santé, a publié le 15 janvier 2026 une analyse des prescriptions de benzodiazépines chez les 65 ans et plus, comparant 2012 et 2022.
En 2022, 23 % des personnes de 65 ans et plus ont eu au moins une prescription de benzodiazépine, contre 28 % dix ans plus tôt. La part de personnes de 65 ans et plus ayant eu une prescription jugée potentiellement inappropriée est passée de 17 % à 13 % sur la même période. Treize personnes sur cent : c’est un senior sur huit, tous profils confondus, avec ou sans trouble de mémoire. Les critères précis retenus par l’Irdes pour qualifier une prescription d’inappropriée ne figurent pas sur la page consultée ; le chiffre vaut donc comme un ordre de grandeur attribué à cette publication, pas comme une définition clinique.
La toile de fond est massive. Plus de 9 millions de personnes ont été traitées par une benzodiazépine en France en 2024, selon l’ANSM, l’Agence nationale de sécurité du médicament, qui situe le pays au deuxième rang européen derrière l’Espagne. La même agence relève qu’un consommateur sur trois estime ne courir aucun risque avec ce médicament.
La moyenne nationale masque des écarts considérables. Les trois chercheurs de l’Irdes, dans une tribune publiée le 17 février 2026, relèvent environ 23 % de prescriptions potentiellement inappropriées dans les territoires les plus prescripteurs contre environ 14 % dans les moins prescripteurs — neuf points d’écart entre deux territoires du même pays. Ils mesurent aussi l’effet de l’entrée en établissement : toutes choses égales par ailleurs, la probabilité de recevoir des prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines augmente de dix points après l’entrée en Ehpad. En France, ces prescriptions potentiellement inappropriées sont environ deux fois plus fréquentes qu’en Suède et six fois plus qu’au Danemark.
La même personne n’a pas la même ordonnance selon l’endroit. Ce n’est pas un détail statistique : c’est ce qui rend utile une relecture systématique du traitement, indépendamment du prescripteur.
Les quatre familles de médicaments que le bilan passe au crible
Anticholinergiques, antipsychotiques, benzodiazépines, hypnotiques apparentés : la liste ressemble à un inventaire de catalogues sans rapport entre eux. Le point commun est ailleurs que dans l’indication. Ces quatre familles agissent toutes sur le système nerveux central — sédation, ralentissement des réflexes, effet sur l’attention et sur la mémoire de travail — chez une personne dont ce système est déjà atteint. L’effet du médicament s’ajoute à celui de la maladie, et les deux deviennent difficiles à distinguer l’un de l’autre.
Le classement en « potentiellement inapproprié » vient des critères de Beers, une liste établie par l’American Geriatrics Society, la société savante américaine de gériatrie. Le communiqué de l’University at Buffalo, diffusé le 17 septembre 2026, la décrit comme réunissant environ une centaine de médicaments à éviter ou à surveiller après 65 ans. « Potentiellement » n’est pas une précaution de langage : la mention signifie que le rapport entre bénéfice attendu et risque encouru doit être réexaminé au cas par cas, à cet âge. Certaines de ces prescriptions restent pleinement justifiées, et figurer sur cette liste ne rend aucun médicament dangereux en soi.
| Famille | Ce à quoi elle sert le plus souvent | Pourquoi elle est réexaminée après 65 ans |
|---|---|---|
| Benzodiazépines | Anxiété, insomnie | Sensibilité accrue aux effets sédatifs avec l’âge ; durées de traitement encadrées en semaines |
| Hypnotiques apparentés (« Z-drugs », dont le zolpidem) | Insomnie | Mêmes effets sédatifs que les benzodiazépines malgré une famille chimique différente |
| Antipsychotiques | Troubles psychiatriques | Action centrale s’ajoutant à un trouble cognitif existant |
| Anticholinergiques | Allergie (antihistaminiques anciens), fuites urinaires (antispasmodiques), dépression (tricycliques) | Effet sur l’attention et la mémoire, rarement associé à ces indications par le patient |
L’anticholinergique, la famille que personne ne repère sur son ordonnance
Le mot n’évoque rien et désigne pourtant des médicaments très répandus. Le terme ne nomme pas une indication mais un effet commun à des produits prescrits pour des motifs sans rapport entre eux. La famille regroupe ainsi des antihistaminiques anciens contre l’allergie, des antispasmodiques urinaires prescrits pour des fuites, et des antidépresseurs tricycliques.
Aucun de ces produits ne se présente comme un médicament du cerveau. C’est précisément le problème : une personne qui relit son ordonnance en cherchant « ce qui touche à la tête » vérifie ses somnifères et passe à côté du reste. L’effet anticholinergique, lui, s’additionne d’une ligne à l’autre lorsque plusieurs de ces produits coexistent. C’est la famille qu’on ne voit pas. Elle fait partie des quatre comptées par le relevé américain, à égalité avec les somnifères.
Pourquoi une benzodiazépine ne se comporte pas de la même façon à 75 ans
La différence tient à la façon dont le corps gère la molécule et à la sensibilité du cerveau à son action. L’ANSM, dans son dossier sur le bon usage des benzodiazépines mis à jour le 3 septembre 2025, recommande d’éviter d’instaurer ce type de traitement après 65 ans. Lorsqu’il reste nécessaire, l’agence indique de préférer une molécule à demi-vie courte — c’est-à-dire éliminée rapidement, sans accumulation d’un jour sur l’autre — et de réduire la posologie de moitié par rapport à celle d’un adulte jeune, en raison d’une sensibilité accrue aux effets indésirables.
Cette même page fixe des durées qui surprennent la plupart des lecteurs concernés : quelques jours à trois semaines pour un hypnotique, douze semaines au maximum pour un anxiolytique. Un traitement de l’insomnie ou de l’anxiété se compte en semaines. Une ordonnance reconduite depuis des années est donc, par construction, hors du cadre d’usage prévu — ce qui justifie d’en reparler au prochain rendez-vous, et certainement pas de la modifier de sa propre initiative.
Un dernier point est rarement connu et pèse lourd sur la décision médicale : les benzodiazépines masquent les symptômes d’une dépression, qui continue d’évoluer sous traitement. Une personne qui dort mieux et se plaint moins peut rester déprimée sans que personne ne le voie. C’est une des raisons pour lesquelles la relecture d’une ordonnance ancienne appartient au médecin et pas au patient : ce qui se cache derrière le symptôme traité fait partie de l’examen.

Avant le rendez-vous : qui est éligible et quoi apporter
Le dispositif n’est pas une initiative locale : il figure dans la convention nationale qui organise les rapports entre les pharmaciens titulaires d’officine et l’assurance maladie. Son avenant n° 21, publié au Journal officiel du 30 septembre 2020, en fixe les conditions à l’article 28.3.2. Deux critères y ouvrent l’accompagnement : avoir 65 ans ou plus, et se voir prescrire au moins cinq molécules ou principes actifs remboursés, pour une durée de traitement consécutive d’au moins six mois.
Le décompte des cinq est le point où un lecteur éligible se croit exclu. On compte des principes actifs prescrits et remboursés, pas des boîtes ni des ordonnances. Une association fixe — deux substances dans un même comprimé — compte pour deux. À l’inverse, un produit acheté sans ordonnance au comptoir n’entre pas dans le décompte, même pris tous les jours depuis des années. Une personne avec trois ordonnances de trois prescripteurs différents dépasse souvent le seuil sans l’avoir jamais calculé.
La préparation tient en une chose : rassembler tout ce qui est pris réellement. Les ordonnances de tous les prescripteurs, y compris celles du spécialiste consulté une fois par an, mais aussi les produits achetés sans ordonnance, les compléments alimentaires et les restes de traitement encore utilisés. C’est l’écart entre l’ordonnance officielle et la consommation réelle que l’entretien cherche à documenter. Un proche peut accompagner la personne ; c’est souvent lui qui connaît le pilulier.
Le rendez-vous se demande, il ne se déclenche pas tout seul. L’initiative peut venir du pharmacien, du médecin traitant ou de la personne elle-même. L’entretien se tient dans un espace de confidentialité de l’officine, pas au comptoir, et il ne remplace aucune consultation médicale.
Le bilan, étape par étape
La définition que reprend la fiche de l’OMEDIT Pays de la Loire, attribuée à la Haute Autorité de santé, dit exactement ce que l’acte est censé produire : « Une analyse critique structurée des médicaments du patient dans l’objectif d’établir un consensus avec le patient concernant son traitement. » Le mot qui compte est « consensus ». L’acte ne vise ni à contrôler l’observance ni à corriger une ordonnance à la place du prescripteur : il vise à ce que la personne comprenne et accepte son propre traitement.
Le texte conventionnel décompose l’accompagnement en quatre temps distincts, qui ne se tiennent pas le même jour. Un entretien de recueil d’informations, d’abord. Une analyse des traitements ensuite, conduite hors de la présence du patient, puis transmise au médecin traitant. Un entretien conseil de restitution au patient, dans un troisième temps. Enfin des entretiens de suivi, centrés sur l’observance, c’est-à-dire sur la façon dont le traitement est réellement pris au quotidien.
Ce n’est pas un rendez-vous unique mais un cycle. La fiche de l’OMEDIT précise qu’un seul acte de bilan est facturable par période de douze mois glissants : l’accompagnement est donc conçu comme un rendez-vous annuel reconductible, pas comme une opération ponctuelle. Une ordonnance qui bouge peu d’une année sur l’autre peut ainsi être réexaminée à chaque anniversaire du bilan précédent.
De l’entretien de recueil à la synthèse envoyée au médecin
Le premier entretien ressemble peu à un passage en pharmacie. Le pharmacien reprend chaque ligne : depuis quand, à quelle heure, avec quel effet ressenti, avec quelle difficulté. Les oublis, les comprimés coupés en deux, les prises décalées et les produits achetés ailleurs y ont leur place — c’est l’objet de l’exercice, pas une faute à avouer.
L’analyse qui suit se fait sans le patient. Elle croise l’ensemble des lignes entre elles : redondances entre prescripteurs, interactions, doublons de famille pharmacologique, molécules dont l’usage prolongé sort du cadre recommandé. Elle aboutit à une synthèse écrite transmise au médecin traitant. Cette transmission est le cœur du dispositif : elle fait entrer dans le dossier médical une information que le médecin n’a pas depuis son cabinet, à savoir ce qui est vraiment pris.
Une précision utile pour ne pas se tromper de porte : l’ordonnance n’est qu’un des éléments d’un déclin de mémoire. D’autres causes existent, certaines réversibles, et elles relèvent d’une évaluation médicale à part entière — c’est le cas par exemple de l’association de troubles de la marche et de la mémoire chez la personne âgée. Relire un traitement accompagne cette évaluation, ne la remplace pas.
Après : la décision revient au médecin traitant
Le pharmacien ne déprescrit pas. Il n’a pas le pouvoir de retirer une ligne, d’en diminuer la dose ni de substituer une molécule à une autre en dehors du cadre de la substitution générique. Ce qu’il produit est un document argumenté ; ce qu’en fait le médecin traitant lui appartient. Attendre du bilan qu’il arrache un arrêt de traitement, c’est se préparer une déception et créer un conflit inutile entre deux soignants qui travaillent sur le même dossier.
Dans la pratique, trois suites sont possibles et toutes sont des résultats. Le médecin peut modifier une ligne, ou plusieurs. Il peut maintenir le traitement à l’identique en expliquant pourquoi : un bénéfice documenté, une tentative d’arrêt déjà menée, une situation clinique qui l’impose. Il peut aussi décider d’explorer autre chose — un bilan biologique, une évaluation cognitive, un avis de spécialiste — parce que la relecture a fait apparaître un symptôme qui n’avait jamais été relié à rien.
Un traitement maintenu après réexamen n’est pas un échec du bilan. C’est une décision prise en connaissance de cause, avec une trace écrite, ce qui n’était pas le cas auparavant. Le délai entre la transmission de la synthèse et la réponse du médecin dépend du rythme des consultations ; l’entretien de restitution au patient intervient après, une fois la position du prescripteur connue.
Aucune ligne de l’ordonnance ne se modifie entre-temps. Et certaines lignes n’ont rien à voir avec le système nerveux : une supplémentation en vitamine D ou un traitement d’un déficit en vitamine D après 65 ans figure fréquemment sur ces ordonnances et compte, lui aussi, dans les cinq molécules du seuil d’éligibilité.
Arrêter un somnifère ne s’improvise pas : le rebond et la décroissance
C’est le moment du parcours où une lecture mal comprise fait le plus de dégâts. Un arrêt brutal de benzodiazépine expose à un syndrome de sevrage, avec un retour amplifié de l’anxiété et de l’insomnie — souvent pires que ce qui avait motivé la prescription. Reprendre le comprimé soulage presque aussitôt, ce qui donne à la personne l’impression que le médicament lui était indispensable. En réalité, elle vient de traiter un sevrage, pas le trouble d’origine. Les deux situations se ressemblent et n’ont pas la même réponse.
La règle de bon usage publiée par l’ANSM est formulée en une phrase, et cette phrase borne tout ce qu’on peut écrire ici : « Une diminution progressive des doses lors de l’arrêt de la benzodiazépine permet de réduire le risque d’effets indésirables liés au sevrage. » Traduit : l’arrêt existe, il est possible, et il passe par des paliers décidés et suivis par le prescripteur. Le rythme de ces paliers dépend de la molécule, de la dose, de l’ancienneté du traitement et de la personne. Il n’existe pas de schéma universel, et aucun article ne peut en fournir un.
Le rôle du bilan partagé de médication s’arrête donc là où commence celui du médecin : il met la question sur la table, avec des éléments écrits, au lieu de la laisser au renouvellement automatique. La question se pose, le geste ne s’improvise pas.
Combien ça coûte et qui paie
Le bilan est rémunéré par un forfait versé au pharmacien par l’assurance maladie. L’avenant n° 21, publié au Journal officiel le 30 septembre 2020, en fixe les montants : 60 € par patient la première année, puis 30 € les années suivantes en cas de nouveau traitement et 20 € en cas de continuité — respectivement 63 €, 31,50 € et 21 € outre-mer. Ces sommes rémunèrent un professionnel pour un travail d’analyse ; elles ne sont pas un prix affiché à l’entrée de l’officine.
Ce que le bilan vous coûte au comptoir : rien. Le texte conventionnel organise une rémunération du pharmacien par l’assurance maladie et ne prévoit aucun honoraire à la charge de la personne accompagnée. C’est ce que dit l’avenant lui-même, la page de l’assurance maladie destinée aux patients n’ayant pas pu être consultée pour le confirmer de son côté ; aucune avance de frais ni aucun reste à charge n’apparaît dans le dispositif tel qu’il est écrit. Sans somme à la charge du patient, une complémentaire santé n’a rien à couvrir sur cet accompagnement — contrairement à d’autres postes où le choix d’une complémentaire santé après 65 ans change réellement la facture.
Une réserve sur les montants, pour être exact sur ce qui est vérifiable. Ceux cités ci-dessus sont ceux du texte publié au Journal officiel en 2020. Une revalorisation portant le forfait à 65 € par an est évoquée par la presse professionnelle ; aucun texte officiel n’a pu être consulté pour l’établir, et elle n’est donc pas reprise ici comme montant en vigueur. Cela ne change rien pour le patient : c’est le pharmacien qui perçoit ce forfait, comme pour d’autres missions exercées à l’officine et facturées à l’assurance maladie, à l’image du rôle du pharmacien au comptoir lors d’une substitution.
L’essentiel à retenir
Trois personnes sur dix parmi les seniors américains vivant à domicile avec un trouble cognitif ont eu au moins une délivrance d’un médicament potentiellement inapproprié pour le système nerveux central en 2022, contre quatre sur dix en 2011. En France, 13 % des 65 ans et plus ont eu une prescription de benzodiazépine jugée potentiellement inappropriée en 2022, selon l’Irdes.
Le bilan partagé de médication offre un cadre pour reprendre ces ordonnances : 65 ans et plus, cinq molécules remboursées, six mois de traitement, un rendez-vous annuel reconductible, sans honoraire prévu à la charge du patient par le texte conventionnel. Le pharmacien analyse et transmet, le médecin décide. Et aucun arrêt de benzodiazépine ne se fait sans décroissance progressive, sous contrôle médical.
Questions fréquentes sur le bilan partagé de médication
Qui peut demander un bilan partagé de médication ?
Les personnes de 65 ans et plus à qui sont prescrits au moins cinq molécules ou principes actifs remboursés, pour une durée de traitement consécutive d’au moins six mois, selon l’avenant n° 21 à la convention nationale des pharmaciens publié au Journal officiel le 30 septembre 2020. La demande peut venir du patient, du pharmacien ou du médecin traitant.
Le bilan de médication est-il payant pour le patient ?
Le texte conventionnel organise le versement d’un forfait au pharmacien par l’assurance maladie et ne prévoit pas d’honoraire à la charge de la personne accompagnée. L’avenant n° 21 fixe ce forfait à 60 € la première année, puis 30 € ou 20 € les années suivantes selon la situation. Ces montants sont ceux du texte publié en 2020.
Combien de fois peut-on en bénéficier ?
Un seul acte de bilan est facturable par période de douze mois glissants, d’après la fiche de l’OMEDIT Pays de la Loire. L’accompagnement fonctionne donc comme un rendez-vous annuel reconductible, et non comme une démarche unique.
Comment se compte le seuil de cinq médicaments ?
Le décompte porte sur des molécules ou principes actifs prescrits et remboursés, pas sur le nombre de boîtes ni d’ordonnances. Une association fixe réunissant deux substances dans un même comprimé compte pour deux. Un produit acheté sans ordonnance n’entre pas dans le décompte, même s’il est pris quotidiennement.
Le pharmacien peut-il arrêter un médicament ?
Non. Il recueille les informations, analyse les traitements hors présence du patient et transmet une synthèse au médecin traitant, qui décide seul des modifications de l’ordonnance. Le bilan ne constitue ni une consultation ni un avis opposable au prescripteur.
Peut-on arrêter seul un somnifère pris depuis des années ?
Non. Un arrêt brutal de benzodiazépine expose à un syndrome de sevrage, avec un retour amplifié de l’anxiété et de l’insomnie. L’ANSM indique qu’une diminution progressive des doses réduit ce risque d’effets indésirables. Les paliers relèvent du médecin prescripteur, qui tient compte de la molécule, de la dose et de l’ancienneté du traitement.