Près de 450 000 actifs de France métropolitaine occupaient en 2019 un emploi exposé aux produits phytopharmaceutiques, ces pesticides épandus sur les cultures et les espaces verts : l’estimation se situe entre 381 000 et 514 020, soit environ un actif sur 60. Le décompte vient d’être publié par Santé publique France, dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) n° 18 du 15 septembre 2026, et il est le premier à couvrir toute la population active. Neuf exposés sur dix travaillent dans l’agriculture. Exposé ne veut pas dire malade : le chiffre décrit une probabilité de contact avec ces produits, pas un nombre de personnes atteintes ni appelées à l’être.

Pour celles qui tombent malades, la règle a changé au 1er janvier 2026. Au régime agricole, une maladie de Parkinson peut désormais être reconnue comme maladie professionnelle jusqu’à 20 ans après la fin de l’exposition, contre 7 ans auparavant ; un lymphome ou un myélome, jusqu’à 30 ans, contre 10. Ces délais ne valent que pour les affiliés de la Mutualité sociale agricole (MSA), salariés et exploitants agricoles, paysagistes compris. Un salarié du régime général, un manutentionnaire du commerce de gros de fruits et légumes par exemple, peut lui aussi demander la reconnaissance de ces deux maladies, mais sa demande est examinée hors tableau, par un comité d’experts, et le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides couvre aussi les affiliés du régime général.

Trois tableaux, trois familles de maladies : les conditions exactes

Un tableau de maladie professionnelle est une grille à cases. Si la maladie figure dans la désignation, si la durée d’exposition minimale est atteinte, si le délai est respecté et si le travail effectué appartient à la liste, l’origine professionnelle est présumée. Ni la caisse ni le malade n’ont alors à démontrer le lien entre le travail et la maladie. Hors de ces cases, il faut prouver ce lien devant un comité d’experts : la procédure est plus longue, et son issue plus incertaine.

Le régime agricole, celui de la MSA, compte trois tableaux consacrés aux pesticides, selon leur version en vigueur publiée par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Le tableau n° 58, créé en 2012, vise la maladie de Parkinson. Le n° 59, créé en 2015, vise les hémopathies malignes, c’est-à-dire des cancers du sang : le lymphome malin non hodgkinien, leucémie lymphoïde chronique comprise, et le myélome multiple. Le n° 61, créé par un décret du 20 décembre 2021, vise le cancer de la prostate. Chacun exige au moins dix ans d’exposition.

La désignation de la maladie n’est pas laissée à l’appréciation de chacun. Le tableau n° 58 exige une « Maladie de Parkinson confirmée par un examen effectué par un médecin spécialiste qualifié en neurologie ». Autrement dit, un diagnostic posé par le seul médecin traitant ne suffit pas à remplir la première case : il faut la confirmation d’un neurologue.

Le mot « pesticides » y est pris au sens large. Les tableaux couvrent les produits à usage agricole et d’entretien des espaces verts, mais aussi les biocides et les antiparasitaires vétérinaires, que ces produits soient autorisés ou non au moment de la demande. Un produit retiré du marché depuis longtemps compte donc toujours.

Les maladies de ces tableaux figurent aussi dans l’expertise scientifique. L’expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publiée en juin 2021, retient une présomption forte de lien, chez les professionnels exposés, pour six pathologies : les lymphomes non hodgkiniens, le myélome multiple, le cancer de la prostate, la maladie de Parkinson, les troubles cognitifs, et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) avec la bronchite chronique. Cette présomption repose sur des études épidémiologiques de groupes : elle constate un excès de maladies chez les exposés, elle ne dit pas qu’une maladie donnée, chez une personne donnée, vient des pesticides. Le tableau tranche cette incertitude en faveur du travailleur, sous conditions. La présomption est juridique, pas biologique.

Délai de prise en charge et durée d’exposition, deux horloges différentes

Ces deux durées se confondent souvent. La durée d’exposition, dix ans au minimum, mesure le temps passé à travailler au contact des produits. Le délai de prise en charge mesure autre chose : le temps maximal écoulé entre la fin de l’exposition et la première constatation médicale de la maladie. C’est ce second chiffre qui vient de passer de 7 à 20 ans pour Parkinson, et de 10 à 30 ans pour les hémopathies.

Un calcul illustre la différence, sans décrire un cas réel. Un exploitant a traité ses cultures pendant vingt ans et a pris sa retraite en 2010. Une maladie de Parkinson est constatée chez lui en 2024, quatorze ans plus tard. Avec l’ancien délai de 7 ans, la dernière date possible tombait en 2017 : son dossier sortait du tableau. Avec 20 ans, elle tombe en 2030, et le dossier y entre.

Pour un lymphome, après une exposition terminée en 2000, un diagnostic constaté jusqu’en 2030 reste désormais dans le délai. Pour le cancer de la prostate, le délai est de 40 ans, au régime agricole comme au régime général : la même exposition le prolonge jusqu’en 2040. La durée d’exposition minimale, elle, ne bouge pas. L’allongement ne porte que sur l’attente.

Maladies liées aux pesticides : tableaux et délais applicables depuis le 1er janvier 2026
MaladieRégime agricole (MSA)Régime généralDurée d’exposition minimaleDélai de prise en charge
Maladie de ParkinsonTableau n° 58Pas de tableau pesticides à ce jour : comité régional10 ans20 ans au régime agricole (7 ans jusqu’au 31 décembre 2025)
Lymphome malin non hodgkinien (leucémie lymphoïde chronique comprise), myélome multipleTableau n° 59Pas de tableau pesticides à ce jour : comité régional10 ans30 ans au régime agricole (10 ans jusqu’au 31 décembre 2025)
Cancer de la prostateTableau n° 61Tableau n° 10210 ans40 ans dans les deux régimes

La lecture du tableau se fait ligne par ligne, en partant de la caisse à laquelle vous êtes affilié. Les délais allongés ne concernent que la colonne du régime agricole ; au régime général, seule la ligne du cancer de la prostate dispose d’un tableau.

Depuis le 1er janvier 2026, des diagnostics tardifs entrent dans la présomption

Le changement tient en deux décrets du 17 décembre 2025 : le n° 2025-1237 pour le tableau n° 58, le n° 2025-1238 pour le tableau n° 59. Publiés au Journal officiel du 19 décembre, ils sont entrés en vigueur le 1er janvier 2026. Signature, publication, application : trois dates, dont une seule compte pour un malade. C’est depuis le 1er janvier 2026 que les délais de 20 et 30 ans s’appliquent, aux salariés comme aux non-salariés agricoles. Pour les hémopathies, le délai de 10 ans a valu jusqu’au 31 décembre 2025.

Ces chiffres ne sortent pas d’un arbitrage abstrait. Saisie par le ministère de l’Agriculture en juin 2024, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a rendu public en septembre 2025 un avis préconisant un délai pouvant aller jusqu’à 20 ans pour Parkinson et de 30 ans pour les hémopathies, tel que la presse agricole l’a rapporté. L’argument porte sur la biologie de la maladie de Parkinson, qui s’installe longtemps avant d’être diagnostiquée. Selon cet avis, des signes moteurs peuvent précéder le diagnostic de 6 à 13 ans, des signes non moteurs de 6 à 16 ans, et la perte de l’odorat parfois de plus de 20 ans. Un délai de 7 ans excluait donc des malades dont la maladie avait commencé pendant les années d’exposition. Le déroulé de la maladie, des premiers signes de la maladie de Parkinson à son évolution, fait l’objet d’un article distinct.

Pour les lymphomes et le myélome, le raisonnement est voisin : le temps de latence entre l’exposition et le cancer est long, et il reste mal connu. La règle s’aligne sur la lenteur de la maladie.

Deux points restent hors de portée de cet article. Le décret relatif au tableau n° 59 ne se limite peut-être pas au délai : seuls le délai et la liste des maladies en vigueur, telle que la reproduit l’INRS, sont repris ici. Et les sources examinées ne disent pas ce qu’il advient des demandes rejetées avant 2026 pour dépassement de délai ; sur un dossier précis, seule la caisse d’affiliation peut répondre.

Exploitants, salariés agricoles, jardiniers : qui relève de quel régime

Rapporté à l’ensemble des actifs, le chiffre paraît modeste : 1,7 % des 20-74 ans, soit environ un actif sur 60. Cette moyenne dilue une exposition très concentrée. Dans l’agriculture, 61,9 % des actifs sont exposés, avec une fourchette de 55,0 à 68,5 % : plus de six sur dix. Et c’est là que se trouvent 90 % des exposés.

Le statut creuse un second écart. Chez les non-salariés, c’est-à-dire surtout les exploitants, le taux d’exposition atteint 9,0 % ; chez les salariés, 0,7 %. Sur cent non-salariés, neuf sont exposés ; sur mille salariés, sept. Le rapport dépasse donc douze pour un. Les agriculteurs représentent 98 % des non-salariés exposés. Les femmes forment un quart des exposés, soit 113 290 personnes.

Hors agriculture, l’exposition devient rare mais pas nulle. Le tertiaire compte 41 270 exposés, pour un taux de 0,2 %, soit deux actifs sur mille. Plus de la moitié d’entre eux (57 %) sont des ouvriers qualifiés des espaces verts, employés dans les services aux bâtiments et l’aménagement paysager ; 11 % sont des ouvriers non qualifiés de manutention ou de conditionnement, surtout dans le commerce de gros de fruits et légumes. L’industrie affiche elle aussi un taux de 0,2 %. Au total, 10 % des exposés travaillent hors agriculture ; ce n’est pas 10 % des actifs du tertiaire.

Cette géographie des métiers se double d’une géographie du droit. Exploitants et salariés agricoles relèvent de la MSA et des tableaux n° 58, 59 et 61, avec les nouveaux délais. Le classement statistique ne fixe pas le régime. Selon la MSA, qui s’appuie sur l’article L. 722-2 du code rural, la création et l’entretien de parcs et jardins sont des activités agricoles par nature : les paysagistes relèvent de la MSA, et donc des tableaux agricoles. Seule l’activité réellement exercée conditionne le rattachement. Les autres exposés hors agriculture, comme les manutentionnaires du commerce de gros, relèvent en général du régime général et de sa caisse primaire d’assurance maladie (CPAM). Si vous êtes affilié à la CPAM, les délais de 20 et 30 ans ne vous concernent pas, mais une demande reste possible hors tableau. L’activité exercée décide du tableau.

Divers hommes et femmes travaillant dans des serres inspectant les cultures de plantes vertes à la recherche de parasites et de dommages pour le contrôle de la qualité. Groupe d'ouvriers agricoles bio cultivant différents types de laitue et de micro-verts.

Comment Santé publique France a compté les travailleurs exposés

Personne n’a été recensé individuellement. Les auteurs du BEH ont construit une matrice emplois-expositions : pour chaque emploi, défini par le croisement d’une profession et d’un secteur d’activité, une probabilité d’exposition a été attribuée en cinq classes, pour quatre familles de produits (herbicides, insecticides, fongicides, autres). Deux hygiénistes industriels spécialistes de ces matrices, dont l’un formé en agronomie, ont fixé ces probabilités ; un troisième les a relues. L’exposition retenue couvre l’application des produits, le travail en zone traitée et le contact avec la végétation traitée.

Le passage de la matrice au chiffre final est décrit en une phrase dans l’article du BEH : « Le nombre de travailleurs exposés aux PPP a été calculé en multipliant la probabilité d’exposition, fournie par la MEE (centre de la classe de probabilité), par l’effectif de travailleurs dans l’emploi issu du recensement. » Traduit : si un emploi comptait 1 000 personnes et si la probabilité d’exposition retenue pour lui était de 50 %, il contribuerait pour 500 exposés au total, sans que l’on sache lesquels.

Le calcul se lit donc dans un seul sens. Il part des emplois pour arriver à un nombre ; il ne remonte pas vers des personnes. Les 449 260 exposés sont une somme de probabilités multipliées par des effectifs, entre 381 000 et 514 020. Ce n’est ni une liste nominative, ni une mesure de dose, ni l’« exposition habituelle » exigée par un tableau, qui s’apprécie dossier par dossier.

Le chiffre a aussi un âge. Il décrit l’année 2019, à partir du recensement de la population qui agrège les enquêtes annuelles de 2017 à 2021, et il a été publié en 2026. Il porte sur les actifs de 20 à 74 ans de France métropolitaine, comparés aux millésimes 2007 et 2013. Près de 450 000 exposés, donc, en 2019 : pas en 2026.

Le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides, porte d’entrée et complément

Le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a été créé par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020 et il est géré par la MSA. Il ne concurrence pas la reconnaissance en maladie professionnelle : il s’appuie sur elle et y ajoute une indemnisation complémentaire. Il couvre les salariés agricoles et ceux du régime général, les non-salariés agricoles, les assurés d’Alsace-Moselle, et les enfants atteints du fait d’une exposition prénatale liée au travail de l’un de leurs parents.

Il ouvre aussi des droits que la seule reconnaissance ne donnait pas. Les exploitants déjà indemnisés avant le 29 novembre 2020 peuvent obtenir un complément. Les exploitants qui ont cessé leur activité avant le 1er avril 2002, il y a plus de vingt-quatre ans, peuvent désormais être indemnisés.

La porte d’entrée reste la caisse d’affiliation : la MSA pour le régime agricole, la CPAM pour le régime général. Seule exception, l’exposition prénatale, dont la demande s’adresse directement au fonds, à la MSA Mayenne-Orne-Sarthe. Côté médical, le médecin traitant et le médecin du travail restent les interlocuteurs.

Les délais d’instruction annoncés par le fonds sont de huit mois au plus, ramenés à quatre mois quand les conditions d’un tableau sont remplies, et à six mois pour une exposition prénatale. Une demande complète déposée le 1er octobre attend donc sa réponse au plus tard début février si elle entre dans un tableau, début juin sinon. Une fois l’état de santé stabilisé, ce qu’on appelle la consolidation, l’indemnisation prend la forme d’un capital pour une incapacité de 1 à 9 %, et d’une rente à partir de 10 %. Le barème des indemnités versées pendant l’arrêt n’est pas repris ici : sa présentation publique ne permet pas de le restituer sans risque d’erreur. Le fonds complète, il ne remplace pas.

Au régime général, Parkinson et hémopathies passent toujours par un comité d’experts

Le régime général ne prévoit, à ce jour, de tableau pesticides que pour le cancer de la prostate. Ce tableau n° 102, créé par un décret du 19 avril 2022, reprend les conditions du tableau agricole n° 61 : dix ans d’exposition, quarante ans de délai. Pour la maladie de Parkinson et pour les hémopathies, aucun tableau pesticides n’apparaît dans les textes consultés : les tableaux publiés par l’INRS et l’analyse d’un cabinet d’avocats. La liste complète des tableaux du régime général n’a pas pu être contrôlée ligne à ligne ; la CPAM reste l’interlocuteur pour confirmer l’état du droit sur un dossier.

Pour un salarié affilié au régime général, la conséquence est concrète. Sa maladie de Parkinson ou son lymphome ne bénéficie pas de la présomption. Sa demande reste pourtant recevable : elle passe par le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, qui examine le lien entre le travail et la maladie au cas par cas. La démarche est plus longue et plus incertaine, puisque c’est le lien lui-même qu’il faut établir. Les conditions de cette voie sont détaillées dans l’article consacré à la manière de faire reconnaître une maladie professionnelle hors tableau. Le FIVP, lui, couvre aussi les affiliés du régime général. La porte existe, sans présomption.

Le champ du droit déborde par ailleurs celui de l’étude. La matrice de Santé publique France mesure l’exposition aux produits phytopharmaceutiques ; les tableaux agricoles visent aussi les biocides et les antiparasitaires vétérinaires. Un éleveur qui traite ses animaux peut donc relever d’un tableau sans figurer au premier plan de l’estimation du BEH. Le droit couvre plus large que le chiffre.

Cent mille exposés de moins qu’en 2007, pour deux raisons

En 2007, 549 240 actifs étaient exposés, soit 2,2 % ; en 2019, 449 260, soit 1,7 %. L’écart avoisine 100 000 personnes en douze ans. Les auteurs l’attribuent surtout à deux causes, aucune liée à des pratiques plus sûres.

La première est démographique. Le nombre d’exploitants agricoles exposés est passé de 359 860 à 277 460, soit 82 400 de moins : la plupart des exposés disparus sont des exploitations disparues. La seconde est réglementaire. La loi Labbé de 2014 interdit depuis 2017 les produits phytopharmaceutiques de synthèse pour l’entretien des espaces verts publics ; le nombre de jardiniers salariés exposés a presque été divisé par deux, de 39 200 à 19 910.

Le taux d’exposition des non-salariés a lui aussi reculé, de 13,5 % à 9 %. Neuf sur cent, cela reste élevé. L’étude ne mesure ni les doses ni les protections : elle ne permet pas de dire qu’un exploitant de 2019 manipulait moins de produits qu’un exploitant de 2007. Dans le tertiaire, les herbicides dominent en 2019 : 38 520 exposés, contre 19 800 aux insecticides, avec des fourchettes larges (de 16 700 à 58 990, et de 8 260 à 30 920). La baisse est d’abord démographique.

Substances, intensité, protections, outre-mer : les angles morts de l’estimation

Les auteurs listent eux-mêmes les limites de leur outil. L’estimation est une moyenne par emploi : deux entreprises du même secteur, aux pratiques différentes, reçoivent la même probabilité. Elle donne une probabilité d’exposition, pas une intensité. Elle ne distingue pas les substances actives. Elle ignore les équipements de protection, si bien qu’elle ne dit ni qu’ils protègent, ni qu’ils ne protègent pas. Les moins de 20 ans et les départements d’outre-mer n’y figurent pas.

Pour les connaître, il faudrait des mesures par substance et par poste, que la matrice n’a pas vocation à fournir. Ces angles morts ont une conséquence directe sur un dossier individuel. Si vous déposez un dossier, ce qui établit votre exposition, ce sont les pièces de votre parcours : attestations d’activité, factures de produits, registres de traitement, témoignages. Le chiffre national ne prouve rien pour un dossier.

L’étude reste bornée au travail. Ni elle ni les tableaux ne concernent les riverains de parcelles traitées ou les consommateurs ; le FIVP n’y ajoute que l’exposition prénatale d’origine professionnelle. Le BEH rappelle les effets documentés — maladie de Parkinson, hémopathies malignes, cancer de la prostate — et renvoie aux tableaux n° 58, 59 et 61 du régime agricole. La matrice et ses indicateurs sont consultables sur les portails Exp-pro et Odissé de Santé publique France.

L’essentiel à retenir

  • Un tableau crée une présomption : maladie désignée, dix ans d’exposition, délai respecté, travail listé, et le lien n’a plus à être prouvé.
  • Le délai de prise en charge court de la fin de l’exposition au diagnostic. Depuis le 1er janvier 2026, il atteint 20 ans pour Parkinson et 30 ans pour les hémopathies, au seul régime agricole.
  • Au régime général, seul le cancer de la prostate a, à ce jour, un tableau pesticides (n° 102). Les paysagistes, eux, relèvent de la MSA. Parkinson et hémopathies y restent reconnaissables, par le comité régional, hors présomption.
  • Le FIVP complète la reconnaissance ; la demande part de la caisse d’affiliation, MSA ou CPAM.
  • Près de 450 000 exposés en 2019 : une probabilité d’exposition, pas un nombre de malades.

Questions fréquentes

Le délai de 20 ans pour Parkinson vaut-il pour un agriculteur déjà retraité ?

Le délai se compte à partir de la fin de l’exposition, donc souvent du départ en retraite. Au régime agricole, une maladie de Parkinson constatée jusqu’à 20 ans après cette date entre dans le tableau n° 58 depuis le 1er janvier 2026, à condition d’avoir été exposé au moins dix ans. La MSA examine chaque situation.

Un jardinier salarié peut-il faire reconnaître une maladie de Parkinson ?

Oui. Tout dépend de son régime, fixé par l’activité réellement exercée. Un paysagiste qui crée ou entretient des parcs et jardins relève de la MSA, donc du tableau n° 58 et de son délai de 20 ans. Un jardinier affilié au régime général, qui ne prévoit à ce jour pas de tableau pesticides pour Parkinson, passe par la CPAM puis le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, qui examine le lien avec le travail.

Le cancer de la prostate est-il reconnu au régime général ?

Oui. Le tableau n° 102, créé par un décret du 19 avril 2022, vise le cancer de la prostate provoqué par les pesticides. Il exige dix ans d’exposition et prévoit un délai de prise en charge de 40 ans, comme le tableau agricole n° 61.

À qui adresser une demande de reconnaissance ?

À sa caisse d’affiliation : la MSA pour les salariés et exploitants agricoles, la CPAM pour le régime général. La demande auprès du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides se dépose aussi auprès de cette caisse, sauf exposition prénatale. Le médecin traitant et le médecin du travail sont les interlocuteurs médicaux.

Que veut dire « exposé » dans l’estimation de Santé publique France ?

Occuper un emploi où, en moyenne, une part des travailleurs manipule ou côtoie des produits phytopharmaceutiques au cours d’une année. Les 449 260 exposés de 2019 sont une somme de probabilités, pas une liste de personnes. Ce chiffre ne mesure ni une dose, ni un risque de maladie, ni l’exposition d’une personne précise.

Les enfants exposés avant la naissance sont-ils couverts ?

Oui, par le FIVP, lorsque l’exposition prénatale est liée au travail de l’un des parents. Dans ce cas, la demande s’adresse directement au fonds, à la MSA Mayenne-Orne-Sarthe, et non à la caisse d’affiliation. Le fonds annonce un délai d’instruction de six mois.