Une étude parue dans la revue Nature le 5 août 2026, sous le titre Virus reactivation in acute and long COVID-19, a suivi pendant douze mois 1 154 adultes hospitalisés pour COVID-19. Son constat central est que des virus déjà présents dans l’organisme de ces patients, jusque-là silencieux, se sont remis à se répliquer pendant la phase aiguë de la maladie. Chez une partie d’entre eux, ces réactivations se prolongent au-delà de trois mois après l’hospitalisation, et la persistance d’une famille virale en particulier, les Anelloviridae, est associée aux symptômes post-COVID, principalement à la fatigue et à la baisse de la fonction physique. Le travail est signé par Cole Maguire, de la Dell Medical School de l’University of Texas at Austin, et par Esther Melamed en dernière autrice ; il s’appuie sur le réseau de cohortes IMPACC, financé par les NIH, l’agence fédérale américaine de recherche biomédicale, avec une coordination des données assurée au Boston Children’s Hospital.
Ce que cette étude n’établit pas compte tout autant. Il s’agit d’une cohorte observationnelle : elle décrit ce qui se passe chez des patients suivis, sans intervenir sur leur prise en charge. Les auteurs indiquent eux-mêmes, dans le résumé de leur article, que leurs résultats ne démontrent pas de lien de cause à effet entre la réactivation virale et le devenir clinique. La population étudiée est par ailleurs très particulière : des adultes hospitalisés, non vaccinés, infectés entre mai 2020 et mars 2021, avant la vaccination de masse et avant les variants Omicron. Rien dans ces travaux ne porte sur une infection légère contractée en 2026, et rien n’y modifie, à ce jour, le diagnostic ni la prise en charge du COVID long en France.
Ce que l’étude a mesuré, et sur qui
La cohorte IMPACC réunit des adultes admis à l’hôpital pour un COVID-19 aigu, suivis de façon prospective : les prélèvements et les examens sont programmés à l’avance, à des dates fixées dès l’inclusion, et non reconstitués après coup à partir de dossiers médicaux. Ce sont 1 154 patients qui ont été analysés ici, sur une durée de suivi de douze mois après l’hospitalisation.
L’analyse est dite multi-omique. Le terme désigne le fait de superposer, sur les mêmes échantillons, plusieurs couches de mesures biologiques : le matériel génétique des virus présents, la composition et l’état d’activation des cellules immunitaires, les protéines de l’inflammation. C’est cette superposition qui permet de relier un réveil viral à un état immunitaire précis, plutôt que de constater simplement sa présence. Le volume produit donne l’échelle de l’effort : plus de 200 000 échantillons analysés et plus d’un milliard de points de données sur un an, selon le communiqué du Boston Children’s Hospital.
Trois types de prélèvements ont été exploités : des écouvillons nasaux, des cellules du sang et des aspirations endotrachéales, c’est-à-dire des sécrétions recueillies directement dans la trachée chez les patients intubés. Cette dernière catégorie indique à elle seule le degré de gravité d’une partie de la cohorte.
Le texte intégral de l’article de Nature n’est pas librement accessible. Les caractéristiques de recrutement sont connues par la lecture qu’en a publiée le CIDRAP, le centre de recherche sur les maladies infectieuses de l’University of Minnesota, le 6 août 2026 : inclusions entre mai 2020 et mars 2021, dans 20 hôpitaux américains, chez des patients non vaccinés. Ces trois éléments — la période, les lieux, l’absence de vaccination — déterminent la portée de tout ce qui suit.
Ce qu’est un virus dormant, et pourquoi il peut se réveiller
Un virus dit dormant, ou latent, est un virus dont la première rencontre avec l’organisme est passée, souvent sans symptôme marquant, et qui n’a jamais été éliminé. Son matériel génétique reste dans certaines cellules sans produire de nouvelles particules virales. Il ne rend pas malade, il ne se transmet pas, il ne se voit pas.
Être porteur de tels virus n’est pas une anomalie : c’est la situation ordinaire de la plupart des adultes. D’après la synthèse publiée par le CIDRAP, une personne héberge en moyenne 8 à 12 virus chroniques, généralement inoffensifs. La famille des Anelloviridae, au cœur des résultats de cette étude, est présente à l’état latent chez environ 90 % des personnes. Autrement dit, le fait d’héberger ces virus ne dit rien de l’état de santé de quelqu’un ; c’est leur remise en activité qui constitue l’objet de la recherche.
Se « réveiller », pour un tel virus, signifie recommencer à se répliquer, c’est-à-dire à fabriquer de nouvelles copies de lui-même. Cette reprise laisse une trace mesurable : la présence d’ARN viral. Les familles en cause ici ont un génome fait d’ADN ; l’ARN retrouvé dans les prélèvements en est un transcrit, c’est-à-dire une copie produite lorsque le virus se remet à faire fonctionner ses gènes. Il sert ainsi de marqueur d’activité virale en cours. C’est précisément ce que l’étude a cherché.
Les résultats, virus par virus
La méthode retenue explique pourquoi ces résultats sont présentés comme nouveaux. La plupart des travaux antérieurs sur les réactivations virales reposaient sur la sérologie, c’est-à-dire la recherche d’anticorps dans le sang. Or un anticorps signale une rencontre passée avec un virus, parfois vieille de plusieurs décennies, sans dire si ce virus est actif aujourd’hui. En cherchant l’ARN produit par des virus en cours de réactivation, l’étude observe un réveil en train de se produire, à une date précise du suivi. C’est un changement de nature de la mesure, pas un simple gain de précision.
Le résumé publié dans Nature retient deux familles réactivées de manière significative pendant la phase aiguë : les Herpesviridae, qui regroupent notamment les virus de l’herpès, le virus d’Epstein-Barr et le cytomégalovirus, et les Anelloviridae. Ce résumé ne dit pas où s’arrête cette phase aiguë. La borne des 40 premiers jours suivant l’hospitalisation, reprise plus bas, est celle du communiqué du Boston Children’s Hospital et de la lecture qu’en donne le CIDRAP ; le texte intégral de l’étude n’étant pas librement consultable, il n’est pas possible de vérifier que les auteurs eux-mêmes retiennent la même. Les auteurs décrivent des dynamiques temporelles distinctes selon le virus : les réveils ne surviennent ni tous au même moment, ni pour la même durée. La version préprint de ces mêmes travaux, déposée en novembre 2024, mentionnait également les Enteroviridae, une famille qui n’apparaît pas parmi les deux résultats mis en avant dans le résumé de la publication finale.
Le communiqué du Boston Children’s Hospital fait état de onze virus dont l’ARN a été détecté dans ces 40 premiers jours. D’après la lecture publiée par le CIDRAP, les plus fréquents sont l’herpès simplex de type 1 et les Anelloviridae, devant le virus d’Epstein-Barr, le cytomégalovirus et les entérovirus ; le communiqué de l’hôpital nomme les mêmes virus, à l’exception des entérovirus, mais sans les classer. Le détail des onze reste hors de portée, l’article n’étant pas librement consultable ; il est donc prudent de s’en tenir à cet ordre général plutôt qu’à un rang précis pour chacun.
Deux chiffres donnent le rythme du phénomène, tels que rapportés par le CIDRAP. Près du moment de l’admission, 24 % des patients présentaient de l’ARN du virus d’Epstein-Barr détectable, une proportion qui décline ensuite progressivement. L’ARN des Anelloviridae, lui, reste stable pendant une vingtaine de jours avant de diminuer à son tour. Deux virus, deux courbes différentes : c’est cette hétérogénéité que la mesure répétée dans le temps permet de voir, et qu’un prélèvement unique aurait manquée.
Le vrai résultat nouveau : l’inflammation plutôt que l’immunodépression
Jusqu’ici, la réactivation d’un virus chronique était principalement interprétée comme le signe d’un système immunitaire affaibli. C’est l’observation classique chez les personnes greffées, sous chimiothérapie ou sous traitement immunosuppresseur : les défenses baissent, les virus latents en profitent. Cette lecture réserve de fait le phénomène à des populations bien identifiées.
L’étude propose un renversement de ce schéma. Les réactivations y surviennent fréquemment chez des personnes immunocompétentes, c’est-à-dire dont le système immunitaire fonctionne normalement, et elles vont de pair avec une inflammation systémique accrue. Le déclencheur ne serait donc pas l’effondrement des défenses, mais l’emballement inflammatoire qui accompagne une forme grave de COVID-19.
Cet emballement est documenté par des marqueurs biologiques précis dans la cohorte : élévation de cytokines pro-inflammatoires — des molécules par lesquelles les cellules immunitaires communiquent et amplifient la réponse — et présence de lymphocytes T activés, les cellules chargées de reconnaître et de détruire les cellules infectées. La réactivation virale est corrélée à ces signatures immunitaires, ainsi qu’à la sévérité clinique du COVID-19 et à des résultats cliniques dont la mortalité.
La portée de ce renversement est large : si l’inflammation intense suffit à réveiller des virus latents, le phénomène ne concerne plus seulement les patients immunodéprimés, mais potentiellement toute personne traversant un épisode inflammatoire majeur. Cela reste, à ce stade, une hypothèse mécanistique appuyée sur des corrélations observées dans une seule cohorte, et non un mécanisme démontré expérimentalement.
Le lien avec le COVID long : ce qui est associé, ce qui n’est pas démontré
Le résultat qui concerne le plus directement les personnes atteintes de symptômes prolongés porte sur la période de convalescence. Des réactivations ne s’arrêtent pas avec la phase aiguë : elles persistent au-delà de trois mois après l’hospitalisation. Et la persistance des Anelloviridae est associée aux symptômes post-COVID, en particulier à la fonction physique et à la fatigue, deux dimensions mesurées chez les patients suivis.
« Associée » est ici le mot exact, et il n’est pas interchangeable avec « responsable ». Une association statistique signifie que deux phénomènes se rencontrent plus souvent ensemble que ne le voudrait le hasard. Elle ne dit ni lequel précède l’autre, ni s’il existe entre eux un lien direct. Dans le cas présent, au moins trois lectures restent compatibles avec les données. La première : la persistance des Anelloviridae contribue effectivement aux séquelles. La deuxième, inverse : l’état de l’organisme après une forme grave, immunitaire et inflammatoire, permet à ces virus de persister, et la persistance n’est alors qu’un témoin. La troisième : un facteur commun, comme la sévérité initiale de l’infection ou l’intensité de la réponse inflammatoire, produit à la fois la persistance virale et les symptômes prolongés, sans qu’ils soient reliés entre eux.
Une cohorte observationnelle, même de cette ampleur et même avec douze mois de suivi, ne permet pas de départager ces trois lectures. Les auteurs posent eux-mêmes cette limite dans le résumé de leur article, en écrivant que « nos résultats n’établissent pas de causalité entre la réactivation virale et le devenir clinique ». La formulation vient de l’équipe qui signe le travail, et non d’un commentateur extérieur : c’est un élément à part entière du résultat publié.
Concrètement, cela signifie qu’aucune conclusion du type « le COVID long s’explique par le réveil de virus dormants » ne peut être tirée de cette publication. Ce qu’elle apporte est différent, et déjà substantiel : elle identifie une piste biologique mesurable, chiffrée, datée et reproductible, qui pourra être testée par des travaux conçus pour établir une causalité.
Anelloviridae : une famille virale que l’on connaît mal
Le nom sera nouveau pour la plupart des lecteurs. Les Anelloviridae forment une famille de virus décrite comme largement méconnue. Ils sont présents à l’état latent chez environ 90 % des personnes, et font partie de ces 8 à 12 virus chroniques que chacun héberge sans conséquence apparente.
Leur particularité tient à ce qui manque à leur dossier : aucune maladie identifiée ne leur est attribuée comme cause établie. Ils ne sont pas classés parmi les agents pathogènes, et leur rôle éventuel dans l’organisme — neutre, marqueur de l’état immunitaire, ou autre — n’est pas tranché.
C’est ce qui rend leur apparition au premier plan de cette étude à la fois intéressante et fragile. Intéressante, parce qu’une famille virale jusque-là négligée se retrouve associée à des symptômes prolongés mesurés objectivement. Fragile, parce que l’on ne dispose ni d’un modèle expliquant comment ces virus pourraient produire de la fatigue, ni d’un historique de recherche permettant de replacer le résultat dans un ensemble cohérent. Une hypothèse alternative reste ouverte et n’est pas exclue par les données : la quantité d’Anelloviridae circulants pourrait refléter l’état du système immunitaire plutôt que l’influencer.
Formes graves et mortalité : ce que dit l’étude chez les patients les plus atteints
Chez les patients les plus sévèrement atteints, l’étude rapporte une association avec le pronostic vital. Selon la lecture publiée par le CIDRAP, la présence de cytomégalovirus dans les voies respiratoires ou de virus d’Epstein-Barr dans la cavité nasale est associée à un risque plus élevé de décès dans l’année suivant l’hospitalisation.
Ce résultat appelle la même prudence de lecture que le précédent, et pour la même raison. Dans une cohorte observationnelle, un virus réactivé peut être un facteur aggravant, mais il peut tout aussi bien être un marqueur de gravité : les patients dont l’infection est la plus sévère sont ceux qui subissent l’inflammation la plus intense, donc ceux chez qui les réactivations sont les plus probables — et ceux dont le pronostic est le plus défavorable, indépendamment de tout virus latent.
Une cohorte multi-omique de ce type peut établir une prévalence, des corrélations et des signatures biologiques. Elle ne peut pas établir qu’un virus provoque un décès, ni qu’un traitement dirigé contre lui en éviterait. Répondre à cette question demanderait un essai contrôlé, où des patients comparables recevraient ou non une intervention, avec répartition par tirage au sort. Aucun essai de ce type ne figure dans cette publication.
Pourquoi ces résultats ne se transposent pas à toutes les infections
La question que se pose légitimement une personne ayant eu le COVID-19 est de savoir si elle est concernée. La réponse tient dans la description de la cohorte, et elle est nette : ces 1 154 personnes ont toutes été hospitalisées, une partie d’entre elles jusqu’à l’intubation, ce qui place l’étude dans le registre des formes graves et non des infections courantes.
Le calendrier compte tout autant. Les inclusions se sont faites entre mai 2020 et mars 2021 auprès de patients non vaccinés, d’après la lecture du texte intégral publiée par le CIDRAP. Cette période précède la vaccination de masse et l’arrivée des variants Omicron. Le contexte immunitaire d’une personne infectée aujourd’hui, qui a le plus souvent été vaccinée, déjà infectée une ou plusieurs fois, ou les deux, n’a pas d’équivalent dans la cohorte.
Rien dans ces travaux ne permet donc d’affirmer qu’une réactivation virale survient après une infection légère, ni chez une personne vaccinée, ni après une infection récente. Ce n’est pas non plus le contraire qui est démontré : ces situations n’ont tout simplement pas été étudiées. Transposer les résultats reviendrait à appliquer des observations faites chez des patients hospitalisés, parfois intubés, à des infections qui n’ont jamais conduit à l’hôpital — l’écart entre les deux populations est trop grand pour que le raisonnement tienne.
Combien de personnes sont concernées en France
L’ordre de grandeur français est connu par l’étude APCOVID-19 de Santé publique France, dont les résultats portent sur la situation de fin 2022 et ont été publiés le 21 juin 2023. À cette date, 4 % des adultes, soit environ 2,06 millions de personnes, présentaient une affection post-COVID-19.
La définition retenue est celle de l’Organisation mondiale de la santé : des symptômes apparus en général dans les trois mois suivant l’infection, persistant au moins deux mois, non expliqués par un autre diagnostic, et ayant un retentissement sur la vie quotidienne. Les manifestations les plus rapportées dans l’enquête française étaient la fatigue, la toux, l’essoufflement, le malaise après effort, une fièvre intermittente, la perte du goût ou de l’odorat, la dépression et des troubles cognitifs.
La comparaison des sous-groupes de fin 2022 éclaire directement la portée de l’étude de Nature. La prévalence était de 4 % dans la population adulte générale, mais de 18,6 % chez les personnes ayant été hospitalisées pour COVID-19. Elle atteignait 10,2 % chez les femmes et 14,9 % chez les personnes en recherche d’emploi, et se situait à 8 % parmi les personnes infectées depuis plus de trois mois. Autrement dit, la publication américaine porte précisément sur le groupe où la fréquence des séquelles est la plus élevée, plus de quatre fois celle de la population adulte : ses chiffres ne se transposent pas au reste des personnes infectées.
Le retentissement, enfin, se répartit très inégalement. Toujours fin 2022, 1,2 % des adultes déclaraient un impact fort ou très fort sur leurs activités quotidiennes ; parmi les personnes présentant une forme prolongée, 30 % rapportaient un retentissement important. La fatigue durable, qui figure au premier rang des symptômes rapportés, rejoint des questions que le site a déjà traitées à propos de ce que la science établit sur la fatigue et le sommeil.

Ce que cela change, et ne change pas, pour la prise en charge en France
Sur le plan diagnostique et thérapeutique, cette publication ne change rien aujourd’hui. Elle ne crée aucun test, aucun seuil d’interprétation, aucun traitement. Le suivi d’un COVID long reste organisé autour du médecin traitant, qui évalue les symptômes, écarte les autres causes possibles et oriente vers les spécialistes ou les structures adaptées selon les besoins. Cette évaluation ne porte pas que sur la fatigue : les symptômes prolongés relevés par l’enquête française touchent aussi le souffle et la tolérance à l’effort, et d’autres séquelles ont fait l’objet de travaux distincts, comme les risques cardiovasculaires après un COVID.
Le point de prise en charge financière mérite d’être précisé, car il revient souvent. Selon la page consacrée au sujet sur sante.fr, mise à jour le 14 février 2024, il n’existe pas d’affection de longue durée (ALD) spécifique aux symptômes prolongés de la Covid-19. Une demande d’ALD dite « hors liste » reste possible pour les formes sévères : elle est formulée par le médecin traitant, soumise au médecin-conseil de la caisse d’assurance maladie, et accordée le cas échéant pour une durée limitée, renouvelable.
Les conditions de cette ALD hors liste sont exigeantes, et elles se cumulent. La page de sante.fr en énumère quatre, toutes requises — une durée d’évolution prévisible supérieure à six mois, une forme grave et évolutive de la maladie, une dégradation de la qualité de vie, et une prise en charge comprenant obligatoirement un traitement médicamenteux ou un appareillage coûteux. À cela doivent s’ajouter au moins deux critères parmi quatre autres : des soins paramédicaux fréquents et réguliers, une hospitalisation à venir, des actes techniques médicaux répétés, des actes biologiques répétés.
Une précision s’impose sur ce que recouvre l’exonération obtenue. La prise en charge « à 100 % » au titre d’une ALD porte sur la base de remboursement de l’Assurance maladie, c’est-à-dire sur le tarif de référence fixé pour chaque acte, et pour les seuls soins en rapport avec l’affection reconnue. Les dépassements d’honoraires, ainsi que ce qui n’entre pas dans ce périmètre, restent à la charge du patient ou de sa complémentaire santé. Le taux de remboursement et le montant réellement payé sont deux choses distinctes.
Ce qu’il faut surveiller ensuite
Les auteurs évoquent une application possible de leurs résultats : surveiller la réactivation virale chez les patients hospitalisés, à des fins de pronostic, au moyen de tests PCR déjà validés pour les Herpesviridae et les Anelloviridae. L’argument de faisabilité est réel — la technique existe et est utilisée en routine dans d’autres indications. Mais aucun test, aucun seuil et aucune conduite à tenir ne sont validés pour cet usage : il s’agit d’une piste de recherche formulée dans une publication, pas d’un examen disponible ni utile à demander.
Un dernier repère aide à situer ce que la parution apporte. Ces mêmes travaux avaient été mis en ligne en préprint sur bioRxiv le 16 novembre 2024, c’est-à-dire diffusés sans relecture préalable par d’autres chercheurs. La publication dans Nature, un an et huit mois plus tard, atteste du passage par cette relecture par les pairs et d’une validation méthodologique. Elle ne transforme pas pour autant une étude observationnelle en preuve d’effet : le niveau de preuve dépend du dispositif de recherche, pas du prestige de la revue qui l’accueille.
| Point examiné | Ce que l’étude établit | Ce qu’elle n’établit pas |
|---|---|---|
| Réactivation pendant la phase aiguë | Une réactivation significative des Herpesviridae et des Anelloviridae pendant la phase aiguë — les 40 premiers jours suivant l’hospitalisation d’après le communiqué du Boston Children’s Hospital —, avec des dynamiques propres à chaque virus | Que le même phénomène survienne après une infection légère, chez une personne vaccinée ou lors d’une infection récente |
| Lien avec l’immunité | Une corrélation entre réactivation, cytokines pro-inflammatoires, lymphocytes T activés et sévérité clinique, chez des personnes immunocompétentes | Que l’inflammation provoque la réactivation : le mécanisme est une hypothèse issue de corrélations |
| Symptômes prolongés | Une association entre la persistance des Anelloviridae au-delà de trois mois et les symptômes post-COVID, fonction physique et fatigue au premier rang | Que cette persistance cause, explique ou déclenche le COVID long |
| Usage clinique | Que des PCR validées existent déjà pour les familles virales concernées, ce qui rend la piste pronostique testable | Qu’un test, un seuil ou un traitement soit validé dans cette indication |
L’essentiel à retenir
Une cohorte observationnelle de 1 154 adultes hospitalisés, suivis douze mois et publiée dans Nature le 5 août 2026, montre que des virus latents se remettent à se répliquer pendant un COVID-19 grave. L’apport scientifique principal est le renversement du mécanisme attendu : ces réveils surviennent chez des personnes immunocompétentes, en lien avec une inflammation intense, et non d’abord chez des personnes immunodéprimées.
La persistance des Anelloviridae au-delà de trois mois est associée aux symptômes post-COVID, sans qu’un lien de cause à effet soit démontré, comme les auteurs le précisent eux-mêmes. La population étudiée — patients hospitalisés, non vaccinés, infectés en 2020-2021 — limite fortement la portée du résultat. Pour une personne concernée en France, rien ne change à ce jour : pas de test, pas de traitement issu de ces travaux, et une prise en charge qui reste organisée autour du médecin traitant.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un virus dormant, et est-ce anormal d’en héberger ?
Un virus dormant, ou latent, est un virus rencontré autrefois, souvent sans symptôme, que l’organisme n’a jamais éliminé et qui reste présent sans se répliquer. En héberger est la règle et non l’exception : d’après la synthèse du CIDRAP, une personne porte en moyenne 8 à 12 virus chroniques généralement inoffensifs, et environ 90 % des personnes portent des Anelloviridae. Cela ne constitue ni une maladie, ni une anomalie.
J’ai eu un COVID-19 léger : suis-je concerné par ces résultats ?
Ces travaux portent sur 1 154 adultes hospitalisés, dont une partie a été intubée, infectés entre mai 2020 et mars 2021 et non vaccinés. Aucune infection légère, aucune personne vaccinée et aucune infection récente ne figure dans cette cohorte. Les résultats ne peuvent donc pas être transposés à une forme bénigne. Cela ne signifie pas que le contraire est établi : ces situations n’ont pas été étudiées ici.
Existe-t-il un test pour savoir si un virus dormant s’est réactivé chez moi ?
Des tests PCR validés existent pour les familles virales concernées, et les auteurs évoquent la possibilité de les utiliser à l’hôpital pour évaluer un pronostic. Mais il s’agit d’une piste de recherche : aucun test, aucun seuil d’interprétation et aucune conduite à tenir ne sont validés dans cette indication. Demander une telle recherche en dehors d’un cadre médical précis n’apporterait pas d’information exploitable.
Peut-on traiter un COVID long en agissant sur ces virus ?
Cette publication ne comporte aucun essai thérapeutique. Elle ne teste aucun médicament et ne mesure l’effet d’aucune intervention. Elle décrit des associations statistiques observées dans une cohorte suivie pendant douze mois. Établir qu’un traitement dirigé contre un virus latent améliore les symptômes prolongés supposerait un essai contrôlé, avec répartition par tirage au sort, qui n’existe pas à ce jour sur cette question.
Combien de personnes présentent un COVID long en France ?
Selon l’étude APCOVID-19 de Santé publique France publiée le 21 juin 2023 et portant sur la situation de fin 2022, 4 % des adultes, soit environ 2,06 millions de personnes, présentaient une affection post-COVID-19. La proportion atteignait 18,6 % chez les personnes ayant été hospitalisées pour COVID-19. Fin 2022 toujours, 1,2 % des adultes déclaraient un impact fort ou très fort sur leurs activités quotidiennes.
Un COVID long peut-il être pris en charge au titre d’une ALD ?
D’après la page de sante.fr mise à jour le 14 février 2024, il n’existe pas d’ALD spécifique aux symptômes prolongés de la Covid-19. Une demande d’ALD « hors liste » est possible pour les formes sévères, formulée par le médecin traitant et soumise au médecin-conseil de la caisse, pour une durée limitée renouvelable. Une précision que cette page ne donne pas, mais qui vaut pour toute ALD : l’exonération porte sur la base de remboursement de l’Assurance maladie, et les dépassements d’honoraires restent à charge.