Une toux qui s’installe, des yeux qui piquent, un inhalateur qui sert plus que d’habitude : ces effets peuvent accompagner la fumée d’un feu de forêt même à des dizaines, parfois des centaines de kilomètres des flammes. La raison tient d’abord à la taille des particules. La grande majorité sont assez fines pour descendre jusqu’aux petites bronches, où elles entretiennent une inflammation qui peut déborder dans le sang.

La seconde raison est moins connue. À concentration égale dans l’air, ces particules sont associées à davantage d’hospitalisations respiratoires que celles de la pollution ordinaire : de 2 à 10 fois plus de surrisque selon les études. C’est la conclusion de l’expertise collective de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), dont l’avis a été signé le 29 juin 2026. Cet article complète le dossier sur les effets des fumées d’incendie sur la santé en suivant la chaîne dans le corps.

Toux, yeux qui piquent, crise d’asthme : les signes d’un épisode de fumée

Les effets à court terme les mieux établis sont respiratoires. L’Anses a passé en revue les travaux publiés entre 2012 et 2025. Les particules fines issues des incendies y sont associées à plus d’hospitalisations et de passages aux urgences pour asthme, bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO, une maladie chronique des bronches), bronchite, bronchiolite et infections respiratoires. S’y ajoutent davantage de consultations, de toux, de sifflements, de gêne pour respirer, une fonction respiratoire altérée, une consommation accrue de bronchodilatateurs et des décès de cause respiratoire.

Ces signes ne décrivent pas une maladie nouvelle. Chez une personne asthmatique ou atteinte de BPCO, ils traduisent surtout une décompensation : la maladie existante s’aggrave parce que des bronches déjà inflammées réagissent plus vite et plus fort. L’Anses parle d’une possible exacerbation des maladies chroniques. Si vous êtes asthmatique, vos bronches réagissent donc en premier.

La fumée ne touche pas que les poumons. L’exposition est aussi associée à des maux de gorge, à des otites moyennes chez l’enfant, à des yeux qui démangent ou qui pleurent, et à des consultations pour dermatite atopique ou démangeaisons. Après les effets respiratoires, les données sur la mortalité toutes causes à court terme comptent, selon l’Anses, parmi les plus cohérentes.

La distance protège moins qu’on ne le croit. Les fumées peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres, et l’Anses juge utile d’envisager des mesures de protection loin du foyer, selon la façon dont les polluants se dispersent réellement. Une ville épargnée par les flammes peut respirer le panache.

Des particules assez fines pour franchir les défenses des bronches

Tout commence par une question de taille. Environ 80 % de la masse des particules d’une fumée d’incendie sont des particules fines, dites PM2,5, d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres (millièmes de millimètre). Autrement dit, sur 10 grammes de particules de fumée, 8 grammes sont de cette taille. Les particules grossières ne pèsent qu’environ 10 % du total.

Les voies respiratoires disposent d’un filtre naturel. Un tapis de mucus, poussé en permanence vers la gorge par des cils microscopiques, piège les grosses poussières et les évacue : c’est le système mucociliaire. Selon l’Anses, les particules fines de fumée lui échappent efficacement et vont se déposer dans les voies respiratoires périphériques, jusqu’aux plus petites bronches.

Les particules de plus de 10 micromètres, elles, n’atteignent généralement pas les poumons. Elles s’arrêtent dans le nez, la gorge et sur les yeux, qu’elles irritent. D’où deux étages d’effets : une irritation haute, visible et gênante, et un dépôt profond, silencieux. Une fumée qu’on ne sent presque plus peut donc rester nocive. Le picotement n’est pas la mesure du risque.

Près du foyer, deux gaz s’ajoutent aux particules, surtout quand la combustion est lente. Le monoxyde de carbone se fixe sur l’hémoglobine, la protéine du sang qui transporte l’oxygène, et gêne ce transport. Les oxydes d’azote irritent directement les voies respiratoires. Ces deux effets concernent surtout les riverains immédiats ; loin du feu, ce sont les particules qui voyagent.

Du stress oxydant à l’inflammation du sang : comment la fumée atteint le cœur

Une fois déposées, les particules déclenchent une réaction en chaîne. L’Anses désigne deux mécanismes clés, l’inflammation et le stress oxydant, derrière l’ensemble des effets observés : respiratoires, ORL, oculaires, cutanés et cardiovasculaires. La chaîne se suit étape par étape.

Premier maillon : des particules carbonées qui produisent des radicaux libres

Les particules fines des feux de forêt contiennent au moins 50 % de carbone organique en masse : la moitié au minimum de ce qui se dépose dans les bronches est de la matière carbonée. Leur surface réagit avec les tissus et produit des radicaux libres, des molécules instables qui abîment ce qu’elles touchent. C’est le stress oxydant. Les cellules qui tapissent les bronches et les macrophages, les cellules chargées de « nettoyer » les poumons, en sont les premières victimes.

Deuxième maillon : l’inflammation qui passe des bronches au sang

Les cellules endommagées envoient des signaux d’alerte, les cytokines, qui attirent des globules blancs appelés neutrophiles. Chez des volontaires en bonne santé exposés à des particules de fumée de bois, l’Anses relève un afflux de neutrophiles dans les bronches, mais aussi dans le sang. L’inflammation n’est donc plus seulement pulmonaire : elle devient systémique, c’est-à-dire qu’elle circule dans tout l’organisme.

Troisième maillon : les vaisseaux et le rythme cardiaque

C’est ce débordement qui relie un poumon irrité à un cœur fragilisé. Des études d’exposition humaine contrôlée, rassemblées par une revue publiée par Chen et ses collègues en 2021 et reprise par l’Anses, montrent des modifications de la fonction des vaisseaux, de la pression artérielle, de la variabilité du rythme cardiaque et de marqueurs d’inflammation. Le mécanisme est plausible. Il n’a pas la solidité de l’effet respiratoire.

Le degré de preuve n’est pas le même à chaque maillon. L’effet respiratoire à court terme est établi. Du côté du cœur, les associations sont plus limitées et hétérogènes : des signaux existent pour les troubles du rythme (arythmies), l’hypertension et l’infarctus, et dans une moindre mesure pour l’insuffisance cardiaque et la mortalité cardiovasculaire. Quant aux mécanismes cardiaques, ils viennent d’expériences où l’on fait respirer de la fumée de bois dans des conditions maîtrisées. Ces expositions diffèrent d’un vrai panache, dont la composition, la durée et la concentration varient. Si vous êtes cardiaque, le risque n’est ni à écarter ni à surestimer.

À concentration égale, des particules de feu plus agressives que la pollution de fond

Un microgramme de fumée ne vaut pas un microgramme de pollution ordinaire. Pour un même écart de concentration en PM2,5 dans l’air, plusieurs études, surtout nord-américaines, trouvent une relation plus forte entre exposition et risque quand les particules viennent d’un feu que lorsqu’elles viennent de la pollution de fond, celle de toutes les autres sources réunies. L’Anses en tire une conclusion d’expertise, et sa formulation compte : pour une même augmentation de la concentration en PM2,5, « la pollution provoquée par les incendies de végétation est plus toxique que la pollution de fond habituelle ». La condition placée en tête de phrase porte tout le sens. Traduit : à quantité égale dans l’air, la fumée pèse plus lourd sur la santé ; la comparaison ne dit rien des épisodes où l’une des deux pollutions est bien plus concentrée que l’autre.

Lire « jusqu’à dix fois » dans le bon sens

Selon les études recensées par l’Anses, le surrisque de maladie respiratoire, notamment l’asthme, est de 2 à 10 fois plus important à écart de concentration égal. Ce rapport se lit dans ce sens : il compare deux pentes, la hausse du risque pour chaque microgramme ajouté, pas deux populations. Dans l’autre sens, il ne dit pas qu’un feu rend dix fois plus de gens malades.

L’exemple le plus parlant vient d’une étude observationnelle menée en Californie du Sud, publiée dans Nature Communications le 5 mars 2021, parmi les estimations hautes de la fourchette. Une hausse de 10 microgrammes par mètre cube (µg/m³) de particules fines issues des feux y est associée à une hausse de 1,3 à 10 % des hospitalisations respiratoires. La même hausse de particules d’autres sources ne s’accompagne que de 0,67 à 1,3 % d’hospitalisations en plus. Rapporté à 100 hospitalisations respiratoires habituelles, cela fait entre 1 et 10 de plus avec la fumée, contre environ une avec la pollution ordinaire. Le « dix fois » correspond à la borne haute de cet écart, pas à dix fois plus de malades.

Ce que cela représente en Europe

Une étude épidémiologique observationnelle parue dans The Lancet Planetary Health le 13 août 2025 a couvert 654 régions de 32 pays européens, France incluse, soit 541 millions d’habitants, de 2004 à 2022. Chaque microgramme supplémentaire de PM2,5 issues des feux y est associé à un risque de décès accru de 0,7 % toutes causes confondues, de 0,9 % pour les causes cardiovasculaires et de 1 % pour les causes respiratoires. Sur 1 000 décès attendus, 0,7 % représente environ 7 décès de plus pour chaque microgramme supplémentaire. Ce pourcentage vaut par microgramme et ne se multiplie pas par la concentration d’un épisode pour en tirer un risque personnel.

Le bilan annuel donne l’ordre de grandeur : 535 décès par an attribués aux particules des feux en Europe, dont 184 de cause cardiovasculaire et 31 de cause respiratoire. Rapporté à 541 millions d’habitants, cela fait environ un décès par million d’habitants chaque année, en moyenne, avec de fortes disparités : les pays les plus touchés sont la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et la Serbie. Le risque individuel moyen est faible.

Le mode de calcul change pourtant tout. Avec le risque des particules ordinaires, on n’aurait compté que 38 décès, soit 14 fois moins : une sous-estimation de 93 %. Selon l’Anses, cette étude est la seule en Europe, France comprise, à mesurer un tel écart, d’une amplitude similaire à celle des travaux nord-américains. Ces chiffres sont ceux du communiqué de presse diffusé par l’institut ISGlobal ; le texte intégral de la publication n’a pas pu être consulté pour les recouper.

Pourquoi ces particules pèsent plus lourd

Plusieurs pistes sont avancées par l’Anses, sans qu’aucune soit démontrée comme la cause. Les particules de feu se forment à plus haute température, ce qui leur donne un potentiel oxydant plus élevé, et ce potentiel pourrait augmenter pendant le transport du panache. Elles comptent plus de particules ultrafines, qui descendent jusqu’aux plus petites voies aériennes et passent dans la circulation. Elles sont majoritairement carbonées, et plus pro-inflammatoires. Quand des bâtiments brûlent, des métaux lourds s’y ajoutent : cuivre, plomb, zinc, nickel. Chacune de ces pistes renforce un maillon de la chaîne décrite plus haut. Le mécanisme exact reste à élucider.

Un indice de qualité de l’air calibré pour une autre pollution

Les indices de qualité de l’air, français comme européen, reposent sur les relations exposition-risque de la pollution de fond. Selon l’Anses, cela limite leur capacité à refléter le risque des fumées d’incendie. Un indice « moyen » affiché sur votre commune pendant un épisode de fumée peut donc sous-représenter ce que vous respirez.

Le même biais touche la surveillance sanitaire. Le dispositif SurSaUD de Santé publique France, qui suit les passages aux urgences (réseau Oscour), les interventions de SOS Médecins et les décès, capte surtout les événements sévères. Aucun signal ne veut pas dire aucun effet. Pendant un épisode, les consignes de la préfecture et des autorités sanitaires, et vos propres symptômes, renseignent mieux que l’indice seul.

Feu de forêt sauvage dans le parc national de Yosemite, Californie, États-Unis d'Amérique

Âge, maladie chronique, logement : ce qui amplifie la dose et la fragilité

La liste des personnes les plus sensibles établie par l’Anses est longue : nourrissons et enfants, femmes enceintes, personnes âgées, malades respiratoires ou cardiovasculaires, diabétiques, personnes immunodéprimées ou dialysées, malades des yeux. Elle n’a rien d’arbitraire. Elle se lit à partir de trois leviers qui accélèrent ou freinent la chaîne décrite plus haut.

La dose : concentration, durée, respiration

La quantité de particules qui atteint les bronches dépend de la concentration dans l’air, du temps passé à la respirer et du volume d’air inhalé. Ce dernier facteur est souvent oublié. Un effort physique augmente fortement la ventilation, et donc les particules respirées, pour une même fumée. Courir sous un panache revient à en inhaler davantage.

Le terrain : des bronches ou un cœur déjà fragiles

Des bronches déjà inflammées, chez une personne asthmatique ou atteinte de BPCO, partent avec un maillon d’avance. Un cœur fragile supporte moins bien l’inflammation qui passe dans le sang. Un organisme en développement, celui de l’enfant ou du fœtus, et un organisme âgé encaissent moins bien l’agression. L’Anses mentionne aussi, d’après une étude récente, un intérêt possible à reporter les anesthésies générales programmées pendant un épisode de fumée chez les personnes ayant une maladie respiratoire. C’est une piste, à discuter avec l’équipe médicale qui programme l’intervention, pas une règle.

Le logement et les moyens : ce qui laisse entrer la fumée

Un logement mal isolé laisse entrer la fumée ; un logement fermé et filtré la réduit. L’Anses cite une petite étude menée au Colorado sur 8 logements : sans épurateur, l’air intérieur contenait de 58 à 100 % du niveau de particules fines mesuré dehors. Dans le moins bon cas, la maison ne retenait aucune particule fine. Les personnes en situation de précarité, potentiellement plus exposées et plus vulnérables selon l’Anses, peuvent cumuler les trois leviers : logements mal isolés ou suroccupés, mobile-homes, absence de véhicule pour s’éloigner, accès plus difficile à l’information et aux soins, maladies chroniques plus fréquentes, moyens limités pour s’équiper.

Ce cumul éclaire le gradient social mis en évidence par une étude préliminaire française, présentée le 15 septembre 2026 par ses auteurs, chercheurs de l’Inserm, de l’EHESP, de l’université de Rennes, de Sciences Po Rennes et de l’université de Californie à San Diego. Ils ont croisé la base nationale des incendies de forêt (BDIFF) avec un indice européen de défavorisation, sur 42 517 feux et 36 805 communes de France hexagonale entre 2009 et 2024. Les communes du cinquième le plus défavorisé ont connu 5,7 fois plus de feux et 5,7 fois plus de surface brûlée que les plus favorisées. Ces communes rassemblent 15,3 millions d’habitants, contre 1,9 million dans les plus favorisées. En combinant habitants et surface brûlée, une mesure en « personnes-hectares », l’écart atteint 25 fois. Même les années calmes, elles sont touchées 4,2 fois plus souvent.

Ces chiffres ont une portée précise. Ils mesurent une exposition au feu dans la commune : nombre d’incendies, surface, habitants concernés. Ils ne mesurent ni un effet sur la santé, ni l’exposition aux panaches qui voyagent loin des communes brûlées. L’étude dit où le risque se concentre ; elle ne permet pas de savoir combien de malades il produit. Elle n’a pas pu être consultée dans sa version déposée, et les chiffres sont ceux que rapportent ses auteurs.

L’enjeu grandit. Selon l’Anses, les surfaces brûlées en France ne dépassaient pas 10 000 hectares par an jusqu’en 2015 ; depuis 2016, elles atteignent en moyenne 28 000 hectares par an, soit près de trois fois plus. Plus de la moitié de ces surfaces se trouvent en Nouvelle-Aquitaine.

Fenêtres, VMC, FFP2, épurateur : pourquoi ces gestes réduisent la dose inhalée

Les gestes de protection agissent sur un seul levier. Ce levier, c’est la dose. Chaque consigne officielle, publiée par le ministère chargé de la santé sur Santé.fr le 30 juillet 2026, agit sur l’un de ses trois termes. Les consignes des autorités locales, préfecture et agence régionale de santé (ARS), priment sur ces gestes généraux, y compris lorsqu’elles ordonnent une évacuation.

Réduire l’air extérieur qui entre

Les consignes officielles prévoient de garder portes et fenêtres fermées, en n’aérant que lorsque les conditions le permettent, de fermer trappes de cheminée et bouches d’aération, et d’arrêter la ventilation mécanique contrôlée (VMC). Tous ces gestes visent la même chose. Ils réduisent l’entrée d’air extérieur, donc la part de fumée qui passe à l’intérieur.

Réduire le volume d’air respiré

Le ministère recommande de réduire ou de reporter les activités physiques intenses, surtout à l’extérieur. Moins d’effort, c’est moins d’air inhalé, donc moins de particules déposées dans les bronches pour une même fumée.

Filtrer ce qui est respiré

Seul un masque filtrant FFP2 ou FFP3, bien ajusté au visage, arrête les particules fines. Le ministère est explicite sur le reste : « L’apport des autres types de masques est considéré comme inexistant ». Cette phrase vise les masques chirurgicaux comme les masques en tissu. Contre les 8 grammes sur 10 qui descendent dans les bronches, ils ne comptent pas.

Les épurateurs d’air équipés d’un filtre HEPA, un filtre à particules à très haute efficacité, ont été testés dans la même étude du Colorado. Dans les logements équipés d’un épurateur, les particules fines intérieures ont baissé de 63 à 88 %, soit une division par 3 à 8 environ. Ce résultat repose sur 8 logements, date de 2005 et n’est cité ici que d’après le rapport de l’Anses. Il montre qu’un filtre peut abaisser la concentration intérieure. Il ne démontre pas un bénéfice pour la santé.

Les gestes de protection sont détaillés dans l’article sur les risques sanitaires des fumées d’incendie. Pour les lecteurs âgés ou sous traitement chronique, les repères sur la canicule chez les personnes âgées et sur les médicaments et fortes chaleurs concernent la même saison.

Expositions répétées, données françaises : les questions encore ouvertes

Les effets d’expositions répétées, été après été, restent mal connus. Les preuves sur les effets à moyen et long terme, neurologiques, périnataux, sur les cancers ou la santé mentale, sont limitées ou hétérogènes selon l’Anses. Pour les établir, il faudrait suivre des populations exposées pendant des années.

L’autre manque tient à l’origine des données. La majorité des études viennent d’Amérique du Nord, d’Australie ou du Brésil ; très peu d’Europe, et encore moins de France. Un chiffre californien décrit des feux et des conditions d’exposition qui ne sont pas ceux d’un riverain de Gironde. Il ne se transpose tel quel ni à la France, ni à votre situation personnelle.

Fumées de feux de forêt : niveau de preuve selon l’effet, d’après l’expertise de l’Anses (juin 2026)
EffetNiveau de preuveD’où viennent les données
Respiratoire à court terme (asthme, BPCO, urgences, symptômes)Le mieux établiÉtudes observationnelles, surtout nord-américaines
Mortalité toutes causes à court termeParmi les données les plus cohérentesÉtudes observationnelles, dont une étude européenne
Cardiovasculaire (arythmie, hypertension, infarctus)Associations plus limitées et hétérogènesÉtudes observationnelles et expositions contrôlées à la fumée de bois
Moyen et long terme, neurologique, périnatal, cancers, santé mentalePreuves limitées ou hétérogènesPeu d’études, très peu en Europe et en France

L’essentiel à retenir

  • Environ 8 grammes sur 10 de particules de fumée sont assez fines pour échapper aux défenses des bronches et s’y déposer.
  • Elles déclenchent stress oxydant et inflammation, qui peut passer dans le sang ; l’effet respiratoire est établi, l’effet cardiaque l’est moins.
  • À concentration égale, le surrisque respiratoire est 2 à 10 fois plus élevé qu’avec la pollution ordinaire, selon les études : c’est une comparaison de pentes, pas dix fois plus de malades.
  • La dose dépend de la concentration, de la durée et de l’effort ; la fragilité, de l’âge, des maladies chroniques et du logement.
  • Fenêtres fermées, VMC arrêtée, effort reporté et masque FFP2 ou FFP3 agissent sur la dose ; les autres masques ne filtrent pas les particules fines.

Questions fréquentes sur la fumée des feux de forêt

La fumée d’un feu de forêt est-elle dangereuse loin des flammes ?

Oui, elle peut l’être. Les fumées parcourent plusieurs centaines de kilomètres, et l’Anses juge utile d’envisager des mesures de protection loin du foyer selon la dispersion réelle des polluants. Les particules les plus fines restent nocives même quand l’odeur et le picotement s’atténuent.

Quel masque protège de la fumée d’incendie ?

Seuls les masques filtrants FFP2 ou FFP3, bien ajustés, arrêtent les particules fines. Selon le ministère chargé de la santé, les autres types de masques, chirurgicaux ou en tissu, n’apportent aucune protection contre elles.

Faut-il un purificateur d’air pendant un épisode de fumée ?

Une petite étude de 2005 sur 8 logements du Colorado a mesuré une baisse de 63 à 88 % des particules fines dans les logements équipés d’un épurateur à filtre HEPA. Elle ne démontre pas de bénéfice pour la santé et reste trop limitée pour en tirer une recommandation. Les gestes officiels portent d’abord sur les fenêtres, la VMC, l’effort et le masque.

Qui doit être le plus prudent face à la fumée ?

L’Anses cite les nourrissons et les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, les malades respiratoires ou cardiovasculaires, les diabétiques, les personnes immunodéprimées ou dialysées et les malades des yeux. Les personnes en situation de précarité sont potentiellement plus exposées, notamment à cause de logements mal isolés.

Quand faut-il appeler le 15 ?

Le ministère chargé de la santé renvoie vers un médecin ou vers le 15 en cas de gêne respiratoire, ou si des symptômes apparaissent ou s’aggravent. Les consignes de la préfecture et de l’agence régionale de santé priment, y compris en cas d’évacuation. Un traitement en cours ne se modifie pas sans avis médical.

Les effets de la fumée durent-ils dans le temps ?

Les effets les mieux documentés surviennent à court terme. Pour les expositions répétées et les effets à long terme, les preuves restent limitées ou hétérogènes selon l’Anses, et viennent surtout d’Amérique du Nord, d’Australie ou du Brésil, avec très peu de données françaises.