Le 22 juillet 2026, un incendie s’est déclaré à Saumos, en Gironde ; deux jours plus tard, un second feu partait de Biscarrosse, dans les Landes. Le panache a gagné Bordeaux, puis Limoges, et la procédure d’alerte à la pollution aux PM10 n’a été levée en Gironde que le dimanche 2 août. Or une fumée d’incendie n’est pas une simple gêne olfactive : l’Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine la résume ainsi : « L’impact des fumées est assimilable à celui d’un pic de pollution intense. » Ce guide sur les fumées d’incendie et la santé répond à trois questions : ce que contiennent ces fumées et en quoi elles diffèrent de la pollution des villes, qui risque le plus — les poumons, mais aussi le cœur —, et ce qui protège réellement, chez soi comme dehors.
Ce qu’il y a vraiment dans une fumée d’incendie
Atmo Nouvelle-Aquitaine, l’association agréée de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) de la région, en donne la version courte : « Les fumées d’incendie contiennent principalement des particules fines (PM10 et PM2,5), mais aussi d’autres composés tels que le monoxyde de carbone (CO), les oxydes d’azote (NOx) ou certains composés organiques volatils (COV). » L’ANSES en donne la version longue : parmi les COV, l’acroléine, le formaldéhyde et le benzène ; des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ; des métaux lourds. Et « leur composition dépend de la végétation brûlée et des conditions de combustion », précise Atmo Nouvelle-Aquitaine : il n’existe pas de fumée type.
L’essentiel du risque tient aux particules. Environ 80 % de celles qu’émet un feu de végétation sont fines, en majorité carbonées et d’un diamètre inférieur à un micromètre : assez petites pour atteindre le fond du poumon et voyager sur des centaines de kilomètres. On peut donc être exposé sans avoir vu la moindre flamme. Nos infos pratiques sur la pneumologie en reprennent le vocabulaire.
Quand le feu atteint des maisons
Un feu qui gagne le bâti ou des véhicules n’émet pas le même mélange. S’y ajoutent, souligne l’ANSES, des substances « particulièrement mutagènes et cancérigènes » : arsenic, cadmium, plomb, chrome, composés organochlorés et PFAS issus des matériaux de synthèse.
Ce que les capteurs ont mesuré en juillet 2026
La qualité de l’air pendant un incendie se mesure : les AASQA exploitent les stations, le Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA) en assure la coordination technique, et les données remontent aux autorités. Atmo Nouvelle-Aquitaine a mesuré 666 µg/m³ de PM10 en moyenne horaire à Bordeaux – Grand Parc le 24 juillet au soir, et 342 µg/m³ de PM2,5 au même moment à Bordeaux – Gautier ; Limoges enregistrait 505 µg/m³ de PM10, toujours en moyenne horaire, le 25 juillet. La précision compte : « cela ne signifie pas que ce niveau s’est maintenu tout au long de la journée », avertit l’association.
Ces pics sont attribuables aux feux : les stations équipées ont enregistré une hausse du carbone suie de biomasse, et le lévoglucosan, « traceur spécifique de la combustion du bois », a augmenté à Talence et à Poitiers. Ils sont « principalement liés aux incendies et non aux émissions habituelles du trafic routier ou du chauffage ». Une part de la pollution y échappe pourtant : les particules ultrafines, en hausse à Limoges, ne sont pas réglementées.
| Polluant | OMS 2021 — moyenne annuelle | OMS 2021 — moyenne sur 24 h | Repère français |
|---|---|---|---|
| PM2,5 | 5 µg/m³ | 15 µg/m³ | — |
| PM10 | 15 µg/m³ | 45 µg/m³ | Seuil d’information et de recommandation : 50 µg/m³ en moyenne journalière |
| Mesuré en Nouvelle-Aquitaine, juillet 2026 (moyennes horaires) | Non comparable | Non comparable | PM10 : 666 µg/m³ à Bordeaux le 24/07, 505 µg/m³ à Limoges le 25/07 ; PM2,5 : 342 µg/m³ à Bordeaux |
Pourquoi cette pollution n’est pas celle des villes
À écart de concentration égal, les fumées d’incendie apparaissent plus nocives que la pollution de fond des villes, au moins pour l’appareil respiratoire. L’ANSES l’écrit dans son avis du 29 juin 2026 : « Cet excès de risque est de 2 à 10 fois plus important pour la morbidité respiratoire et notamment l’asthme, selon les études. »
Reste à distinguer l’établi de l’incertain. Plusieurs travaux convergent : Aguilera et ses collègues mesurent en 2021, en Californie du Sud, un risque jusqu’à dix fois supérieur à celui des autres sources de PM2,5 ; l’étude européenne d’Alari (2025) porte sur 654 régions de 32 pays, France comprise, pour la mortalité cardiovasculaire et respiratoire ; l’équipe de Wang retrouve pour l’asthme un rapport de cotes de 1,016 pour les PM2,5 des feux de végétation, contre 1,002 pour les autres sources. L’écart est donc répété ; son ampleur varie fortement selon les études, et les mécanismes avancés par l’ANSES — effet pro-inflammatoire et potentiel oxydant accrus — restent des explications proposées, non démontrées.
La conséquence est concrète : les indices de qualité de l’air français et européen sont bâtis sur les PM2,5 de fond, « excluant de facto les fumées des incendies de végétation ». Pendant un feu, l’indice du jour ne suffit donc pas, surtout si vous vivez avec une maladie chronique.
Bon à savoir — Si vous sentez nettement la fumée ou si l’horizon est voilé, prenez-le au sérieux même lorsque l’indice de qualité de l’air paraît acceptable : cet indice n’a pas été conçu pour les feux de végétation. Vos sens ne remplacent pas une mesure, mais ils signalent une exposition réelle.
Qui risque le plus : les poumons, mais aussi le cœur
L’ANSES dresse une liste de populations sensibles, reprise par l’ARS et Atmo Nouvelle-Aquitaine : nourrissons et enfants, femmes enceintes, personnes âgées, malades respiratoires — l’asthme est explicitement cité, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) relevant de la même catégorie — ou cardiovasculaires, personnes diabétiques, immunodéprimées, dialysées, atteintes de maladies oculaires, et personnes en précarité. Si vous êtes suivi pour une hypertension artérielle, vous y figurez.
Le cœur, le grand oublié
Sur les fumées d’incendie, les deux organes ne sont pas documentés au même degré. Les effets respiratoires à court terme sont les mieux établis ; le volet cardiovasculaire l’est moins : « La robustesse des associations avec la morbidité respiratoire contraste avec celle, plus limitée et hétérogène selon les études, observée pour la morbidité cardiovasculaire », écrit l’ANSES. Moins robuste ne veut pas dire inexistant : les associations cardiovasculaires sont bien observées.
Les associations sont nommées : arythmie, hypertension artérielle, infarctus du myocarde et, « dans une moindre mesure », urgences pour insuffisance cardiaque congestive et mortalité cardiovasculaire. Pour qui suit des troubles du rythme cardiaque, la fumée n’est pas qu’une affaire de poumons.
Santé publique France attribue environ 40 000 décès par an aux PM2,5 en France métropolitaine : exposition chronique à la pollution de fond, toutes sources confondues — rien qui concerne les fumées d’incendie, dont le bilan n’a pas été établi. Les expositions répétées relèvent d’un « champ de recherche émergent et à développer », sans estimation — ce qui n’ôte rien au fait que les maladies cardiaques restent la première cause de mortalité mondiale.
Quand consulter ? — L’ARS Nouvelle-Aquitaine pose une limite basse : « Pour une simple sensation d’odeur gênante et/ou d’irritation des voies respiratoires supérieures, il n’est pas nécessaire de solliciter le médecin traitant, ni d’appeler […] le SAMU-Centre 15. » En revanche, chez une personne à risque, une gêne respiratoire, des symptômes persistants, une douleur dans la poitrine, des palpitations ou un malaise imposent de voir son médecin généraliste — et, à défaut, selon l’intensité, d’appeler le 15. Une difficulté respiratoire sérieuse justifie le 15 sans attendre ; une irritation des yeux ou de la peau persistant après rinçage, un avis médical.
Se protéger chez soi : ce qui marche, ce qui ne marche pas
Se protéger des fumées d’incendie commence à domicile. L’ANSES a publié le 20 juillet 2026 des consignes valables pour tous sous un panache, reprises mot pour mot par l’ARS Nouvelle-Aquitaine :
- limiter les déplacements et le temps passé dehors ;
- portes et fenêtres fermées, n’aérer que si les conditions le permettent ;
- occulter les aérations avec des linges humides ;
- arrêter la VMC (ventilation mécanique contrôlée) pendant l’épisode ;
- pas d’activité physique en plein air ;
- éviter encens, bougies et autres sources de pollution intérieure ;
- rester très attentif aux personnes sensibles de l’entourage.
Un geste surprend : arrêter la VMC contredit l’idée reçue selon laquelle ventiler assainit. Sous un panache, la ventilation aspire l’air extérieur chargé de particules ; c’est son arrêt qui protège. Ajourner le sport quelques jours ne remet pas en cause l’intérêt d’une pratique adaptée après 60 ans.
Reste la limite : un logement n’est pas étanche, fermer réduit l’exposition sans l’annuler. Un seul complément a un bénéfice mesuré, le purificateur d’air à filtre HEPA (haute efficacité) : l’ANSES rapporte, d’après Mott, qu’allonger sa durée d’utilisation était associé à une baisse des symptômes rapportés (rapport de cotes 0,54 ; 0,32 – 0,89). L’étude est observationnelle, les appareils allant d’abord aux plus symptomatiques ; l’agence recommande un modèle dimensionné à la pièce et sans ozone — voir notre guide du système de purification de l’air.
Après le feu, les cendres
Le retour en zone touchée demande les mêmes précautions : l’ARS Nouvelle-Aquitaine recommande un nettoyage humide — humidifier les cendres, ne pas balayer à sec, proscrire souffleur, nettoyeur haute pression et aspirateur classique, porter gants et masque FFP2. Elle ajoute : « Les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies respiratoires ou cardiaques devraient dans la mesure du possible ne pas participer aux opérations de nettoyage, ou, à défaut, porter un masque FFP2 en permanence. »
Les masques : le FFP2, et le paradoxe
Dans sa note du 15 avril 2024, l’ANSES retient un équipement jetable certifié FFP2 ou FFP3, « dans la mesure d’un modèle, d’une taille et d’un usage d’équipement appropriés », la filtration devant être adaptée à l’épaisseur des fumées et à la fragilité des personnes.
Ce qui ne filtre pas doit être dit aussi nettement. La même note est catégorique : « Les masques de papier à une bride, masques chirurgicaux, et autres couvertures du visage fournissent probablement une protection bien moindre ou inexistante. » La condition d’efficacité est sévère : dans les travaux de Mott rapportés par l’ANSES, aucun bénéfice du port de masques n’était détectable — mais ils avaient été distribués sans test de conformité. Sans ajustement au visage, l’air passe par les bords.
Reste le paradoxe. L’ANSES écrit : « Les personnes à risque (pathologies pulmonaires, personnes âgées) devraient consulter un médecin car les masques peuvent rendre la respiration plus difficile. » Le masque FFP2 qui protège des fumées d’incendie est donc le moins bien toléré par ceux qui en auraient le plus besoin. La conséquence n’est pas d’y renoncer, mais d’en parler à son médecin avant la saison des feux et de faire porter l’effort sur l’évitement et l’air filtré à l’intérieur. Dans les sources françaises, le FFP2 vise les personnes sensibles en exposition directe et le nettoyage après incendie, jamais la population générale en continu.
Quand la canicule s’ajoute aux fumées
Les grands feux vont rarement sans chaleur. L’ANSES qualifie les synergies entre chaleur et incendie de « vraisemblablement très défavorables pour la santé » et recommande un échange quotidien, au sein de Santé publique France, entre la surveillance des feux de forêt et la vigilance canicule, avec au besoin une prolongation de cette vigilance sur la zone touchée — approche déjà appliquée en Nouvelle-Aquitaine en 2022.
Pour vous, la difficulté est immédiate : la canicule commande d’ouvrir la nuit, la fumée de tout garder fermé. Suivez la qualité de l’air de votre commune auprès de votre AASQA et aérez sur les créneaux favorables. Surtout, ne renoncez pas à vous rafraîchir : pièce la plus fraîche du logement, volets fermés, ventilateur en recirculation d’air intérieur, hydratation régulière. Nos conseils sur la canicule et les personnes âgées restent valables.
Un point ne se négocie pas : vos traitements habituels se poursuivent tels quels. Ni les fumées ni la chaleur ne justifient de modifier seul la dose ou l’horaire d’un traitement respiratoire ou cardiaque — toute adaptation relève de votre médecin. Sur la durée, c’est l’impact du mode de vie sur les risques cardiovasculaires qui pèse le plus lourd.
On peut enfin anticiper : la Météo des forêts de Météo-France gradue le danger de feu sur quatre niveaux — outil distinct du dispositif Vigilance, elle « n’informe pas sur les incendies en cours ou à venir ».
L’essentiel à retenir
- Composition : surtout des particules — environ 80 % de celles qu’émet un feu de végétation sont fines et font moins d’un micromètre —, plus CO, COV, HAP et métaux lourds ; si le bâti brûle, s’y ajoutent des substances « particulièrement mutagènes et cancérigènes ».
- Pas la pollution urbaine : à écart de concentration égal, l’ANSES situe l’excès de risque à 2 à 10 fois pour la morbidité respiratoire, selon les études ; les mécanismes avancés restent des hypothèses.
- Le cœur autant que les poumons, avec son niveau de preuve : le lien respiratoire est le mieux établi ; les associations cardiovasculaires — arythmie, hypertension, infarctus, insuffisance cardiaque « dans une moindre mesure » — sont réelles, mais plus limitées et hétérogènes selon les études.
- Chez soi : fenêtres fermées, aérations occultées, VMC arrêtée, pas de sport dehors ; un purificateur HEPA dimensionné à la pièce et sans ozone est le seul complément au bénéfice mesuré. Le confinement réduit l’exposition sans l’annuler.
- Masques : seuls FFP2 et FFP3 filtrent, et seulement bien ajustés ; le chirurgical offre « une protection bien moindre ou inexistante », et le FFP2 est mal toléré par les plus fragiles — à préparer avec son médecin.
- Quand appeler : une simple odeur gênante ne nécessite ni médecin ni 15 ; chez une personne à risque, une gêne respiratoire, une douleur dans la poitrine, des palpitations ou un malaise appellent le médecin généraliste et, à défaut, le 15 selon l’intensité.
FAQ — fumées d’incendie et santé
Que contient la fumée d’un feu de forêt ?
Principalement des particules : environ 80 % de celles qu’émet un feu de forêt sont fines et mesurent moins d’un micromètre. S’y ajoutent, selon l’ANSES, monoxyde de carbone, oxydes d’azote, composés organiques volatils, hydrocarbures aromatiques polycycliques et métaux lourds. Si le feu gagne le bâti, des substances mutagènes et cancérigènes s’y mêlent.
Un masque chirurgical protège-t-il des fumées d’incendie ?
Non. Selon l’ANSES, « les masques de papier à une bride, masques chirurgicaux, et autres couvertures du visage fournissent probablement une protection bien moindre ou inexistante ». Seuls les FFP2 et FFP3 jetables certifiés filtrent, à condition que le modèle, la taille et l’usage soient appropriés. Ils peuvent rendre la respiration plus difficile, notamment en cas de maladie respiratoire : parlez-en à votre médecin.
Faut-il arrêter sa VMC quand il y a de la fumée ?
Oui, le temps de l’épisode. L’ANSES recommande d’arrêter les VMC pendant les épisodes de fumées, de garder portes et fenêtres fermées et d’occulter les aérations avec des linges humides. Une ventilation mécanique aspire l’air extérieur chargé de particules : sous un panache, c’est son arrêt qui protège.
À partir de quels symptômes consulter ou appeler le 15 ?
L’ARS Nouvelle-Aquitaine précise que « pour une simple sensation d’odeur gênante et/ou d’irritation des voies respiratoires supérieures, il n’est pas nécessaire de solliciter le médecin traitant, ni d’appeler […] le SAMU-Centre 15 ». En revanche, chez une personne à risque, une gêne respiratoire, une douleur dans la poitrine, des palpitations ou un malaise imposent de voir un médecin généraliste et, à défaut, d’appeler le 15 selon l’intensité.
Un purificateur d’air est-il utile contre les fumées ?
C’est le seul complément au bénéfice mesuré. L’ANSES rapporte qu’allonger la durée d’utilisation d’un épurateur résidentiel à filtre HEPA était associé à une baisse des symptômes rapportés (rapport de cotes 0,54 ; 0,32 – 0,89). L’étude est observationnelle : dimensionné à la pièce et sans ozone, l’appareil complète le confinement sans le remplacer.
