Près de dix heures d’exercice par semaine pour protéger son cœur : le chiffre a circulé cet été sur les sites de santé anglophones, et il a de quoi décourager n’importe qui. Il vient d’une étude bien réelle, publiée en mai 2026 dans le British Journal of Sports Medicine, qui a suivi plus de 17 000 personnes équipées d’un capteur de mouvement. Sauf que cette étude ne dit pas qu’il faut dix heures de sport par semaine. Sa propre discussion qualifie au contraire le plancher de 150 minutes par semaine de « minimum universel robuste ». Ce guide reprend donc la question à sa source : combien d’exercice pour protéger son cœur, d’où sort ce chiffre de 560 minutes, pourquoi il ne remplace aucune recommandation, et quelle dose s’applique concrètement après 65 ans.

D’où vient le chiffre de 560 à 610 minutes

Le travail est signé par l’équipe de Zhide Liang (Macao Polytechnic University) et publié en mai 2026 dans le British Journal of Sports Medicine. La date compte : le communiqué de BMJ Group, l’éditeur de la revue, remonte au 19 mai 2026, et la reprise qui a fait ressurgir le sujet début août n’en est qu’une republication, quatre-vingt-un jours plus tard. Ce n’est pas une nouveauté du week-end.

Les chercheurs ont exploité la cohorte britannique UK Biobank : 17 088 participants ayant porté un accéléromètre au poignet pendant sept jours consécutifs, entre 2013 et 2015. Âge moyen 57 ans, 56 % de femmes. Sur un suivi médian de 7,85 ans, 1 233 événements cardiovasculaires ont été enregistrés.

Deux résultats en sont sortis. À 150 minutes hebdomadaires, la baisse de risque associée est de 8 à 9 %. Pour dépasser 30 %, la fourchette associée est de 560 à 610 minutes, soit 3,7 à 4,1 fois plus — un niveau qu’atteignaient 12 % des participants. C’est ce second chiffre, isolé du reste, qui a fait les titres, éclipsant ce qu’on sait de l’impact du mode de vie sur les risques cardiovasculaires.

Pourquoi ce chiffre ne contredit pas les 150 minutes

Voici ce que presque aucune reprise n’a dit : ces deux nombres ne s’opposent pas, ce sont deux points de la même courbe. Si 150 minutes par semaine sont associées à une baisse de 8 à 9 %, prolongez la même relation — quatre fois plus de minutes, à peu près quatre fois plus de baisse — et vous atteignez 30 % entre 567 et 642 minutes. L’étude publie 560 à 610 : les fourchettes se recouvrent. 560 minutes n’invalide donc pas les 150 ; c’est simplement l’endroit où la même pente croise la barre des 30 %.

L’article le dit lui-même. Sa discussion, rapportée par le Science Media Centre, note que ces résultats « confortent en même temps la valeur de santé publique de la recommandation actuelle de 150 min/semaine », dont la réduction de risque « remarquablement constante à tous les niveaux de condition physique » confirme qu’elle « fonctionne comme un minimum universel robuste ».

Le jour même, le Pr Aiden Doherty, spécialiste de l’accélérométrie UK Biobank à l’université d’Oxford, a réagi publiquement : « Le communiqué de presse ne reflète pas fidèlement la science de l’article. […] Il est trompeur de dire qu’il faut atteindre plus de 560 minutes — 1 h 20 par jour — pour obtenir un bénéfice pour la santé. Le public doit continuer à viser au moins 150 minutes par semaine ; plus, c’est mieux ; chaque mouvement compte. » L’opposition vient donc du communiqué, pas des chercheurs.

560 minutes de quoi, exactement ?

Deuxième malentendu, le plus décourageant : beaucoup ont lu « 560 minutes de sport ». Ce n’en sont pas. L’étude mesure de l’activité physique modérée à soutenue — la MVPA —, enregistrée par un capteur porté au poignet, qui ne distingue pas une séance de sport d’une course aux commerces : il compte toutes les minutes passées au-dessus d’un seuil d’intensité, sur la journée entière.

Le coauteur Ziheng Ning l’a formulé sans ambiguïté : « Beaucoup de gens entendent “500 à 600 minutes” et imaginent un entraînement sportif intensif, alors qu’une grande partie de cette activité peut venir de la marche rapide, du vélo, des déplacements quotidiens […] et d’un mouvement quotidien soutenu. » Monter les escaliers, tondre la pelouse, marcher vite jusqu’à l’arrêt de bus : l’appareil compte tout. C’est tout l’enjeu de la durée de marche cumulée, souvent sous-estimée.

L’OMS raisonne pareil depuis 2020 : elle compte l’activité pratiquée au travail, à la maison, en déplacement et en loisir, séquences de toute durée comprises. Reste un décalage de méthode, que souligne le Pr Doherty : « Les recommandations de santé publique sont actuellement en transition pour refléter à l’avenir les données d’études où l’activité physique est mesurée par appareil plutôt que déclarée. » Un capteur enregistre plus de minutes qu’un questionnaire — même prudence pour les quantités d’exercice évoquées pour la perte de poids.

Combien d’exercice pour protéger son cœur : ce que recommandent l’OMS et la France

Opposer 560 minutes à « 150 minutes », c’est comparer un sommet à un plancher. La recommandation de l’OMS, révisée en 2020, n’est pas un nombre unique mais 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes soutenues, assorties d’une clause explicite — au-delà de 300 minutes modérées, des bénéfices supplémentaires sont attendus —, plus du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine. Le « plus, c’est mieux » est déjà dans la recommandation.

En France, les repères diffusés par Santé publique France reprennent l’expertise de l’ANSES de février 2016, intégrée au PNNS : 30 minutes d’endurance modérée à élevée par jour au moins cinq jours par semaine, fractionnables par séquences de dix minutes. Ils rejoignent les conseils faciles pour vivre plus longtemps.

Où en est la population ? L’étude Esteban 2014-2016, publiée au BEH en 2020, créditait 70,6 % des hommes et 52,7 % des femmes de 18 à 74 ans d’atteindre les repères de l’OMS, quand 80,1 % passaient au moins trois heures par jour devant un écran et que les femmes actives reculaient de 16 % en dix ans. La sédentarité progresse donc pendant qu’on débat de la dose idéale.

Ce que recommandent les autorités, et ce que mesure l’étude
Repère Adultes 65 ans et plus
Endurance (OMS 2020) 150 à 300 min modérées, ou 75 à 150 min soutenues ; bénéfices supplémentaires au-delà de 300 min Mêmes repères
Endurance (ANSES / PNNS) ≥ 30 min/jour, ≥ 5 jours/semaine, fractionnables Identique ; 7 000 à 10 000 pas/jour
Renforcement musculaire ≥ 2 jours/semaine (OMS) ; 1 à 2 fois/semaine (ANSES) Mêmes repères
Équilibre, multicomposante Non spécifié ≥ 3 jours/semaine, intensité au moins modérée
Plus de 30 % de baisse (étude 2026) 560 à 610 min/semaine au capteur — observé, non recommandé Non étudié (âge moyen 57 ans)

Une photo rapprochée d'une femme en thérapie physique dans une clinique de réadaptation

Votre condition physique change la dose — le résultat le plus utile

L’apport neuf de ce travail n’est pas le chiffre de 560 minutes, mais une seconde dimension : la capacité cardiorespiratoire VO2max, le volume maximal d’oxygène utilisable à l’effort. Croisée avec le volume d’activité, elle donne une interaction non linéaire. Pour une baisse de risque de 20 %, l’exemple publié donne 370 minutes hebdomadaires chez les moins en forme contre 340 chez les plus en forme : trente minutes d’écart, quand le communiqué annonçait « 30 à 50 minutes de plus ».

La condition physique garde par ailleurs un effet propre, de l’ordre de 2 % de risque en moins par unité de VO2max. Progresser en souffle compte donc autant qu’allonger la durée : marcher plus vite, choisir la côte, prendre l’escalier. Comme dans la prévention de l’hypertension artérielle, les petits ajustements durables pèsent plus que les efforts héroïques.

Comment savoir si vous êtes à intensité modérée

Le repère le plus simple est le test de la parole : à intensité modérée, vous pouvez tenir une conversation mais pas chanter ; vous êtes légèrement essoufflé, vous avez chaud. À intensité soutenue, quelques mots suffisent à vous couper le souffle. Méfiez-vous en revanche de la fréquence cardiaque : sous bêtabloquant, elle ne reflète plus l’effort. Un autotensiomètre sert à mesurer votre pression artérielle à la maison, pas à jauger l’intensité.

Après 65 ans : la dose applicable, et par où commencer

Combien de sport par semaine après 60 ans ? Les mêmes repères d’endurance que pour les adultes plus jeunes, quand l’état de santé le permet. L’OMS y ajoute depuis 2020, pour tous les seniors et non plus les seules personnes fragiles, une activité multicomposante — équilibre, force, endurance, marche — d’intensité au moins modérée, trois jours par semaine, contre les chutes et pour la capacité fonctionnelle. L’enjeu est concret : la perte de force musculaire pèse sur la marche et l’équilibre.

Combien de pas par jour pour le cœur ? Une méta-analyse de 57 études parue dans The Lancet Public Health en juillet 2025 situe l’inflexion de la courbe entre 5 000 et 7 000 pas quotidiens — mortalité, incidence cardiovasculaire, démence, chutes. Comparés à 2 000 pas, 7 000 pas étaient associés à 25 % d’incidence cardiovasculaire en moins. Les repères français retiennent 7 000 à 10 000 pas après 65 ans.

Par où commencer ? Depuis votre niveau actuel, pas depuis un objectif théorique : environ 10 % de durée en plus par semaine, la marche rapide d’abord, l’équilibre ensuite — voyez les sports à pratiquer après 60 ans pour des départs raisonnables.

Des programmes d’activité physique adaptée, encadrés par des professionnels, existent en cas de maladie chronique ; leur accès varie, et votre médecin traitant vous orientera. Si l’équilibre vous inquiète, notre article sur la presbyvestibulie éclaire le sujet.

Bon à savoir — Dans une journée ordinaire, comptent déjà comme activité modérée : marcher d’un bon pas jusqu’aux commerces, monter les escaliers, jardiner, faire le ménage énergiquement, promener un chien sans traîner. Les séquences de quelques minutes comptent aussi : nul besoin de tenue de sport.

Ce que cette étude ne prouve pas

C’est une étude observationnelle : elle décrit des associations, pas des causes. Ses auteurs listent les limites : cohorte probablement en meilleure santé que la population générale, VO2max estimée, temps sédentaire et activité de faible intensité non comptés. Les 17 088 participants représentent 3,4 % des quelque 502 000 volontaires de UK Biobank, avec 96 % de personnes blanches et un âge moyen de 57 ans : pas une cohorte de seniors.

Un point mérite d’être connu avant de conclure sur « le cœur ». Sur les 1 233 événements comptés, 874 sont des fibrillations auriculaires — un trouble du rythme —, soit sept sur dix. L’infarctus du myocarde (156 cas) et l’AVC (92 cas) réunis pèsent 20 % du total, l’insuffisance cardiaque (111 cas) 9 %. Le critère mesuré est donc largement un critère de rythme, que les lecteurs concernés par les arythmies cardiaques distinguent d’un accident artériel.

Enfin, le volet de randomisation mendélienne, censé approcher la causalité par la génétique, n’appuie pas la thèse du volume : seule ressort l’association entre capacité cardiorespiratoire et insuffisance cardiaque, à la limite de la significativité, les preuves sur l’activité physique étant « plus faibles et moins cohérentes ».

Quand consulter ? Prenez un avis médical avant de reprendre une activité après 60 ans, après une longue interruption, ou en cas de maladie cardiaque connue, d’hypertension non équilibrée ou de diabète. Arrêtez et consultez sans attendre en cas de douleur thoracique, d’essoufflement anormal, de palpitations, de malaise ou de vertige à l’effort.

L’essentiel à retenir

  • L’étude est réelle, mais elle date de mai 2026, pas d’août : ce qui a circulé cet été n’est qu’une republication du communiqué initial.
  • 560 à 610 minutes ne sont pas une recommandation. Aucune autorité de santé n’avance ce volume : c’est un niveau observé chez 12 % des participants, dans une étude observationnelle qui décrit des associations et non des causes, sur un critère dominé par la fibrillation auriculaire.
  • L’article conforte lui-même le plancher de 150 minutes, « minimum universel robuste » selon sa discussion ; un spécialiste indépendant a jugé le communiqué infidèle au contenu de l’article.
  • La recommandation en vigueur est une fourchette : 150 à 300 minutes modérées par semaine, bénéfices supplémentaires au-delà, plus du renforcement musculaire et, après 65 ans, de l’équilibre trois jours par semaine.
  • Ces minutes ne sont pas du sport : marche rapide, vélo et mouvement quotidien les remplissent. Le repère le plus simple reste la marche, autour de 7 000 pas par jour.

FAQ — combien bouger pour protéger son cœur

Faut-il vraiment faire 560 minutes de sport par semaine pour protéger son cœur ?

Non. Aucune autorité de santé ne recommande ce volume, et il ne s’agit pas de sport mais d’activité modérée à soutenue mesurée au capteur, marche et déplacements compris. Dans cette cohorte, seuls 12 % des participants l’atteignaient. Le Pr Aiden Doherty juge « trompeur » d’en faire un seuil d’entrée dans le bénéfice.

Les 150 minutes recommandées par l’OMS sont-elles encore valables ?

Oui, et l’étude le confirme : sa discussion parle d’un « minimum universel robuste », associé à une baisse de 8 à 9 % du risque à tous les niveaux de condition physique. La recommandation complète n’est d’ailleurs pas « 150 minutes » mais 150 à 300 minutes modérées par semaine, avec des bénéfices supplémentaires au-delà de 300, plus du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine.

Combien de temps d’activité physique faut-il après 65 ans ?

Les mêmes repères d’endurance que pour les adultes plus jeunes, quand l’état de santé le permet : 150 à 300 minutes modérées par semaine selon l’OMS, ou 30 minutes par jour cinq jours sur sept selon l’ANSES. S’y ajoutent du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine et une activité multicomposante — équilibre, force, marche — trois jours par semaine. Demandez l’avis de votre médecin.

La marche rapide compte-t-elle comme activité modérée ?

Oui. Depuis 2020, l’OMS compte l’activité pratiquée au travail, à la maison, en déplacement et en loisir, séquences de toute durée comprises. Le repère pratique est le test de la parole : à intensité modérée, vous pouvez parler mais pas chanter. Monter les escaliers ou jardiner énergiquement entrent dans le même compte.

Combien de pas par jour pour réduire son risque cardiovasculaire ?

Une méta-analyse parue dans The Lancet Public Health en juillet 2025 situe l’inflexion de la courbe entre 5 000 et 7 000 pas par jour. Comparés à 2 000 pas, 7 000 pas étaient associés à 25 % d’incidence cardiovasculaire en moins. Le gain le plus net se joue dans le bas de l’échelle.

Cet article a une visée d’information générale. Il ne constitue pas un avis médical individuel et ne remplace pas une consultation auprès d’un professionnel de santé.