Moins de 5 % de surdiagnostic : c’est le niveau compatible avec huit essais de dépistage du cancer du sein par mammographie, une fois relus avec une grille commune. Le même phénomène avait été chiffré à 11 %, 19 % ou 52 % par d’autres travaux. Ces nombres ne se comparent pas terme à terme. Ils ne comptent pas la même chose : ni sur les mêmes données, ni avec le même dénominateur, ni au même moment du suivi.

La réanalyse a été mise en ligne le 14 septembre 2026 par le Journal of the National Cancer Institute (JNCI), sous la forme d’une méta-analyse, c’est-à-dire d’un regroupement statistique d’études existantes. Elle est la plus récente des estimations, pas un consensus. Un surdiagnostic n’est ni une erreur de lecture ni une fausse alerte : c’est un cancer réel, qui ne se serait jamais manifesté. Pour une femme de 50 à 74 ans invitée au dépistage organisé, la question est de savoir quel poids donner à cet inconvénient, sans le confondre avec un risque personnel.

Quatre estimations du surdiagnostic lié au dépistage du cancer du sein, et ce qu’elles comptent
Source et annéeType de donnéesDénominateurEstimation
Méta-analyse Njor et coll., JNCI, 20268 essais randomisés, confrontés à une référence danoiseNon précisé dans le résuméCompatible avec moins de 5 %
Panel indépendant britannique, 2012Trois essais randomisés sans dépistage des témoins en fin d’essai, dont Malmö I chez les 55-69 ansTous les cancers du suivi complet, ou cancers de la période de dépistageEnviron 11 %, ou environ 19 %
Jørgensen et Gøtzsche, BMJ, 2009Tendances d’incidence de 5 territoires, 1970-2006 (données agrégées)Taux observés comparés à des taux attendus issus de modèles, et non la part des cancers dépistés52 % (intervalle de confiance 46 à 58 %), carcinomes in situ inclus
Institut national du cancer, page mise à jour le 3 septembre 2025Synthèse, études sous-jacentes non détailléesCancers détectés par le dépistage10 à 20 %

Moins de 5 %, 19 % ou 52 % : un même phénomène, des chiffres éloignés

Avant cette réanalyse, les estimations tirées des seuls essais randomisés allaient d’environ 0 à environ 50 %, selon le résumé du JNCI. Un essai randomisé tire au sort les participantes entre un groupe invité au dépistage et un groupe témoin qui ne l’est pas. C’est le dispositif le plus solide pour comparer deux groupes, et il a pourtant produit des résultats opposés. Les estimations les plus hautes se situaient entre 30 et 50 %, d’après le communiqué émis par l’université du Danemark du Sud (Syddansk Universitet), qui a mené l’étude conjointement avec Queen Mary University of London, l’université de Copenhague et l’American Cancer Society.

Entre moins de 5 % et 50 %, le rapport est d’au moins un à dix. Trois différences de calcul contribuent à cet écart. La première tient au moment où l’on compte les cancers, et aux réglages de chaque essai : mammographie proposée ou non aux témoins en fin d’étude, nombre de tours de dépistage, durée du suivi. La deuxième tient au dénominateur, c’est-à-dire au nombre de cancers par lequel on divise l’excès observé. La troisième tient à la nature des données, essais comparant deux groupes ou statistiques de population entière.

Les auteurs de la méta-analyse attribuent la dispersion des chiffres issus des essais à des choix de méthode divergents. Leur lecture est que la fourchette de 0 à 50 % reflète surtout des protocoles différents, pas des réalités différentes. Chaque réglage déplace le résultat.

Un vrai cancer qui ne se serait jamais manifesté

Le mot induit en erreur. Surdiagnostic ne veut pas dire que le radiologue s’est trompé, ni que le cancer a été inventé. L’équipe danoise le définit comme un cancer détecté par le dépistage qui n’aurait jamais provoqué de symptômes ni menacé la vie de la femme, y compris lorsque celle-ci meurt d’une autre cause peu après le diagnostic. La lésion existe bel et bien : c’est une biopsie pour confirmer un cancer, un prélèvement de tissu analysé au microscope, qui l’a établie.

Deux situations produisent ce cas. Soit la tumeur grandit trop lentement pour se manifester au cours de la vie de la femme. Soit la femme meurt d’autre chose avant que la maladie ne se déclare. L’Institut national du cancer (INCa) retient une définition voisine : des lésions cancéreuses détectées par le dépistage qui n’auraient pas évolué et n’auraient pas eu de conséquences pour la femme.

Trois notions proches ne recouvrent pas la même chose. Un faux positif est une alerte qui ne se confirme pas : l’image semblait suspecte, les examens complémentaires ne trouvent pas de cancer. Un cancer radio-induit est un cancer provoqué par les rayons X des mammographies elles-mêmes. Un cancer surdiagnostiqué n’est ni l’un ni l’autre, et il n’a rien de bénin au sens médical : c’est un cancer confirmé, dont l’évolution n’aurait simplement pas eu de conséquence.

Personne ne peut dire, pour une femme donnée, si son cancer appartient à cette catégorie. Par précaution, l’ensemble des cancers détectés est donc traité. L’INCa souligne que cette prudence peut entraîner un surtraitement : des femmes reçoivent des soins contre une maladie qui ne les aurait jamais gênées. Le surdiagnostic ne se mesure qu’à l’échelle d’un groupe.

L’avance au diagnostic, ou comment on compte trop tôt des cancers en trop

Aucun cancer ne porte l’étiquette « surdiagnostiqué ». Le phénomène ne se voit jamais directement : il se déduit en comptant. On prend deux groupes de femmes comparables, l’un invité au dépistage, l’autre non, et on suit au fil des années le nombre de cancers diagnostiqués dans chacun.

Le dépistage avance la date du diagnostic. Un cancer qui se serait révélé plus tard, par un symptôme, est repéré plus tôt sur une image. Pendant les années de dépistage, le groupe invité compte donc plus de cancers que le groupe témoin. Il cumule ceux qui seraient apparus de toute façon à cette période et ceux qui ne se seraient déclarés que plus tard, auxquels s’ajoutent, s’il y en a, ceux qui ne se seraient jamais manifestés.

Quand le dépistage s’arrête, le mouvement s’inverse. Les cancers trouvés en avance ne sont plus là pour être découverts les années suivantes, et le groupe invité en compte alors moins que les témoins. C’est ce qu’on appelle la baisse compensatoire. Seul l’excès qui persiste une fois cette baisse passée, après un suivi assez long, correspond à du surdiagnostic.

Le calcul part donc d’un excès de cancers, et sa valeur dépend de la date à laquelle on l’arrête. Mesuré trop tôt, il range parmi les cancers « en trop » des cancers qui étaient seulement en avance. Mesuré assez tard, il ne garde que les cancers qui ne seraient jamais apparus sans dépistage. Le calendrier du comptage fait le chiffre.

La réanalyse du JNCI met ce point au centre. Ses auteurs attribuent l’écart des estimations passées à des traitements divergents de deux phénomènes : la baisse compensatoire après l’arrêt du dépistage, et le dépistage de sortie, cette mammographie parfois proposée aux femmes témoins en fin d’essai. Plutôt que de calculer un pourcentage par essai, ils comparent à différents moments du suivi les proportions relatives de cancers, c’est-à-dire le rapport entre les cancers du groupe invité et ceux du groupe témoin.

Mammographie de sortie, nombre de tours, durée de suivi : trois réglages qui déplacent le résultat

Trois éléments ont été pris en compte par l’équipe, selon le communiqué de l’université du Danemark du Sud : le dépistage ou non des femmes témoins après la fin de l’essai, le nombre de tours de dépistage proposés à chaque groupe, et la durée de suivi de chacun. Aucun de ces réglages n’est une erreur. Chacun répond à une contrainte d’étude, et chacun pousse le résultat dans une direction.

La mammographie proposée aux témoins en fin d’essai

Si les femmes du groupe témoin passent une mammographie une fois l’essai terminé, leurs cancers jusque-là invisibles sont repérés à leur tour. Le groupe témoin rattrape alors le groupe invité. L’excès de cancers fond, et l’estimation du surdiagnostic peut descendre jusqu’à 0 %. Ce réglage tire le chiffre vers le bas.

Le nombre de tours de dépistage

Si les invitées se voient proposer plus de tours de dépistage que les témoins, l’écart entre les deux groupes se creuse pendant l’essai. Chaque tour supplémentaire est une occasion de plus de trouver un cancer tôt, qu’il soit surdiagnostiqué ou simplement en avance. L’excès gonfle.

La durée du suivi

Un suivi court arrête le comptage avant que la baisse compensatoire ait eu le temps de jouer. Les cancers découverts en avance y figurent encore comme des cancers en trop, et le surdiagnostic paraît plus élevé. Un suivi long laisse à cette avance le temps de se résorber.

Les trois réglages jouent donc en sens contraires : le premier fait baisser l’estimation, les deux autres la font monter. Deux essais conduits avec rigueur peuvent ainsi aboutir, selon leur protocole, à un chiffre proche de 0 % ou proche de 50 %. C’est l’amplitude que rapporte le résumé du JNCI. Les estimations de 30 à 50 % mises en avant par le communiqué en forment le haut.

Une technicienne médicale réglant une machine de mammographie l'accent sur son comportement attentionné et professionnel le fond doucement flou pour souligner l'équipement et les patients font confiance à un ruban rose

Comment la réanalyse de huit essais descend sous 5 %

Cinq auteurs signent la méta-analyse, publiée le 14 septembre 2026 en version avancée dans le JNCI. S. H. Njor relève de l’hôpital de Lillebælt, à l’université d’Aarhus et à l’université du Danemark du Sud. C. U. Pedersen travaille à Lillebælt et à Aarhus, E. Lynge à l’université de Copenhague. R. A. Smith appartient à l’American Cancer Society, la société américaine de lutte contre le cancer, et M. Rebolj à Queen Mary University of London.

Huit essais randomisés ont été relus. Selon le communiqué de l’université, il s’agit des essais Health Insurance Plan de New York, Malmö, Two-County, Édimbourg, Canadian National Breast Screening Study, Stockholm, Göteborg et UK Age. Cette liste n’a pas pu être lue dans le texte intégral de l’étude, seulement dans le communiqué.

Le calcul ne part pas des essais pour en tirer un pourcentage chacun. Il part d’une référence : le programme de dépistage de Funen, au Danemark, où le surdiagnostic est estimé sous 5 %. Dans ce pays, le dépistage a démarré dans certaines régions 17 ans plus tôt que dans d’autres. Cet écart d’une génération de dépistage permet d’observer l’évolution des diagnostics sur longue période, avec des régions qui servent de point de comparaison.

Les auteurs établissent quelles proportions relatives de cancers on devrait observer, à chaque moment du suivi, si les essais suivaient le schéma de Funen. Ils les confrontent ensuite à celles effectivement relevées dans les essais. Leur conclusion : analysés dans un cadre commun, qui tient compte du dépistage de sortie et du moment du suivi, les essais montrent des profils d’excès de cancers cohérents entre eux, et compatibles avec un surdiagnostic très faible, inférieur à 5 %.

Ce résultat ne mesure donc pas directement une part de cancers surdiagnostiqués. Il établit une ressemblance de forme entre les essais et la référence danoise. La conclusion vaut donc ce que vaut Funen. Le résumé ne précise pas non plus à quel dénominateur rapporter ces 5 % : cancers dépistés ou ensemble des cancers du suivi. Seul le texte intégral permettrait de le situer exactement face aux autres estimations.

Le communiqué de l’université mentionne deux financements : la fondation Novo Nordisk pour C. U. Pedersen, Cancer Research UK pour M. Rebolj.

11 % ou 19 % avec les mêmes données : le poids du dénominateur

En octobre 2012, un panel indépendant réuni pour l’association Cancer Research UK et le ministère britannique de la Santé a publié ses propres estimations. Il s’appuie sur trois essais sans dépistage des témoins en fin d’essai, dont Malmö I, mené en Suède chez des femmes de 55 à 69 ans, et les deux essais canadiens. Le panel y retient un excès de cancers chez les invitées, puis l’exprime de deux façons.

Rapporté à tous les cancers diagnostiqués pendant la totalité du suivi, cet excès représente environ 11 %. Rapporté aux seuls cancers diagnostiqués chez les invitées pendant la période de dépistage, il représente environ 19 %. Le nombre de femmes concernées reste le même. Seul le dénominateur change.

Le premier calcul adopte le point de vue de la population : parmi tous les cancers qui apparaîtront sur la durée, quelle part est en trop. Le second adopte celui de la femme dépistée : parmi les cancers trouvés pendant les années où elle passe des mammographies, quelle part n’aurait jamais eu de conséquence. Les deux lectures sont exactes. Elles répondent à deux questions distinctes, et la seconde donne mécaniquement un pourcentage plus élevé, parce qu’elle divise par un nombre plus petit.

Un pourcentage de surdiagnostic sans son dénominateur ne se compare donc à aucun autre. Aligner moins de 5 %, 19 % et 52 % revient à comparer des fractions dont le bas n’est pas le même.

Pourquoi les études de population arrivent à 52 %

Le chiffre le plus élevé vient d’une autre famille de calcul. En 2009, dans le British Medical Journal (BMJ), K. J. Jørgensen et P. C. Gøtzsche ont examiné l’incidence du cancer du sein, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas, avant et après l’arrivée du dépistage. Leur revue couvre cinq territoires, le Royaume-Uni, le Manitoba, la Nouvelle-Galles du Sud, la Suède et la Norvège, entre 1970 et 2006. Elle aboutit à un surdiagnostic groupé de 52 %, carcinomes in situ inclus (des cancers restés dans le canal ou le lobule où ils sont nés), avec un intervalle de confiance à 95 % de 46 à 58 %, soit la plage de valeurs que les données rendent plausible.

Ce type de comparaison impose une étape que les essais évitent. Il faut estimer ce qu’aurait été l’incidence sans dépistage, en tenant compte de la tendance de fond et de l’âge de la population. Ces taux attendus sortent de modèles de régression, et chaque hypothèse du modèle pèse sur le résultat. Les évaluateurs de la base DARE, qui analyse de façon critique les revues publiées, relèvent aussi que les sources primaires étaient peu décrites, et jugent qu’une interprétation prudente s’impose.

Ce 52 % n’est pas une part des cancers dépistés. Il compare des taux observés et des taux attendus sur des populations entières, ce qui n’est pas le même dénominateur que celui d’une femme passant une mammographie.

En juin 2021, dans la revue BMJ Open, D. Chaltiel et C. Hill ont cherché pourquoi les estimations publiées s’étalaient de 0 à plus de 50 %. Leur constat est net. Aucune étude fondée sur des données individuelles, où chaque femme est suivie une à une, ne dépasse 17 % de surdiagnostic. Les études sur données agrégées, qui travaillent sur des totaux de population, dépassent souvent 40 %.

Cet écart systématique ne disqualifie pas les études de population. Il indique ce qu’elles mesurent, et à quel prix d’hypothèses. Le type de données pèse sur l’estimation.

Rapportés à 10 000 femmes invitées pendant vingt ans

Un pourcentage ne compte personne. Le panel britannique de 2012 a donc converti son estimation en effectifs. En partant du calcul à 19 %, il chiffre à 129 sur 10 000 le nombre de cancers surdiagnostiqués pour 10 000 femmes invitées à partir de 50 ans pendant vingt ans, dans le cadre britannique.

En face, le même panel estime que l’invitation au dépistage réduit de 20 % le risque relatif de mourir d’un cancer du sein, avec un intervalle de confiance de 11 à 27 %. Le risque relatif compare le risque des invitées à celui des femmes non invitées. Il ne dit pas, à lui seul, combien de décès cela représente. Le panel en donne la valeur absolue : un décès par cancer du sein évité pour 235 femmes invitées pendant vingt ans. Sur 10 000 invitées, le panel l’exprime lui-même en 43 décès évités.

Sur 10 000 invitées suivies vingt ans, le calcul britannique met ainsi en regard 129 cancers surdiagnostiqués et 43 décès par cancer du sein évités. Les deux nombres décrivent des conséquences de nature différente. L’un ne s’efface pas devant l’autre. Le panel prévenait lui-même que, vu les incertitudes, ces effectifs donnent une impression trompeuse de précision.

Un surdiagnostic sous 5 % réduirait nettement le premier nombre. Son ampleur exacte en effectifs ne se déduit pourtant pas du résumé du JNCI, faute d’un dénominateur comparable à celui du panel. Il faudrait connaître la base de calcul des 5 % pour convertir ce seuil en femmes sur 10 000. La réanalyse ne mesure pas non plus la mortalité : la baisse de 20 % et le décès évité pour 235 invitées restent les estimations du panel de 2012, pas des résultats de l’étude danoise.

Pour une femme de 50 à 74 ans invitée au dépistage organisé

En France, le dépistage organisé du cancer du sein s’adresse aux femmes de 50 à 74 ans sans symptômes ni antécédents particuliers. Tous les deux ans, elles sont invitées à passer une mammographie et un examen clinique des seins. Les clichés jugés normaux font l’objet d’une seconde lecture par un autre radiologue. L’examen est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais, selon l’INCa : la femme n’a pas à payer au comptoir du cabinet de radiologie puis à attendre un remboursement.

Le cancer du sein reste fréquent : 61 214 nouveaux cas en 2023 et 12 757 décès en 2022 en France, d’après l’INCa. Ces totaux ne se prêtent pas à une multiplication par 5 % ou par 10 à 20 % pour obtenir un nombre de femmes surdiagnostiquées. Ils mêlent tous les âges et tous les modes de découverte, par dépistage comme par symptômes. Les tendances à l’échelle mondiale relèvent d’un autre exercice, les projections de l’OMS sur le cancer.

Si vous recevez cette invitation, le surdiagnostic est l’un des inconvénients du dépistage, pas le seul. S’y ajoutent les examens complémentaires après une image suspecte, et un risque de décès par cancer radio-induit, c’est-à-dire provoqué par les rayons X. L’INCa estime ce risque de décès de l’ordre de 1 à 10 pour 100 000 femmes passant une mammographie tous les deux ans pendant dix ans. Ramené à la même échelle que les chiffres britanniques, cela fait 0,1 à 1 décès sur 10 000 femmes, pour dix ans de dépistage et non vingt.

Le seuil de moins de 5 % n’est pas la probabilité, pour une femme donnée, que son cancer soit un surdiagnostic. C’est une proportion estimée à l’échelle des essais. Une estimation plus basse change le poids de cet inconvénient dans la balance, dont l’autre plateau porte le bénéfice estimé par le panel britannique, une baisse de la mortalité par cancer du sein. Elle ne change pas la nature du choix, qui reste une décision informée.

Cette information pèse d’autant plus que la participation reste minoritaire. Lors des dernières campagnes mesurées, moins d’une femme invitée sur deux s’est fait dépister dans le cadre du programme : 47,7 % en 2021-2022 et 46,6 % en 2020-2021, contre 52,3 % au plus haut, en 2011-2012. Ces taux ne disent pas pourquoi les autres femmes ne participent pas. L’ampleur réelle du surdiagnostic compte parce qu’elle fait partie de l’information remise aux femmes pour décider. La même balance entre bénéfices et inconvénients se pose pour le dépistage organisé du cancer colorectal.

Les limites de l’estimation sous 5 %

La réanalyse porte sur des essais randomisés, pas sur le programme français actuel. Ces essais ont suivi leurs propres protocoles, distincts du schéma appliqué en France aujourd’hui : invitation de 50 à 74 ans, mammographie tous les deux ans, seconde lecture des clichés jugés normaux. Leur chiffre ne se transpose pas mécaniquement aux femmes dépistées en France, ni donc à votre propre situation si vous participez au programme.

Le résultat repose sur un pivot, la référence danoise de Funen. Il établit une compatibilité avec moins de 5 %, pas une mesure directe. Le résumé ne précise pas le dénominateur de ce seuil, ce qui empêche de le placer exactement à côté du 11 %, du 19 % ou du 52 %. Ces points ne pourront être tranchés qu’à la lecture du texte intégral et à l’aune des réponses d’autres équipes. À la mi-septembre 2026, aucune n’avait encore été publiée.

La page de l’INCa mise à jour le 3 septembre 2025 situe les surdiagnostics à 10 à 20 % des cancers détectés, sans détailler les études dont ce chiffre est tiré. Antérieure de plus d’un an à la réanalyse, elle n’en tient pas compte. La méta-analyse ne mesure pas non plus la mortalité : elle ne dit rien, à elle seule, de l’équilibre entre bénéfices et inconvénients du dépistage. Compatible ne veut pas dire démontré.

L’essentiel à retenir

  • Un surdiagnostic est un cancer réel, confirmé, qui ne se serait jamais manifesté. Ce n’est ni un faux positif ni un cancer bénin.
  • Personne ne peut savoir, pour une femme donnée, si son cancer en fait partie : tous les cancers détectés sont traités, d’où un surtraitement possible.
  • Les estimations vont de moins de 5 % à 52 % et ne se comparent pas directement, car elles diffèrent par le moment du comptage, le dénominateur et le type de données.
  • La réanalyse du JNCI du 14 septembre 2026 rend huit essais compatibles avec moins de 5 %, en s’appuyant sur une référence danoise. C’est l’estimation la plus récente, pas un consensus.
  • Ce seuil est une proportion à l’échelle des essais, pas un risque individuel. Il ne change pas la nature du choix de participer au dépistage organisé, qui reste une décision informée.

Questions fréquentes

Un surdiagnostic de cancer du sein est-il un faux positif ?

Non. Un faux positif est une image suspecte qui, après examens complémentaires, ne correspond pas à un cancer. Un surdiagnostic est un cancer réel, confirmé par une biopsie, mais qui n’aurait jamais provoqué de symptômes ni menacé la vie de la femme. Il ne faut pas non plus le confondre avec un cancer radio-induit, provoqué par les rayons X.

Pourquoi le surdiagnostic est-il estimé à moins de 5 % par certains et à plus de 50 % par d’autres ?

Parce que les calculs ne comptent pas la même chose. Un comptage réalisé trop tôt range parmi les cancers en trop des cancers seulement découverts en avance. Une mammographie proposée aux femmes témoins en fin d’essai fait baisser l’estimation, un suivi court la fait monter. Le dénominateur retenu et le type de données, individuelles ou agrégées, déplacent aussi le résultat.

Le chiffre de moins de 5 % vaut-il pour le dépistage en France ?

Pas mécaniquement. La réanalyse porte sur huit essais randomisés, pas sur le programme français qui invite les femmes de 50 à 74 ans tous les deux ans, avec seconde lecture des clichés jugés normaux. La page de l’INCa, mise à jour le 3 septembre 2025 et donc antérieure à l’étude, situe les surdiagnostics à 10 à 20 % des cancers détectés.

Peut-on savoir si son propre cancer du sein est surdiagnostiqué ?

Non. Le surdiagnostic se déduit en comparant le nombre de cancers de groupes entiers de femmes, il ne se voit pas sur une tumeur donnée. C’est pourquoi l’ensemble des cancers détectés est traité par précaution, ce qui peut entraîner un surtraitement selon l’INCa.

Que change cette réanalyse pour le dépistage organisé ?

Elle ne porte pas sur le programme français lui-même. Si l’estimation se confirme, le surdiagnostic pèse moins lourd parmi les inconvénients du dépistage, aux côtés des examens complémentaires et du risque de décès par cancer radio-induit. L’étude ne mesure pas la mortalité et reste une méta-analyse récente, à laquelle aucune autre équipe n’avait encore répondu à la mi-septembre 2026.

Qui consulter pour décider de participer au dépistage du cancer du sein ?

La décision se discute avec le médecin traitant, le gynécologue ou la sage-femme. Le dépistage organisé concerne les femmes sans symptômes : tout changement constaté dans un sein relève d’une consultation, en dehors du dépistage.