Faire le point sur les risques de chute d’une personne âgée, puis agir sur ce qui ressort, pourrait réduire le nombre total de chutes, surtout chez celles qui tombent à répétition. La proportion de personnes qui tombent au moins une fois, elle, ne baisse pas nettement. C’est la conclusion de la mise à jour de la revue Cochrane consacrée à ces programmes, mise en ligne le 21 septembre 2026 : 110 essais randomisés, 48 919 personnes de 60 ans et plus vivant chez elles. Face aux soins habituels, ce bénéfice repose sur une certitude faible, ce qui veut dire que le vrai effet pourrait être nettement différent.
Le résultat le plus solide de la revue porte sur une autre comparaison. Face à un conseil de prévention des chutes bien délivré, le bilan personnalisé n’apporte pas de gain supplémentaire, avec une certitude cette fois modérée. Il n’est donc ni inutile ni décisif : tout dépend de ce à quoi on le compare. Et l’exercice d’équilibre, évalué dans une autre revue Cochrane, reste la mesure dont l’effet est établi avec le plus de certitude.
Bilan sur mesure ou programme identique pour tous : deux stratégies distinctes
Derrière l’expression « prévention des chutes », la revue distingue deux façons de faire, qui n’obtiennent pas les mêmes résultats. La première, dite multifactorielle, commence par une évaluation individuelle du risque : médicaments, vue, équilibre, logement. Seuls les leviers utiles à la personne sont ensuite activés. La seconde, dite à composantes multiples, applique le même ensemble de mesures à tout le monde, sans évaluation préalable.
La boîte à outils est commune aux deux. La revue et son résumé en langage clair recensent l’exercice, l’éducation, le conseil, la revue des médicaments, l’aménagement du logement ou les aides techniques, les interventions psychologiques et l’évaluation des dangers du domicile. La différence tient à la sélection. Dans un bilan multifactoriel, une personne dont le traitement pose question verra ses médicaments réexaminés par un médecin ou un pharmacien, une démarche que le site détaille à propos du bilan de médication en pharmacie. Une autre, dont le logement présente des pièges, sera orientée vers un aménagement. Dans un programme à composantes multiples, chacun reçoit le même paquet.
L’essai britannique PreFIT, inclus dans la revue de 2026, montre à quoi ressemble concrètement la version personnalisée. Dans 63 cabinets de médecine générale en Angleterre, un questionnaire envoyé par la poste repérait les personnes à risque plus élevé. Celles-ci étaient invitées à une évaluation par une infirmière ou un médecin formés, avec une orientation vers d’autres soins si un problème apparaissait. Dans PreFIT, le bilan repère et oriente.
Cette distinction commande la lecture de tout ce qui suit. Un « bilan chutes » proposé à votre proche peut désigner l’une ou l’autre démarche, et les chiffres de la revue ne sont pas les mêmes selon le cas.
110 essais, près de 49 000 seniors vivant chez eux : qui a été suivi
Une revue Cochrane est une revue systématique : elle rassemble tous les essais disponibles sur une question et en combine les résultats. Celle-ci réunit 110 essais randomisés, c’est-à-dire des études où le hasard décide qui reçoit le programme et qui sert de comparaison. Au total, 48 919 personnes de 60 ans et plus vivant à domicile y ont participé. La recherche des essais s’arrête au 16 mai 2024 : un essai publié après cette date n’y figure pas. La version précédente, parue en 2018, comptait 62 essais et 19 935 participants.
Ces résultats parlent-ils de votre proche ? En partie seulement. Les âges moyens vont de 62 à 85 ans selon les essais, et les femmes sont majoritaires dans la plupart d’entre eux. D’après le résumé en langage clair publié par Cochrane, les essais ont surtout été menés en Australie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, sur une durée d’environ douze mois. Ces systèmes de soins ne sont pas le système français.
Plusieurs populations restent hors du champ. Les résidents d’Ehpad n’y figurent pas, puisque seules les personnes vivant chez elles ont été retenues. Les essais consacrés aux personnes ayant eu un accident vasculaire cérébral (AVC) ou atteintes de la maladie de Parkinson ont été exclus, de même que les moins de 60 ans. Un résultat moyen ne dit pas non plus ce qui se passe pour une personne de 88 ans très fragile, ni pour un retraité de 65 ans en pleine forme. La moyenne ne décrit personne en particulier.
Un point de méthode, enfin. Trois auteurs de la revue, Clemson, Sherrington et Lamb, ont signé des essais qui y sont inclus, dont PreFIT. La revue précise qu’ils n’ont participé ni à la sélection, ni à l’extraction des données, ni à l’évaluation de ces essais.
Moins de chutes au total, à peu près autant de personnes qui tombent
Face aux soins habituels ou à une simple attention, comme des visites sociales, le bilan multifactoriel pourrait réduire le taux de chutes. L’estimation moyenne est un rapport de taux de 0,76, calculé sur 29 essais et 9 442 participants. Le rapport de taux compare le nombre de chutes entre les deux groupes : 0,76 correspond à environ 24 chutes de moins pour 100 chutes attendues. Le résultat est en certitude faible.
Le bilan pourrait aussi réduire le risque de chutes répétées, c’est-à-dire de tomber deux fois ou plus. Le risque relatif, qui compare la proportion de personnes concernées dans chaque groupe, est de 0,87, sur 17 essais et 4 826 participants. Sur 100 personnes qui auraient fait plusieurs chutes avec les soins habituels, environ 13 de moins seraient dans ce cas. La certitude est là encore faible.
Le troisième critère raconte autre chose. Sur le risque de tomber au moins une fois, le risque relatif est de 0,95, avec un intervalle de confiance de 0,90 à 1,01, sur 38 essais et 12 774 participants. L’intervalle de confiance est la fourchette dans laquelle se situe vraisemblablement l’effet réel. Ici, il inclut 1, la valeur qui signifie l’absence de différence. Le bilan pourrait donc avoir peu ou pas d’effet sur la proportion de personnes qui tombent, en certitude faible.
Comment les deux résultats tiennent-ils ensemble ? Le taux de chutes compte toutes les chutes, y compris la troisième ou la quatrième d’une même personne. Le risque de tomber compte les personnes qui tombent au moins une fois, quel que soit le nombre de leurs chutes. Un effet sur le premier sans effet net sur le second signifie que le bilan réduit surtout les chutes à répétition, pas la première chute.
Le gain estimé porte sur les récidives. Il profite d’abord aux personnes qui tombent déjà souvent. Si votre proche n’est jamais tombé, la revue ne permet pas d’attendre d’un bilan qu’il empêche une première chute. S’il accumule les chutes, l’estimation est plus favorable, sans être acquise.
Un quart de chutes en moins : relatif, moyen, et dépendant du point de départ
Un rapport de taux de 0,76 est un chiffre relatif, et une moyenne sur des essais différents. Il se lit dans ce sens : de combien le nombre de chutes baisse par rapport à ce qu’il aurait été sans bilan, et non combien de chutes seront évitées chez votre proche. Pour passer à un ordre de grandeur absolu, il faut connaître le nombre de chutes au départ. Les tableaux détaillés de la version 2026, qui fournissent ce calcul, n’ont pas pu être consultés : le texte intégral n’est pas librement consultable. Seule la version de 2018 permet de l’illustrer.
En 2018, avec un rapport de taux très proche (0,77), la revue chiffrait l’effet sur des populations qui tombaient beaucoup : 2 317 chutes pour 1 000 personnes suivies un an avec les soins habituels, contre 1 784 avec le bilan. Cela fait environ 530 chutes de moins pour 1 000 personnes, chez des participants qui tombaient en moyenne plus de deux fois par an. Or environ un tiers des personnes âgées vivant chez elles tombent au moins une fois dans l’année. Chez des seniors qui tombent rarement, le même pourcentage représente beaucoup moins de chutes évitées. Un quart de chutes en moins n’est pas un quart de risque en moins pour chacun.
Face à un bon conseil de prévention, aucun gain supplémentaire
La comparaison la plus probante de la revue n’oppose pas le bilan à l’absence de prise en charge. Elle l’oppose à un conseil ou à une éducation à la prévention des chutes, comme le dépliant de conseils remis à tous les participants de PreFIT. Sur sept essais et 9 901 participants, le bilan personnalisé ne réduit pas le taux de chutes : le rapport de taux est de 1,09, avec un intervalle de 1,00 à 1,18. Sur le risque de tomber (0,99) comme sur les chutes répétées (0,99), il n’a probablement que peu ou pas d’effet. La certitude est cette fois modérée.
Les auteurs le formulent ainsi dans les conclusions du résumé de la revue : « Les interventions multifactorielles n’apportent pas de bénéfice supplémentaire sur le taux de chutes et n’ont probablement que peu ou pas d’effet sur le risque de tomber et sur les chutes répétées, par rapport au conseil ou à l’éducation sur la prévention des chutes. » Traduit : un bon conseil fait à peu près aussi bien qu’un bilan complet. La phrase ne contredit pas l’estimation favorable obtenue face aux soins habituels. Tout tient dans le comparateur.
Les deux résultats sont donc vrais en même temps. Face à une prise en charge ordinaire, le bilan fait peut-être un peu mieux ; face à un bon conseil, il ne fait pas mieux. L’essai PreFIT montre comment l’effet se dilue. Tous les participants recevaient déjà le dépliant. Parmi les répondants au questionnaire, 37,3 % étaient classés à risque plus élevé, un peu plus d’un tiers, et 71 % des personnes concernées sont venues au bilan, soit sept sur dix. Rapportées l’une à l’autre, ces deux proportions font passer par l’évaluation à peine plus d’un quart des répondants, et le bilan orientait vers d’autres soins sans les délivrer lui-même.
Sur 18 mois, le bilan n’a pas réduit le taux de chutes par rapport au conseil seul dans PreFIT (rapport de taux 1,13, intervalle de 0,98 à 1,30). Reste la légère hausse relevée par la revue face au conseil. Son intervalle touche 1,00 : elle est compatible avec une absence d’effet, et ne signifie pas que le bilan fait tomber. Une hypothèse plausible, que la revue n’a pas testée, est qu’un suivi plus étroit conduit à déclarer davantage de chutes. Les effets indésirables rapportés dans les six comparaisons étaient généralement bénins. Aucun signal de danger n’en ressort.
Programmes identiques pour tous : un bénéfice revu à la baisse depuis 2018
Les programmes à composantes multiples, qui appliquent les mêmes mesures à tous, donnent un profil inversé. Face aux soins habituels, ils pourraient avoir peu ou pas d’effet sur le taux de chutes : rapport de taux 0,91, intervalle de 0,80 à 1,04, sur 14 essais et 4 026 participants. Ils pourraient en revanche réduire le risque de tomber au moins une fois, avec un risque relatif de 0,88 (0,80 à 0,97) sur 19 essais et 6 925 participants. Sur 100 personnes qui seraient tombées, environ 12 de moins. Les deux résultats sont en certitude faible.
Face à l’exercice seul, ces programmes pourraient avoir peu ou pas d’effet supplémentaire sur le taux de chutes (0,91, de 0,80 à 1,04, certitude faible) et n’en ont probablement que peu ou pas sur le risque de tomber (0,97, de 0,90 à 1,05, certitude modérée). Face au conseil, même constat : peu ou pas d’effet possible sur le taux de chutes (0,96, de 0,85 à 1,08, certitude faible), probablement peu ou pas sur les chutes répétées (0,93, de 0,83 à 1,05, certitude modérée).
Le changement le plus net tient à l’évolution depuis 2018. La version précédente concluait que ces programmes, qui comprenaient généralement de l’exercice, réduisaient probablement le taux de chutes : rapport de taux 0,74 sur six essais et 1 085 participants, en certitude modérée. En 2026, le même critère passe à 0,91 et à « peu ou pas d’effet », en certitude faible. Le bilan personnalisé, lui, reste stable face aux soins habituels : 0,77 en 2018, 0,76 en 2026.
Le poids des nouveaux essais est l’explication la plus simple. Entre les deux versions, le nombre d’essais est passé de 62 à 110, et celui des participants de 19 935 à 48 919. De grands essais pragmatiques, menés dans les conditions ordinaires du soin, ont pu tirer les estimations vers le bas. Un résultat probable peut s’effacer. C’est le principe d’une revue tenue à jour : elle n’arrête pas une vérité, elle fait le point à une date.
| Comparaison | Critère | Résultat (intervalle de confiance à 95 %) | Certitude et lecture |
|---|---|---|---|
| Bilan multifactoriel contre soins habituels | Taux de chutes | Rapport de taux 0,76 (0,67 à 0,87) | Faible : pourrait réduire |
| Chutes répétées | Risque relatif 0,87 (0,78 à 0,98) | Faible : pourrait réduire | |
| Risque de tomber au moins une fois | Risque relatif 0,95 (0,90 à 1,01) | Faible : peu ou pas d’effet possible | |
| Bilan multifactoriel contre conseil ou éducation | Taux de chutes | Rapport de taux 1,09 (1,00 à 1,18) | Modérée : pas de bénéfice supplémentaire, peut-être une légère hausse compatible avec l’absence d’effet |
| Risque de tomber au moins une fois | Risque relatif 0,99 (0,93 à 1,05) | Modérée : probablement peu ou pas d’effet | |
| Chutes répétées | Risque relatif 0,99 (0,89 à 1,10) | Modérée : probablement peu ou pas d’effet | |
| Bilan multifactoriel contre exercice seul | Taux de chutes et risque de tomber | Effets très incertains ; chutes répétées non évaluées | Très faible : impossible de conclure |
| Programme identique pour tous contre soins habituels | Taux de chutes | Rapport de taux 0,91 (0,80 à 1,04) | Faible : peu ou pas d’effet possible |
| Risque de tomber au moins une fois | Risque relatif 0,88 (0,80 à 0,97) | Faible : pourrait réduire |
L’exercice d’équilibre, la mesure la mieux démontrée
Un levier se détache, et il vient d’une autre revue Cochrane, publiée le 31 janvier 2019 et consacrée à l’exercice seul chez les personnes âgées vivant à domicile. Comparé à l’absence d’exercice, il réduit le taux de chutes et le nombre de personnes qui tombent, avec une certitude élevée. Aucun résultat de la revue de 2026 n’atteint ce niveau. Tous types d’exercice confondus, le taux de chutes baisse de 23 % (rapport de taux 0,77, sur 59 études et 12 981 participants).
Converti en chutes, l’effet devient concret. Sur un risque illustratif de 850 chutes pour 1 000 personnes suivies un an, l’exercice en évite environ 195, dans une fourchette de 144 à 246. Le nombre de personnes qui tombent baisse de 15 % : sur 480 personnes qui tomberaient pour 1 000, environ 72 de moins. Pour les programmes d’équilibre et d’exercices fonctionnels, la baisse du taux de chutes atteint 24 % (rapport de taux 0,76, sur 39 études et 7 920 participants), là encore en certitude élevée. Le site consacre un article à l’exercice quotidien des seniors.
La comparaison directe, elle, manque. La revue de 2026 a bien confronté le bilan multifactoriel à l’exercice seul, mais les effets mesurés y sont très incertains, en certitude très faible, et les chutes répétées n’ont pas été évaluées. L’avantage de l’exercice se lit donc d’une revue à l’autre, pas dans un même essai. Aucune donnée ne montre directement qu’il fait mieux que le bilan.
Les niveaux de preuve suffisent pourtant à hiérarchiser. L’exercice, évalué contre l’absence d’exercice, a un effet établi en certitude élevée ; le bilan, évalué contre les soins habituels, a un effet possible en certitude faible. L’écart de solidité est net. Dans PreFIT, l’exercice d’équilibre et de renforcement à domicile n’a réduit les chutes qu’à huit mois, pas sur l’ensemble des 18 mois de suivi, mais il s’est révélé l’option la plus coût-efficace des trois.
Une certitude faible : des essais qui se contredisent largement
Le mot faible a ici un sens précis. Les revues Cochrane notent la certitude de chaque résultat selon une grille appelée GRADE, en quatre niveaux : élevée, modérée, faible, très faible. Une certitude faible signifie que le vrai effet pourrait être nettement différent de l’estimation. Le vocabulaire suit la note : réduit pour une certitude élevée, réduit probablement pour une modérée, pourrait réduire pour une faible, très incertain pour une très faible. Et « peu ou pas d’effet » ne veut pas dire aucun effet.
Trois raisons expliquent la note obtenue par le bilan face aux soins habituels. D’abord l’hétérogénéité : l’indicateur I², qui mesure à quel point les résultats des essais divergent, atteint 92 % pour le taux de chutes. À ce niveau, les essais se contredisent largement. Ensuite, dans la plupart des essais, les participants savaient probablement quel programme ils recevaient, ce qui fragilise la comparaison. Enfin, un biais de publication est possible dans quelques comparaisons : de petites études négatives ont pu rester dans les tiroirs.
Le 0,76 est donc une moyenne d’essais très disparates. Ce n’est pas une promesse. Pour votre proche, l’effet réel peut être plus fort, plus faible ou nul, et la revue ne permet pas de savoir à l’avance dans quel cas il se trouve.
Le libellé porte le niveau de preuve. Sur le risque de tomber face aux soins habituels, le résumé scientifique de la revue comme son résumé en langage clair écrivent que le bilan pourrait avoir peu ou pas d’effet, en certitude faible. Ils n’écrivent pas probablement, réservé aux résultats de certitude modérée : l’absence d’effet sur la première chute reste, elle aussi, incertaine.
Pour un senior en France : un risque qui augmente, un repérage gratuit
En France, l’enjeu ne recule pas. D’après le bulletin national de Santé publique France publié le 12 mars 2026, les chutes ont entraîné 174 824 hospitalisations et 20 148 décès chez les 65 ans et plus en 2024. En taux standardisé, cela représente environ 12 hospitalisations et un peu plus d’un décès pour 1 000 personnes de cet âge dans l’année. Le taux d’hospitalisation a progressé de 20,5 % depuis 2019, celui des décès de 18 %. Les hospitalisations sont proportionnellement plus fréquentes chez les femmes, la mortalité plus élevée chez les hommes.
L’âge pèse lourd. Le taux d’hospitalisation pour chute est 8,6 fois plus élevé après 85 ans qu’entre 65 et 74 ans, et le taux de mortalité 29 fois plus élevé. Le plan antichute présenté en février 2022 visait une baisse de 20 % des chutes mortelles ou entraînant une hospitalisation d’ici 2024, autour de cinq axes : repérage, aménagement du logement avec MaPrimeAdapt’, aides techniques, activité physique, téléassistance. Ces données de surveillance décrivent une tendance. Elles ne mesurent l’efficacité d’aucun dispositif, et ne permettent pas d’imputer la hausse à un échec du plan.
Les recommandations mondiales sur la prévention des chutes, publiées en septembre 2022 dans la revue Age and Ageing, prévoient un conseil de prévention et d’activité physique pour toutes les personnes âgées, et un repérage du risque à l’occasion des contacts avec le système de soins. Le bilan complet y est réservé à une population précise : « Les personnes jugées à haut risque devraient se voir proposer une évaluation multifactorielle complète du risque de chute, en vue de construire et de mettre en œuvre avec elles des interventions personnalisées. » La revue de 2026 ne dit pas d’abandonner ce bilan. Ses résultats décrivent un bénéfice modeste, incertain, concentré sur les chutes répétées. Face à l’exercice seul, ils ne permettent pas de conclure, et rien n’y présente le bilan comme un substitut à l’exercice.
Le dispositif français le plus proche, Mon bilan prévention, n’est pas l’intervention testée par Cochrane. Selon le portail national pour les personnes âgées, dans sa version du 30 avril 2024, c’est un rendez-vous de repérage proposé notamment entre 60 et 65 ans et entre 70 et 75 ans, un par tranche d’âge. Il est réalisé par un médecin, un infirmier, un pharmacien ou une sage-femme, dure 30 à 45 minutes et est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sauf franchises. Il débouche sur un plan personnalisé de prévention transmis au médecin traitant. Son effet sur les chutes n’a pas été évalué dans la revue.
Son auto-questionnaire pour les 70-75 ans, diffusé en décembre 2023, interroge sur l’audition, l’activité physique, l’accessibilité du logement et son adaptation à la prévention des chutes, et propose l’équilibre comme sujet prioritaire à aborder. D’autres sujets voisins, comme la carence en vitamine D chez le senior, sont traités séparément sur le site.
Médicaments et chutes : ne rien modifier seul. La revue des médicaments fait partie des composantes possibles d’un bilan, mais elle relève du médecin ou du pharmacien. Un traitement ne s’arrête, ne se réduit ni ne se modifie sans leur avis. Une chute, surtout répétée ou accompagnée d’une blessure, se signale au médecin traitant.
Fractures, hospitalisations, causes des chutes : les questions encore ouvertes
Pour vous et votre famille, la chute qui compte le plus est celle qui provoque une fracture ou une hospitalisation. Le résumé de la revue de 2026 ne précise pas l’effet du bilan sur ces deux critères, et son texte intégral n’a pas pu être consulté. Il faudrait les tableaux complets de la revue pour le savoir. En 2018, la revue concluait, en certitude faible, que le bilan pourrait avoir peu ou pas d’effet sur les hospitalisations liées aux chutes (risque relatif 1,00). Il pourrait en revanche réduire le risque de fracture liée à une chute (risque relatif 0,73), avec un intervalle de 0,53 à 1,01 qui frôle l’absence d’effet.
Deux grands essais ont visé directement les blessures, sans montrer de réduction significative. Aux États-Unis, l’essai STRIDE, publié le 9 juillet 2020 dans le New England Journal of Medicine, a suivi 5 451 personnes d’âge moyen 80 ans, dont 62 % de femmes, dans 86 cabinets de soins primaires. Une évaluation des risques et un plan individualisé conduits par des infirmières formées ont donné 4,9 premières blessures graves par chute pour 100 personnes-années, contre 5,3 avec des soins habituels renforcés. Autrement dit, environ cinq blessures graves pour 100 personnes suivies un an dans chacun des deux groupes, un écart non significatif.
Les blessures déclarées par les participants eux-mêmes y étaient un peu moins fréquentes : 25,6 contre 28,6 pour 100 personnes-années. STRIDE sert ici de repère, son inclusion dans la méta-analyse de 2026 n’étant pas confirmée. Dans PreFIT, inclus lui dans la revue, le bilan n’a pas réduit les fractures par rapport au conseil seul sur 18 mois.
Ce qui manque le plus, selon les auteurs, c’est la compréhension des chutes elles-mêmes : pourquoi elles surviennent, à quel moment, dans quels lieux, et comment mesurer les effets d’un programme. Sarah Lamb, co-autrice de la revue, annonce une étude sur les causes de la marche instable. La prévention garde toute son utilité. Ce qui reste à apprendre, c’est où la concentrer.
L’essentiel à retenir
- Face aux soins habituels, un bilan personnalisé des risques de chute suivi d’actions ciblées pourrait réduire le nombre total de chutes, d’environ un quart en relatif et en moyenne, ainsi que les chutes répétées. Il pourrait avoir peu ou pas d’effet sur le risque de tomber une première fois. La certitude est faible.
- Face à un bon conseil de prévention des chutes, il n’apporte pas de bénéfice supplémentaire, avec une certitude modérée : c’est le résultat le plus solide de la revue Cochrane de 2026.
- L’exercice, en particulier les programmes d’équilibre, est la mesure dont l’effet est établi avec une certitude élevée, d’après une autre revue Cochrane publiée en 2019.
- Mon bilan prévention est un rendez-vous de repérage pris en charge à 100 %, hors franchises, proposé notamment entre 60 et 65 ans puis entre 70 et 75 ans. Ce n’est pas l’intervention évaluée par Cochrane.
- Une chute, surtout répétée ou accompagnée d’une blessure, se signale au médecin traitant, et aucun traitement ne se modifie sans avis médical.
Questions fréquentes sur la prévention des chutes
Quelle différence entre un bilan multifactoriel et un programme de prévention à composantes multiples ?
Le bilan multifactoriel commence par une évaluation individuelle du risque (médicaments, vue, équilibre, logement), puis n’active que les mesures utiles à la personne. Le programme à composantes multiples applique le même ensemble de mesures à tout le monde. La revue Cochrane de 2026 les évalue séparément, car leurs résultats ne sont pas les mêmes.
Un bilan des risques de chute empêche-t-il de tomber ?
Il n’empêche pas nettement la première chute. Face aux soins habituels, il pourrait réduire le nombre total de chutes et les chutes répétées, mais il pourrait avoir peu ou pas d’effet sur la proportion de personnes qui tombent au moins une fois, avec une certitude faible. Son bénéfice estimé profite surtout aux personnes qui tombent déjà souvent.
Le bilan personnalisé fait-il mieux qu’un simple conseil de prévention ?
Non, d’après la revue Cochrane de 2026 : face à un conseil ou à une éducation sur la prévention des chutes, il n’apporte pas de bénéfice supplémentaire, avec une certitude modérée. La légère hausse du taux de chutes observée reste compatible avec une absence d’effet. Elle ne signifie pas que le bilan fait tomber.
Quelle est la mesure la mieux démontrée pour prévenir les chutes ?
L’exercice. Une revue Cochrane publiée en 2019 établit, avec une certitude élevée, qu’il réduit le taux de chutes de 23 % chez les personnes âgées vivant chez elles : environ 195 chutes de moins pour 1 000 personnes suivies un an, sur un risque illustratif de 850 chutes. Pour les programmes d’équilibre et d’exercices fonctionnels, la baisse atteint 24 %.
Mon bilan prévention est-il un bilan des chutes ?
Pas au sens de la revue Cochrane. C’est un rendez-vous de repérage de 30 à 45 minutes, pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie hors franchises, proposé notamment entre 60 et 65 ans et entre 70 et 75 ans. L’auto-questionnaire des 70-75 ans aborde l’audition, l’activité physique, le logement et l’équilibre. Son effet sur les chutes n’a pas été évalué dans la revue.
À qui signaler une chute d’un proche âgé ?
Une chute, surtout répétée ou accompagnée d’une blessure, se signale au médecin traitant. La revue des médicaments fait partie des composantes possibles d’un bilan, mais elle relève du médecin ou du pharmacien. Aucun traitement ne s’arrête ni ne se modifie sans leur avis.
