Dix secondes d’un refrain aimé suffisent à faire répondre, à l’IRM, des régions du cerveau associées au son, au mouvement et à la récompense chez des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, selon un schéma proche de celui de leur groupe de comparaison. Dans la démence frontotemporale, la même écoute active toujours le cerveau, mais une zone motrice précise, l’aire motrice supplémentaire, reste en retrait. Ces images proviennent d’une IRM fonctionnelle menée sur 60 personnes par l’Alzheimer Center Amsterdam et le Netherlands Institute for Neuroscience. L’article est en ligne dans la revue Brain Communications depuis le 1ᵉʳ juin 2026 ; un relais grand public du communiqué de l’institut l’a remis en avant le 26 septembre.
Une activation n’est pas un bénéfice. L’image indique où une musique familière « atterrit » encore quand la mémoire décline ; elle ne dit pas que cette musique améliore l’humeur, la mémoire ou le comportement. Ce bénéfice-là se mesure dans des essais randomisés, et la revue Cochrane qui les a rassemblés en 2025 le juge modeste : un léger mieux probable sur les symptômes dépressifs, rien de démontré sur les fonctions intellectuelles, et des effets qui pourraient ne pas durer après l’arrêt des séances. Entre l’image et votre quotidien auprès d’un proche, il reste une chaîne cérébrale à comprendre, et un usage raisonnable de la musique.
| Région | Rôle selon les sources | Témoins et maladie d’Alzheimer | Démence frontotemporale (forme comportementale) |
|---|---|---|---|
| Cortex auditifs | Analyse du son | Activés | Activés, davantage que chez les témoins |
| Cervelet, gyrus précentral | Mouvement | Activés | Activés |
| Aire motrice supplémentaire | Mouvement ; mémoire musicale selon des travaux antérieurs | Activée | Non activée ; activation inférieure à celle des deux autres groupes |
| Thalamus, gyrus cingulaire antérieur | Rôle non détaillé ici | Activés | Activés |
| Noyau caudé | Récompense musicale et anticipation (lecture des auteurs) | Activé contre silence ; dans la maladie d’Alzheimer, activé aussi par la musique inconnue | Davantage activé que dans la maladie d’Alzheimer |
| Tronc cérébral, partie dorsale | Éveil (lecture des auteurs) | Activé contre silence | Davantage activé que dans la maladie d’Alzheimer |
Un refrain connu fait réagir davantage qu’un air inconnu, dans les trois groupes
Avant l’examen, chaque participant a désigné un morceau qu’il aimait. L’auteur principal de l’étude en a extrait dix secondes, le passage le plus reconnaissable, le plus souvent le refrain. En face, l’équipe a placé un morceau inconnu, libre de droits, choisi pour sa neutralité : peu stimulant, d’humeur plutôt positive, sans grandes variations. Une troisième condition, le silence, servait de repère. Le volume était harmonisé d’un participant à l’autre.
Le ressort du protocole est une soustraction. Les deux musiques durent autant et sonnent aussi fort : retirer l’une de l’autre efface ce qui tient au simple fait d’entendre des sons, et laisse apparaître ce qui tient à la familiarité et à l’attachement. Dans les trois groupes, la musique préférée active ainsi davantage que l’inconnue les cortex auditifs, le cervelet, le thalamus, le gyrus cingulaire antérieur et le gyrus précentral. Comparée au silence, elle produit l’activation la plus étendue de tout l’examen, jusqu’au tronc cérébral, au noyau caudé, au putamen et au cortex préfrontal ventromédian.
Les trois groupes réunissent 60 personnes : 22 atteintes de la maladie d’Alzheimer, 13 d’une démence frontotemporale dans sa forme comportementale, et 25 personnes servant de témoins. Ces dernières ne sont pas des volontaires sans aucun trouble. Elles consultaient pour une plainte cognitive dite subjective, c’est-à-dire ressentie par la personne elle-même, et leurs biomarqueurs amyloïdes, qui signalent les dépôts caractéristiques de la maladie d’Alzheimer, étaient négatifs.
Le plaisir, lui, ne départage pas les groupes. Interrogés après l’examen, les participants ont noté leur musique préférée autour de 8 sur 10 : 8,5 chez les témoins, 7,9 dans la démence frontotemporale, 8,4 dans la maladie d’Alzheimer. L’analyse statistique ne distingue pas cet écart de simples fluctuations (p = 0,72). Âge, sexe, latéralité et formation musicale ne diffèrent pas davantage d’un groupe à l’autre.
Le contraste se lit dans un seul sens : il montre ce qui répond plus à l’air aimé qu’à l’air inconnu. Dans l’autre sens, il ne dit rien des régions qui répondent fortement à toute musique, et qui disparaissent de la carte parce que les deux écoutes les sollicitent autant. « Plus activé » désigne donc une différence entre deux conditions, région par région, pas une quantité de cerveau « allumé ». L’image mesure un écart, pas un plaisir.
Écouter de la musique dans un appareil bruyant : le montage de l’examen
L’IRM fonctionnelle ne voit pas les neurones travailler. Elle suit un signal indirect, l’oxygénation du sang, qui varie dans les régions qui s’activent. Or l’appareil fait un bruit intense. L’équipe a donc espacé les acquisitions : une image toutes les 10 secondes, prise en un temps bref, la machine se taisant pendant les 8 secondes restantes, celles où joue la musique.
Chacune des trois conditions revient 24 fois en blocs de 10 secondes, soit quatre minutes par condition, dans un examen de 12 minutes et 50 secondes sur un appareil de 3 teslas. Moins d’un quart d’heure dans le tunnel : c’est ce format court qui rend l’expérience praticable chez des personnes qui supportent mal un examen long. L’imagerie cérébrale répond à bien d’autres questions dans cette maladie, comme le montre l’article sur l’IRM et la maladie d’Alzheimer avant les plaques.
L’étape déclenchante : reconnaître un air ancré de longue date
Pour que la chaîne démarre, il faut qu’un air soit reconnu. Or la mémoire musicale est en partie indépendante des autres mémoires. Des travaux publiés en 2015 dans la revue Brain par Jacobsen et ses collègues ont cherché où le cerveau code la musique connue de longue date. Chez 32 adultes en bonne santé, âgés de 28 ans en moyenne et examinés dans une IRM de 7 teslas, ils ont repéré deux zones : la partie caudale du cortex cingulaire antérieur et la partie ventrale de la pré-AMS, la zone voisine de l’aire motrice supplémentaire.
L’équipe a ensuite regardé ces mêmes régions chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Elles présentaient une atrophie et une baisse de consommation de glucose minimes par rapport au reste du cerveau. Les dépôts amyloïdes, eux, n’y étaient pas moindres. La lésion caractéristique de la maladie est donc bien là, mais la perte de tissu et d’activité y survient plus tard qu’ailleurs. C’est l’explication la plus étayée d’une scène que vous connaissez peut-être si vous accompagnez un proche : une personne qui cherche ses mots et reconnaît pourtant un refrain, ou le fredonne.
La fiche consacrée à la musicothérapie par la Fondation Médéric Alzheimer, rédigée par Hervé Platel (université de Caen, Inserm U1077), rappelle que la mémoire des chansons de jeunesse résiste particulièrement à l’amnésie. Elle mentionne aussi d’autres travaux qui associent l’écoute de musiques appréciées à une libération de dopamine, un messager chimique du circuit de la récompense. Cette association ne vient pas de l’étude d’Amsterdam. Celle-ci s’appuie en revanche sur les travaux de Jacobsen et sur ceux de Slattery et ses collègues (2019) pour rappeler que l’aire motrice supplémentaire joue un rôle dans cette mémoire musicale préservée, en plus de son rôle dans le mouvement.
Une limite borne ce socle. La localisation des régions de mémoire musicale vient de jeunes adultes de 28 ans en moyenne, soit 37 ans de moins que les participants de l’étude de 2026. Chez les patients, Jacobsen a mesuré l’état de ces régions, pas leur réponse à la musique : aucun patient n’y a été examiné pendant une écoute. La carte vient de cerveaux jeunes. La question de ce qui résiste dans un cerveau qui vieillit rejoint celle traitée dans l’article sur le cerveau des « super-agers ».
De l’oreille au geste et à l’émotion, la chaîne région par région
Mis bout à bout, les contrastes de l’étude dessinent une chaîne en trois étapes. Les auteurs, et les travaux qu’ils citent, attribuent un rôle à certaines de ces régions, pas à toutes. Seules celles-là reçoivent ici une fonction.
- Le son. Les cortex auditifs, qui analysent le signal sonore, répondent davantage à l’air aimé qu’à l’air inconnu dans les trois groupes. La familiarité modifie donc la réponse dès le premier étage du traitement.
- Le geste. Le cervelet et le gyrus précentral, deux régions du mouvement, s’activent aussi. L’aire motrice supplémentaire s’y ajoute chez les témoins et dans la maladie d’Alzheimer ; elle intervient dans le mouvement et, selon les travaux antérieurs, dans la mémoire musicale préservée. Le thalamus et le gyrus cingulaire antérieur font partie du même ensemble, sans que leur fonction soit détaillée ici.
- La récompense et l’éveil. Comparée au silence, la musique préférée active le noyau caudé et le tronc cérébral dans les trois groupes. Les auteurs rattachent le premier au système de récompense musicale et à l’anticipation, le second aux réponses d’éveil, par des voies dites adrénergiques et sérotoninergiques, du nom des messagers chimiques qu’elles emploient.
Cette troisième étape est une lecture, pas une mesure. L’IRM a vu ces régions s’activer ; c’est la littérature scientifique, rappelée par les auteurs, qui leur prête un rôle dans la récompense et l’éveil. Aucune molécule n’a été mesurée. Parler d’une « décharge de dopamine » à propos de cette étude lui ferait dire ce qu’elle n’a pas cherché.
L’étape motrice éclaire une scène que vous avez peut-être observée : la personne tape du pied, bat la mesure, reprend le refrain. La fiche de la Fondation Médéric Alzheimer décrit cet engagement corporel et moteur comme facile à obtenir. Le lien entre l’image et le geste reste une mise en cohérence, pas un résultat de l’étude. Celle-ci montre seulement que des régions motrices font partie de la réponse à la musique aimée, chez des personnes allongées et immobiles dans un tunnel.
Dans la démence frontotemporale, le relais moteur et émotionnel faiblit
La démence frontotemporale dans sa forme comportementale ne commence pas comme la maladie d’Alzheimer, et vous l’avez peut-être constaté auprès d’un proche. Selon l’Institut du Cerveau, elle se manifeste d’abord par de l’apathie, une désinhibition, la perte des convenances sociales et des changements alimentaires, alors que la mémoire reste relativement préservée au début. Elle atteint surtout les régions frontales et temporales du cerveau, et débute en général entre 50 et 65 ans.
C’est dans cette maladie que la chaîne se modifie. L’aire motrice supplémentaire, activée par l’air aimé chez les témoins et dans la maladie d’Alzheimer, ne l’est pas chez les 13 patients atteints de démence frontotemporale : son activation y est inférieure à celle des deux autres groupes. Or c’est une région frontale, dans une maladie qui touche tôt les régions frontales. Un second résultat va dans le même sens. Plus l’atteinte socio-émotionnelle est marquée, mesurée par une échelle d’évaluation dite RSMS, moins s’activent l’insula antérieure droite, l’aire motrice supplémentaire, le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal ventromédian.
La mémoire n’est donc pas le facteur limitant ici. Ce qui faiblit, c’est le relais entre l’air reconnu, le mouvement et l’émotion. Les auteurs l’écrivent au conditionnel : la baisse d’activation de l’aire motrice supplémentaire pourrait expliquer l’altération du traitement de la musique dans cette maladie. L’hypothèse repose sur une seule étude.
Le résumé de l’article décrit une activation globalement moindre dans la démence frontotemporale ; le détail des résultats est plus contrasté. Les cortex auditifs y répondent davantage que chez les témoins, et des structures profondes — la partie dorsale du tronc cérébral, le noyau caudé, le gyrus frontal médian — s’activent davantage que dans la maladie d’Alzheimer. S’y ajoute un trait propre à ce groupe : 7 patients sur 13, soit plus de la moitié, présentaient des signes de « musicophilie », un attrait nouveau ou accru pour la musique, contre aucun dans les deux autres groupes.
Les auteurs y voient un possible biais de sélection, qui pourrait conduire à sous-estimer les différences entre groupes. L’étude ne permet pas de savoir ce que traduit ce surcroît d’activité auditive. La réponse est déplacée, pas éteinte.
Dans la maladie d’Alzheimer, un schéma proche des témoins
Les 22 patients atteints de la maladie d’Alzheimer se situaient à un stade léger à modéré. Leur score moyen au MMSE (Mini-Mental State Examination), un test des fonctions cognitives noté sur 30, était de 22,0, contre 29,5 chez les témoins. L’écart atteint sept points et demi. Dans la démence frontotemporale, il n’est que de deux points et demi (27,0), ce qui concorde avec une mémoire relativement épargnée au début de cette maladie.
À ce stade, la réponse des patients atteints de la maladie d’Alzheimer à leur musique préférée ressemble à celle des témoins : l’aire motrice supplémentaire s’active, comme le reste de la chaîne. Ce constat concorde avec la préservation relative des régions de mémoire musicale décrite en 2015. Il ne signifie pas que votre proche « se souvient » du morceau, ni qu’il en comprend les paroles : l’IRM montre une réponse cérébrale, pas un contenu de pensée.
Un résultat distingue pourtant ce groupe. Seuls ces patients activent le noyau caudé en écoutant la musique inconnue, comparée au silence. Les auteurs en tirent une hypothèse : une réactivité émotionnelle plus forte à toute musique, y compris neutre. C’est une hypothèse, pas un constat. Le ressenti des participants n’a d’ailleurs été recueilli que pour la musique préférée, pas pour l’inconnue.
La sévérité et l’audition, deux freins à la réponse
La réponse à la musique n’est pas une constante qui résisterait à tout. Dans la maladie d’Alzheimer, plus le score au MMSE est bas, moins s’activent le précunéus des deux côtés, le cortex préfrontal ventromédian et l’hippocampe droit, des régions liées à la mémoire personnelle. Dans la démence frontotemporale, le frein est l’atteinte socio-émotionnelle décrite plus haut.
Ces liens se lisent avec précaution. La comparaison porte sur des personnes différentes, observées une seule fois, plus ou moins atteintes au même moment ; elle ne suit pas une même personne dans le temps. Que la réponse s’érode avec l’évolution de la maladie est donc une déduction, pas une observation. Ces analyses de sévérité utilisent en outre un seuil statistique plus permissif que l’analyse principale (p < 0,01 non corrigé et des amas d’au moins 30 voxels, les petits cubes qui composent l’image, contre p < 0,001 et 50 voxels), ce qui augmente le risque de faux positifs.
Le second frein est plus trivial. Les patients atteints de la maladie d’Alzheimer de l’étude entendaient moins bien que les témoins, à un test d’audition dans le bruit. Or le son est la première étape de la chaîne. Si votre proche entend mal, la fiche de la Fondation Médéric Alzheimer demande de s’assurer que ses troubles auditifs sont appareillés avant toute intervention musicale. Ce frein-là est modifiable. Le lien plus large entre les deux troubles fait l’objet de l’article sur la perte d’audition et le déclin cognitif.
Soixante personnes à Amsterdam : jusqu’où le résultat porte
Le résultat vaut d’abord pour la population qui l’a produit. Les 60 participants viennent de l’Amsterdam Dementia Cohort, recrutés dans une consultation mémoire spécialisée de recours, dite tertiaire. Ils ont en moyenne 65 ans dans les trois groupes (65,3, 65,0 et 64,6 ans). Et le groupe démence frontotemporale ne compte que 13 personnes : un seul patient y pèse près de 8 % du groupe.
Les auteurs listent eux-mêmes les limites. L’effectif réduit du groupe démence frontotemporale limite la puissance statistique, c’est-à-dire la capacité à détecter une différence réelle. Les seuils retenus sont libéraux et non corrigés pour le grand nombre de comparaisons faites sur l’image, ce qui expose à des faux positifs. Les témoins portent une plainte cognitive, le ressenti a été recueilli après l’examen, et chaque participant n’a passé qu’une séance. Le résultat reste à répliquer.
La population française n’a pas ce profil. Selon l’Inserm, la maladie d’Alzheimer touche 1 à 1,2 million de personnes, surtout après 65 ans, avec 225 000 nouveaux diagnostics par an, soit plus de 600 par jour : une population en moyenne plus âgée et à un stade plus avancé que celle de l’étude. La démence frontotemporale concerne environ 10 000 à 20 000 personnes, une estimation de l’Institut du Cerveau, d’autres sources non primaires avançant des chiffres plus bas ; c’est la deuxième démence dégénérative avant 65 ans. Pour une personne atteinte de démence frontotemporale, il y a donc entre 50 et 120 personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
L’étude a réuni des groupes de même âge, ce qui rend la comparaison lisible sans refléter la répartition réelle des malades. Elle ne dit rien des démences vasculaires ou à corps de Lewy, qui n’ont pas été étudiées, ni des stades sévères : si votre proche relève de l’un de ces cas, ces images ne vous renseignent pas sur sa situation.
Du cerveau à la vie quotidienne : ce que la musique apporte selon les essais
Voir une région s’activer ne vous dit pas que votre proche va mieux. Pour le savoir, il faut des essais randomisés : des études où les participants sont répartis au hasard entre un groupe qui reçoit l’intervention et un groupe qui ne la reçoit pas, afin que la seule différence entre eux soit l’intervention. Une revue systématique rassemble ces essais et les analyse ensemble.
Une étude d’imagerie antérieure avait déjà rapproché les deux questions sans les trancher. En 2018, dans The Journal of Prevention of Alzheimer’s Disease, l’équipe de King a entraîné 17 patients atteints de la maladie d’Alzheimer, âgés de 71,8 ans en moyenne, et leurs aidants à écouter des playlists personnalisées sur baladeur pendant au moins trois semaines. La musique préférée activait l’aire motrice supplémentaire des deux côtés et augmentait la connectivité fonctionnelle, c’est-à-dire la coordination de l’activité entre régions. Les auteurs signalaient un petit effectif, une seule séance d’imagerie et une persistance des effets inconnue.
La mesure du bénéfice vient de la revue Cochrane publiée en 2025. Elle réunit 30 essais randomisés et 1 720 participants dans 15 pays, surtout en établissement : moins de 60 personnes par essai en moyenne. Après au moins cinq séances de musique à visée thérapeutique, les symptômes dépressifs s’améliorent probablement un peu, avec une certitude jugée modérée. Les troubles du comportement pris globalement s’améliorent peut-être, avec une certitude faible. L’agitation et l’agressivité ne s’améliorent probablement pas, et aucun effet n’est démontré sur les fonctions intellectuelles. Les effets pourraient ne pas durer après la fin des séances. Le bénéfice mesuré est léger.
La fiche de la Fondation Médéric Alzheimer tient un discours plus affirmatif sur l’intérêt des interventions musicales, pour le comportement, l’anxiété ou le bien-être. Les deux documents n’ont pas le même statut : la revue Cochrane pèse le niveau de preuve des essais, la fiche décrit une pratique et ses modalités. Pour savoir ce qui est démontré, c’est la première qui fait référence. Le fonctionnement de ces essais dans cette maladie est détaillé dans l’article sur les essais cliniques sur la maladie d’Alzheimer.
Les auteurs de l’étude d’Amsterdam bornent eux-mêmes la portée de leurs images. Dans le dernier paragraphe de leur discussion, ils écrivent : « Ces différences dans le traitement de la musique pourraient avoir des implications cliniques dans le choix de la musicothérapie » (traduction de l’anglais). Autrement dit : la musique proposée pourrait un jour devoir tenir compte du type de démence, mais les auteurs ne disent ni laquelle ni comment, et renvoient ces implications à des études futures.
Écoute partagée, ateliers ou musicothérapie : qui propose quoi, et qui paie
Deux pratiques se distinguent. D’un côté, l’écoute ou les ateliers proposés par l’entourage ou un établissement, avec une musique choisie d’après l’histoire de la personne, l’ingrédient que désignent les travaux d’imagerie. De l’autre, la musicothérapie, que la fiche de la Fondation Médéric Alzheimer, datée de 2024 selon son intitulé, définit comme l’usage de la musique par un musicothérapeute qualifié. Elle peut être réceptive, fondée sur l’écoute, ou active, avec la voix ou des instruments. Les formations sont universitaires (diplôme universitaire, master) ou privées, agréées par la Fédération française des musicothérapeutes, pour une profession dont la reconnaissance et l’harmonisation sont encore en cours.
La fiche décrit des cycles de 6 à 8 séances reconductibles, au moins une par semaine, de 1 heure à 1 heure 30, en individuel ou en groupe de 4 à 8 personnes. Un cycle tient donc en deux mois au plus.
Les équipes spécialisées Alzheimer (ESA) relèvent d’un autre dispositif. Selon le portail public pour les personnes âgées de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, mis à jour le 3 avril 2024, elles interviennent à domicile sur prescription médicale, au stade léger à modéré, avec un ergothérapeute, un psychomotricien ou un assistant de soins en gérontologie. Elles proposent 12 à 15 séances au maximum sur trois mois, soit environ une par semaine, renouvelables un an plus tard. La prestation est intégralement prise en charge par l’Assurance maladie : pour ces séances, le reste à charge de la personne accompagnée est nul. La page ne mentionne pas la musique parmi leurs contenus. Pour la musicothérapie elle-même, aucune source primaire consultée ne chiffre de remboursement : son reste à charge ne peut pas être donné ici. D’autres pistes figurent dans l’article sur les activités pour entretenir son cerveau après 70 ans.
Avant de proposer de la musique à un proche
La musique ne remplace ni un traitement ni un accompagnement prescrit. Une musique peut susciter des émotions intenses, et certaines personnes ne sont pas réceptives : la fiche de la Fondation Médéric Alzheimer fait de l’observation de la réaction la règle de base. Toute question sur le traitement, comme un changement d’humeur ou de comportement, relève du médecin traitant, du neurologue ou du gériatre qui suit la personne.
L’essentiel à retenir
- Dans une IRM fonctionnelle de 60 personnes, en ligne depuis le 1ᵉʳ juin 2026, la musique préférée active davantage le cerveau qu’une musique inconnue dans la maladie d’Alzheimer, dans la démence frontotemporale et dans le groupe témoin.
- Dans la maladie d’Alzheimer au stade léger à modéré, la réponse reste proche de celle des témoins, aire motrice supplémentaire comprise.
- Dans la démence frontotemporale, cette aire motrice ne s’active pas, alors que les cortex auditifs répondent davantage : la réponse est déplacée, pas éteinte.
- L’étude est petite, à seuils statistiques non corrigés, et reste à répliquer ; elle ne vaut ni pour les autres démences ni pour les stades sévères.
- Une activation n’est pas un bénéfice : selon la revue Cochrane de 2025, la musique améliore probablement un peu les symptômes dépressifs, sans effet démontré sur les fonctions intellectuelles, et ses effets pourraient ne pas durer après l’arrêt.
Questions fréquentes sur la musique et la démence
Quelle musique choisir, et qui la choisit ?
Dans l’étude d’Amsterdam, chaque participant a lui-même désigné un morceau qu’il aimait, dont a été extrait le passage le plus reconnaissable, le plus souvent le refrain. Les travaux d’imagerie désignent donc une musique liée à l’histoire de la personne, pas un genre musical. Quand la personne ne peut plus exprimer ses goûts, les sources consultées ne donnent pas de méthode ; la fiche de la Fondation Médéric Alzheimer rappelle que la mémoire des chansons de jeunesse résiste particulièrement à l’amnésie.
La musique fait-elle encore réagir le cerveau dans la démence frontotemporale ?
Oui. Dans l’étude, la musique préférée activait davantage le cerveau que la musique inconnue dans les trois groupes, démence frontotemporale comprise. La différence porte sur l’aire motrice supplémentaire, une région du mouvement et de la mémoire musicale, qui ne s’activait pas chez ces patients, alors que leurs cortex auditifs répondaient davantage que chez les témoins. Ce que cela change pour l’usage de la musique auprès d’eux n’est pas encore établi.
La musique peut-elle ralentir la maladie ?
Aucune des sources consultées ne le montre. L’étude d’imagerie mesure une activation cérébrale, pas un effet sur l’évolution de la maladie. La revue Cochrane de 2025, qui réunit 30 essais randomisés et 1 720 participants, trouve un léger mieux probable sur les symptômes dépressifs, aucun effet démontré sur les fonctions intellectuelles, et des effets qui pourraient ne pas durer après la fin des séances.
Que change une audition diminuée ?
L’audition est un frein documenté. Dans l’étude, les patients atteints de la maladie d’Alzheimer entendaient moins bien que les témoins à un test d’audition dans le bruit. La fiche de la Fondation Médéric Alzheimer demande de s’assurer que les troubles auditifs sont appareillés avant toute intervention musicale ; le bilan relève du médecin traitant.
La musicothérapie est-elle prise en charge ?
Aucune source primaire consultée ne chiffre un remboursement de la musicothérapie. Les équipes spécialisées Alzheimer (ESA), elles, sont intégralement prises en charge par l’Assurance maladie sur prescription médicale : 12 à 15 séances au maximum à domicile sur trois mois, au stade léger à modéré. Leur page officielle ne mentionne pas la musique parmi leurs contenus.
Quand la musique devient-elle contre-productive ?
La fiche de la Fondation Médéric Alzheimer pose une règle : observer si les émotions suscitées sont bénéfiques. Certaines personnes ne sont pas réceptives, et une musique peut susciter des émotions intenses. Un changement d’humeur ou de comportement, comme toute question sur l’accompagnement, relève du médecin traitant, du neurologue ou du gériatre qui suit la personne.
