Vous cherchez un médecin traitant depuis des mois, et vous apprenez que la France va en former beaucoup plus. Les deux sont vraies, mais elles ne se rejoignent pas au même moment : c’est tout le malentendu des déserts médicaux. Un arrêté publié au Journal officiel le 5 août 2026 ouvre 10 260 postes d’internes, dont 212 en gériatrie (+19,8 %) : l’un des premiers effets chiffrés de la suppression du numerus clausus. Mais un interne est un médecin en formation, et il lui reste trois à six ans d’internat avant d’exercer seul. Ce guide explique ce calendrier, et ce que vous pouvez faire dès maintenant.

Ce qui a été décidé le 5 août 2026

L’annonce n’est pas une déclaration d’intention : c’est un texte réglementaire. L’arrêté du 4 août 2026, publié au Journal officiel du 5 août (JORF n° 0181), fixe les postes d’internes par spécialité et par subdivision pour 2026-2027. Nous en avons recompté les annexes : 4 070 postes de médecine générale et 212 de gériatrie, conformes aux chiffres du ministère de la Santé.

Au total 10 260 postes : 1 341 de plus qu’en 2025, +15 %. Parmi eux, 346 postes relèvent du CESP (contrat d’engagement de service public), une allocation versée à l’étudiant contre l’engagement d’exercer en zone sous-dotée. Priorité aux régions les moins pourvues : Centre-Val de Loire (+18 %), Nouvelle-Aquitaine (+15,7 %), Hauts-de-France (+14,7 %) ; la Corse reçoit son premier contingent.

« Avec plus de 10 000 postes d’internes ouverts en 2026, nous préparons la médecine de demain », a déclaré Stéphanie Rist, ministre de la Santé. Le ministère salue une « progression historique » et « l’un des premiers effets concrets de la suppression du numerus clausus, décidée en 2019 » : ce plafond de 1971 a laissé place en 2020 à un numerus apertus, fixé par chaque université avec son agence régionale de santé.

Postes d’internes ouverts pour la promotion de novembre 2026 (arrêté du 4 août 2026)
SpécialitéPostes 2026Évolution
Médecine générale4 070+13,3 %
Gériatrie212+19,8 %
Psychiatrie665+18,1 %
Médecine d’urgence545+19,8 %
Anesthésie-réanimation540+12,5 %
Pédiatrie468+20,3 %
Gynécologie-obstétrique275+20,1 %
Maladies cardiovasculaires232+19,6 %
Dermatologie130+25 %
Total10 260+15 %

Pourquoi vous ne verrez pas ces médecins avant 2029-2032

Un interne nommé en novembre 2026 n’est pas un étudiant qui débute : entré en première année vers 2020, il a déjà six ans d’études derrière lui. Cette promotion découle de décisions prises il y a six ans, pas de l’arrêté du 4 août.

Devant lui s’ouvre l’internat, c’est-à-dire la préparation du diplôme d’études spécialisées (DES) : trois à six ans selon la spécialité, formulation du ministère, les dernières années sous le statut plus autonome de « docteur junior ». Il soigne déjà, mais sous supervision et surtout à l’hôpital : ces 10 260 personnes soulageront les services hospitaliers bien avant les cabinets de ville. Pour la médecine générale, comptez au moins trois ans.

  1. Vers 2020 — entrée en première année (PASS ou LAS).
  2. 2022-2026 — deuxième cycle, jusqu’aux épreuves nationales.
  3. Novembre 2026 — nomination comme interne, objet de l’arrêté.
  4. 2026-2032 — internat (DES).
  5. 2029-2032 — premières installations en exercice autonome.

Ce délai n’est pas une négligence : c’est la durée incompressible d’une formation. Le Dr Luc Sulimovic (Syndicat national des dermatologues-vénéréologues) y a vu, le 5 août 2026, « une grande victoire », tout en la décrivant comme « une première étape, dont les effets ne se feront pleinement sentir que dans une dizaine d’années ».

Et pour un gériatre ?

Les 212 postes de gériatrie forment l’une des plus fortes progressions relatives (+19,8 %), en réponse au vieillissement. Mais ces gériatres n’exerceront en autonomie qu’à partir de 2030-2031.

D’ici là, il faut composer avec l’offre d’aujourd’hui : si la mémoire d’un proche vous inquiète, apprenez à repérer les premiers signes de la maladie d’Alzheimer.

L’orientation vers un neurologue passe par le médecin traitant, d’où l’importance d’en avoir un déclaré.

Plus de médecins ne veut pas dire plus de rendez-vous

Voici pourquoi vous n’avez rien ressenti des annonces passées : entre 2016 et 2023, 526 bassins de vie ont gagné des médecins généralistes tout en perdant en accessibilité, et 772 ont perdu sur les deux tableaux.

L’Ordre des médecins l’écrit dans son Atlas de la démographie médicale : « le nombre de médecins inscrits au Tableau de l’Ordre ne peut être assimilé à l’offre médicale réellement disponible ». Son explication : « l’arrivée de nouveaux médecins ne permet pas systématiquement de répondre à la demande qui évolue et qui souvent s’accroît au regard du vieillissement de la population ».

L’accessibilité potentielle localisée (APL), indicateur de la DREES, le confirme : en 2023, dans la moitié des communes, un habitant disposait de 2,9 consultations de généraliste par an, contre 3,2 en 2016. L’inégalité se cumule : d’ici 2030, 20,2 % des généralistes des bassins les moins dotés atteindront l’âge de départ, contre 13,7 % ailleurs.

Où en est vraiment la démographie médicale en France

Le tableau n’est pas uniformément sombre. Au 1er janvier 2026, la France comptait 245 847 médecins en activité, dont 205 214 en activité régulière : +2,0 % en un an, mais +2,6 % seulement depuis 2010, pendant que la population vieillissait.

Deux signaux positifs : les généralistes en activité régulière, en recul de 6,6 % entre 2016 et 2023, ont regagné 1,0 % en 2025-2026 ; pour la première fois, les moins de 40 ans (31,1 %) dépassent les 60 ans et plus (29,6 %), l’âge moyen revenant à 49,9 ans.

Deux motifs d’inquiétude : la part des généralistes baisse encore (41,8 % en 2026 contre 48,0 % en 2010), et les écarts territoriaux restent massifs, de 266,1 médecins pour 100 000 habitants en Centre-Val de Loire à 432,1 dans les régions les mieux pourvues. Depuis 2010, la Creuse a perdu 19,3 % de ses médecins, le Cher 17,3 %, la Haute-Marne 16,7 %.

Bon à savoir — Une part de l’offre repose sur des médecins déjà retraités : le cumul emploi-retraite a progressé de 326,9 % depuis 2010 et concernait 8,8 % des généralistes en activité en 2023. Un soutien réel, mais provisoire.

Voilà pour le calendrier. Reste la question qui vous concerne aujourd’hui : que faire, maintenant, sans attendre 2030 ?

Trouver un médecin traitant, et le recours si personne n’accepte

Sans médecin traitant déclaré, une consultation de généraliste est remboursée à 30 % au lieu de 70 %. Sur 30 € en secteur 1, l’Assurance Maladie rembourse 19 € dans le parcours de soins coordonnés (après la participation forfaitaire de 2 €), contre 7 € en dehors. Toutes les complémentaires ne compensent pas cet écart : à vérifier avant de choisir sa mutuelle santé.

Le choix est libre — généraliste ou spécialiste, en ville ou en centre de santé — mais suppose l’accord du médecin. La déclaration se fait au cabinet avec votre carte Vitale, ou par formulaire signé des deux parties adressé à votre caisse d’Assurance Maladie ou à la MSA. Vous pouvez changer à tout moment, sans justification.

L’annuaire santé de l’Assurance Maladie, accessible depuis votre compte ameli, filtre par commune et par spécialité. Deux réflexes : viser les cabinets récemment installés, et demander par écrit une inscription sur liste d’attente.

Et si personne n’accepte ? Information méconnue : le Médiateur de l’Assurance maladie ne traite plus les demandes de recherche de médecin traitant. La formulation officielle est claire : « Vous ne pouvez plus contacter le médiateur si vous recherchez un médecin traitant ». C’est votre CPAM qu’il faut solliciter ; elle oriente vers une organisation coordonnée du territoire.

Signalez votre situation si vous êtes âgé ou en affection de longue durée (ALD), le dispositif qui couvre à 100 % les soins liés à une maladie chronique reconnue : ces critères ouvrent un accompagnement prioritaire. Et cela fonctionne : la part de patients en ALD sans médecin traitant est tombée de 5,4 % en 2022 à 3,8 % en décembre 2024 ; ils étaient moins de 472 000 fin 2023, quand la Cnam en projetait plus de 710 000 sans action.

Ce soir, ce week-end : le 116 117 et le 15

Deux numéros, deux usages. Le 116 117 est celui de la permanence des soins ambulatoires, qui prend le relais des cabinets fermés. Gratuit, il vous met en relation avec un médecin de garde pour un problème qui ne peut attendre le lendemain sans être une urgence vitale.

Ses plages horaires varient d’un département à l’autre : 20 h-8 h en semaine en Loire-Atlantique, 24 h sur 24 en Vendée, 9 h-minuit dans la Sarthe. Des exemples régionaux, pas une règle nationale : vérifiez les horaires chez vous auprès de votre agence régionale de santé.

Le 15 est le numéro du SAMU : urgence vitale ou simple doute sur la gravité, on l’appelle directement. Le réflexe compte particulièrement lors des fortes chaleurs — voir nos repères sur canicule et personnes âgées.

Beaucoup de motifs relèvent à l’inverse d’une consultation programmée : un renouvellement d’ordonnance, ou une douleur d’oreille qui s’installe sans s’aggraver.

Quand consulter ? Appelez le 15 sans attendre en cas de douleur dans la poitrine ; de difficulté soudaine à parler, de bouche déviée ou de faiblesse d’un côté du corps ; d’essoufflement inhabituel au repos ; de confusion brutale ; de chute avec impossibilité de se relever. Dans ces situations, le 116 117 n’est pas le bon numéro : composez le 15.

CPTS, centres et maisons de santé : l’étage que l’on connaît mal

Une CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) regroupe les professionnels d’un territoire — médecins, infirmiers, pharmaciens — autour de missions communes, dont l’accès à un médecin traitant et les soins non programmés. Elle ne soigne pas : elle organise.

Une maison de santé réunit plusieurs libéraux sous un même toit. Dans un centre de santé, les médecins sont salariés et le tiers payant généralement pratiqué : vous n’avancez pas les frais, une différence à connaître avant de comparer les complémentaires santé en France.

Trois portes d’entrée pour savoir ce qui existe près de chez vous : votre mairie, votre CPAM et votre pharmacien, qui connaît le tissu local mieux qu’un annuaire.

Jeune stagiaire métisse barbu debout devant la caméra sur fond de deux collègues à l'aide du pavé tactile

L’infirmier en pratique avancée : la consultation que vous ne connaissez pas

L’infirmier en pratique avancée (IPA) a suivi une formation universitaire complémentaire qui l’autorise à exercer des activités habituellement réservées au médecin. Depuis le 22 janvier 2025 (décret n° 2025-55 du 20 janvier 2025), vous pouvez le consulter en accès direct, sans passer d’abord par un médecin.

Une condition s’y attache : l’accès direct n’est ouvert que si l’IPA exerce en établissement de santé ou en structure coordonnée — centre de santé, maison de santé, équipe de soins primaires. Un IPA installé seul en libéral n’entre pas dans ce cadre : il faut alors être adressé par un médecin.

Son champ couvre les pathologies chroniques stabilisées, l’oncologie, la néphrologie, la psychiatrie et les urgences : renouvellement et adaptation de traitements, examens complémentaires, dispositifs médicaux, activité physique adaptée, arrêt de travail de trois jours maximum. Pour un suivi d’hypertension artérielle stabilisée, la solution est concrète.

Téléconsultation : utile, mais pas pour tout

La téléconsultation suppose votre consentement et s’inscrit dans le parcours de soins, comme une consultation classique.

Ce qui fonctionne : renouvellement d’ordonnance, avis sur un résultat d’analyse, éruption cutanée bien visible à l’écran, suivi d’une situation stabilisée. La télésurveillance médicale est même prise en charge à 100 % dans huit situations, dont l’insuffisance cardiaque, rénale ou respiratoire et le diabète.

Ce qui ne fonctionne pas : tout ce qui s’ausculte ou se palpe. Une palpation abdominale, les suites d’une chute ou un examen du pied chez une personne diabétique exigent une présence physique. Autre règle : un arrêt de travail de plus de trois jours ne peut être prescrit à distance, sauf par votre médecin traitant ou si le présentiel est impossible.

Il y a enfin ce que vous mesurez vous-même : vous pouvez mesurer votre pression artérielle à la maison et transmettre vos relevés, à charge pour le soignant de les interpréter.

Téléconsulter suppose enfin un équipement, une connexion et une audition suffisantes. Si vous entendez mal au téléphone, les troubles auditifs liés au vieillissement se corrigent ; en attendant, téléconsultez accompagné, ou depuis une pharmacie équipée.

Vos droits, et vers qui vous tourner

Un médecin a-t-il le droit de refuser un nouveau patient ? Oui : le code de la santé publique le lui reconnaît pour des raisons professionnelles ou personnelles, hors urgence et à condition d’assurer la continuité des soins. Ce qui est prohibé, c’est le refus discriminatoire, notamment envers les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S) ou de l’aide médicale de l’État (AME).

La marche à suivre est graduée : réclamation auprès du conciliateur de votre CPAM, puis saisine du Médiateur de l’Assurance maladie, voire du conseil départemental de l’Ordre des médecins. Pour être conseillé, Santé Info Droits (France Assos Santé) répond au 01 53 62 40 30, en semaine de 14 h à 18 h et jusqu’à 20 h le jeudi.

Le reste à charge dépend de votre complémentaire, et les critères à comparer après 60 ans ne sont pas ceux de 40 ans : c’est l’enjeu d’une mutuelle santé pour senior.

Comparez les garanties sur les postes qui vous concernent — hospitalisation, dentaire, optique, audioprothèse — plutôt que la cotisation seule : nos repères pour trouver la meilleure mutuelle santé senior détaillent ce point.

Que faire selon votre situation
SituationCe que vous pouvez faireQui contacter
Pas de médecin traitantDéclarer un médecin qui accepte, avec la carte VitaleAnnuaire santé, compte ameli
Aucun médecin n’accepteDemander un accompagnement : le Médiateur ne traite plus ces demandesCPAM, puis organisation coordonnée
En ALD sans médecin traitantSignaler sa situation : accompagnement prioritaireCPAM
Soir, week-end, jour fériéPermanence des soins, horaires variables selon le département116 117
Urgence vitale ou douteNe pas attendre, ne pas passer par le 116 11715
Maladie chronique stabiliséeConsulter un IPA, en accès direct s’il exerce en structure coordonnéeCentre ou maison de santé, CPTS
Refus de soins discriminatoireRéclamation d’abord, saisine du médiateur ensuiteConciliateur, Médiateur ; Santé Info Droits

L’essentiel à retenir

  • L’arrêté du 4 août 2026, publié au Journal officiel le 5 août, ouvre 10 260 postes d’internes, soit +15 %.
  • Médecine générale : 4 070 postes ; gériatrie : 212, l’une des plus fortes progressions relatives (+19,8 %).
  • Il reste trois à six ans d’internat : premières installations attendues entre 2029 et 2032.
  • Plus de médecins ne signifie pas plus de rendez-vous : 526 bassins de vie ont gagné des généralistes tout en perdant en accessibilité.
  • Déclarer un médecin traitant fait passer le remboursement de 30 % à 70 %.
  • En cas d’impasse : votre CPAM, non le Médiateur. Le soir et le week-end : 116 117. Urgence : 15.

Dans l’intervalle, ce qui dépend de vous compte : suivre votre tension, votre audition et vos vaccins évite bien des consultations en urgence, comme le rappellent nos conseils pour vivre plus longtemps.

FAQ — déserts médicaux et accès aux soins

Combien de postes d’internes en médecine sont ouverts en 2026 ?

L’arrêté du 4 août 2026, publié au Journal officiel le 5 août, ouvre 10 260 postes d’internes pour 2026-2027, dont 346 au titre du contrat d’engagement de service public. C’est 1 341 de plus qu’en 2025, soit +15 %. La médecine générale en reçoit 4 070 et la gériatrie 212.

Dans combien de temps les nouveaux médecins seront-ils installés ?

Il leur reste trois à six ans d’internat selon la spécialité, formulation retenue par le ministère de la Santé. Les premières installations en exercice autonome sont donc attendues entre 2029 et 2032. Pendant l’internat, ces médecins en formation exercent sous supervision, surtout à l’hôpital.

Que faire quand on ne trouve pas de médecin traitant ?

Cherchez via l’annuaire santé de l’Assurance Maladie, visez les cabinets récemment installés et demandez par écrit une inscription sur liste d’attente. Si personne n’accepte, contactez votre CPAM : c’est elle qui oriente vers une organisation coordonnée du territoire. Le Médiateur ne traite plus ces demandes.

Qui appeler le soir ou le week-end quand son médecin est fermé ?

Composez le 116 117, numéro gratuit de la permanence des soins ambulatoires, qui vous met en relation avec un médecin de garde. Ses horaires varient selon les départements : vérifiez ceux de votre secteur auprès de votre agence régionale de santé. En cas d’urgence vitale ou de doute, appelez le 15.

Un médecin a-t-il le droit de refuser un nouveau patient ?

Oui, un médecin dont la patientèle est saturée peut refuser, hors urgence et à condition d’assurer la continuité des soins. En revanche, le refus discriminatoire est interdit, notamment envers les bénéficiaires de la C2S ou de l’AME. Recours : conciliateur de la CPAM, puis Médiateur.

Article d’information générale arrêté au 6 août 2026 : ni avis médical individuel, ni conseil financier personnalisé. Dispositifs et horaires de permanence des soins varient selon les départements : vérifiez-les auprès de votre caisse d’Assurance Maladie et de votre agence régionale de santé. En cas d’urgence, appelez le 15.