Au 12 août 2026, Santé publique France a publié le point hebdomadaire de sa surveillance renforcée des arboviroses — les maladies virales transmises par des moustiques — en France hexagonale. Les données qu’il contient sont arrêtées à deux dates distinctes : les cas importés au 9 août 2026, les cas autochtones au 10 août 2026. Du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026, 295 cas importés de dengue, 105 cas importés de chikungunya et 10 cas importés de Zika ont été recensés en France hexagonale, soit 410 personnes revenues infectées d’un séjour hors du territoire. En regard, au 10 août 2026, la transmission sur place se limite à 15 cas autochtones de chikungunya et 2 cas autochtones de dengue.

Ces deux séries ne mesurent pas la même chose et ne s’additionnent pas. Trois réalités sont régulièrement confondues dans les reprises de ces bulletins : l’implantation du moustique tigre, qui concerne 81 des 96 départements de France métropolitaine et de Corse au 14 août 2026 ; la circulation effective des virus sur le territoire, limitée à cinq épisodes dans trois départements ; et votre risque personnel, qui dépend d’abord du lieu où vous vivez et de vos déplacements. Une seule collectivité française connaît en 2026 une épidémie de chikungunya au sens où l’emploie Santé publique France : la Guyane.

Ce que dit le bulletin de Santé publique France du 12 août 2026

La surveillance renforcée des arboviroses en France hexagonale n’est pas permanente. Elle court chaque année du 1ᵉʳ mai au 30 novembre, période d’activité du moustique tigre Aedes albopictus, l’espèce capable de transmettre la dengue, le chikungunya et le Zika sur le territoire. Les décomptes publiés chaque semaine repartent donc de zéro au 1ᵉʳ mai : les 295 cas importés de dengue cités plus bas couvrent la période du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026, et non l’année entière.

Le bulletin national du 12 août 2026 donne, pour la période du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026, 295 cas importés de dengue, 105 cas importés de chikungunya et 10 cas importés de Zika. Un cas importé est une personne qui s’est infectée hors de France hexagonale et qui a été diagnostiquée à son retour : ce nombre mesure les voyages, pas la circulation des virus en France.

Pour les cas autochtones, c’est-à-dire les personnes infectées sur place sans avoir voyagé, la date d’arrêt des données est le 10 août 2026. Le bulletin en compte 15 pour le chikungunya, répartis en 3 épisodes de 1 à 8 cas, et 2 pour la dengue, en 2 épisodes de 1 cas chacun. Il recense par ailleurs 6 cas autochtones d’infection à virus West Nile, qui relèvent d’un autre moustique et d’une autre surveillance, détaillés plus loin.

Ces chiffres reposent sur un dispositif précis. Le signalement des cas documentés biologiquement — c’est-à-dire confirmés par un examen de laboratoire — est obligatoire pendant la période de surveillance renforcée. Santé publique France complète ce recueil par un rattrapage des cas non signalés, à partir des données transmises par les laboratoires d’analyses médicales, notamment les groupes Biominis, Cerba et Inovie. Un bulletin plus récent peut donc réviser légèrement des valeurs déjà publiées : chaque chiffre repris ici est daté de son arrêt des données, et non de sa date de lecture.

Cas importé, cas autochtone : deux mots qui ne mesurent pas la même chose

La distinction est la clé de lecture de tous ces bulletins. Un cas est dit importé lorsque la personne s’est infectée en dehors de la France hexagonale, typiquement lors d’un séjour dans une zone où le virus circule. Il est dit autochtone lorsque la personne n’a pas voyagé et a été piquée sur place par un moustique local préalablement infecté. Additionner les deux en un total unique — 410 et 17 ne font pas «  427 cas en France  » — reviendrait à compter comme circulation nationale des infections contractées à l’étranger.

Le lien entre les deux séries est en revanche réel, et c’est précisément ce que surveille Santé publique France. Pour qu’une transmission locale démarre, il faut la rencontre de deux conditions : une personne virémique, c’est-à-dire porteuse du virus dans son sang à un niveau suffisant pour contaminer un moustique qui la pique, et un moustique tigre implanté à proximité. C’est la raison pour laquelle les bulletins régionaux suivent non seulement le nombre de cas importés, mais la part de ces cas qui ont été virémiques pendant leur séjour sur le territoire.

L’édition Île-de-France du point de veille et surveillance sanitaires du 14 août 2026 chiffre cette part : 68 des 73 cas importés de dengue franciliens, soit 93 %, ont été virémiques dans la région, ainsi que 9 des 14 cas importés de chikungunya, soit 64 %. Autrement dit, l’occasion d’un démarrage local a existé plusieurs dizaines de fois dans cette seule région depuis le 1ᵉʳ mai.

Santé publique France formule l’enjeu ainsi dans ce bulletin régional : «  Chaque année, le vecteur étend son aire de colonisation à des nouvelles communes de la région, augmentant la part de la population francilienne exposée (82 % en 2025) et le risque d’émergence de cas autochtones à partir d’un cas importé.  » Un faible nombre de cas autochtones à une date donnée ne signifie donc pas que le mécanisme est inopérant, mais qu’il n’a pas abouti souvent à ce stade de la saison.

Où la transmission locale a réellement eu lieu en 2026

Au 10 août 2026, la transmission autochtone en France hexagonale se résume à cinq épisodes, et ces épisodes sont géographiquement circonscrits. Trois concernent le chikungunya, dans le Tarn (Occitanie) et en Gironde (Nouvelle-Aquitaine). Deux concernent la dengue, dans le Tarn et dans l’Hérault, tous deux en Occitanie. Trois départements sont donc concernés au total, sur les quatre-vingt-seize que comptent la France métropolitaine et la Corse.

La taille de ces épisodes est très inégale. Les 15 cas autochtones de chikungunya se répartissent en 3 épisodes comptant de 1 à 8 cas : l’un d’eux a donc concerné une seule personne, un autre huit. Les 2 cas autochtones de dengue forment 2 épisodes d’un cas chacun, soit deux situations isolées et sans rebond documenté à cette date.

Le bulletin national ne descend pas au niveau de la commune. Il ne permet ni de nommer les localités touchées, ni de dire si chaque épisode est aujourd’hui clos ou toujours actif. Cette information relève des agences régionales de santé (ARS), qui investiguent chaque signalement sur leur territoire, et non du décompte national. Aucune commune n’est donc citée ici.

Un point mérite d’être relevé parce qu’il est souvent absorbé dans le mot-valise «  arboviroses  » : aucun cas autochtone de Zika n’a été rapporté en France hexagonale depuis le début de la période de surveillance renforcée 2026. Les 10 cas de Zika du bulletin sont tous des cas importés.

Enfin, la lecture géographique ne se transpose pas d’un indicateur à l’autre. Les 5 épisodes autochtones de 2026 concernent trois départements ; le moustique tigre, lui, est implanté dans 81 départements. Ces deux cartes ne se superposent pas, et confondre l’une avec l’autre est l’erreur la plus fréquente sur ce sujet. Pour une présentation d’ensemble du vecteur et de ces deux maladies, le site consacre une page de fond à le moustique tigre, la dengue et le chikungunya en France.

Île-de-France : moins de cas importés qu’en 2025, aucun cas autochtone

L’Île-de-France offre le seul comparatif à période strictement identique disponible dans les bulletins publiés à la mi-août 2026. Du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026, la région a documenté 73 cas importés de dengue, 14 cas importés de chikungunya et 2 cas importés de Zika. Sur la même période de 2025, elle avait documenté 144 cas importés de dengue et 156 cas importés de chikungunya.

La comparaison est donc nette pour le chikungunya, avec 14 cas importés contre 156 un an plus tôt, et marquée pour la dengue, avec 73 cas contre 144. Ce recul porte sur les importations, c’est-à-dire sur ce que les voyageurs rapportent, et non sur la capacité de transmission de la région.

Côté transmission locale, la formule du bulletin régional du 14 août 2026 est explicite : «  Pas de transmission autochtone en Île-de-France en 2026, à ce stade.  » La mention «  à ce stade  » n’est pas une précaution de style : la surveillance renforcée court jusqu’au 30 novembre, et l’absence de cas autochtone à la mi-août ne préjuge pas de la fin de saison.

Les cas importés de dengue se répartissent entre huit départements franciliens, par domicile de la personne et non par lieu d’infection : 15 en Essonne, 12 à Paris, 10 en Seine-et-Marne, 10 dans les Yvelines, 9 dans les Hauts-de-Seine, 8 dans le Val-de-Marne, 6 en Seine-Saint-Denis et 3 dans le Val-d’Oise. Cette répartition dit où résident des personnes revenues infectées, ce qui intéresse la surveillance parce que c’est là que se joue le risque de démarrage local, mais elle ne dit pas qu’un virus circule dans ces départements.

Un indicateur complète le tableau : 10 des 73 cas importés de dengue, soit 14 %, ont eu recours à l’hôpital, services d’accueil des urgences compris. Aucun recours hospitalier n’a été enregistré pour les cas importés de chikungunya et de Zika de la région sur cette période.

D’où reviennent les personnes infectées

Les zones d’importation ne sont pas les mêmes selon le virus, et c’est une information directement utile avant un départ. Pour la dengue, les Antilles françaises et l’Afrique subsaharienne dominent. Pour le chikungunya, c’est l’océan Indien, Maurice au premier rang.

Le détail francilien du 14 août 2026 le montre chiffre par chiffre. Sur les 73 cas importés de dengue, 36 revenaient des Antilles françaises, 16 d’Afrique subsaharienne, 10 d’Asie du Sud ou du Sud-Est, 3 d’Amérique du Sud, 3 de Cuba, 3 de Polynésie française, 1 de Mauritanie et 1 des Émirats arabes unis. Sur les 14 cas importés de chikungunya, 9 revenaient de Maurice, 1 de Mayotte, 1 de Madagascar, 1 du Brésil, 1 du Sri Lanka et 1 de Guinée équatoriale.

Ces répartitions valent pour une région et pour une période donnée. Elles ne constituent pas une carte du risque mondial et ne remplacent pas l’avis d’un médecin ou d’un centre de vaccinations internationales avant un départ. Si vous préparez un séjour dans l’une de ces destinations, la protection contre les piqûres s’anticipe au même titre que le reste du voyage : c’est le cas par exemple pour préparer un voyage à Madagascar, pays d’où revenait l’un des cas franciliens de chikungunya. D’autres maladies transmises par des moustiques, avec des vecteurs et des aires géographiques différents de ceux de la dengue et du chikungunya, relèvent de la même préparation : c’est le cas de l’encéphalite japonaise, autre maladie transmise par les moustiques.

Au retour, Santé publique France formule deux recommandations qui se tiennent ensemble. La première est de consulter un médecin en cas de symptômes après un séjour dans une zone de circulation. La seconde, moins intuitive, est de continuer à se protéger des piqûres pendant les jours qui suivent le retour : c’est ce qui évite qu’un moustique local pique une personne encore virémique et amorce une transmission sur place.

Guyane : le seul territoire français où le mot épidémie s’applique en 2026

La situation guyanaise ne se lit pas avec les mêmes indicateurs que celle de l’Hexagone, et les deux ne se fondent pas dans un total «  France  ». Le contexte, le climat, le calendrier de transmission et la phase épidémique y sont différents.

Le bulletin guyanais du 14 août 2026, arrêté à la semaine 32, décrit une véritable épidémie de chikungunya. Depuis la semaine 4, c’est-à-dire depuis la fin janvier 2026, 1 507 cas de chikungunya ont été biologiquement confirmés en Guyane, dont 59 sur la seule semaine 32.

Le territoire est découpé en secteurs, chacun classé selon une phase. Le Littoral Ouest et les Savanes sont en phase épidémique. L’île de Cayenne est en phase de foyers actifs, avec 8 foyers de chikungunya suivis en semaine 32, répartis sur trois communes. Le Maroni est en transmission sporadique. L’Intérieur et l’Oyapock sont sous surveillance après des cas importés.

La dengue, elle, reste d’activité faible sur l’ensemble du territoire guyanais en 2026 : 12 cas biologiquement confirmés depuis le début de l’année, dont 1 en semaine 32. Les deux maladies circulent donc sur des régimes très différents au même endroit et au même moment.

Ces chiffres ne se transposent pas à l’Hexagone, et l’inverse est tout aussi faux. Une épidémie en Guyane ne rend pas la métropole épidémique ; le petit nombre de cas autochtones métropolitains ne minore en rien ce que vivent les habitants de Guyane. Chaque chiffre doit être lu avec le territoire qu’il décrit.

2025 reste l’année de référence, et 2026 ne la répète pas à ce stade

Pour comprendre pourquoi la saison 2026 était attendue avec inquiétude, il faut revenir au bilan 2025 publié par Santé publique France le 6 mai 2026. L’année 2025 a produit le plus grand nombre de cas et de transmissions autochtones de chikungunya jamais identifiés en France hexagonale depuis la mise en place de la surveillance renforcée en 2006.

Les ordres de grandeur sont sans commune mesure avec les années précédentes. La saison 2025 complète a compté 809 cas autochtones de chikungunya, dont 790 répartis en 79 épisodes de 1 à 144 cas, et 19 cas isolés dont le lieu d’infection n’a pas pu être déterminé. La dengue a compté 30 cas autochtones, en 11 épisodes de 1 à 10 cas, plus 1 cas isolé.

Avant 2025, la transmission autochtone de chikungunya en métropole était exceptionnelle : trois épisodes seulement entre 2004 et 2024, d’après le bilan de Santé publique France. Ces trois épisodes sont restés de petite taille : 2 cas à Fréjus en 2010, 12 à Montpellier en 2014, 17 au Cannet-des-Maures en 2017. Passer de trente et un cas cumulés sur ces trois épisodes, étalés de 2010 à 2017, à 809 cas pour la seule saison 2025 explique le changement de regard des autorités sanitaires.

La géographie a bougé aussi. En 2025, la transmission autochtone a atteint pour la première fois la Nouvelle-Aquitaine, le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté, en plus des régions déjà concernées les années précédentes : Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, Corse et Île-de-France.

Moustique mordant une personne au design plat

Pourquoi 809 et 15 ne se comparent pas

Mettre côte à côte les 809 cas autochtones de chikungunya de 2025 et les 15 cas autochtones arrêtés au 10 août 2026 serait une erreur de méthode. Le premier chiffre couvre une saison entière, du 1ᵉʳ mai au 30 novembre. Le second couvre un peu plus de trois mois d’une saison en cours. Ces deux valeurs ne portent pas sur la même durée et n’autorisent aucune conclusion sur un effondrement de la transmission.

Le seul comparatif à période strictement identique disponible dans les bulletins publiés à la mi-août 2026 est francilien, et il porte sur les cas importés : 73 cas de dengue et 14 de chikungunya du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026, contre 144 et 156 sur la même période de 2025. C’est un recul des importations dans une région, mesuré sur une fenêtre identique. Ce n’est pas un bilan national de la transmission locale.

Un dernier repère invite à la prudence sur le calendrier. En 2025, les dates de début des signes des cas autochtones se sont étalées du 27 mai au 13 novembre pour le chikungunya, et du 25 juin au 14 septembre pour la dengue. À la mi-août, une saison n’est donc pas jouée.

Concernant les cas importés de 2025, une réserve s’impose. Une reprise professionnelle du bilan de Santé publique France, publiée par Caducee.net le 12 mai 2026, avance 2 398 cas importés de chikungunya et 2 389 cas importés de dengue pour la saison 2025. Ces deux valeurs sont attribuées au bilan 2025 de Santé publique France mais n’ont pas pu être relues sur le bilan lui-même : elles sont mentionnées ici avec cette réserve, et non comme des chiffres officiels vérifiés.

81 départements colonisés ne veut pas dire 81 départements où circule le virus

C’est la confusion la plus répandue dès qu’un chiffre de départements est cité. Dans son actualité du 14 août 2026, Santé publique France indique qu’à ce jour, 81 des 96 départements de France métropolitaine et de Corse sont concernés par l’implantation du moustique tigre. Ce nombre décrit la présence du vecteur, autrement dit de l’insecte capable de transmettre. Il ne décrit pas la circulation de la dengue ou du chikungunya, qui se limitait à trois départements au 10 août 2026.

Un chiffre supérieur circule par ailleurs : un article de Futura-Sciences daté du 11 mai 2026 avançait un total de départements colonisés supérieur à celui de Santé publique France. La valeur retenue ici est celle de l’agence sanitaire : c’est la source primaire, la plus récente, et la seule dont la formulation exacte soit vérifiable. Le chiffre plus élevé n’est pas repris, faute de pouvoir être rattaché à un relevé officiel. Dans tous les cas, un chiffre de ce type se date : il évolue d’une année sur l’autre, et le vecteur étend son aire chaque saison.

Ce même article de mai 2026 présentait la saison à venir comme particulièrement redoutée. Cette anticipation n’était pas infondée : elle s’appuyait sur le record de 2025 et sur l’extension continue du vecteur. Les mesures d’août 2026 la corrigent en partie, avec une pression d’importation en baisse et une transmission autochtone très inférieure à celle de 2025 à la même date. Il n’y a pourtant pas lieu d’en tirer un satisfecit : la surveillance renforcée court jusqu’au 30 novembre, et en 2025 des cas autochtones ont eu un début des signes jusqu’au 13 novembre.

L’Île-de-France illustre bien la différence entre exposition et circulation. Selon le bulletin régional du 14 août 2026, 82 % de la population francilienne était exposée au moustique tigre en 2025 — et la région n’a pourtant enregistré aucun cas autochtone en 2026 à la date de ce bulletin. Une exposition très large au vecteur augmente le risque d’émergence à partir d’un cas importé ; elle ne l’enclenche pas mécaniquement.

La cartographie de cette implantation s’appuie en partie sur les signalements des particuliers. Le portail de signalement du moustique tigre est opéré par l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, avec la Direction générale de la santé et les agences régionales de santé. Un point est à retenir avant de l’utiliser : un signalement citoyen sert à cartographier la répartition de l’espèce sur le territoire. Il ne déclenche pas d’opération de démoustication.

Trois situations françaises distinctes à la mi-août 2026

Le tableau ci-dessous rassemble les valeurs citées plus haut avec leur territoire, leur nature et leur date d’arrêt des données. Aucune ligne ne s’additionne à une autre : les indicateurs comptés ne sont pas de même nature d’un territoire à l’autre.

Dengue, chikungunya et Zika : ce que comptent les bulletins de Santé publique France selon le territoire, à la mi-août 2026
Territoire Ce qui est compté Valeurs publiées Arrêt des données
France hexagonale Cas importés, du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026 295 dengue, 105 chikungunya, 10 Zika 9 août 2026 (bulletin du 12 août)
France hexagonale Cas autochtones, en 5 épisodes, 3 départements 15 chikungunya, 2 dengue, 0 Zika 10 août 2026 (bulletin du 12 août)
Île-de-France Cas importés, du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026 73 dengue, 14 chikungunya, 2 Zika 9 août 2026 (bulletin du 14 août)
Île-de-France Cas autochtones 0 Bulletin du 14 août 2026
Guyane Cas confirmés biologiquement en 2026, en situation épidémique de chikungunya (chikungunya décompté depuis la semaine 4, dengue depuis le début de l’année) 1 507 chikungunya, 12 dengue Semaine 32 (bulletin du 14 août 2026)

Le virus West Nile, une surveillance à ne pas confondre avec celle du moustique tigre

Le virus West Nile, ou virus du Nil occidental, figure dans le même bulletin national que la dengue et le chikungunya. Cette proximité éditoriale a produit une confusion tenace : ce virus n’est pas transmis par le moustique tigre. Il est transmis par des moustiques du genre Culex. Les lieux concernés, les hôtes animaux impliqués et les signes de la maladie diffèrent, et la surveillance est distincte.

La conséquence est concrète pour la protection. Se prémunir du moustique tigre et se prémunir de Culex pipiens ne se font pas aux mêmes heures, comme détaillé plus loin. Attribuer le West Nile au moustique tigre fausse à la fois l’évaluation du risque et le choix des gestes utiles.

Au 10 août 2026, le bulletin national recense 6 cas autochtones d’infection à virus West Nile en France hexagonale, dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, les Pyrénées-Orientales et l’Aude. Ces cas sont sans rapport avec les 5 épisodes de dengue et de chikungunya évoqués plus haut, et ne se cumulent pas avec eux.

En Île-de-France, la situation relève pour l’instant de la surveillance animale et environnementale. Six cas aviaires positifs au virus West Nile ont été détectés en juin 2026 par le laboratoire national de référence de l’Anses, dans quatre départements : Paris, la Seine-et-Marne, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne. Le virus a également été détecté dans des excrétas de moustiques piégés. Aucun cas humain ni équin n’a été identifié dans la région à ce stade.

Santé publique France a par ailleurs diffusé une alerte aux professionnels de santé sur les formes neurologiques de cette infection. Cette alerte fixe des critères de vigilance destinés aux soignants dans leur démarche diagnostique, dont un seuil de température. Ces critères ne sont pas reproduits ici, parce qu’ils ne constituent pas une grille d’auto-évaluation et qu’un seuil chiffré lu hors contexte conduirait surtout à renoncer à consulter : en cas de fièvre inhabituelle, la conduite à tenir est de consulter un médecin, qui appréciera la situation.

Ce que déclenche un cas signalé : obligation de déclaration et enquête entomologique

Les chiffres publiés chaque semaine ne tombent pas d’un observatoire lointain : ils sont produits par une chaîne de signalement à laquelle participent les professionnels de santé. Santé publique France l’énonce ainsi : «  La surveillance de la dengue, du chikungunya, du Zika et de la fièvre du Nil Occidental repose sur le signalement obligatoire de tous les cas documentés biologiquement.  »

Concrètement, lorsqu’un examen de laboratoire confirme une de ces infections, le cas doit être signalé à l’agence régionale de santé. Cette obligation incombe aux professionnels de santé, et non au patient : vous n’avez aucune démarche déclarative à effectuer vous-même. Les modalités précises — qui du médecin ou du biologiste transmet, et dans quel délai — relèvent de la réglementation sanitaire et ne sont pas détaillées ici, faute de référence vérifiée.

Le recueil ne s’arrête pas au signalement spontané. Santé publique France procède à un rattrapage des cas non signalés à partir des données des laboratoires d’analyses médicales, notamment les groupes Biominis, Cerba et Inovie. Ce filet de sécurité explique qu’un bulletin puisse corriger à la hausse des chiffres déjà publiés.

Pourquoi un cas importé est investigué comme un cas autochtone

Pendant la période de surveillance renforcée, tous les cas signalés sont investigués par l’agence régionale de santé, qu’ils soient importés ou autochtones. Cela peut surprendre pour une infection contractée à l’étranger, mais c’est la logique même du dispositif : c’est en identifiant vite une personne virémique dans une zone où le moustique tigre est implanté que l’on empêche un premier cas local.

Lorsque la situation le justifie, une enquête entomologique est déclenchée. Il s’agit d’une inspection de terrain destinée à repérer la présence et les gîtes du moustique dans l’environnement de la personne, afin d’orienter la lutte antivectorielle, c’est-à-dire les opérations visant le moustique lui-même. La décision revient aux autorités sanitaires.

Ce circuit professionnel ne doit pas être confondu avec le signalement citoyen du moustique tigre. Repérer un moustique tigre chez vous et le signaler sur le portail de l’Anses alimente la cartographie de l’espèce. Cela ne vaut pas signalement d’un cas de maladie, et cela ne déclenche pas de démoustication à votre adresse. En attendre l’un ou l’autre conduit à une déception qui décrédibilise, à tort, un dispositif utile.

Reconnaître le moustique tigre et comprendre pourquoi il se déplace si peu

Le moustique tigre adulte mesure 4 à 6 millimètres, soit moins qu’une pièce d’un centime. Culex pipiens, le moustique commun impliqué dans la transmission du virus West Nile, mesure 4 à 7 millimètres. La taille ne permet donc pas de les distinguer.

Deux autres différences sont plus exploitables au quotidien. Les horaires, d’abord : Aedes albopictus pique le jour, avec un pic d’activité tôt le matin et en fin d’après-midi, tandis que Culex pipiens est crépusculaire et nocturne. Le bruit, ensuite : le vol du moustique tigre est silencieux, celui de Culex pipiens bourdonne. Ne pas entendre de moustique ne signifie donc pas qu’il n’y en a pas.

La dispersion active du moustique tigre est très courte : généralement de 50 à 200 mètres, rarement plus d’un kilomètre. Un moustique tigre qui vous pique dans votre jardin s’est le plus souvent développé dans un rayon de 50 à 200 mètres. C’est ce qui rend l’environnement immédiat déterminant, bien plus qu’une action à l’échelle d’une commune.

Ses longs déplacements, eux, sont passifs : ce sont des œufs ou des adultes transportés par l’activité humaine, notamment le commerce de pneus usagés, le transport de plantes et les véhicules. La colonisation progressive de nouveaux départements ne traduit pas un vol de longue distance, mais des trajets d’objets et de marchandises.

Comprendre où il pond éclaire enfin les gestes utiles. La femelle dépose ses œufs un à un sur les parois humides, au-dessus de la ligne de flottaison de petites collections d’eau propre en extérieur : gouttières, soucoupes de pots, jouets oubliés, creux d’arbres, bouchons. Il ne s’agit pas de mares ni d’eaux sales, mais de très petits volumes d’eau claire, faciles à ignorer.

Se protéger : ce que recommande Santé publique France, et ce qu’elle déconseille

La première mesure recommandée par Santé publique France porte sur les gîtes larvaires, c’est-à-dire les endroits où se développent les larves, et non sur les moustiques adultes. Elle consiste à limiter les eaux stagnantes : supprimer les petites réserves d’eau inutiles, couvrir celles qui sont nécessaires, et curer les gouttières. Compte tenu de la très faible dispersion du vecteur, les gîtes supprimés sur un balcon ou dans un jardin sont ceux-là mêmes d’où sortent les moustiques qui piquent au même endroit.

Sur les produits de protection individuelle, cet article ne recommande ni substance active, ni marque, ni mode d’emploi. Le choix d’un répulsif dépend notamment de l’âge, de la grossesse et de l’état de santé de la personne, et relève d’un avis du médecin ou du pharmacien.

Une précision de vocabulaire s’impose sur un point souvent déformé. Santé publique France déconseille les diffuseurs électriques d’insecticide dans certaines situations. Sa recommandation du 14 août 2026 est formulée ainsi : « Ne pas utiliser de diffuseurs électriques en présence de femmes enceintes ou d’enfants âgés de moins de 3 ans. » C’est bien un «  déconseille  » : ces dispositifs ne sont pas interdits, et l’avis vise ces situations précises.

La protection après un voyage relève de la même logique collective. Une personne de retour d’une zone de circulation doit consulter un médecin en cas de symptômes et continuer à se protéger des piqûres, afin de ne pas amorcer une transmission locale. C’est le moment où votre protection individuelle protège aussi votre voisinage.

Enfin, si vous repérez un moustique tigre, le portail de signalement de l’Anses accepte les observations des particuliers. Ce signalement sert la cartographie de l’espèce et rien d’autre : il ne déclenche pas d’intervention de démoustication à votre domicile.

Au retour de voyage, et en cas de fièvre

Cet article présente un état de la surveillance sanitaire, pas un avis médical. Aucune conduite thérapeutique, aucun médicament et aucun répulsif ne sont recommandés ici.

Si vous revenez d’une zone où circulent la dengue ou le chikungunya et que des symptômes apparaissent, consultez un médecin, en lui indiquant votre destination et vos dates de séjour. En Île-de-France, 10 des 73 cas importés de dengue documentés entre le 1ᵉʳ mai et le 9 août 2026, soit 14 %, ont eu recours à l’hôpital : ces infections ne sont pas toujours bénignes.

En cas de fièvre inhabituelle, y compris sans voyage récent, l’appréciation revient au médecin. Les critères diffusés par Santé publique France sur les formes neurologiques du virus West Nile s’adressent aux professionnels de santé et ne constituent pas une grille d’auto-diagnostic.

L’essentiel à retenir

  • Au 10 août 2026, la France hexagonale compte 15 cas autochtones de chikungunya et 2 de dengue, en 5 épisodes et 3 départements. C’est peu, et c’est une saison en cours, pas un bilan.
  • Les 410 cas importés recensés du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026 mesurent des infections contractées à l’étranger. Ils ne s’additionnent pas aux cas autochtones et ne mesurent pas la circulation des virus en France.
  • Les 81 départements sur 96 concernés au 14 août 2026 le sont par l’implantation du moustique tigre, pas par la circulation de la dengue ou du chikungunya.
  • La Guyane est le seul territoire français en situation épidémique de chikungunya en 2026. Ses chiffres ne se transposent pas à l’Hexagone, et l’inverse non plus.
  • Le risque métropolitain n’est pas nul et la saison n’est pas finie  : la surveillance renforcée court jusqu’au 30 novembre, et en 2025 des cas autochtones ont débuté jusqu’au 13 novembre.
  • Tous les chiffres cités ici portent leur date d’arrêt des données. Un bulletin postérieur au 14 août 2026 peut les avoir actualisés.

FAQ — dengue et chikungunya en France en 2026

Combien de cas autochtones de dengue et de chikungunya la France hexagonale compte-t-elle en 2026  ?

Au 10 août 2026, Santé publique France recense 15 cas autochtones de chikungunya et 2 cas autochtones de dengue en France hexagonale, répartis en 5 épisodes et 3 départements. Ce décompte porte sur une saison en cours  : la surveillance renforcée court jusqu’au 30 novembre et ces chiffres peuvent évoluer.

Quelle est la différence entre un cas importé et un cas autochtone  ?

Un cas importé désigne une personne infectée hors de France hexagonale et diagnostiquée à son retour. Un cas autochtone désigne une personne qui n’a pas voyagé et qui a été piquée sur place par un moustique local déjà infecté. Les 410 cas importés du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026 et les 17 cas autochtones arrêtés au 10 août ne s’additionnent pas.

Le moustique tigre est-il présent dans 81 départements où circulent la dengue et le chikungunya  ?

Non. Les 81 départements sur 96 cités par Santé publique France au 14 août 2026 sont ceux où le moustique tigre est implanté, c’est-à-dire où l’insecte est présent. La circulation des virus, elle, concernait trois départements au 10 août 2026  : le Tarn, la Gironde et l’Hérault.

Y a-t-il eu des cas autochtones en Île-de-France en 2026  ?

Non. Le point francilien de Santé publique France du 14 août 2026 indique qu’il n’y a pas eu de transmission autochtone en Île-de-France en 2026 à ce stade. La région a en revanche documenté 73 cas importés de dengue et 14 cas importés de chikungunya du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026.

Quel territoire français connaît une épidémie de chikungunya en 2026  ?

La Guyane. Le bulletin du 14 août 2026 y recense 1 507 cas de chikungunya biologiquement confirmés depuis la fin janvier 2026, avec deux secteurs classés en phase épidémique. Ces chiffres sont propres à la Guyane et ne se transposent pas à la France hexagonale.

Le virus West Nile est-il transmis par le moustique tigre  ?

Non. Le virus West Nile est transmis par des moustiques du genre Culex et fait l’objet d’une surveillance distincte de celle de la dengue et du chikungunya. Les horaires de piqûre diffèrent aussi  : le moustique tigre pique le jour, Culex pipiens en soirée et la nuit.