Une piqûre en plein après-midi, dans un jardin du Tarn ou de Gironde, n’a plus rien d’exotique : le moustique tigre y est installé, et il lui arrive de transporter le chikungunya ou la dengue. En France hexagonale, au 3 août 2026, Santé publique France dénombre cinq épisodes de transmission locale et neuf personnes contaminées sans avoir voyagé — sept chikungunya, deux dengue. C’est peu, et c’est suivi de très près. Ce guide donne la photographie exacte à cette date, explique pourquoi le virus West Nile relève d’un autre moustique, décrit ces maladies, dit quand consulter et quelles précautions prendre avec les anti-inflammatoires, puis récapitule les gestes utiles chez vous.
Ce que dit le dernier bulletin de Santé publique France
Les chiffres de cet article proviennent du bulletin hebdomadaire « Arboviroses – Hexagone » de Santé publique France, publié le 5 août 2026. Il arrête ses données au 3 août pour les cas autochtones et au 2 août pour les cas importés : une photographie datée, et non l’actualité du jour. Un nouveau point paraît chaque semaine pendant la surveillance renforcée, du 1er mai au 30 novembre, période d’activité d’Aedes albopictus — le nom scientifique du moustique tigre. Cette surveillance repose sur le signalement obligatoire des cas par les soignants et les laboratoires.
« Au 3 août 2026, cinq épisodes de transmission vectorielle autochtone ont été identifiés en France hexagonale », écrit l’agence : trois de chikungunya, deux de dengue, neuf personnes contaminées sans avoir voyagé. Le mot « épidémie » ne décrit pas cette situation.
Ces contaminations locales restent rares au regard des cas importés — des personnes infectées à l’étranger ou en outre-mer avant leur retour. Du 1er mai au 2 août 2026, l’agence en compte 274 pour la dengue, 98 pour le chikungunya et 9 pour le virus Zika. Ces personnes reviennent surtout des Antilles (114 dengues de Martinique), de Maurice et de Guyane.
Ce sont ces retours qui alimentent le risque local : un départ en zone tropicale se prépare aussi contre les piqûres, au même titre que les vaccins conseillés pour le Sri Lanka.
Un « foyer » n’est pas un « cas »
Un épisode de transmission — le « foyer » du langage courant — désigne un lieu où au moins une personne s’est contaminée sans avoir quitté le territoire hexagonal. Il peut compter une personne comme plusieurs : cinq épisodes ne font pas cinq cas. Comme pour la maladie de Lyme, la géographie compte ici autant que le décompte.
Côté chikungunya, trois épisodes. Saint-Médard-en-Jalles (Gironde) : un cas, signes le 6 juin 2026, épisode clos, aucun nouveau cas n’étant survenu depuis un délai suffisant pour considérer la transmission interrompue. Prignac-et-Marcamps (Gironde) : un cas, signes le 20 juillet, non clos. Saint-Amans-Soult (Tarn) : cinq cas entre le 9 et le 21 juillet, non clos, le seul épisode à plusieurs cas. Côté dengue, deux épisodes d’un cas chacun, non clos : Carmaux (Tarn) le 19 juin, Sète (Hérault) le 5 juillet.
Une semaine plus tôt, le bulletin arrêté au 27 juillet n’affichait que trois épisodes et un unique cas de chikungunya, à Saint-Amans-Soult, « la première détection de la circulation du virus chikungunya en France hexagonale, en 2026 ». Sept jours ont ajouté deux épisodes et six cas. L’échelle reste sans rapport avec 2025, année sans précédent : 809 cas autochtones de chikungunya, dont 790 en 79 épisodes, et 30 de dengue, quand le maximum annuel d’arbovirose autochtone n’avait jamais dépassé 84 entre 2010 et 2024.
Le West Nile, lui, n’est pas une affaire de moustique tigre
Le bulletin recense un troisième virus, et c’est ici que la couverture se trompe. « Au 3 août 2026, quatre cas autochtones d’infection à virus West Nile, transmis par les moustiques du genre Culex, ont été identifiés en France hexagonale » : un dans les Pyrénées-Orientales, trois dans les Bouches-du-Rhône. Le vecteur n’est pas le moustique tigre. Le genre Culex est « présent sur l’ensemble du territoire métropolitain et actif entre mai et novembre ».
Le virus circule entre les oiseaux, son réservoir naturel, et les moustiques. « L’homme et le cheval représentent des culs-de-sac épidémiologiques pour le VWN car la quantité de virus dans leur sang […] est insuffisante pour infecter un moustique », précise l’agence. Comme pour l’encéphalite japonaise, l’humain est un hôte accidentel. Conséquence pratique : un cas de West Nile ne déclenche ni porte-à-porte ni lutte antivectorielle ciblée, contrairement à la dengue et au chikungunya ; les mesures visent les produits du corps humain.
Sur la gravité, deux chiffres circulent qui ne parlent pas de la même population. Sur l’ensemble des personnes infectées, l’infection « reste fréquemment asymptomatique ou pauci symptomatique (80 % des cas) », et les formes neuro-invasives — méningite, méningo-encéphalite — sont « rares (environ 1 % des cas) », plus fréquentes chez les personnes âgées ou immunodéprimées. En 2025, 20 des 62 cas identifiés, soit 32 %, en présentaient une : ce taux porte sur les seuls cas détectés, où les formes hospitalisées sont sur-représentées, puisque quatre infections sur cinq passent inaperçues. Les deux taux ne se comparent pas. Cinq décès sont survenus parmi ces 62 cas de 2025.
83 départements sur 96 : jusqu’où le moustique tigre est-il installé ?
« Au 1er janvier 2026, il est implanté dans 83 départements (sur 96) », indique l’ANSES sur son portail de signalement. Ils étaient 81 au 1er janvier 2025 — la valeur que reprennent encore beaucoup de sites — et un seul, les Alpes-Maritimes, en 2004.
Un département classé implanté ne l’est pas commune par commune : la colonisation se constate quartier par quartier, et environ la moitié de la population hexagonale vivait dans une commune colonisée au 1er janvier 2025. Les cartes du ministère chargé de la Santé permettent de situer votre adresse. L’été, chez les personnes âgées, cette vigilance s’ajoute aux autres sans les remplacer, à commencer par les précautions à prendre pendant une canicule.
Le moustique tigre se reconnaît sans loupe : rayé de noir et de blanc, silencieux, il mesure moins d’un centimètre et pique le jour. Il pond dans de très petits volumes d’eau stagnante domestique — coupelle, vase, seau oublié, bidon, gouttière encombrée, avaloir. Les interventions se jouent à courte distance : autour d’un cas autochtone, porte-à-porte et démoustication couvrent environ 150 mètres.

Reconnaître une dengue ou un chikungunya
Entre la piqûre et les premiers signes, il s’écoule 4 à 10 jours pour la dengue, 2 à 10 jours pour le chikungunya : assez pour qu’on ne fasse pas le lien. Selon Santé publique France, la dengue associe une fièvre élevée d’apparition brutale, des maux de tête, des douleurs musculaires et/ou articulaires, des douleurs derrière les yeux — dites rétro-orbitaires — et une éruption cutanée, qui n’a rien de spécifique : beaucoup d’autres maladies de la peau en donnent une comparable. Le chikungunya donne un tableau voisin, avec les douleurs articulaires au premier plan. Les signes durent habituellement une semaine, suivis d’une fatigue « qui peut être prolongée ».
Le diagnostic repose sur un prélèvement sanguin analysé en laboratoire, pas sur l’aspect de la peau ni sur les tests cutanés d’allergie. Dengue, chikungunya et West Nile ne se distinguent ni entre eux ni d’une autre fièvre estivale à l’œil nu : aucun symptôme ne vaut diagnostic.
Après un chikungunya, les douleurs articulaires peuvent persister « de quelques semaines à plusieurs années », surtout chez les personnes âgées, selon l’Institut Pasteur ; des formes graves sont possibles chez elles, chez les personnes immunodéprimées et chez les nouveau-nés infectés in utero. Ces séquelles relèvent d’un suivi médical : les approches de confort, comme le curcuma, n’agissent pas sur l’infection.
| Maladie | Vecteur | Délai d’apparition | Signes les plus fréquents |
|---|---|---|---|
| Dengue | Moustique tigre (Aedes albopictus), qui pique le jour | 4 à 10 jours | Fièvre élevée brutale, maux de tête, douleurs musculaires, articulaires et derrière les yeux, éruption |
| Chikungunya | Moustique tigre (Aedes albopictus), qui pique le jour | 2 à 10 jours | Douleurs articulaires au premier plan, fièvre élevée brutale, maux de tête, douleurs musculaires |
| Infection à virus West Nile | Moustique du genre Culex, présent partout en métropole | Non précisé par les sources citées | Sur l’ensemble des personnes infectées : 80 % sans symptôme ou presque ; sinon fièvre ; environ 1 % de formes neuro-invasives, surtout chez les personnes âgées ou immunodéprimées |
Bon à savoir. Le moustique tigre pique le jour : la moustiquaire de lit, précieuse contre les moustiques nocturnes, ne protège presque pas de lui. L’ANSES le formule ainsi : « Ae. albopictus ayant une activité diurne, l’utilisation de répulsifs cutanés reste l’option la plus efficace. » Tous les produits ne se valent pas, et certains publics demandent des précautions particulières.
Fièvre après une piqûre : quand consulter, et pourquoi ne pas ouvrir la boîte d’ibuprofène
Une fièvre élevée et brutale avec des douleurs, dans les jours suivant un séjour en zone de circulation ou des piqûres près de chez vous, justifie une consultation sans attendre. Santé publique France et le ministère chargé de la Santé le rappellent : « Protégez-vous des piqûres pendant votre séjour et jusqu’à trois semaines après votre retour. Consultez rapidement un médecin en cas de symptômes (fièvre, douleurs, éruptions cutanées) en précisant votre voyage. »
Trois informations comptent pour le médecin : les dates et les lieux du séjour, la date précise du début des signes — elle oriente le choix entre recherche directe du virus et sérologie — et les piqûres. Dengue, chikungunya et Zika étant à déclaration obligatoire, un résultat positif part vers l’agence régionale de santé (ARS), qui lance les enquêtes épidémiologique et entomologique, puis, si besoin, une démoustication.
Dans l’intervalle, l’automédication mérite prudence. Pour la dengue, l’Organisation mondiale de la santé écrit que « les anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme l’ibuprofène et l’aspirine, sont à éviter, car ils peuvent augmenter le risque d’hémorragie ». Le paracétamol est l’antalgique recommandé : au début, les deux maladies donnent le même tableau, et nul ne sait laquelle est en cause.
Cette mise en garde vise l’automédication en cas de fièvre suspecte, la boîte d’ibuprofène de l’armoire à pharmacie. Elle ne vise pas les traitements prescrits. Si vous prenez de l’aspirine à faible dose pour votre cœur, ou un anti-inflammatoire au long cours, n’interrompez rien de vous-même : signalez-le au médecin, à qui revient la décision. Comme pour la vaccination contre le pneumocoque après 65 ans, son avis prime.
Une personne malade continue enfin de se protéger des piqûres : de deux jours avant les premiers symptômes à sept jours après, elle peut contaminer un moustique, et donc ses voisins.
Quand consulter ? Une fièvre élevée et brutale avec des douleurs musculaires ou articulaires, après un séjour en zone de circulation ou dans une commune où le virus circule, justifie une consultation sans attendre, en précisant le lieu et les dates du séjour. Appelez le 15 en cas de douleurs abdominales intenses, de vomissements répétés, de saignements ou de somnolence inhabituelle.
Chez vous : supprimer l’eau, se protéger, signaler
Le geste le plus efficace ne coûte rien et se répète chaque semaine : supprimer les eaux stagnantes. Videz coupelles et vases, retournez ou abritez seaux, arrosoirs et matériel de jardin, couvrez les récupérateurs d’eau d’un filet moustiquaire, curez les gouttières, mettez des poissons dans les bassins. Ces gîtes larvaires sont presque toujours chez vous ou chez vos voisins.
Second volet, éviter les piqûres : vêtements longs, amples et clairs, moustiquaires aux fenêtres et sur les poussettes, ventilateurs, répulsifs cutanés. L’ANSES rappelle que tous ne se valent pas et qu’« il existe toutefois des précautions d’emploi pour certains publics sensibles (nourrissons et femmes enceintes notamment) ». Nous ne citons ici ni substance ni concentration : le choix se fait à la pharmacie, selon l’âge, une grossesse éventuelle et la destination.
Reste le signalement. Le portail de signalement de l’ANSES permet de déclarer un spécimen observé chez soi ; il vise en priorité les communes non colonisées, pour suivre le front de progression. L’agence le précise : « À noter qu’un signalement n’enclenche pas une action de démoustication. » Ce qui déclenche une intervention, c’est un cas humain confirmé signalé à l’ARS.
Avant un départ sous les tropiques, enfin, la consultation de préparation au voyage reste utile, y compris pour partir à Madagascar quand on est âgé.
L’essentiel à retenir
- Neuf cas autochtones au 3 août 2026, en cinq épisodes (Gironde, Tarn, Hérault) : sept chikungunya, deux dengue. Bulletin du 5 août, arrêté au 3 août (autochtones) et au 2 août (importés), actualisé chaque semaine.
- Un épisode n’est pas un cas : c’est un lieu de contamination locale, d’une à cinq personnes ici. Neuf cas ne font pas une épidémie.
- Le West Nile n’est pas transmis par le moustique tigre, mais par un moustique du genre Culex. Environ 1 % des personnes infectées font une forme neuro-invasive et quatre sur cinq n’ont aucun signe ou presque ; les taux plus élevés lus ailleurs portent sur les seuls cas détectés.
- Fièvre élevée et brutale avec douleurs : consultez, en précisant vos déplacements et la date du début des signes. Paracétamol, pas d’ibuprofène ni d’aspirine de vous-même avant le diagnostic — mais un traitement prescrit, aspirine à faible dose comprise, ne s’interrompt jamais sans l’avis du médecin.
- Une coupelle vidée chaque semaine vaut mieux qu’un insecticide. Un signalement à l’ANSES sert la surveillance, pas la démoustication.
FAQ — moustique tigre, dengue et chikungunya (et le West Nile, transmis par un autre moustique)
Combien de cas de chikungunya et de dengue ont été attrapés en France en 2026 ?
Au 3 août 2026, date d’arrêté du dernier bulletin de Santé publique France (publié le 5 août), la France hexagonale comptait neuf cas autochtones, contractés sans voyage : sept chikungunya et deux dengue, en cinq épisodes, en Gironde, dans le Tarn et dans l’Hérault. S’y ajoutent quatre cas d’infection à virus West Nile, qui n’est pas transmis par le moustique tigre mais par un moustique du genre Culex.
Combien de départements le moustique tigre a-t-il colonisés en 2026 ?
Selon l’ANSES, « au 1er janvier 2026, il est implanté dans 83 départements (sur 96) », contre 81 un an plus tôt : la valeur de 81, encore très reprise, date de 2025. Un département classé implanté ne l’est pas pour autant dans toutes ses communes ; les cartes du ministère chargé de la Santé permettent de le vérifier.
Quels sont les symptômes d’une dengue ou d’un chikungunya, et au bout de combien de temps ?
Comptez 4 à 10 jours entre la piqûre et les premiers signes pour la dengue, 2 à 10 jours pour le chikungunya. Santé publique France décrit une fièvre élevée et brutale, des maux de tête, des douleurs musculaires, articulaires et derrière les yeux, une éruption ; le chikungunya met les articulations au premier plan. Aucun signe ne vaut diagnostic : consultez, sans anti-inflammatoire de votre initiative et sans interrompre un traitement prescrit, aspirine à faible dose comprise.
Le virus West Nile est-il transmis par le moustique tigre ?
Non. Selon Santé publique France, « le virus West-Nile est transmis par des moustiques du genre Culex, présent sur l’ensemble du territoire métropolitain et actif entre mai et novembre ». Le réservoir est aviaire, l’homme un cul-de-sac épidémiologique. Quatre infections sur cinq ne donnent aucun signe ou presque ; les formes neuro-invasives touchent environ 1 % des personnes infectées, plus souvent âgées ou immunodéprimées.
Que déclenche le signalement d’un moustique tigre sur le portail de l’ANSES ?
Il alimente la surveillance entomologique, surtout dans les communes non colonisées, pour suivre le front de progression. L’ANSES l’écrit clairement : « À noter qu’un signalement n’enclenche pas une action de démoustication. » Une démoustication est décidée à partir d’un cas humain confirmé de dengue, de chikungunya ou de Zika, signalé à l’ARS.
Ce guide est une information générale et ne remplace pas un avis médical individuel.