Une étude de l’Université de Liège, publiée en accès anticipé dans la revue Sleep le 22 mai 2026, a mis en relation certains micro-éveils enregistrés pendant le sommeil avec un score génétique de risque de maladie d’Alzheimer. Ce résultat ne concerne pas la maladie déclarée : aucun des participants n’était atteint au départ, aucun ne l’est devenu pendant l’étude, et aucun cas n’a été comptabilisé. Le critère mis en relation avec le sommeil est un indicateur statistique calculé à partir de l’ADN, pas un diagnostic. Et l’association observée ne repose pas sur les 540 volontaires de l’étude, mais sur un seul sous-groupe de 87 personnes âgées en moyenne de 59,3 ans.
La vague de presse d’août 2026 a retenu deux formulations que la publication ne soutient pas : « plus de 500 adultes sains » et « plus de micro-éveils, plus de risque génétique ». L’effectif de 500 agrège deux populations très différentes, dont 453 jeunes adultes chez qui aucune association n’est retrouvée. Quant au sens de la relation, il dépend du type de micro-éveil : un type va avec un score génétique plus bas, l’autre avec un score plus élevé. Enfin, ces micro-éveils durent quelques secondes, sont détectés par électroencéphalogramme en laboratoire et ne sont pas perçus par le dormeur : si vous vous réveillez la nuit et vous en souvenez au matin, ce résultat ne parle pas de vous.
Ce que l’étude a réellement mesuré
Le travail est signé Nasrin Mortazavi, Puneet Talwar, Gilles Vandewalle et leurs collègues du GIGA, la plateforme de recherche biomédicale de l’Université de Liège. Il a été accepté le 19 mai 2026 et mis en ligne le 22 mai 2026 dans la revue Sleep, éditée par Oxford University Press, sous le titre « Sleep arousals are associated with the polygenic risk for developing Alzheimer’s disease and with cognitive change in healthy late middle-aged individuals ». Il s’agit d’un article en accès anticipé, sans numéro ni pagination définitifs à ce jour.
Il s’agit d’une étude observationnelle : les chercheurs ont enregistré le sommeil de volontaires en laboratoire par électroencéphalogramme, puis ont comparé les caractéristiques de ces enregistrements à d’autres mesures. Aucun tirage au sort, aucune intervention testée, aucun traitement administré. Autrement dit, le protocole permet de constater que deux mesures varient ensemble, pas d’établir que l’une agit sur l’autre.
Au total, 540 participants en bonne santé cognitive ont été inclus, répartis en deux groupes distincts : 453 jeunes adultes de 22 ans en moyenne (écart-type de 2,7 ans), dont 49 femmes, et 87 personnes d’âge mûr de 59,3 ans en moyenne (écart-type de 5,3 ans), dont 59 femmes. Le volet génétique repose sur une analyse transversale, c’est-à-dire une photographie prise à un instant donné ; un suivi cognitif longitudinal, c’est-à-dire répété dans le temps, complète le dispositif.
Le point décisif tient en une phrase : le critère mis en relation avec le sommeil n’est pas la maladie d’Alzheimer, mais un score de risque polygénique. Les auteurs concluent que « l’hétérogénéité des micro-éveils spontanés pendant le sommeil pourrait refléter leur intensité physiologique ou l’activation neuronale sous-jacente, et pourrait indiquer une vulnérabilité à la maladie d’Alzheimer chez les personnes d’âge mûr ». Le conditionnel est le leur.
Micro-éveils : de quoi parle-t-on exactement
Le mot « éveil » induit en erreur. Les micro-éveils dont il est question ici sont des événements électriques de quelques secondes, repérés sur un tracé d’électroencéphalogramme réalisé en laboratoire du sommeil. Le dormeur ne les perçoit pas et n’en garde aucun souvenir. Ils n’ont rien à voir avec les réveils nocturnes que l’on raconte le lendemain matin, ni avec le fait de se lever pour aller aux toilettes.
Ces micro-éveils font partie du fonctionnement normal du sommeil : ils ont été relevés chez l’ensemble des participants, jeunes adultes comme personnes d’âge mûr. L’apport de l’étude est de ne pas les traiter comme un bloc homogène. Les chercheurs les ont classés selon deux critères appliqués simultanément : d’une part, l’éveil s’accompagne ou non d’un changement de stade de sommeil — on parle alors d’éveils de transition — ; d’autre part, il s’accompagne ou non d’une augmentation du tonus musculaire, visible sur l’enregistrement de l’activité des muscles. Croiser ces deux critères donne des catégories différentes, et c’est précisément cette distinction qui porte le résultat.
L’étude relève par ailleurs que la proportion d’éveils associés à un changement de stade de sommeil est plus élevée chez les personnes d’âge mûr que chez les jeunes adultes : la structure des micro-éveils se modifie avec l’âge. Pour un cadrage plus large sur ce que la recherche établit et n’établit pas dans ce domaine, voir troubles du sommeil et cerveau : ce que la science établit vraiment.
Un score de risque polygénique n’est pas un diagnostic
Un score de risque polygénique — souvent abrégé PRS, de l’anglais polygenic risk score — est un indicateur statistique. Il agrège les effets, individuellement minuscules, d’un très grand nombre de variations génétiques réparties dans le génome, pour produire une valeur chiffrée. Cette valeur situe une personne par rapport à une distribution de population. Elle ne dit pas si cette personne développera une maladie, ni quand.
L’Inserm, dans son dossier consacré à la maladie d’Alzheimer mis à jour le 13 octobre 2025, donne la matière dont ces scores sont faits : environ 90 régions chromosomiques rendent compte d’environ 70 % du risque de la maladie. Ce sont ces dizaines de signaux faibles qu’un score polygénique additionne. Le résumé publié de l’étude liégeoise ne précise pas quelle étude de référence a servi à construire le score, quels seuils ont été retenus, ni si le locus APOE y a été inclus ou exclu : ces éléments ne sont pas lisibles dans les données accessibles.
À titre de comparaison — et il s’agit bien d’un autre sujet que celui de l’étude liégeoise —, les repères génétiques les plus établis restent beaucoup plus lisibles. Toujours selon l’Inserm, porter une copie du variant APOE ε4 multiplie le risque de maladie d’Alzheimer par 3 à 4, en porter deux le multiplie par 15, tandis que le variant ε2 le réduirait de moitié. Par ailleurs, seuls 1 à 2 % des cas relèvent de formes héréditaires à transmission directe, survenant avant 65 ans ; l’immense majorité des cas est dite sporadique, c’est-à-dire sans transmission familiale identifiable.
Un point pratique doit être posé sans détour : un score polygénique n’est pas un examen disponible en pratique courante, et il n’est pas interprétable pour une personne prise isolément. Il n’y a donc rien à demander à son médecin sur la foi de cette étude — ni score polygénique, ni dosage APOE, ni test génétique.
Les résultats, chiffre par chiffre
Une précision de méthode s’impose avant d’entrer dans le détail. Le texte intégral de l’article est sous péage chez son éditeur et la version en accès libre déposée par les auteurs n’a pas pu être consultée directement. Seul le résumé structuré a pu être lu intégralement. Les résultats sont donc rapportés ici en termes de sens d’association — dans quel sens deux mesures varient ensemble — et non d’amplitude : aucun coefficient, aucun intervalle de confiance, aucune valeur de p n’est reproduit, faute d’avoir pu les vérifier à la source.
Premier résultat, celui qui a fait les titres : chez les personnes d’âge mûr uniquement — les 87 participants de 59,3 ans en moyenne —, la fréquence de certains micro-éveils est associée à la valeur du score de risque polygénique. Rien de comparable n’est retrouvé chez les 453 jeunes adultes de 22 ans en moyenne.
Deuxième résultat, sur les performances cognitives mesurées au départ, dans ce même groupe d’âge mûr : les éveils accompagnés d’une hausse du tonus musculaire vont de pair avec une meilleure performance attentionnelle, ceux qui n’en sont pas accompagnés avec une moins bonne.
Troisième résultat, sur le suivi dans le temps, toujours dans le seul groupe d’âge mûr : les éveils avec hausse du tonus musculaire sont associés à une évolution de la mémoire moins marquée, et ceux sans hausse du tonus à une évolution plus marquée, aux deux échéances évaluées — 2 ans et 7 ans. Le résumé publié emploie le mot changement, et non déclin. Ce volet longitudinal ne concerne pas les jeunes adultes.
Enfin, la structure des micro-éveils diffère entre les deux groupes, comme rappelé plus haut, indépendamment de toute question génétique.
Deux types de micro-éveils, deux directions opposées
C’est le point que la reprise médiatique a le plus déformé, et il mérite d’être énoncé lentement. L’étude ne dit pas que « plus de micro-éveils » va avec « plus de risque génétique ». Elle distingue deux catégories d’éveils de transition, et ces deux catégories vont dans des sens opposés.
Les éveils de transition accompagnés d’une augmentation du tonus musculaire sont associés à un score polygénique plus bas. Les éveils de transition sans augmentation du tonus musculaire sont associés à un score polygénique plus élevé. Ce n’est donc pas la quantité de micro-éveils qui est en cause dans ce résultat, mais leur nature. Écrire que les micro-éveils, en général, vont avec un risque génétique accru revient à effacer la moitié du résultat — la moitié qui pointe dans l’autre direction.
Il faut aussi rappeler que ces relations sont des associations statistiques observées à l’échelle d’un groupe de 87 personnes. Elles ne se lisent pas sur un individu, et la taille de cet échantillon est une limite à énoncer, pas un argument d’autorité.
Ce que les reprises escamotent
Première distorsion, la date. Les articles parus à la mi-août présentent l’étude comme une nouveauté d’août 2026. Le calendrier documenté dit autre chose : un préprint — une version déposée publiquement avant relecture par les pairs — a été mis en ligne sur bioRxiv le 13 novembre 2025 ; l’article a été accepté le 19 mai 2026 ; il a été mis en ligne dans Sleep le 22 mai 2026. La vague de presse est intervenue près de trois mois plus tard : dépêche de l’agence Belga le 11 août 2026, News-Medical.net le 11 août, Medical Xpress le 14 août. Ce qui est daté d’août 2026, c’est la communication de l’Université de Liège, pas la publication scientifique.
Deuxième distorsion, le sens de l’association, détaillé plus haut : les reprises retiennent « davantage de micro-éveils, risque génétique plus élevé », là où la publication oppose deux catégories d’éveils allant en sens contraire.
Troisième distorsion, plus discrète et purement vérifiable : le titre du travail a changé entre les deux versions. Le préprint de novembre 2025 parlait de cognitive decline, déclin cognitif ; l’article publié en mai 2026 parle de cognitive change, évolution cognitive. Le mot retenu dans la version relue par les pairs est le plus neutre des deux. Ce glissement de vocabulaire est un fait consultable ; il n’appelle aucune interprétation d’intention, ni du côté des auteurs, ni du côté des relecteurs.
Le résultat repose sur 87 personnes, pas sur 500
La formule « plus de 500 adultes sains, âge moyen 59 ans » circule dans plusieurs reprises. Elle mélange deux choses. L’étude compte bien 540 participants, mais ils forment deux populations que rien ne permet de fondre en une seule : 453 jeunes adultes de 22 ans en moyenne d’un côté, 87 personnes de 59,3 ans en moyenne de l’autre. Les jeunes adultes représentent environ 84 % de l’effectif total, et c’est précisément chez eux qu’aucune association avec le score génétique n’est retrouvée.
Le résultat dont parle la presse repose donc sur 87 personnes. Ni « 500 seniors », ni « une large cohorte de quinquagénaires ». Cet effectif n’invalide rien : il situe le résultat à sa place, celle d’un signal exploratoire à confirmer.

Pourquoi on ne peut parler ici ni de risque relatif ni de risque absolu
Deux notions permettent d’ordinaire de juger un résultat de santé. Le risque relatif compare la fréquence d’un événement entre deux groupes : il s’exprime en « x fois plus » ou en pourcentage d’augmentation ou de diminution. Le risque absolu dit combien de personnes sont concernées en pratique : par exemple 2 cas pour 1 000 personnes sur dix ans. Le premier sans le second est trompeur, parce qu’une hausse de 50 % appliquée à un risque de départ minuscule reste un risque minuscule.
Or, dans le cas présent, ni l’un ni l’autre n’existe. L’étude liégeoise n’a compté aucun cas de maladie d’Alzheimer : aucun participant n’était atteint au départ, aucun ne l’est devenu dans le cadre de ce travail. Sans événement de santé survenu, il n’y a rien à mettre au numérateur d’un risque. Ce que l’étude met en relation, ce sont deux variables continues : le nombre d’éveils d’un type donné et la valeur d’un score génétique.
Il n’y a donc, dans cette publication, ni risque relatif, ni risque absolu, ni incidence. Tout pourcentage de risque, toute formule du type « x fois plus de risque d’Alzheimer » présentés comme issus de cette étude seraient fabriqués. Les seuls multiplicateurs cités dans cet article — ceux liés au variant APOE — proviennent de l’Inserm et portent sur une autre question.
Ce que l’étude ne permet pas de conclure
Elle ne permet pas de conclure à une causalité. Un protocole observationnel sans intervention ne peut pas établir que les micro-éveils agissent sur quoi que ce soit. Les micro-éveils ne provoquent pas, n’entraînent pas, ne favorisent pas la maladie d’Alzheimer : ils s’observent en même temps que la variation d’un score génétique. La relation pourrait d’ailleurs se lire dans l’autre sens — un processus cérébral précoce peut modifier la structure du sommeil avant toute plainte de mémoire.
Elle ne permet pas de conclure sur les dépôts d’amyloïde, cette protéine dont l’accumulation dans le cerveau est associée à la maladie. Ce travail n’a pas mesuré l’amyloïde cérébrale. Le lien entre micro-éveils et charge amyloïde est un résultat antérieur, rappelé par les auteurs en introduction comme le point de départ de leur question, pas comme une de leurs conclusions.
Elle ne permet pas de prédire une trajectoire individuelle. La dépêche de l’agence Belga du 11 août 2026 le formule ainsi : « Les chercheurs soulignent toutefois que leurs résultats mettent en évidence des associations statistiques et ne permettent pas de prédire, à l’échelle individuelle, qui développera la maladie d’Alzheimer. »
Elle ne débouche enfin sur aucun outil. « Marqueur potentiel » et « piste de recherche » ne sont pas « test », « dépistage », « diagnostic précoce » ou « prédiction ». Aucun examen clinique ne découle de ce travail, et l’étude n’en propose aucun. Il n’y a donc rien à faire de ce résultat à titre personnel : ni compter ses réveils, ni demander une polysomnographie, ni solliciter un test génétique. C’est exactement la même mécanique de sur-interprétation que celle décrite dans ce que dit et ce que ne dit pas l’étude sur les œstrogènes seuls et la démence.
La population de l’étude et la question du locus cœruleus
La communication de l’Université de Liège relayée par l’agence Belga décrit les participants par fourchettes d’âge : 18 à 31 ans pour les jeunes adultes, 50 à 69 ans pour le groupe d’âge mûr. La publication, elle, retient des moyennes assorties d’écarts-types : 22 ± 2,7 ans et 59,3 ± 5,3 ans. Les deux formulations sont compatibles ; la seconde est celle de la source primaire et c’est elle qui est retenue ici.
Cette même communication met en avant le locus cœruleus, une petite structure du tronc cérébral impliquée dans l’éveil et l’attention, et l’une des premières régions où apparaissent des dépôts protéiques anormaux. Une précision s’impose : les chercheurs rappellent ce cadre à la presse, mais le locus cœruleus ne figure pas dans le résumé publié de l’étude. Il relève du contexte explicatif, pas des résultats de ce travail.
Ce qu’en disent les chercheurs et le financeur de l’étude
Trois citations circulent dans les reprises. Elles proviennent de la communication de l’Université de Liège, relevées en anglais chez News-Medical.net et traduites ici ; le communiqué institutionnel d’origine n’a pas pu être consulté directement.
Gilles Vandewalle, codirecteur de la plateforme GIGA-CRC de l’Université de Liège, avance que « le sommeil pourrait devenir un marqueur accessible pour l’identification précoce des personnes vulnérables ». Le conditionnel est important : à ce jour, aucun outil de ce type n’existe et l’étude n’en décrit aucun. Puneet Talwar, chercheur au GIGA, ajoute que « ces micro-éveils ne sont donc pas anodins : certains profils pourraient favoriser l’accumulation des protéines impliquées dans la maladie d’Alzheimer et être associés à une vulnérabilité accrue » — étant entendu que l’accumulation de ces protéines n’a pas été mesurée dans ce travail.
Lucie Leroux, responsable des activités francophones de la Fondation Stop Alzheimer, qui soutient financièrement ces travaux, déclare que « cette recherche montre que le sommeil n’est pas seulement un indicateur de santé, mais aussi un levier d’intervention potentiel ». Cette formulation est la plus extensive du corpus : l’étude n’a testé aucune intervention sur le sommeil, et rien n’y permet d’évaluer l’effet d’une modification du sommeil sur quoi que ce soit.
Dernier élément d’appréciation : dans les reprises consultées, aucun commentaire d’un chercheur extérieur à l’équipe liégeoise n’a été trouvé. Toutes les mises en perspective disponibles émanent des auteurs eux-mêmes ou de leur financeur.
Étude, presse, lecteur : les cinq écarts en un coup d’œil
| Point | Ce que dit l’étude | Ce qu’on a lu dans la presse | Ce qu’on peut en retenir |
|---|---|---|---|
| Effectif du résultat | 87 personnes de 59,3 ans en moyenne, sur 540 participants | « Plus de 500 adultes sains, âge moyen 59 ans » | Un signal exploratoire sur un petit groupe, à confirmer |
| Sens de l’association | Éveils de transition avec hausse du tonus musculaire : score plus bas ; sans hausse du tonus : score plus élevé | « Plus de micro-éveils, risque génétique plus élevé » | C’est le type d’éveil qui compte, pas leur nombre |
| Critère mesuré | Un score de risque polygénique, indicateur statistique calculé sur l’ADN | Formulations qui évoquent la maladie d’Alzheimer elle-même | Aucun cas de maladie n’a été observé ni compté |
| Risque chiffré | Ni risque relatif, ni risque absolu, ni incidence | Aucun chiffre de risque dans les reprises consultées | Tout pourcentage de risque tiré de cette étude serait inventé |
| Date du fait | Accepté le 19 mai 2026, mis en ligne le 22 mai 2026 ; préprint le 13 novembre 2025 | Étude présentée comme paraissant en août 2026 | Août 2026 est la date de la communication, pas de la publication |
Alzheimer en France : les repères chiffrés
Pour situer le sujet, quelques ordres de grandeur issus du dossier de l’Inserm consacré à la maladie d’Alzheimer, mis à jour le 13 octobre 2025. En France, 1 à 1,2 million de personnes vivent avec la maladie, et 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année.
La fréquence augmente fortement avec l’âge : la maladie touche 2 à 4 % de la population après 65 ans, et environ 23 % des personnes à 80 ans. Avant 65 ans, elle reste rare. Cet effet de l’âge est sans commune mesure avec les écarts que peut décrire un score génétique composite.
Côté génétique, les repères établis ont déjà été cités : 1 à 2 % des cas seulement sont des formes héréditaires à transmission directe, et le variant APOE ε4 multiplie le risque par 3 à 4 en une copie, par 15 en deux copies, tandis que le variant ε2 le réduirait de moitié. Ces chiffres viennent de l’Inserm et non de l’étude liégeoise. Ils rappellent surtout que la génétique ne se lit pas comme une fatalité individuelle : la très grande majorité des cas est sporadique, et un score de risque ne décrit jamais le destin d’une personne.
Quand un sommeil fragmenté justifie vraiment un avis médical
Rien de ce qui précède ne doit conduire à négliger un sommeil qui va mal. Les micro-éveils de l’étude ne sont pas perçus par le dormeur ; les troubles du sommeil dont on souffre, eux, se ressentent, et plusieurs d’entre eux se traitent. Les deux sujets ne se recouvrent pas, et le second mérite d’être pris au sérieux pour lui-même.
Un avis médical est justifié en cas de ronflements accompagnés de pauses respiratoires constatées par l’entourage, de somnolence marquée dans la journée, de réveils avec sensation d’étouffement, de maux de tête matinaux répétés, ou d’une insomnie qui s’installe et dure. Ces situations relèvent d’une consultation chez le médecin traitant, qui orientera si besoin vers un spécialiste du sommeil. Elles se posent indépendamment de toute question relative à la maladie d’Alzheimer.
Si une apnée du sommeil est diagnostiquée, la question de la prise en charge des dispositifs se pose rapidement : le point sur apnée du sommeil : remboursement de la PPC et de l’orthèse détaille ce qui est couvert et ce qui reste à charge. En revanche, il n’y a aucune raison de demander un enregistrement du sommeil en laboratoire au seul motif de cette publication. Cela ne retire rien aux indications médicales habituelles, qui restent appréciées par le médecin devant des symptômes.
À retenir avant toute démarche. Ne modifiez, n’arrêtez ni ne commencez seul aucun traitement, y compris un somnifère, sur la foi d’une étude. Consultez votre médecin traitant en cas de pauses respiratoires pendant le sommeil, de somnolence importante en journée, d’insomnie qui dure ou de troubles de la mémoire qui vous inquiètent, vous ou vos proches. Cet article décrit un état des connaissances et ne remplace pas un avis médical individuel.
L’essentiel à retenir
- L’étude publiée dans Sleep le 22 mai 2026 met en relation certains micro-éveils avec un score génétique de risque, pas avec une maladie d’Alzheimer déclarée : aucun cas n’a été observé ni comptabilisé.
- Le résultat repose sur 87 personnes de 59,3 ans en moyenne, et non sur les 540 participants ni sur « plus de 500 adultes ».
- L’association va dans les deux sens selon le type d’éveil : avec hausse du tonus musculaire, score plus bas ; sans hausse du tonus, score plus élevé.
- Il n’existe ici ni risque relatif, ni risque absolu : sans cas de maladie, aucun risque ne peut être calculé.
- Le protocole est observationnel : on parle d’association, jamais de cause. Et ces micro-éveils, de quelques secondes, ne sont pas les réveils nocturnes dont vous vous souvenez.
FAQ — micro-éveils nocturnes et risque génétique d’Alzheimer
Cette étude montre-t-elle que les micro-éveils causent la maladie d’Alzheimer ?
Non. Il s’agit d’une étude observationnelle, sans tirage au sort ni intervention : elle constate que deux mesures varient ensemble, elle n’établit aucun effet. De plus, le critère mis en relation avec le sommeil est un score génétique, pas la maladie. La relation pourrait même se lire dans l’autre sens, un processus cérébral précoce pouvant modifier la structure du sommeil.
Je me réveille plusieurs fois par nuit : suis-je concerné par ce résultat ?
Non, pas par ce résultat. Les micro-éveils étudiés durent quelques secondes, sont détectés par électroencéphalogramme en laboratoire du sommeil et ne sont pas perçus par le dormeur. Ils ne correspondent pas aux réveils dont on garde le souvenir au matin. Un sommeil réellement perturbé justifie en revanche un avis médical, pour lui-même.
Sur combien de personnes repose réellement ce résultat ?
Sur 87 personnes de 59,3 ans en moyenne. L’étude compte bien 540 participants, mais les 453 autres sont de jeunes adultes de 22 ans en moyenne, chez qui aucune association avec le score génétique n’est retrouvée. La formule « plus de 500 adultes » agrège donc deux populations très différentes.
De combien cette étude augmente-t-elle le risque de maladie d’Alzheimer ?
D’aucun pourcentage : la question n’a pas de réponse ici. L’étude n’a compté aucun cas de maladie, ni au départ ni pendant le suivi. Sans cas, il n’existe ni risque relatif, ni risque absolu, ni incidence. Tout chiffre de risque présenté comme issu de ce travail serait fabriqué.
Qu’est-ce qu’un score de risque polygénique, et peut-on le faire mesurer ?
C’est un indicateur statistique qui additionne les effets, individuellement minuscules, d’un grand nombre de variations génétiques, et situe une personne dans une distribution de population. Ce n’est pas un examen disponible en pratique courante et il n’est pas interprétable pour une personne prise isolément. Cette étude ne justifie donc de demander ni score polygénique, ni test génétique, ni dosage APOE.
Pourquoi dater l’étude du 22 mai 2026 alors que la presse en a parlé en août ?
Parce que ce sont deux événements distincts. L’article a été accepté le 19 mai 2026 et mis en ligne en accès anticipé dans la revue Sleep le 22 mai 2026, après un préprint déposé le 13 novembre 2025. Les articles du 11 au 14 août 2026 font suite à la communication de l’Université de Liège, qui n’est pas la date de publication scientifique.
Sources et datation
Étude primaire : Mortazavi N., Zubkov M., Chylinski D., Collette F., Bastin C., Maquet P., Vandewalle G., Talwar P., « Sleep arousals are associated with the polygenic risk for developing Alzheimer’s disease and with cognitive change in healthy late middle-aged individuals », revue Sleep, Oxford University Press, article en accès anticipé, mis en ligne le 22 mai 2026, DOI 10.1093/sleep/zsag143 ; notice PubMed PMID 42171655. Préprint antérieur sur bioRxiv, 13 novembre 2025, DOI 10.1101/2025.11.11.687823. Repères épidémiologiques et génétiques : dossier Inserm « Alzheimer (maladie d’) », mis à jour le 13 octobre 2025. Reprises citées : dépêche Belga du 11 août 2026, News-Medical.net du 11 août 2026, Medical Xpress du 14 août 2026, QU4TRE du 11 août 2026.