Une chute sans gravité au printemps, un bleu au coude, rien de plus. Six semaines plus tard, la même personne cherche ses mots, traîne la jambe gauche et s’endort dans la journée. Le scanner montre une nappe de sang de plus d’un centimètre d’épaisseur, installée entre le cerveau et son enveloppe : un hématome sous-dural chronique. L’équipe de neurochirurgie propose de l’évacuer et, là où une équipe de neuroradiologie interventionnelle est disponible, d’ajouter un second geste dans les jours qui suivent.
Ce second geste porte un nom peu familier : l’embolisation de l’artère méningée moyenne. Il ne remplace pas l’opération, il ferme le robinet qui alimente la récidive. Deux stratégies sont donc en présence, le drainage seul ou le drainage suivi de l’embolisation, et les cinq essais randomisés publiés depuis fin 2024 ne les départagent pas de la même façon. Quatre critères les départagent : la définition retenue de la récidive, la date à laquelle on compte, ce que le bénéfice change dans la vie du patient, et le prix à payer pour l’obtenir.
Un choc oublié, des symptômes six semaines plus tard
Avec l’âge, le cerveau perd du volume à l’intérieur d’une boîte crânienne qui, elle, ne bouge pas. Les veines reliant sa surface à la dure-mère — l’enveloppe fibreuse qui tapisse l’intérieur du crâne — se retrouvent tendues comme des cordages. Un choc modeste suffit alors à en déchirer une. Le Collège de neurochirurgie décrit un hématome sous-dural chronique qui fait suite à un traumatisme crânien souvent mineur, parfois oublié ou passé inaperçu, et qui se manifeste des semaines plus tard.
Ce qui fait la maladie n’est pas la déchirure de départ.
La dure-mère lésée réagit par une fibrose et une néovascularisation, c’est-à-dire la fabrication de vaisseaux neufs. La membrane externe qui enveloppe la collection développe des microcapillaires perméables : des vaisseaux minuscules et poreux, qui saignent de façon répétée et entretiennent la croissance de la nappe de sang. Ces vaisseaux anormaux sont alimentés par l’artère méningée moyenne, celle qui chemine entre l’os du crâne et la dure-mère. Le processus s’auto-entretient, il ne s’agit pas d’un accident unique.
Certains terrains y prédisposent, et l’examen les recherche systématiquement : un traitement anticoagulant ou antiagrégant, un alcoolisme chronique, des troubles de l’hémostase, un traumatisme crânien même minime. Aucun de ces éléments ne permet à lui seul d’affirmer ni d’écarter le diagnostic, qui repose sur l’imagerie et sur l’examen clinique.
Les quatre critères sur lesquels les deux stratégies se départagent
Le premier critère est le sens donné au mot récidive. Trois compteurs très différents circulent sous ce terme unique. La récidive radiologique désigne une collection encore visible sur un scanner de contrôle, sans que le patient s’en plaigne forcément. La récidive symptomatique associe des signes cliniques et une confirmation à l’imagerie. La reprise chirurgicale, elle, désigne un retour au bloc opératoire. Les mélanger produit l’essentiel des contresens sur ce sujet, parce que ces trois compteurs ne donnent jamais les mêmes chiffres.
Le mot récidive ne désigne pas une seule chose.
Le deuxième critère est la date à laquelle on compte. Un essai qui mesure à 90 jours et un essai qui mesure à 6 mois n’observent pas la même fenêtre : le second laisse plus de temps aux récidives tardives d’apparaître dans les deux groupes, ce qui rapproche mécaniquement les résultats. Le troisième critère est ce que le bénéfice représente dans la vie du patient, et non dans le tableau de résultats. Le quatrième est le prix à payer pour ce bénéfice : le risque ajouté par un geste supplémentaire, et la possibilité matérielle de le réaliser dans l’établissement où le patient est soigné.
Après une évacuation chirurgicale seule, la Société française de radiologie situe la récidive entre 20 et 30 % des patients ; une revue de la littérature retient une fourchette plus large, de 5 à 30 % selon les séries. L’écart entre ces deux fourchettes ne traduit pas une contradiction : il tient à la définition retenue, récidive vue à l’imagerie ou récidive qui impose un geste.
Option A : le drainage chirurgical seul
L’évacuation chirurgicale reste le socle du traitement. Elle se pratique le plus souvent par un trou de trépan, un orifice de petit diamètre percé dans l’os, avec mise en place d’un drain qui laisse s’écouler la collection. C’est cette technique qu’ont reçue 565 des 722 patients de l’essai chinois MAGIC-MT. C’est aussi elle qui précède l’embolisation dans tous les essais où les deux gestes sont associés.
Le Collège de neurochirurgie indique l’information donnée au patient avant l’intervention : un risque létal inférieur à 10 %, et environ 75 % des opérés qui reprennent leur activité antérieure. Sur cent personnes opérées, environ soixante-quinze retrouvent donc la vie qu’elles menaient avant. Ce sont des repères d’information au patient, pas des résultats d’essai randomisé, et ils recouvrent des situations très inégales selon l’âge et l’état général.
Le point faible de cette stratégie tient en un mot : la collection revient. Entre 20 et 30 personnes sur cent selon la Société française de radiologie, soit environ une sur quatre, verront une récidive après une évacuation seule. Chez une personne de 80 ans, cette récidive signifie souvent une seconde anesthésie générale, une nouvelle hospitalisation, un risque de confusion post-opératoire et une perte d’autonomie qui ne se rattrape pas toujours. C’est là, bien plus que dans le pourcentage lui-même, que se joue l’intérêt d’un geste supplémentaire.
La chirurgie vide la collection. Elle ne coupe pas son alimentation.
Option B : l’embolisation de l’artère méningée moyenne en complément
L’embolisation ne touche pas au sang accumulé. Elle s’attaque à ce qui le renouvelle. Un microcathéter est monté depuis l’artère fémorale, au pli de l’aine, jusqu’à l’artère méningée moyenne ; un agent occlusif y est injecté, et l’occlusion est vérifiée par imagerie en fin de procédure. Certaines séries réalisent le geste sous anesthésie locale, sans endormir le patient. Dans EMMA-Can, l’agent employé est un embolique liquide, l’Onyx-18.
La logique du traitement se lit dans son calendrier. Dans l’essai canadien, l’embolisation intervient dans les 72 heures qui suivent le drainage chirurgical, donc dans les trois jours. Elle vient après, jamais à la place. Aucun des essais évoqués ici n’a proposé de renoncer à l’opération chez un patient qui en relevait.
L’objectif du geste découle directement du mécanisme de la maladie : priver la membrane externe de son apport sanguin, pour que les microcapillaires perméables cessent d’alimenter la reformation de la collection. L’effet attendu n’est donc pas un soulagement immédiat des symptômes, qui vient du drainage, mais une baisse différée du risque de récidive. Si ce second geste vous est proposé, il ne vous dispense pas du passage au bloc.
EMMA-Can : une récidive symptomatique sur quatre évitée chez les patients opérés
Quatre récidives symptomatiques d’un côté, vingt-six de l’autre, sur 93 patients dans chacun des deux groupes. C’est le résultat principal d’EMMA-Can, essai randomisé mené dans neuf centres de recours canadiens et publié en ligne le 30 avril 2026 dans le JAMA. L’essai a analysé 186 patients porteurs d’un hématome sous-dural chronique unilatéral symptomatique d’au moins 10 mm d’épaisseur, inclus entre août 2021 et avril 2025. L’âge moyen y est de 71,8 ans et 136 participants sur 186 sont des hommes, soit près de trois sur quatre.
Le protocole a été construit pour isoler l’effet du second geste : les patients ont été tirés au sort après le drainage, ce qui neutralise la variabilité de la main du chirurgien et préserve son ignorance du groupe d’affectation. Ce point de méthode a fait l’objet d’une discussion publiée dans le JAMA le 24 août 2026. L’essai est resté ouvert pour le reste — patients et soignants savaient qui avait été embolisé — mais l’évaluation du critère principal a été réalisée en aveugle.
En pourcentages, la récidive symptomatique confirmée au scanner à 90 jours, mesurée dans une fenêtre de 60 à 120 jours, s’établit à 4,3 % avec embolisation contre 28 % sans, avec une valeur de p inférieure à 0,001. La différence de risque absolu atteint 23,7 points de pourcentage, dans un intervalle de confiance à 95 % allant de 13,9 à 34,1 points. Rapporté à des personnes : sur cent patients opérés, environ vingt-quatre récidives symptomatiques en moins, à peu près une sur quatre. L’incertitude de l’essai autorise aussi bien quatorze que trente-quatre.
Le compteur radiologique dessine un paysage tout différent : 49,5 % de collections encore visibles au scanner à 90 jours dans le groupe contrôle, contre 14 % dans le groupe embolisé. Une personne sur deux gardait donc une image anormale sans que cela impose une intervention. Retenir le chiffre le plus spectaculaire à la place du chiffre utile est le piège de ce dossier : une collection qui persiste sur une image n’oblige pas à retourner au bloc.
Un essai isolé ne fait pas une preuve. Celui-ci porte sur 186 patients analysés, il est ouvert, et l’ampleur de son effet dépasse nettement celle observée dans tous les essais publiés avant lui. Un résultat de cette taille appelle confirmation avant de devenir un standard.
Pourquoi l’essai français EMPROTECT n’a pas trouvé la même chose
Un an plus tôt, le même journal publiait un essai français dont la conclusion diffère. EMPROTECT, paru dans le JAMA le 5 juin 2025, a randomisé 342 patients dans douze centres de neurochirurgie français, selon le même principe d’essai ouvert avec évaluation en aveugle. Il n’a pas mis en évidence de réduction significative de la récidive à six mois.
Les chiffres bruts ne pointent pourtant pas dans la direction opposée. La récidive à six mois concerne 14,8 % des patients embolisés, soit 24 sur 162, contre 21,0 % du groupe contrôle, soit 33 sur 157. L’écart représente environ six récidives de moins pour cent personnes traitées. Mais l’intervalle de confiance de cette différence s’étend de quatorze de moins à deux de plus pour cent, et l’odds ratio ajusté vaut 0,64 avec un intervalle de 0,36 à 1,14, pour une valeur de p de 0,13.
Ce calcul se lit dans un sens précis, et un seul. Il compare deux groupes tirés au sort et estime si l’écart observé peut raisonnablement s’expliquer par le hasard du tirage. Dans l’autre sens, il ne dit rien : il n’établit pas que l’embolisation est sans effet, il établit que cet essai-là, avec ce nombre de patients et ce critère, ne permet pas de l’affirmer. Un résultat non significatif est une absence de démonstration, pas une démonstration d’absence.
Trois différences suffisent à expliquer l’écart avec l’essai canadien sans disqualifier aucun des deux. La population française est plus âgée, avec un âge médian de 77 ans et un intervalle interquartile de 68 à 83 ans, contre une moyenne de 71,8 ans au Canada ; 80,1 % des participants y sont des hommes. La mesure est faite à six mois et non à quatre-vingt-dix jours. Surtout, le critère principal est composite : il additionne la réapparition avec déviation de la ligne médiane d’au moins 5 mm, la récidive symptomatique, une épaisseur supérieure à 10 mm, la reprise chirurgicale et la réhospitalisation. Des événements d’imagerie et des événements cliniques tombent ainsi dans le même compteur.
Deux essais, deux compteurs, deux calendriers.
Côté sécurité, EMPROTECT rapporte une complication majeure liée au geste, soit 0,6 % des 171 patients du bras embolisation, et trois complications mineures, soit 1,8 %.
Mise en regard des cinq essais randomisés publiés depuis 2024
Trois autres essais randomisés ont précédé les deux publications du JAMA, tous trois parus dans le New England Journal of Medicine à la fin de l’année 2024 : EMBOLISE, MAGIC-MT et STEM. Chacun a retenu un critère principal différent des deux autres, ce qui interdit de lire leurs pourcentages comme s’ils mesuraient la même chose.
| Essai | Patients | Ce qui a été compté | Résultat, avec embolisation contre sans |
|---|---|---|---|
| EMBOLISE (NEJM, fin 2024, 20 centres américains) | 400 patients opérés, de 18 à 90 ans | Reprise chirurgicale à 90 jours | 4,1 % contre 11,3 % (p = 0,008) |
| MAGIC-MT (NEJM, fin 2024, 31 centres chinois) | 722 patients, dont 565 opérés par trou de trépan | Récidive ou progression symptomatique à 90 jours | 6,7 % contre 9,9 % (p = 0,100) |
| STEM (NEJM, fin 2024) | 310 patients | Critère composite à 180 jours : récidive ou hématome résiduel, sauvetage chirurgical, AVC, infarctus ou décès | 16 % contre 36 % (p = 0,001) |
| EMPROTECT (JAMA, 5 juin 2025, 12 centres français) | 342 patients randomisés | Critère composite de récidive à 6 mois | 14,8 % contre 21,0 % (p = 0,13) |
| EMMA-Can (JAMA, 30 avril 2026, 9 centres canadiens) | 186 patients analysés, 93 par groupe | Récidive symptomatique confirmée au scanner à 90 jours | 4,3 % contre 28 % (p < 0,001) |
Une méta-analyse a réuni les 1 432 patients des trois essais du New England Journal of Medicine, c’est-à-dire mis leurs données en commun pour gagner en puissance statistique. Son enseignement principal n’est pas celui que l’on attendait. La réduction de la récidive ou de la progression symptomatique n’atteint pas le seuil de significativité, avec un risque relatif de 0,50 dans un intervalle de confiance à 95 % de 0,23 à 1,06, pour une valeur de p de 0,058. En revanche, la baisse des réinterventions à 90 jours chez les patients opérés l’atteint : risque relatif 0,43, intervalle de 0,22 à 0,83, p = 0,012.
Le bénéfice le mieux établi à ce jour n’est pas une collection qui ne revient pas, c’est un retour au bloc évité. Aucun effet sur le devenir fonctionnel n’a été retrouvé : la proportion de patients autonomes, mesurée par un score de handicap allant de 0 à 2, reste identique dans les deux groupes, avec un risque relatif de 1,01 dans un intervalle de 0,97 à 1,04 et une valeur de p de 0,790. L’embolisation ne fait pas la démonstration qu’elle préserve l’autonomie.
Une seconde méta-analyse, publiée le 25 juillet 2025 et restreinte aux 965 patients d’EMBOLISE et de MAGIC-MT opérés d’un hématome unilatéral, va dans le même sens. Les réinterventions y passent de 6,0 % à 2,5 %, soit 12 patients sur 478 contre 29 sur 487, avec un odds ratio de 0,41 et un intervalle de 0,20 à 0,82. La récidive, elle, passe de 9,2 % à 5,2 % sans que le résultat soit concluant : l’odds ratio vaut 0,52 dans un intervalle de 0,17 à 1,59, et l’hétérogénéité entre les deux essais atteint 77 %, un niveau élevé qui affaiblit la lecture groupée.
Reste un résultat contre-intuitif, et une divergence à ne pas lisser. Dans la méta-analyse des trois essais du NEJM, le bénéfice sur la récidive est significatif chez les 257 patients qui n’avaient pas été opérés, avec un risque relatif de 0,36 et un intervalle de 0,22 à 0,60, alors qu’il ne l’est pas chez les 1 114 patients opérés, avec un risque relatif de 0,60 et un intervalle de 0,19 à 1,88. Cette lecture est cohérente avec le mécanisme : chez un patient déjà drainé, une partie du travail est faite, tandis que chez un patient non opéré l’embolisation est la seule action exercée sur la maladie. Mais EMMA-Can et la méta-analyse restreinte, qui mesurent un bénéfice chez des patients opérés, disent autre chose. Aucune des deux lectures ne se transpose à la population de l’autre.

Tolérance du geste : les chiffres de sécurité disponibles
Les effectifs bruts d’abord, les pourcentages ensuite : dans EMMA-Can, quatre patients sont décédés dans les 90 jours dans le groupe embolisé, un seul dans le groupe contrôle, sur 93 patients de chaque côté. En pourcentages, 4,3 % contre 1,1 %. Les événements indésirables graves suivent la même orientation, 8,6 % contre 5,4 %.
À ces effectifs, un décès de plus ou de moins déplace le chiffre de plus d’un point de pourcentage. Un écart de trois décès entre deux groupes de 93 personnes ne permet aucune conclusion, dans un sens comme dans l’autre. Un écart du même ordre avait été observé dans EMBOLISE, où la mortalité à 90 jours s’établissait autour de 5 % avec embolisation contre 3 % sans : un comité d’adjudication dédié n’y a pas retenu de lien de causalité avec le geste. L’écart doit figurer ; il ne conclut rien.
Les complications directement imputées à la procédure, elles, restent rares dans les données publiées. EMPROTECT en dénombre une majeure sur les 171 patients du bras embolisation, soit 0,6 %, et trois mineures, soit 1,8 %. Ce dénominateur n’est pas celui des 162 patients cité plus haut, qui est celui de l’analyse du critère principal. Aucun essai n’a établi que l’embolisation réduit la mortalité, ni qu’elle améliore le devenir fonctionnel. Ce qui est mesuré, c’est un risque de réintervention.
Qui décide, et sur quels arguments
La proposition qui vous est faite, pour vous-même ou pour un proche, dépend d’abord de ce que l’établissement peut réaliser. L’embolisation relève de la neuroradiologie interventionnelle, une spécialité qui traite les vaisseaux de l’intérieur, à l’aide de cathéters. Elle suppose une salle dédiée et une équipe entraînée, sur place ou accessible dans un délai compatible avec les 72 heures suivant le drainage. Les douze centres de neurochirurgie français d’EMPROTECT montrent que le geste se pratique en France ; ils ne disent pas qu’il est disponible dans tout établissement accueillant des hématomes sous-duraux.
Viennent ensuite les éléments du dossier. L’âge, un anticoagulant ou un antiagrégant que l’on ne peut pas interrompre, un hématome bilatéral, une récidive déjà survenue après une première évacuation, l’état général et les autres maladies en cours pèsent tous dans l’arbitrage. La décision est collégiale et se construit en équipe, entre neurochirurgien, neuroradiologue et anesthésiste, à partir de l’imagerie et du dossier complet. Elle ne se prend pas au guichet. Les raisons du choix retenu, en revanche, s’expliquent et se demandent.
La Société française de radiologie estime que la prise en charge des hématomes sous-duraux non aigus figurera parmi les premiers motifs d’actes neurochirurgicaux d’ici 2030. La question se posera donc de plus en plus souvent, à mesure que la population vieillit.
Ce qui reste ouvert se dit sans détour. Aucun essai n’a montré de gain sur l’autonomie ou sur la survie à distance. La disponibilité du geste dépend du plateau technique. Et les patients les plus fragiles, ceux que l’on choisit de ne pas opérer, sont précisément ceux sur lesquels les données randomisées sont les plus minces. Il s’agit d’un traitement en cours d’installation, pas d’un standard acquis. Rien de tout cela ne se transpose à un hématome sous-dural aigu ni à un hématome extradural : les cinq essais portent sur des collections chroniques ou subaiguës.
Hospitalisation : la part prise en charge et le reste à payer
Les deux stratégies se déroulent à l’hôpital et relèvent du même cadre de prise en charge. Ajouter l’embolisation au drainage ne devrait donc pas ouvrir de ligne de facturation supplémentaire pour le patient, mais aucun texte de l’Assurance maladie n’a pu être consulté pour l’établir formellement, et ce point se vérifie auprès du service qui vous accueille. Ce que vous payez à la sortie, pour l’essentiel, ce sont les journées passées dans l’établissement.
Le forfait journalier hospitalier, cette participation forfaitaire aux frais d’hébergement, est fixé par l’arrêté du 27 février 2026, publié au Journal officiel du 28 février. La date qui compte pour vous n’est ni l’une ni l’autre : le montant s’applique aux séjours à partir du 1ᵉʳ mars 2026. Il s’élève à 23 € par jour en hospitalisation générale, et à 17 € par jour en psychiatrie. Sur un séjour de cinq jours, cela représente 115 € restant à votre charge avant l’intervention de votre complémentaire santé. C’est précisément là que la différence entre une hospitalisation et deux se voit : une reprise chirurgicale évitée, c’est un second séjour qui ne se facture pas.
Une seconde participation forfaitaire s’applique aux actes dont le tarif dépasse 120 €. Le décret du 30 mars 2026, publié au Journal officiel du 31 mars, porte son plafond de 24 à 32 € en modifiant l’article R. 160-16 du code de la sécurité sociale. Vous le voyez sur les actes réalisés à partir du 1ᵉʳ avril 2026, soit 8 € de plus qu’auparavant. Les personnes prises en charge au titre d’une affection de longue durée relèvent de règles d’exonération particulières — la même mécanique de base de remboursement, de ticket modérateur et de reste à charge réel s’applique par ailleurs à tout acte hospitalier programmé, du remboursement d’une opération de la cataracte à une évacuation d’hématome.
Quand s’inquiéter chez une personne âgée dans les semaines qui suivent une chute
Le délai est ce qui rend ce diagnostic difficile. Le traumatisme est souvent minime, parfois oublié, et les signes n’apparaissent que des semaines plus tard. Entre les deux, il ne se passe apparemment rien.
Ce qui doit conduire à consulter, c’est l’installation progressive de troubles neurologiques chez une personne âgée dans les semaines suivant une chute, même une chute jugée sans gravité sur le moment : difficulté à trouver ses mots, faiblesse d’un côté du corps, déséquilibre inhabituel, somnolence, confusion, changement de comportement. Ce mode d’apparition lent distingue le tableau de celui d’un accident vasculaire cérébral, dont les signes d’alerte s’installent en quelques minutes et imposent d’appeler le 15 sans délai.
Aucune de ces observations ne permet d’écarter le diagnostic soi-même : seule l’imagerie cérébrale le confirme ou l’élimine. Un traitement anticoagulant en cours renforce la raison de consulter ; il ne se modifie jamais de votre propre initiative.
L’essentiel à retenir
Deux stratégies, un même point de départ : l’opération. L’embolisation de l’artère méningée moyenne ne s’y substitue jamais, elle s’y ajoute, dans les trois jours qui suivent le drainage dans l’essai canadien.
Ce qui est le mieux établi aujourd’hui n’est pas ce que les chiffres les plus spectaculaires laissent croire. À l’échelle des trois essais du New England Journal of Medicine réunis, ce qui ressort statistiquement est la baisse des retours au bloc chez les patients opérés, pas la baisse des récidives, et aucun gain d’autonomie n’apparaît. L’essai canadien EMMA-Can, lui, mesure environ vingt-quatre récidives symptomatiques en moins pour cent personnes opérées, avec une marge allant de quatorze à trente-quatre : un résultat considérable, issu d’un essai unique de 186 patients, qui attend confirmation.
Le geste s’installe, il n’est pas encore un standard. Sa disponibilité dépend du plateau technique de l’établissement, et les patients les plus fragiles restent les moins étudiés.
Questions fréquentes
L’embolisation peut-elle remplacer l’opération ?
Non. Dans EMMA-Can, EMBOLISE comme EMPROTECT, elle est réalisée après le drainage chirurgical ou en complément de celui-ci. Elle n’évacue pas la collection de sang : elle ferme l’artère qui alimente la membrane responsable des saignements répétés. Aucun de ces essais n’a testé l’embolisation comme alternative à la chirurgie chez des patients qui devaient être opérés.
Que compte-t-on exactement quand on parle de récidive ?
Trois choses distinctes. La récidive radiologique est une collection encore visible au scanner, la récidive symptomatique associe des signes cliniques et une confirmation à l’imagerie, la reprise chirurgicale est un retour au bloc. L’écart entre ces compteurs est considérable : dans EMMA-Can, la récidive radiologique à 90 jours touche 49,5 % des patients du groupe contrôle contre 14 % du groupe embolisé, quand la récidive symptomatique concerne 28 % contre 4,3 %.
Combien de récidives l’embolisation évite-t-elle, concrètement ?
Cela dépend de l’essai, et c’est précisément le problème. Dans EMMA-Can, le passage de 28 % à 4,3 % représente environ vingt-quatre récidives symptomatiques en moins pour cent personnes opérées, avec une marge d’incertitude qui va de quatorze à trente-quatre. Dans l’essai français EMPROTECT, l’écart mesuré est d’environ six pour cent personnes traitées, et il n’atteint pas le seuil statistique retenu.
Le geste est-il disponible dans tous les hôpitaux ?
Non. L’embolisation est un acte de neuroradiologie interventionnelle : elle suppose une salle équipée et une équipe formée, sur place ou accessible rapidement. EMPROTECT a été conduit dans douze centres de neurochirurgie français, ce qui établit que le geste se pratique en France, sans signifier qu’il est proposé dans tous les établissements.
Que reste-t-il à payer après une telle hospitalisation ?
Les deux stratégies se déroulent à l’hôpital et relèvent du même cadre de prise en charge ; ajouter l’embolisation n’ouvre pas de ligne de facturation supplémentaire pour le patient. Ce qui se compte, ce sont les journées : le forfait journalier hospitalier s’élève à 23 € par jour depuis le 1ᵉʳ mars 2026, soit 115 € pour un séjour de cinq jours. Une seconde hospitalisation pour reprise chirurgicale double cette ligne. L’absence de ligne de facturation propre à l’embolisation n’a pas pu être confirmée sur un texte de l’Assurance maladie, elle se vérifie auprès du service qui vous accueille.
Faut-il demander une embolisation à son équipe ?
La décision ne se prend pas de cette façon. Elle est collégiale et pèse l’âge, un anticoagulant que l’on ne peut pas interrompre, un hématome bilatéral, une récidive déjà survenue, l’état général, et la présence d’une équipe de neuroradiologie interventionnelle. Les questions sur la stratégie retenue se posent au neurochirurgien ou au médecin traitant, qui connaissent le dossier et l’imagerie.