Treize pour cent de risque en plus, c’est environ six personnes sur mille en douze ans. Le chiffre porte sur la fibrillation auriculaire et sur les gélules d’huile de poisson, et il provient d’une cohorte britannique de 415 737 personnes suivies pendant près de douze ans, dont les résultats ont été publiés dans BMJ Medicine le 21 mai 2024. Dans cette population, le décompte de départ se situe autour de 44 fibrillations auriculaires pour 1 000 personnes sur la durée du suivi — un ordre de grandeur reconstruit à partir des effectifs publiés, pas un résultat des auteurs. Appliquer un rapport de risque de 1,13 à ce décompte le porte aux environs de 50 pour 1 000.
L’écart entre « treize pour cent » et « treize sur cent » dépasse ici un facteur vingt. C’est toute la différence entre un signal statistique modeste et une alerte sanitaire. Le signal existe pourtant. Une méta-analyse d’essais tirés au sort le retrouve, avec un effet qui croît avec la dose, tandis qu’une réanalyse de la même cohorte britannique, publiée en 2025, ne retrouve plus rien une fois l’âge traité autrement. Aucune de ces trois lectures ne dit ce que vous devez faire de votre boîte de gélules : cette décision se prend avec un médecin, sur un dossier.
« +13 % de fibrillation auriculaire, +5 % d’AVC » : d’où sort ce chiffre
Le travail est une étude de cohorte prospective, c’est-à-dire un suivi d’une population qu’on observe sans rien lui administrer. Il exploite les données de la UK Biobank, une grande base britannique de volontaires, et il a été publié dans BMJ Medicine le 21 mai 2024. Ce n’est pas un essai clinique. Personne n’a tiré au sort qui prendrait des gélules et qui n’en prendrait pas.
Chez les participants qui ne présentaient aucune maladie cardiovasculaire au départ, l’usage régulier de suppléments d’huile de poisson est associé à un rapport de risque de 1,13 pour les arythmies cardiaques du type fibrillation auriculaire, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 1,10 à 1,17. La fibrillation auriculaire est un trouble du rythme dans lequel les oreillettes du cœur se contractent de façon anarchique, ce qui favorise la formation de caillots.
Le second résultat, celui qui circule sous la forme « risque d’AVC augmenté », est nettement plus fragile : rapport de risque de 1,05, intervalle de confiance de 1,00 à 1,11. Une borne basse posée exactement sur 1,00 signifie que l’absence totale d’effet reste compatible avec les données. Le signal AVC est à la limite de la significativité. Ce résultat est daté de mai 2024, quelle que soit la date à laquelle vous en entendez parler.
Un rapport de risque compare des vitesses, pas des personnes
Le nombre 1,13 est un rapport de risque, ou hazard ratio. Il compare la vitesse à laquelle un événement survient dans deux groupes, pendant toute la durée du suivi. Il ne compte pas des personnes : il compare des cadences. Un rapport de 1,13 signifie que, à chaque instant du suivi, la fibrillation auriculaire apparaissait environ 13 % plus vite chez les utilisateurs déclarés de suppléments que chez les autres.
Les deux groupes n’ont pas été constitués par tirage au sort. Ils se sont formés seuls, selon que chacun avait ou non l’habitude d’acheter des gélules. Tout ce qui distingue par ailleurs ces deux populations — l’âge, le tabac, le niveau d’étude, la fréquence des consultations — se retrouve mélangé au résultat que vous lisez. Les méthodes statistiques corrigent une partie de ces écarts, jamais la totalité, et jamais ceux qu’on n’a pas mesurés.
La cohorte a recruté 415 737 participants, dont 55 % de femmes, entre le 1er mars 2006 et le 31 juillet 2010, tous âgés de 40 à 69 ans à l’inclusion, et les a suivis jusqu’au 31 mars 2021 — soit 11,9 ans de suivi médian. À l’entrée, 130 365 personnes se déclaraient utilisatrices régulières de suppléments d’huile de poisson, c’est-à-dire 31,4 % de l’effectif. Une personne sur trois, donc.
Le calcul part de cette déclaration unique, recueillie par questionnaire au moment de l’inclusion. Ni la dose avalée, ni la formulation du produit, ni la poursuite de la prise sur les douze années suivantes n’ont été enregistrées. Dans l’autre sens, le chiffre ne dit donc rien : il ne distingue pas la personne qui prenait une gélule de temps en temps en 2007 de celle qui en a pris quatre par jour jusqu’en 2021. Quel que soit votre propre usage, il entrerait dans la même case. Un résultat ne peut pas être plus précis que la mesure qui l’alimente.
Traduire les 13 % : de l’ordre de 44 à 50 cas pour 1 000 en douze ans
Pendant le suivi, 18 367 fibrillations auriculaires ont été enregistrées, ainsi que 6 098 AVC, 9 300 infarctus du myocarde, 4 552 insuffisances cardiaques et 22 140 décès. Rapportés aux 415 737 participants, les cas de fibrillation auriculaire représentent environ 4,4 % de la cohorte sur douze ans, soit de l’ordre de 44 personnes pour 1 000.
Ce décompte pour 1 000 est une reconstruction de la rédaction à partir des effectifs publiés. L’étude publie des rapports de risque, pas des conversions de ce type : elle ne fournit ni ce nombre, ni la répartition exacte entre utilisateurs et non-utilisateurs. Le calcul sert à donner un ordre de grandeur, et il doit être lu comme tel, arrondi franchement.
Appliqué à ce point de départ, un rapport de risque de 1,13 porte le décompte de 44 à environ 50 pour 1 000 sur la même durée. L’écart tient dans une demi-douzaine de personnes pour mille, étalées sur douze ans. Formulé autrement : sur cent personnes, l’écart annoncé pèse moins d’une personne.
C’est cette conversion que la forme relative escamote. « +13 % » et « 13 cas de plus pour 100 preneurs » se ressemblent à l’œil, mais désignent deux réalités séparées par un facteur d’environ vingt dans le cas présent. La même arithmétique jouerait à l’inverse sur un risque de départ élevé : appliqué à un risque de 40 %, ce même 1,13 déplacerait cinq personnes sur cent, et non une demie. Un pourcentage relatif ne veut rien dire sans son point de départ.
Ce raisonnement décrit ce que pèse le chiffre, pas ce qu’il prouve. La conversion en cas pour 1 000 rend un résultat lisible ; elle ne le rend pas causal.
À côté de quoi placer ce chiffre en France
La fibrillation auriculaire n’est pas une maladie rare, et elle progresse pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les compléments alimentaires. Santé publique France a dénombré 225 747 personnes ayant débuté un traitement anticoagulant oral pour une fibrillation atriale au cours de l’année 2018, soit un taux standardisé de 410 pour 100 000 habitants — environ 4 personnes sur 1 000, en une seule année. Cet indicateur compte les entrées en traitement anticoagulant, pas l’ensemble des personnes atteintes : les formes non traitées par anticoagulant et les diagnostics anciens en sortent.
La série publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire en 2021 montre une trajectoire en deux temps : 295 pour 100 000 en 2010, puis un pic à 455 pour 100 000 en 2012 après l’arrivée des anticoagulants oraux directs, et une progression annuelle continue ensuite. Le décrochage de 2012 mesure un changement de pratique de prescription, pas une flambée d’arythmies. Ces données s’arrêtent à 2018.
Rapporté à cette échelle, un rapport de risque de 1,13 appliqué à une exposition minoritaire ne déplace pas le total français de façon perceptible. Ce que le chiffre britannique décrit n’est pas une épidémie d’arythmies provoquée par des gélules. Le premier déterminant de la fibrillation auriculaire reste l’âge, très loin devant tout le reste.
Le second résultat de la cohorte concerne l’AVC, dont la fibrillation auriculaire est un facteur de risque connu par le mécanisme des caillots. Reconnaître les signes d’alerte d’un AVC — déformation brutale du visage, faiblesse d’un bras, trouble soudain de la parole — pèse bien plus lourd, pour vous et pour vos proches, que l’écart statistique discuté ici.
La dose, variable oubliée : ce que montrent les essais tirés au sort
Un essai randomisé attribue le produit ou le placebo par tirage au sort. Cette opération égalise en moyenne les deux groupes sur tout, y compris sur ce que personne n’a pensé à mesurer : l’âge, le tabac, l’habitude de consulter. C’est pourquoi un essai pèse plus lourd qu’une cohorte, et pourquoi les essais d’oméga-3 marins sont le point de comparaison obligé du chiffre britannique.
Une méta-analyse parue dans Circulation en octobre 2021 a regroupé 7 essais randomisés d’oméga-3 marins portant sur plus de 80 000 participants — 81 210 exactement, d’âge moyen 65 ans, dont 39 % de femmes, avec un suivi de 4,9 ans en moyenne pondérée — une moyenne, donc, et non une médiane. Le risque de fibrillation auriculaire y est multiplié par 1,25, avec un intervalle de confiance de 1,07 à 1,46. Le sens de l’effet est le même que dans la cohorte britannique.
L’apport propre de ces essais tient à la dose, que la cohorte ignorait. En dessous ou à hauteur de 1 g par jour, le rapport de risque s’établit à 1,12 (1,03 à 1,22). Au-delà de 1 g par jour, il monte à 1,49 (1,04 à 2,15). Rapporté au gramme, chaque gramme quotidien supplémentaire correspond à un rapport de 1,11 (1,06 à 1,15). L’excès existe donc déjà à 1 g par jour ou moins : il n’est pas propre aux seules doses médicamenteuses. Au-delà, il s’accentue franchement.
Le repère français d’apport aide à situer ces quantités. L’ANSES retient, dans sa page « Les lipides » mise à jour le 15 mars 2021, des références nutritionnelles de 250 mg par jour d’EPA et 250 mg par jour de DHA pour un adulte consommant 2 000 kcal, soit 500 mg au total. C’est un repère d’apport souhaitable, ni une dose maximale, ni une invitation à se supplémenter. Plusieurs gélules vendues en France dépassent ce repère à elles seules, et la quantité que vous avalez réellement chaque jour est précisément ce que la cohorte britannique n’a jamais enregistré.
Ces essais ne confirment pas la cohorte. Ils documentent une question voisine, sur une exposition connue et administrée, avec un meilleur niveau de preuve. La cohorte mesure un usage déclaré ; les essais mesurent une dose reçue. Ce ne sont pas les mêmes objets.
Sur les mêmes données, une seconde équipe ne retrouve rien
Une réanalyse publiée en 2025 a repris la même base britannique, sur 466 169 participants, et abouti à un résultat opposé pour la fibrillation auriculaire. La différence tient à un choix technique : la manière dont l’âge est introduit dans le modèle statistique. Traité par tranches, il laisse subsister un écart d’âge résiduel entre les groupes ; traité comme une variable continue, il absorbe cet écart.
Les auteurs de la réanalyse énoncent l’opération en toutes lettres, dans les résultats de leur article : « Après ajustement pour l’âge comme variable continue, aucune association n’a été observée entre l’usage de suppléments et le risque de fibrillation auriculaire. » Le rapport de risque tombe à 1,00, intervalle de confiance de 0,97 à 1,02. Traduit : dans cette seconde lecture, le signal disparaît entièrement.
La même réanalyse ajoute un résultat de sens inverse. Mesurés directement dans le sang, des taux d’oméga-3 plus élevés sont associés à moins de fibrillation auriculaire : rapport de risque de 0,89 (0,86 à 0,93) pour les oméga-3 totaux plasmatiques, et de 0,93 (0,89 à 0,97) pour le DHA. Déclarer prendre un supplément et présenter un taux sanguin élevé ne décrivent pas la même chose — le second dépend aussi de l’alimentation, de la dose réelle et du métabolisme individuel. La littérature n’a pas tranché ce point.
Les deux travaux n’ont ni les mêmes auteurs ni les mêmes soutiens : l’étude de 2024 a été financée par la Bill and Melinda Gates Foundation, sous la subvention INV-016826, et la réanalyse émane d’une équipe spécialisée dans la mesure biologique du statut en oméga-3. Rien dans ces éléments ne disqualifie l’un ou l’autre. Deux équipes tirent des conclusions opposées du même jeu de données parce que, dans une étude observationnelle, le choix des variables d’ajustement décide en partie du résultat.
Une précision manque à ce dossier. Les chiffres cités ici proviennent de la version déposée en accès libre le 6 avril 2025 ; la version revue par les pairs existe bien — Journal of the American Heart Association, volume 14, numéro 24, 2025 — mais son texte intégral n’a pas pu être ouvert, l’éditeur refusant l’accès. Rien n’indique un écart entre les deux versions, et rien ne permet non plus de l’exclure. Le vérifier suppose la version d’éditeur.

Comment un excès de diagnostics se fabrique sans excès de maladie
Les personnes qui achètent des compléments alimentaires ne ressemblent pas à celles qui n’en achètent pas. Dans cette cohorte, le tabagisme était moins fréquent chez les utilisateurs de suppléments. C’est le biais dit du « consommateur en bonne santé » : la prise d’un complément signale un rapport particulier à sa santé, et ce rapport s’accompagne d’autres comportements que l’ajustement statistique ne neutralise pas entièrement.
Ce biais joue ici à l’envers de l’intuition. Quelqu’un qui se surveille consulte plus souvent, passe plus d’électrocardiogrammes, porte plus volontiers une montre qui détecte les irrégularités du pouls. Or la fibrillation auriculaire est fréquemment silencieuse : elle existe sans être ressentie, et elle n’est comptée que lorsqu’elle est trouvée. Plus de diagnostics n’est pas plus de maladie.
Ce que la source des données ajoute au problème
Les événements ont été identifiés à partir des données d’hospitalisation. Une fibrillation auriculaire repérée en ville et jamais hospitalisée n’apparaît donc pas dans le décompte. Cette méthode sous-estime probablement le nombre réel de cas, et rien ne garantit qu’elle les sous-estime de la même façon dans les deux groupes.
La population elle-même limite la transposition : environ 95 % de participants blancs, tous âgés de 40 à 69 ans à l’entrée, volontaires d’une base de recherche britannique. Si vous aviez moins de 40 ans en 2010, aucun participant de votre âge n’a été suivi. Ajoutée à l’exposition relevée une seule fois et sans dose, cette configuration explique pourquoi un effectif de plusieurs centaines de milliers de personnes ne suffit pas à trancher. Un grand nombre ne corrige pas une mesure imprécise.
L’autre versant : moins d’infarctus chez les personnes déjà malades
La même publication contient un résultat de sens inverse, beaucoup moins repris. Chez les participants qui présentaient déjà une maladie cardiovasculaire à l’inclusion, l’usage régulier de suppléments est associé à moins de passages d’un stade au suivant : rapport de risque de 0,85 (0,76 à 0,96) pour le passage de la fibrillation auriculaire à l’infarctus du myocarde, de 0,92 (0,87 à 0,98) pour le passage à un événement cardiovasculaire majeur, et de 0,91 (0,84 à 0,99) pour le passage de l’insuffisance cardiaque au décès. Ce chaînage suppose de connaître les facteurs de risque d’infarctus, qui restent, eux, solidement établis.
Ces résultats appellent exactement le même scepticisme que le premier. Même base de données, même design observationnel, aucun tirage au sort. Les sous-groupes concernés sont plus petits, et deux des trois intervalles de confiance frôlent 1,00 par leur borne haute — 0,96, 0,98, 0,99 — ce qui laisse peu de marge avant l’absence d’effet. Ce n’est pas un bénéfice démontré.
Le versant défavorable comporte lui aussi des nuances de sous-groupes : le communiqué de l’éditeur, daté du 22 mai 2024, indique un excès de 6 % chez les femmes et de 6 % chez les non-fumeurs pour le passage de l’état sain à un premier événement. Les auteurs écrivent eux-mêmes qu’un design observationnel n’établit pas de lien de cause à effet et appellent à des travaux sur les mécanismes. La règle vaut dans les deux sens.
Gélules, poisson, ordonnance : trois situations que le chiffre ne recouvre pas
La première situation est celle du poisson. Le résultat porte sur des gélules, jamais sur l’assiette. Les références nutritionnelles françaises pour les acides gras à longue chaîne se satisfont d’apports atteignables par l’alimentation courante et ne recommandent pas la supplémentation en population générale. Transposer un résultat obtenu sur des suppléments à la consommation de poisson n’a aucune base dans ces travaux.
La deuxième est celle de l’achat libre. Un complément alimentaire d’oméga-3 n’est pas un médicament : il se vend sans ordonnance et n’est pas remboursé par l’Assurance maladie, si bien que votre boîte est payée en totalité au comptoir. Un produit très largement acheté n’est pas pour autant un produit très largement étudié, et la question posée ici ne porte que sur un seul effet : l’arythmie, mesurée sur une exposition que personne n’a chiffrée en milligrammes.
La troisième est celle de la prescription, et c’est la seule où l’enjeu est immédiat. Un rapport de risque issu d’une cohorte ne dit rien de la conduite à tenir dans votre cas. Aucun de ces travaux ne mesure ce qui se passe quand un produit prescrit est interrompu ; ce risque-là n’a pas de chiffre dans ce dossier.
Rien de tout ceci ne signifie que les oméga-3 seraient inutiles : la question traitée ici est celle d’un signal d’arythmie, pas celle de l’efficacité globale de ces acides gras, sur laquelle les sources mobilisées ne se prononcent pas.
| Travaux | Type d’étude | Exposition réellement mesurée | Résultat sur la fibrillation auriculaire | Portée |
|---|---|---|---|---|
| BMJ Medicine, 21 mai 2024 | Cohorte observationnelle, 415 737 participants, 11,9 ans de suivi médian | Usage déclaré de suppléments, une seule fois, sans dose | Rapport de risque 1,13 (1,10 à 1,17) chez les personnes indemnes de maladie cardiovasculaire | Association ; aucune conclusion causale selon les auteurs |
| Réanalyse de la même cohorte, 2025 | Réanalyse observationnelle, 466 169 participants | Usage déclaré, puis taux d’oméga-3 mesurés dans le sang | Rapport de risque 1,00 (0,97 à 1,02) après ajustement continu sur l’âge ; 0,89 (0,86 à 0,93) pour les oméga-3 plasmatiques | Montre que le choix d’ajustement décide du résultat |
| Circulation, octobre 2021 | Méta-analyse de 7 essais randomisés, 81 210 participants, 4,9 ans de suivi moyen pondéré | Dose administrée et connue, comparée à un placebo | Rapport de risque 1,25 (1,07 à 1,46) ; 1,12 sous 1 g/j, 1,49 au-delà | Niveau de preuve supérieur ; documente l’effet dose |
L’essentiel à retenir
Le « +13 % » est un écart de vitesse entre deux groupes qu’on n’a pas tirés au sort, mesuré sur un usage déclaré une seule fois, sans dose. Converti à partir des effectifs publiés, il déplace de l’ordre de six personnes pour 1 000 sur douze ans. Sur les mêmes données, une seconde équipe ne retrouve aucun écart après un traitement différent de l’âge, et trouve même moins d’arythmies chez les personnes dont le sang est riche en oméga-3.
Ce qui résiste, c’est la dose : dans les essais tirés au sort, l’excès d’arythmie croît d’environ 11 % par gramme quotidien supplémentaire, alors que le repère d’apport français se situe à 500 mg par jour d’EPA et de DHA réunis. Rien de tout cela ne concerne le poisson. Rien de tout cela ne remplace un avis médical.
Questions fréquentes
Que veut dire exactement « +13 % de risque de fibrillation auriculaire » ?
C’est un rapport de risque de 1,13 : dans la cohorte britannique publiée par BMJ Medicine le 21 mai 2024, la fibrillation auriculaire survenait environ 13 % plus vite chez les personnes déclarant un usage régulier de suppléments d’huile de poisson que chez les autres, parmi les participants indemnes de maladie cardiovasculaire au départ. L’intervalle de confiance à 95 % va de 1,10 à 1,17.
Ce nombre compare deux groupes qui se sont constitués seuls, pas deux groupes tirés au sort. Il mesure une association et n’établit pas que la gélule produit l’arythmie.
Combien de personnes ce pourcentage représente-t-il concrètement ?
Dans cette cohorte, 18 367 fibrillations auriculaires sont survenues chez 415 737 participants en un peu moins de douze ans, soit de l’ordre de 44 cas pour 1 000 personnes. Appliquer un rapport de risque de 1,13 à ce point de départ porte le décompte à environ 50 pour 1 000.
L’écart pèse donc à peu près six personnes sur mille, sur douze ans. Cette conversion est une reconstruction d’ordre de grandeur effectuée à partir des effectifs publiés ; les auteurs, eux, publient des rapports de risque.
Faut-il arrêter des gélules d’oméga-3 après ce résultat ?
Cet article n’apporte pas d’élément permettant de répondre à cette question pour une personne donnée, et il ne recommande ni d’arrêter, ni de commencer, ni de modifier une prise. Une décision de ce type dépend du motif de la prise, des autres traitements et de l’état cardiovasculaire, éléments qu’aucune étude de population ne contient.
Si un produit contenant des oméga-3 a été prescrit, la question se pose au médecin traitant ou au cardiologue qui l’a prescrit. Un arrêt décidé seul expose à un risque que ces travaux n’ont pas mesuré.
Le poisson est-il concerné par ces résultats ?
Non. L’exposition mesurée est la prise de suppléments en gélules, déclarée par questionnaire. Le poisson gras apporte les mêmes acides gras à longue chaîne, mais dans une matrice alimentaire différente, à des doses différentes et dans des habitudes de vie différentes.
Rien dans ces travaux n’autorise à transposer le résultat à la consommation de poisson. Les références nutritionnelles françaises se satisfont d’apports atteignables par l’alimentation.
Quelle quantité d’EPA et de DHA sert de repère en France ?
L’ANSES retient, sur sa page « Les lipides » mise à jour le 15 mars 2021, des références nutritionnelles de 250 mg par jour d’EPA et de 250 mg par jour de DHA pour un adulte consommant 2 000 kcal, soit 500 mg au total. Ce repère décrit un apport souhaitable, pas une dose maximale ni une recommandation de se supplémenter.
Il donne un point de comparaison utile pour lire l’effet dose observé dans les essais randomisés, où le risque d’arythmie augmente d’environ 11 % par gramme quotidien supplémentaire.
Les compléments d’oméga-3 sont-ils remboursés par l’Assurance maladie ?
Un complément alimentaire d’oméga-3 n’est pas un médicament : il se vend librement, sans ordonnance, et il n’est pas remboursé par l’Assurance maladie. La boîte que vous achetez est donc payée intégralement, de votre poche.
Cette réponse porte sur les compléments alimentaires vendus librement, et non sur d’éventuels médicaments contenant des acides gras oméga-3, qui relèvent d’un statut distinct et d’une prescription.