Une analyse publiée le 1ᵉʳ octobre 2025 dans le Journal of the American College of Cardiology (JACC) a examiné le passé médical de personnes ayant présenté un premier accident cardiovasculaire : maladie coronaire, insuffisance cardiaque ou accident vasculaire cérébral. Dans plus de 99 % des cas, au moins un de quatre paramètres — pression artérielle, cholestérol, glycémie, tabac — se situait déjà hors de la zone considérée comme optimale, parfois des années auparavant. Le travail repose sur deux cohortes de population : plus de 9 millions d’adultes coréens d’un côté, 6 803 adultes américains de l’autre.

Ce chiffre dit une chose précise, et rien de plus. Il décrit ce qui précédait l’accident chez celles et ceux qui l’ont fait ; il ne dit pas quelle proportion des personnes porteuses d’un de ces facteurs fera un jour un accident, et il ne permet pas d’anticiper l’événement chez un individu donné. Les seuils retenus sont par ailleurs volontairement bas : 120/80 mmHg pour la tension, 2 g/L pour le cholestérol total, 1 g/L pour la glycémie à jeun, et le simple antécédent de tabagisme. Une seconde publication du JACC, parue en septembre 2025, montre par ailleurs qu’avant 66 ans l’infarctus recouvre plusieurs mécanismes distincts, dont la répartition diffère fortement entre les hommes et les femmes. Quant aux quatre paramètres, ils ne se ressentent pas : ils ne se connaissent que par une mesure de tension et une prise de sang.

Ce que l’étude publiée dans le JACC a réellement mesuré

Le travail signé par Hokyou Lee, Philip Greenland, Donald Lloyd-Jones et leurs collègues est une analyse de deux cohortes prospectives de population, c’est-à-dire de deux groupes de personnes recrutées avant tout accident et suivies dans le temps, avec des mesures enregistrées au fur et à mesure. C’est cette architecture qui donne son intérêt au résultat : les valeurs de tension, de cholestérol et de glycémie n’ont pas été reconstituées après l’infarctus ni demandées de mémoire aux patients, elles figuraient déjà dans des bilans de santé réalisés des années plus tôt.

La première cohorte provient de l’assurance maladie coréenne (KNHIS) : 9 341 100 adultes de 20 ans et plus, suivis de 2009 à 2022, au sein desquels 601 025 événements cardiovasculaires ont été analysés. La seconde est la cohorte américaine MESA (Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis) : 6 803 adultes de 45 à 84 ans, suivis de 2000 à 2019, pour 1 188 événements. La question posée était la même dans les deux cas : chez les personnes ayant fait un premier accident cardiovasculaire, à quelle fréquence retrouve-t-on, avant cet accident, un niveau non optimal de pression artérielle, de cholestérol, de glycémie ou une consommation de tabac ?

L’écart de taille entre les deux cohortes n’est pas un défaut du travail, c’est sa logique. La puissance statistique vient de la base coréenne, dont l’effectif se compte en millions et permet de décliner le résultat par âge, par sexe et par type d’accident. La cohorte MESA, beaucoup plus petite mais multiethnique et documentée de façon très détaillée, sert de vérification indépendante. Que deux populations aussi différentes donnent des proportions quasi identiques renforce le résultat. Aucune cohorte française ne figure toutefois dans ce travail : la transposition à la population française est une hypothèse raisonnable, pas une donnée mesurée.

Les quatre paramètres et les seuils exacts retenus

Tout le résultat dépend de l’endroit où l’on place la barre. Les auteurs n’ont pas compté les maladies déclarées : ils ont compté les niveaux « non optimaux », une notion plus large qui commence bien avant le seuil de diagnostic ou de mise sous traitement. Un adulte dont la tension est à 130/82 mmHg, sans hypertension diagnostiquée ni médicament, est déjà « non optimal » au sens de cette étude. La même logique s’applique aux trois autres paramètres.

Les quatre paramètres de l’étude, le seuil de « non optimal » retenu par les auteurs et l’examen correspondant
ParamètreSeuil de « non optimal » dans l’étudeComment il se mesure
Pression artérielle120 mmHg de systolique ou 80 mmHg de diastolique, ou traitement antihypertenseur en coursMesure au brassard, en consultation ou en automesure à domicile
Cholestérol total200 mg/dL, soit 2 g/L, ou traitement hypolipémiant en coursBilan lipidique, sur prise de sang
Glycémie à jeun100 mg/dL, soit 1 g/L, ou diabète connu, ou traitementDosage de la glycémie à jeun, sur la même prise de sang
TabacTabagisme actuel ou passéQuestion posée en consultation

Ces valeurs ne sont pas des seuils de traitement et ne doivent pas être lues comme tels. Elles délimitent une zone dite optimale, définie par les auteurs pour les besoins de leur mesure. Le seuil de tension retenu, 120/80 mmHg, se situe très en dessous des chiffres à partir desquels une hypertension artérielle est habituellement diagnostiquée en consultation. La décision de traiter, elle, ne se prend jamais sur un seul chiffre isolé : elle relève d’une évaluation globale par un médecin.

Le critère du tabac mérite une attention particulière, car il ne fonctionne pas comme les trois autres. Il est rempli dès lors qu’il y a eu consommation, actuellement ou par le passé, et il ne redevient jamais négatif. Une personne ayant arrêté de fumer il y a vingt ans reste comptabilisée comme porteuse de ce facteur dans l’étude, alors même que les effets de l’arrêt du tabac sur la santé font baisser son risque au fil des années. Cette convention de comptage explique une partie du taux quasi universel observé, et interdit de lire ce classement comme un verdict sur le risque actuel d’une personne.

Les résultats, chiffre par chiffre

La proportion de personnes présentant au moins un facteur non optimal avant leur premier accident est remarquablement stable d’une cohorte à l’autre et d’une maladie à l’autre. Pour la maladie coronaire, qui inclut l’infarctus du myocarde, elle atteint 99,7 % dans la cohorte coréenne et 99,6 % dans la cohorte américaine. Pour l’insuffisance cardiaque, 99,4 % et 99,5 %. Pour l’accident vasculaire cérébral, 99,3 % et 99,5 %.

Le cumul est lui aussi la règle plutôt que l’exception : selon la cohorte et le type d’accident, entre 93,2 % et 97,2 % des personnes présentaient au moins deux facteurs non optimaux avant l’événement. Autrement dit, la situation d’une anomalie isolée est minoritaire ; le profil habituel associe par exemple une tension au-dessus de 120/80 mmHg et un cholestérol au-dessus de 2 g/L.

Les auteurs ont vérifié que ce résultat ne tenait pas à un sous-groupe particulier. Il reste supérieur à 99 % dans toutes les tranches d’âge, chez les hommes comme chez les femmes. La proportion la plus basse qu’ils rapportent, encore supérieure à 95 %, concerne l’insuffisance cardiaque et l’accident vasculaire cérébral survenant avant 60 ans chez les femmes. Même dans ce cas de figure, moins d’une personne sur vingt échappait aux quatre critères.

Un paramètre domine tous les autres. La pression artérielle non optimale est le facteur le plus fréquemment retrouvé avant l’accident : selon le communiqué de la Northwestern University Feinberg School of Medicine du 9 octobre 2025, elle concernait plus de 95 % des cas dans la cohorte coréenne et plus de 93 % dans la cohorte américaine. Les deux valeurs sont proches, mais elles ne sont pas interchangeables : chacune se rapporte à sa propre population.

Pourquoi 99 % ne veut pas dire prévisible

C’est le point sur lequel ce résultat se déforme le plus facilement. L’étude part des malades et remonte vers leur passé. Elle répond à la question : parmi les personnes qui ont fait un accident, combien portaient au moins un facteur non optimal ? Réponse : plus de 99 %. Elle ne répond pas à la question inverse : parmi les personnes qui portent un facteur non optimal, combien feront un accident ? Ces deux questions n’ont ni le même dénominateur, ni la même réponse.

La différence est loin d’être théorique. Avec des seuils fixés à 120/80 mmHg, à 2 g/L de cholestérol total et à 1 g/L de glycémie, une très large part des adultes remplit au moins un critère. Un caractère aussi répandu ne peut pas, par construction, distinguer les personnes qui feront un accident de celles qui n’en feront pas. Un résultat proche de 100 % chez les malades est donc en partie la conséquence mécanique de la largeur des définitions retenues. Cela ne retire rien à l’intérêt de connaître ses propres chiffres : cela retire seulement à ce pourcentage toute valeur d’annonce individuelle.

Le co-auteur de l’étude, le cardiologue Philip Greenland (Northwestern University), résume le résultat dans les termes exacts de ce qui a été mesuré : « L’exposition à un ou plusieurs facteurs de risque non optimaux avant ces événements cardiovasculaires est proche de 100 %. » Il parle d’exposition antérieure, pas de prédiction, et c’est ce choix de mots qui borne la portée du travail.

Une seconde limite, de nature méthodologique, s’y ajoute. Une cohorte observationnelle décrit ce qui s’est passé ; elle ne teste pas l’effet d’une intervention. Rien dans ce protocole ne permet d’affirmer que corriger tel paramètre chez telle personne aurait évité son accident. Cette démonstration relève des essais randomisés, où le traitement est attribué par tirage au sort afin de comparer deux groupes par ailleurs semblables. Les deux niveaux de preuve se complètent, ils ne s’équivalent pas.

Symbole de maladie cardiaque humaine

Un facteur de risque n’est pas un signe avant-coureur

La confusion la plus coûteuse sur ce sujet consiste à transformer ces quatre paramètres en symptômes. Ils n’en sont pas. Une tension élevée ne se sent pas. Une glycémie élevée ne se sent pas non plus, en dehors des formes très avancées. Un cholestérol au-dessus de 2 g/L ne provoque aucune sensation. Ces paramètres n’existent pour la personne concernée qu’au moment où quelqu’un les mesure.

Dire qu’un accident cardiovasculaire survient rarement sans signal préalable ne signifie donc pas qu’un symptôme annonciateur était perceptible dans les semaines précédentes. Cela signifie qu’un chiffre situé hors de la zone optimale figurait dans un bilan, ou y aurait figuré si un bilan avait été fait. La nuance change complètement ce qu’un lecteur peut en tirer.

Elle a une conséquence directe : guetter des sensations n’apporte rien sur ces quatre paramètres. La seule façon de savoir où l’on se situe est de faire mesurer sa tension et de faire doser sa glycémie et son cholestérol. C’est aussi ce qui explique qu’une personne puisse se sentir parfaitement bien tout en cumulant, sans le savoir, deux paramètres au-dessus de la zone optimale depuis plusieurs années.

Ce que « non optimal » veut dire, et en quoi cela diffère d’une hypertension

Dans le vocabulaire de cette étude, « non optimal » ne veut pas dire « malade ». La catégorie regroupe indistinctement une personne traitée pour une hypertension ancienne et une personne dont la tension est mesurée à 130/82 mmHg sans aucun traitement. Ces deux situations n’ont ni la même signification médicale, ni la même prise en charge, mais elles comptent chacune pour une dans le calcul.

Cette convention n’est pas arbitraire : elle sert la conclusion défendue par les auteurs, qui plaident pour ce qu’ils appellent la prévention primordiale. Cette notion se distingue de la prévention primaire. La prévention primaire cherche à éviter un accident chez une personne dont le facteur de risque est déjà installé, souvent en le traitant ; la prévention primordiale cherche à éviter que le facteur ne s’installe, en maintenant tension, cholestérol et glycémie dans la zone optimale plutôt qu’en attendant le seuil qui déclenche un traitement. Cette logique d’amont se retrouve dans d’autres travaux du même journal, comme une autre étude du JACC sur l’alimentation et le cœur.

Pour un lecteur, la conséquence pratique est un déplacement du regard : un chiffre légèrement au-dessus de la zone optimale n’est pas un diagnostic, mais ce n’est pas non plus un résultat sans intérêt. Il situe une trajectoire. Les facteurs de risque de l’hypertension artérielle relèvent de la même logique : ils décrivent ce qui fait dériver un paramètre avant qu’une maladie ne soit posée. Ce que devient cette information dans un cas particulier reste une décision médicale, jamais une lecture individuelle de seuil.

Avant 66 ans, l’infarctus n’a pas toujours la même cause

Une seconde étude parue dans le Journal of the American College of Cardiology (volume 86, numéro 12, septembre 2025, mise en ligne le 27 août 2025) éclaire un autre versant du sujet. Conduite par des équipes de la Mayo Clinic, elle a repris tous les habitants du comté d’Olmsted, dans le Minnesota, âgés de 65 ans ou moins, ayant présenté entre janvier 2003 et mars 2018 une troponine T cardiaque au-dessus du 99ᵉ percentile — la troponine étant la protéine libérée dans le sang lorsque des cellules du muscle cardiaque sont lésées. Au total, 4 116 épisodes de lésion myocardique chez 2 780 patients, dont 36 % de femmes, sur quinze ans.

L’apport de ce travail tient à sa méthode : chaque dossier et chaque examen d’imagerie ont été réexaminés un par un, puis chaque infarctus a été rattaché à l’un de six mécanismes. Après exclusion des infarctus survenus autour d’une procédure médicale, 1 474 infarctus dits « index » — l’épisode de référence qui fait entrer un patient dans l’analyse — ont été classés. L’athérothrombose en représente 68 %.

L’athérothrombose est le mécanisme classique, celui auquel on pense en entendant le mot infarctus : une plaque riche en cholestérol s’est formée dans la paroi d’une artère du cœur, elle se rompt, un caillot se constitue à cet endroit et bouche le vaisseau. C’est ce mécanisme que visent les stents, l’aspirine et les traitements anticholestérol. Il reste majoritaire, mais il laisse près d’un tiers des infarctus à d’autres causes.

Deux de ces autres mécanismes méritent d’être décrits, car ils n’ont rien de commun avec le précédent. La dissection coronaire spontanée, souvent désignée par le sigle anglais SCAD, correspond à une déchirure de la paroi de l’artère : le sang s’infiltre entre les couches de cette paroi et comprime le canal de circulation, sans plaque rompue ni caillot déclenchant. L’infarctus dit secondaire, lui, survient lorsqu’un cœur aux artères correctes ne reçoit plus assez d’oxygène pour ce qu’on lui demande, à l’occasion d’une infection sévère, d’une hémorragie ou d’un trouble du rythme. Les trois autres mécanismes recensés sont l’embolie, le spasme artériel et le MINOCA sans autre cause identifiée, c’est-à-dire un infarctus sans obstruction significative visible à la coronarographie.

Hommes et femmes : des causes différentes, un risque qui ne s’inverse pas

La répartition de ces mécanismes diffère nettement selon le sexe. Chez les femmes de 65 ans ou moins, l’athérothrombose explique 47 % des infarctus, contre 75 % chez les hommes. L’infarctus secondaire par déséquilibre entre apport et besoin en oxygène en représente 34 % chez les femmes contre 19 % chez les hommes, et la dissection coronaire spontanée 11 % chez les femmes contre 0,7 % chez les hommes. L’embolie (2 % dans les deux groupes), le spasme (3 % contre 1 %) et le MINOCA non classé (3 % contre 2 %) complètent la répartition.

Ces pourcentages décrivent la composition des infarctus, pas leur fréquence. Rapportée à la population, l’incidence de l’infarctus avant 66 ans s’établit à 48 pour 100 000 personnes-années chez les femmes contre 137 chez les hommes ; pour le seul infarctus par athérothrombose, 23 contre 105. Une seule exception à cette hiérarchie : la dissection coronaire spontanée est plus fréquente chez les femmes, avec 3,2 pour 100 000 personnes-années contre 0,9 chez les hommes. Le profil des causes change donc avec le sexe, mais le niveau de risque, lui, ne s’inverse pas.

Quand une femme fait un infarctus par athérothrombose, ce n’est pas non plus une version atténuée de celui des hommes. L’âge moyen est comparable, 55 ans chez les femmes et 54 ans chez les hommes, avec une dispersion des âges du même ordre dans les deux groupes (écart-type de huit ans), et l’étendue de l’atteinte coronaire observée à la coronarographie est du même ordre. Ces femmes cumulaient en revanche davantage de facteurs de risque que leurs homologues masculins.

La distinction des mécanismes a une portée directement thérapeutique : le geste qui convient à une artère bouchée par un caillot n’est pas celui qui convient à une paroi déchirée. Or 55 % des dissections coronaires spontanées de cette série avaient d’abord été classées autrement lors de la prise en charge initiale, en MINOCA ou en athérothrombose. C’est précisément l’apport d’une adjudication rétrospective conduite dossier par dossier. La mortalité toutes causes à cinq ans varie enfin fortement selon le mécanisme : 33 % après un infarctus secondaire, 8 % après une athérothrombose, 8 % après une embolie, 0 % après une dissection coronaire spontanée. La mortalité proprement cardiovasculaire, elle, est restée basse dans tous les groupes : les décès survenus dans les cinq ans relevaient donc majoritairement d’autres causes que le cœur.

Où en est la France sur ces quatre paramètres

Les deux études portent sur une population coréenne et sur des populations américaines ; aucune ne décrit la population française. Mais le paramètre qu’elles placent au premier rang est aussi celui que la France documente le mieux, et le constat national va dans le même sens. Selon l’étude Esteban, menée entre 2014 et 2016 et publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France du 16 mai 2023, 31,3 % des adultes étaient hypertendus selon la mesure brute, et 27,9 % après correction du biais lié aux conditions de mesure de la tension — c’est cette seconde valeur que les auteurs retiennent. C’est aussi d’elle qu’ils dérivent les volumes : 12,7 millions d’adultes hypertendus entre 18 et 74 ans, et près de 17 millions au-delà de 18 ans une fois extrapolée la prévalence des plus de 74 ans.

Le chiffre décisif est ailleurs : un hypertendu sur deux seulement connaissait son hypertension. Cela représente près de 6 millions d’adultes hypertendus sans le savoir. À quoi s’ajoutent plus de 4 millions d’hypertendus traités dont la pression n’était pas contrôlée, c’est-à-dire des personnes suivies, sous traitement, mais dont les chiffres restaient au-dessus de l’objectif. Chaque année, plus de 1,6 million d’adultes débutent en France un traitement antihypertenseur.

Rapprochés du résultat du JACC, ces chiffres déplacent le problème. Le facteur le plus fréquemment retrouvé avant un accident cardiovasculaire est aussi le plus silencieux et le moins souvent identifié. Ce n’est pas l’absence de signal qui est en cause, c’est l’absence de mesure. L’hypertension artérielle, une pathologie que l’on peut prévenir, illustre bien cette particularité : elle n’entraîne le plus souvent aucune gêne perceptible tant qu’aucune complication n’est survenue.

Comment faire le point sur vos quatre paramètres

Les quatre paramètres de l’étude correspondent à des examens simples, distincts et bien identifiés. La pression artérielle se mesure au brassard, en consultation ou en automesure à domicile selon le protocole indiqué par le médecin ; mesurer votre pression artérielle à la maison suppose un appareil validé et une méthode précise, faute de quoi les chiffres obtenus n’ont pas de valeur. Le cholestérol total et la glycémie à jeun se lisent sur une même prise de sang, prescrite par un médecin. Le tabac, lui, ne se mesure pas : il se déclare.

Le dispositif « Mon bilan prévention » offre un cadre pour aborder ces questions. Il s’agit d’un rendez-vous dédié, proposé dans quatre tranches d’âge — 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans — auprès d’un médecin, d’un infirmier, d’un pharmacien ou d’une sage-femme, l’extension aux masseurs-kinésithérapeutes ayant été annoncée. C’est un entretien de 30 à 45 minutes portant sur les antécédents, les habitudes de vie, le dépistage des maladies chroniques et l’état de santé général, qui débouche sur un plan personnalisé de prévention.

Un point mérite d’être clair : ce rendez-vous n’inclut pas par lui-même d’examens biologiques. C’est un temps d’échange et d’orientation, à l’issue duquel des analyses peuvent être prescrites, pas un bilan sanguin. Le médecin traitant reste l’interlocuteur pour décider quels examens sont pertinents dans votre cas et à quelle fréquence. Pour la tension et la glycémie, ce que votre pharmacien peut faire pour la tension et le diabète constitue un relais de proximité, dans les limites de ses missions.

Ce que paie l’Assurance maladie, ce qui reste à votre charge

Le rendez-vous « Mon bilan prévention » est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais, selon la Direction de l’information légale et administrative (service-public.gouv.fr, actualité du 24 septembre 2024) et la page de santé.fr consacrée au dispositif, consultée le 20 août 2026. Pour cet entretien lui-même, vous n’avancez donc rien et rien ne reste à votre charge.

Cette gratuité s’arrête à l’entretien. Les analyses éventuellement prescrites ensuite — bilan lipidique, glycémie à jeun — relèvent du régime commun de la biologie médicale. Dans ce régime, l’assuré supporte une participation, appelée ticket modérateur : c’est la part de la base de remboursement qui n’est pas payée par l’Assurance maladie. L’article R160-5 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 19 avril 2026 issue du décret n° 2026-288 du 17 avril 2026, encadre cette participation entre 35 % et 45 % pour les examens de biologie médicale réalisés hors hospitalisation, le taux exact à l’intérieur de cette fourchette étant fixé par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie.

Concrètement, une complémentaire santé prend en général ce ticket modérateur à sa charge, en tout ou partie selon le contrat : le reste à charge réel dépend donc de votre couverture. Certaines situations modifient par ailleurs la règle, notamment une affection de longue durée (ALD), qui ouvre droit à une exonération pour les soins liés à la maladie concernée. Le montant qui vous sera effectivement demandé au laboratoire se vérifie auprès de votre caisse d’assurance maladie et de votre complémentaire, en fonction des actes réellement prescrits.

Ce que ces études ne permettent pas de conclure

Ces deux publications apportent des mesures ; elles n’apportent pas de verdict individuel. La première ne permet pas d’écrire que 99 % des infarctus seraient évitables : elle décrit ce qui précédait l’accident, elle ne teste pas ce qu’aurait produit une intervention. Passer du constat à l’évitabilité suppose des essais randomisés, avec leurs propres résultats et leurs propres limites.

Elle ne dit rien non plus du niveau de risque d’un lecteur donné, ni du bénéfice attendu de la correction de tel ou tel paramètre chez lui. Le chiffre mis en avant est une prévalence mesurée chez les malades, et il se lit dans un seul sens : savoir quelle part des personnes dont la tension dépasse 120/80 mmHg fera un jour un accident est une autre question, posée sur un autre dénominateur, à laquelle ce calcul ne répond pas.

La seconde étude connaît des limites de portée d’un autre ordre. Le comté d’Olmsted est une population américaine peu diversifiée, observée jusqu’en 2018 : ses proportions de mécanismes ne se transposent pas telles quelles à la France d’aujourd’hui, où la composition de la population, les pratiques diagnostiques et la disponibilité de l’imagerie diffèrent. Ce qu’elle établit solidement, en revanche, c’est qu’un même diagnostic d’infarctus recouvre des situations médicalement très différentes avant 66 ans, et que le sexe pèse sur cette répartition.

L’essentiel à retenir

Dans les deux cohortes analysées par le JACC, plus de 99 % des premiers accidents cardiovasculaires étaient précédés d’au moins un niveau non optimal de tension, de cholestérol, de glycémie ou d’un antécédent de tabagisme. Ce chiffre décrit le passé des malades ; il ne prédit rien chez une personne donnée, et il tient en partie à des seuils volontairement bas.

Deux enseignements pratiques s’en dégagent. Ces paramètres ne se ressentent pas : en France, un hypertendu sur deux ignore son hypertension, ce qui fait de la mesure, et non de l’écoute des sensations, le seul moyen de se situer. Et avant 66 ans, l’infarctus n’a pas une cause unique : l’athérothrombose explique 68 % des cas, moins de la moitié chez les femmes.

Questions fréquentes

Que signifie exactement le chiffre de 99 % ?

Il signifie que, parmi les personnes ayant fait un premier accident cardiovasculaire dans les deux cohortes étudiées, plus de 99 % présentaient auparavant au moins un niveau non optimal de pression artérielle, de cholestérol, de glycémie, ou un antécédent de tabagisme. Le calcul part des malades et regarde leur passé. Il ne dit pas quelle proportion des personnes concernées par un de ces facteurs fera un accident, et il ne permet pas d’anticiper un événement chez une personne en particulier.

Une tension à 125/82 mmHg est-elle anormale ?

Au sens de cette étude, elle se situe au-dessus de la zone dite optimale, fixée à 120 mmHg de systolique et 80 mmHg de diastolique. Ce seuil est celui retenu par les auteurs pour leur mesure, pas un seuil de diagnostic d’hypertension ni un seuil de mise sous traitement, qui sont plus élevés. Une valeur isolée ne suffit d’ailleurs jamais à conclure : l’interprétation revient au médecin, qui tient compte de plusieurs mesures et de l’ensemble de la situation.

Un ancien fumeur compte-t-il comme fumeur dans l’étude ?

Oui. Le critère retenu est le tabagisme actuel ou passé, et il ne redevient jamais négatif : une personne ayant arrêté depuis vingt ans reste comptabilisée comme porteuse de ce facteur. Cette convention de comptage contribue au taux quasi universel observé. Elle ne signifie pas que le risque d’un ancien fumeur est identique à celui d’un fumeur actuel.

Quels examens permettent de mesurer ces quatre paramètres ?

La pression artérielle se mesure au brassard, en consultation ou en automesure à domicile avec un appareil validé. Le cholestérol total et la glycémie à jeun se dosent sur une même prise de sang, sur prescription médicale. Le tabac fait l’objet d’une question en consultation. Aucun de ces quatre paramètres ne s’évalue à partir des symptômes ressentis : ils n’existent qu’à la mesure.

Les résultats valent-ils aussi pour les femmes ?

Oui pour la première étude : la proportion reste supérieure à 99 % chez les femmes comme chez les hommes, dans toutes les tranches d’âge, la valeur la plus basse rapportée restant supérieure à 95 %. La seconde étude montre en revanche que les causes d’infarctus avant 66 ans se répartissent différemment selon le sexe, l’athérothrombose expliquant 47 % des cas chez les femmes contre 75 % chez les hommes. Cela ne veut pas dire que les femmes sont plus exposées : leur incidence d’infarctus reste nettement inférieure, 48 contre 137 pour 100 000 personnes-années.

Le bilan de prévention est-il payant ?

Le rendez-vous « Mon bilan prévention » est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais, dans quatre tranches d’âge : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans. Il dure 30 à 45 minutes et n’inclut pas d’examens biologiques. Les analyses prescrites à sa suite relèvent du régime commun de la biologie médicale, où la participation de l’assuré est encadrée entre 35 % et 45 % par l’article R160-5 du code de la sécurité sociale, participation le plus souvent prise en charge par la complémentaire santé.