Consulter un psychologue en libéral n’a longtemps eu qu’un prix : celui que fixe le praticien, en honoraires libres, réglé de votre poche. C’est ce point que le dispositif public Mon soutien psy est venu déplacer. Le principe tient en trois lignes : douze séances par année civile, facturées 50 € chacune, chez un psychologue conventionné, sans obligation de passer d’abord par un médecin. Restent deux zones d’ombre, celles-là mêmes que les comparateurs entretiennent : ce qui vous est réellement remboursé — la Sécurité sociale ne prend pas ces séances en charge à 100 % — et les situations que le dispositif ne couvre pas. Ce guide détaille l’une et l’autre, textes à l’appui, pour vous ou pour un proche.

Mon soutien psy, qu’est-ce que c’est exactement ?

Mon soutien psy est un dispositif public pérenne, opérationnel depuis le 5 avril 2022 et issu des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie de 2021, rappelle le ministère chargé de la santé dans sa fiche du 20 septembre 2024. Les conditions d’accès aux 12 séances de psychologue remboursées sont cumulatives et fixées par l’article R. 162-64 du code de la sécurité sociale : « Être âgé de trois ans ou plus », présenter des troubles dont la nature et l’intensité sont définies par arrêté, consulter un psychologue conventionné.

C’est un accompagnement par la parole, pas un traitement : il ne dit rien des mécanismes biologiques de l’humeur, comme le rôle de la sérotonine, et ne comporte aucune prescription. Une séance a « une durée indicative d’au minimum 45 minutes », précise le ministère.

Douze séances par année civile, pas douze mois glissants

Le plafond figure à l’article R. 162-65 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 16 mai 2025 : la prise en charge s’exerce « dans la limite de douze séances par année civile », la première étant l’entretien d’évaluation. Le compteur ne glisse pas sur douze mois : il se remet à zéro au 1er janvier.

Aucune limite d’âge haute n’a été retenue, à la différence de l’expérimentation conduite par l’Assurance Maladie de 2018 à 2022 dans quatre départements, réservée aux 18-60 ans.

Qui peut en bénéficier, et pour quels troubles

Les troubles concernés sont limitativement énumérés par l’arrêté du 8 mars 2022, dans sa version en vigueur au 16 mai 2025. Chez l’adulte, quatre situations ouvrent l’accès :

  • troubles anxieux d’intensité légère à modérée ;
  • troubles dépressifs d’intensité légère à modérée ;
  • mésusage de tabac, d’alcool ou de cannabis, hors dépendance ;
  • troubles du comportement alimentaire sans gravité.

« Léger à modéré » est le cœur du dispositif, et sa limite. Une baisse d’humeur récurrente à la mauvaise saison, du type dépression saisonnière, peut relever de cet accompagnement.

D’autres souffrances en sont absentes : le jeu compulsif ne figure pas dans la liste de l’arrêté, malgré ses liens documentés avec la dépression.

Un point mérite attention chez les personnes âgées, souvent traitées au long cours. Si vous prenez un psychotrope — un médicament agissant sur le psychisme —, l’arrêté impose un avis psychiatrique préalable, sauf pour des antidépresseurs « depuis moins de 6 mois » ou des hypnotiques ou benzodiazépines « depuis moins d’un mois ». Ces somnifères et anxiolytiques étant fréquents après 65 ans, parlez-en à votre médecin traitant.

Le ministère évalue à environ dix millions le nombre de personnes concernées en France par des troubles légers à modérés : une estimation non datée, à prendre comme ordre de grandeur. Les non-inclusions sont détaillées plus bas.

Comment prendre rendez-vous : avec ou sans votre médecin

C’est le changement le plus mal connu. L’adressage par un médecin, une sage-femme ou la médecine scolaire n’est plus une condition de prise en charge : le décret n° 2025-424 du 13 mai 2025, applicable depuis le 16 mai 2025, a supprimé cette exigence de l’article R. 162-64. Il s’agit donc bien d’un psy remboursé sans ordonnance : vous appelez directement le psychologue.

Encore faut-il que ce soit le bon. Seuls les psychologues sélectionnés et conventionnés ouvrent droit au remboursement, sur des critères de formation et d’au moins trois ans d’expérience clinique. Pour trouver un psychologue conventionné près de chez vous, consultez l’annuaire officiel monsoutienpsy.ameli.fr : un praticien qui n’y figure pas n’ouvre aucun droit.

Passer malgré tout par votre médecin traitant reste souvent le bon réflexe. « L’implication du médecin à l’entrée du dispositif permet au patient d’être orienté vers la prise en charge la plus adaptée à sa situation, notamment en cas de signes d’alerte ou de risque suicidaire », écrit le ministère. Le compte rendu que le psychologue lui adresse ensuite n’intervient qu’après votre accord (article R. 162-67).

Enfin, le tout-à-distance est impossible. « L’entretien d’évaluation doit nécessairement être réalisé en présentiel », dispose la convention type annexée à l’arrêté du 17 juin 2026 ; les séances de suivi peuvent ensuite se tenir à distance, « mais uniquement par vidéotransmission ». S’y ajoute un plafond : au plus 20 % de l’activité conventionnée annuelle d’un psychologue peut être réalisée à distance.

Combien ça coûte, et qui paie quoi

Le tarif est fixé par l’arrêté du 8 mars 2022 : « Le tarif d’une séance d’accompagnement psychologique est de 50 euros ». En vigueur depuis le 29 juin 2024, il vaut pour l’entretien d’évaluation (code EEP) comme pour les séances de suivi (codes APS en présentiel, PSS à distance). Des pages encore indexées annoncent 30 € : c’est l’ancienne grille.

Sur ces 50 €, l’Assurance Maladie rembourse 60 %, soit 30 €. Les 20 € restants forment le ticket modérateur, la part du tarif qui demeure à la charge de l’assuré après le remboursement obligatoire. Écrire, comme le font beaucoup de comparateurs, que le remboursement du psychologue en 2026 se fait « à 100 % » par la Sécurité sociale est donc inexact : un psychologue remboursé par la Sécurité sociale l’est à 60 % du tarif.

C’est ici, et seulement ici, qu’intervient votre complémentaire. « Un ticket modérateur de 40 % est appliqué sur le tarif des séances. Celui-ci est pris en charge par les contrats de complémentaire santé responsable, qui couvrent 95 % des assurés », indique le ministère — un contrat responsable étant une complémentaire santé conforme à un cahier des charges réglementaire. Il en conclut que « la prise en charge combinée des assurances maladie obligatoire et complémentaire permet ainsi de ne pas faire peser de reste à charge sur les patients ».

Ce remboursement à deux étages se retrouve ailleurs, par exemple pour le traitement de l’apnée du sommeil. Une garantie est en revanche spécifique : « Aucun dépassement d’honoraires ne pourra être facturé ; aucune majoration (nuit, férié…) ne pourra être facturée », pose la convention type de 2026.

Mon soutien psy : qui paie quoi sur une séance à 50 € (tarifs en vigueur depuis le 29 juin 2024)
Situation Assurance Maladie Complémentaire Reste à votre charge
Entretien d’évaluation (50 €)30 €20 €0 € avec un contrat responsable
Séance de suivi (50 €)30 €20 €0 € avec un contrat responsable
12 séances sur l’année (600 €)360 €240 €0 € avec un contrat responsable
Psychologue non conventionné0 €Selon votre contratHonoraires libres, en totalité

Avance de frais : ce qui doit changer au 1er octobre 2026

Avancer 50 € n’est pas anodin quand la trésorerie est courte. Pour une partie des assurés, l’avance de frais est déjà supprimée : « Le tiers-payant s’applique obligatoirement aux patients bénéficiaires de la CSS (complémentaire santé solidaire) ou de l’AME (aide médicale d’État), aux femmes enceintes… », énonce la convention type de 2026, qui l’étend aussi aux séances en lien avec une affection de longue durée (ALD) ou un accident du travail-maladie professionnelle (AT-MP).

Le tiers payant est la dispense d’avance de frais : le psychologue est payé directement. Pour les bénéficiaires de la CSS et de l’AME, le ticket modérateur est en outre pris en charge : la séance ne coûte rien. Une ALD est une maladie longue et coûteuse ouvrant droit à une couverture renforcée.

Pour tous les autres, l’avance des 50 € reste la règle au 11 août 2026. La loi prévoit qu’à compter du 1er octobre 2026, l’article L. 162-58 du code de la sécurité sociale soit complété d’une disposition renvoyant à un décret « les modalités d’application du tiers payant sur la part des dépenses prise en charge par les régimes obligatoires d’assurance maladie » (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025). Le principe est posé, les modalités restent à fixer : comme pour les évolutions de remboursement des médicaments, vérifiez auprès du praticien ce qui s’applique le jour du rendez-vous.

Ce que votre complémentaire couvre au-delà des 12 séances

Deux limites peuvent vous conduire à sortir du dispositif. La première : un psychologue non conventionné pratique des honoraires libres et n’ouvre droit à aucun remboursement. La seconde : le plafond de douze séances ne se rallonge pas en cours d’année, l’article R. 162-65 ne prévoyant aucune séance supplémentaire.

Dans ces deux cas, la question devient contractuelle. Certaines complémentaires santé prévoient, en dehors du dispositif public, un forfait « psychologie » ou « médecines douces » qui participe au coût de séances non remboursées. Montants, nombre de séances et conditions dépendent du contrat : aucun texte réglementaire ne les fixe, aucune donnée publique n’en donne un niveau moyen. La seule réponse fiable figure dans votre tableau de garanties, à la ligne consacrée au soutien psychologique, premier document à examiner si vous comparez des mutuelles santé.

Avant de changer de contrat pour ce seul motif, remettez la dépense en perspective : douze séances intégralement prises en charge, avec un contrat responsable, représentent déjà 600 € de soins couverts chaque année. Les repères utiles pour choisir une mutuelle santé quand on est senior valent ici comme ailleurs.

Bon à savoir — le compteur repart au 1er janvier

Les douze séances se comptent par année civile, pas sur douze mois glissants. Un accompagnement entamé en novembre ne consomme que les séances réalisées avant le 31 décembre : un nouveau cycle s’ouvre dès le 1er janvier. En sens inverse, les séances non utilisées ne se reportent pas, et aucun texte ne permet d’obtenir une rallonge en cours d’année. En attendant le rendez-vous, la cohérence cardiaque peut aider à traverser un pic d’anxiété, sans remplacer un accompagnement professionnel.


Ce que Mon soutien psy ne couvre pas

C’est la partie la plus décisive. L’arrêté du 8 mars 2022 dresse une liste de non-inclusions. Chez l’adulte, sont exclus :

  • le risque suicidaire ;
  • les formes sévères de troubles dépressifs ou anxieux ;
  • les troubles du comportement alimentaire avec signes de gravité ;
  • les Toute la longueur de l'homme assis sur la table à la maison

     ;
  • les antécédents psychiatriques sévères ;
  • la dépendance à une substance ;
  • une ALD psychiatrique, une invalidité ou un arrêt de travail de plus de six mois pour motif psychiatrique.

Ces exclusions ne sont pas des refus de soin : elles signifient qu’une prise en charge plus intensive est requise. « Il est important de souligner qu’à tout moment du dispositif, et en cas d’existence ou d’apparition de troubles plus sévères, le patient doit être orienté vers des soins plus spécialisés », insiste le ministère — y compris en cours d’accompagnement, si l’état se dégrade.

Douze séances ne remplacent donc ni un suivi psychiatrique, ni une psychothérapie au long cours, ni la prise en charge d’une pathologie psychique sévère. Aucune approche d’appoint ne s’y substitue, y compris les antidépresseurs dits naturels parfois évoqués : seul un professionnel de santé peut évaluer une situation individuelle.

À la fin de l’accompagnement, le psychologue échange avec le médecin, avec votre accord, et quatre issues sont prévues : l’arrêt, une évaluation par un psychiatre, une prise en charge en centre médico-psychologique ou à l’hôpital, ou un nouvel accompagnement dans la limite de douze séances par année civile.

Ce parcours ne se déroule pas toujours ainsi : une question écrite déposée au Sénat le 14 mai 2026 par la sénatrice Laure Darcos relève que 75 % des bénéficiaires sortent volontairement du dispositif avant la huitième séance, la réponse ministérielle n’étant pas parue au 11 août 2026. Mieux vaut donc parler d’un arrêt à votre psychologue qu’y renoncer en silence.

Quand consulter sans attendre ?

Certains signes ne s’accommodent pas d’un rendez-vous dans trois semaines. Contactez sans délai votre médecin traitant, le 15 (Samu) ou les urgences en cas d’idées suicidaires, d’aggravation rapide de l’état psychique, d’arrêt de l’alimentation ou de perte de contact avec la réalité. Le 3114, numéro national de prévention du suicide piloté par le ministère chargé de la santé, « est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement, en France entière », et « un professionnel du soin, spécifiquement formé à la prévention du suicide », y répond. Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel.

Seniors, aidants et personnes isolées

Santé publique France estime, dans son Baromètre 2024, la prévalence de l’épisode dépressif caractérisé — un état dépressif assez intense et durable pour répondre à une définition clinique — à 15,6 % chez les 18-79 ans sur douze mois (18,2 % des femmes, 12,8 % des hommes) et à 8,9 % chez les retraités ; le trouble anxieux généralisé, à 6,3 % dans l’ensemble et 3,3 % chez les retraités.

Ces chiffres sont déclarés en enquête, et la nuance compte : ils ne démontrent pas que les seniors souffrent moins, la souffrance psychique tardive se disant moins volontiers et se confondant avec la fatigue ou les douleurs. Le même baromètre relève 11,5 % chez les personnes en couple sans enfant, et des niveaux supérieurs chez les personnes vivant seules.

Le deuil est un point d’entrée fréquent après 65 ans, quand la tristesse qui suit un décès s’installe au lieu de s’apaiser.

Sans limite d’âge haute, ces douze séances sont ouvertes à 80 ou 90 ans comme à 30, dès lors que le retentissement du deuil sur le moral reste d’intensité légère à modérée.

Pour l’entourage, comprendre ce que traverse une personne endeuillée aide à savoir quand proposer cette démarche.

Restent deux obstacles concrets. L’annuaire des psychologues conventionnés n’existe qu’en ligne : un proche, un aidant ou le médecin traitant peut faire la recherche à la place d’une personne peu à l’aise avec internet. Et puisque l’entretien d’évaluation se tient obligatoirement en présentiel, une personne peu mobile a besoin d’un psychologue joignable physiquement, au moins pour ce premier rendez-vous. Si un traitement psychotrope est en cours, le passage par le médecin traitant s’impose.

L’essentiel à retenir

  • Dès 3 ans, sans limite d’âge haute, enfants comme personnes très âgées.
  • 12 séances par année civile, la première étant l’entretien d’évaluation ; le compteur repart le 1er janvier et rien ne se reporte.
  • 50 € la séance, dont 30 € remboursés par l’Assurance Maladie et 20 € de ticket modérateur pris en charge par les contrats responsables.
  • Rendez-vous direct chez un psychologue conventionné de l’annuaire officiel, sans adressage médical.
  • Tiers payant déjà obligatoire pour la CSS, l’AME, les femmes enceintes, l’ALD et l’AT-MP. La loi prévoit son élargissement à compter du 1er octobre 2026, selon des modalités qu’un décret doit encore fixer.
  • Réservé aux souffrances légères à modérées : les formes sévères relèvent de soins spécialisés.

FAQ — Mon soutien psy, comment ça marche en pratique

Faut-il une ordonnance ou l’accord de votre médecin ?

Non. Depuis le décret du 13 mai 2025, applicable au 16 mai 2025, l’adressage par un médecin, une sage-femme ou la médecine scolaire n’est plus une condition de prise en charge : vous contactez directement un psychologue conventionné. Le ministère rappelle toutefois que l’implication du médecin permet une orientation plus adaptée, notamment en cas de risque suicidaire.

Que reste-t-il à votre charge après remboursement ?

La séance est facturée 50 €. L’Assurance Maladie en rembourse 60 %, soit 30 €, et les 20 € restants forment le ticket modérateur. Ce ticket modérateur de 40 % est pris en charge par les contrats de complémentaire santé responsables, qui couvrent 95 % des assurés : la prise en charge combinée ne laisse alors aucun reste à charge.

Que se passe-t-il après les 12 séances ?

Le psychologue échange avec le médecin, avec votre accord, et quatre issues sont prévues : l’arrêt, une évaluation par un psychiatre, une prise en charge en centre médico-psychologique ou à l’hôpital, ou un nouvel accompagnement dans la limite de douze séances par année civile. Aucune rallonge n’est possible en cours d’année : le compteur ne repart qu’au 1er janvier.

Un psychologue non conventionné peut-il être remboursé ?

Non. Un psychologue non conventionné fixe librement ses honoraires et n’ouvre droit à aucun remboursement de l’Assurance Maladie. Seuls les praticiens sélectionnés et conventionnés, retenus sur des critères de formation et d’au moins trois ans d’expérience clinique, permettent la prise en charge. L’annuaire officiel monsoutienpsy.ameli.fr permet de le vérifier avant de prendre rendez-vous.

Le dispositif convient-il à une personne âgée isolée ?

Oui sur le principe : il n’existe aucune limite d’âge haute, et Santé publique France relève des prévalences plus élevées chez les personnes vivant seules. Deux points pratiques comptent : l’annuaire n’existe qu’en ligne, un proche ou le médecin peut donc chercher à sa place ; et le premier entretien doit se tenir en présentiel, ce qui suppose un psychologue accessible physiquement.