Quatre heures d’autoroute en août, le bras gauche contre la portière et le soleil de l’après-midi qui cogne sur la vitre. La question vient toute seule : peut-on prendre un coup de soleil en voiture, vitres fermées ? Non, et la réponse est solide : les rayons qui font rougir, les UVB, sont arrêtés par le verre. Mais ce n’est pas la bonne question. Ce qui traverse votre vitre latérale, ce sont les UVA : ils ne font pas rougir, n’avertissent de rien, et vieillissent la peau. Vos lèvres, elles, sont presque sans défense.

Pare-brise, vitres latérales : deux verres, deux comportements

Tous les vitrages ne se valent pas, et la différence tient à la fabrication, pas à la teinte. Le pare-brise est en verre feuilleté : deux feuilles collées par un intercalaire plastique, le PVB, imposé par la sécurité passive ; les vitres latérales et la lunette arrière sont en verre trempé monolithique. Or c’est cet intercalaire qui absorbe les UVA, un bénéfice que la dermatologie n’a pas commandé.

Une étude publiée dans JAMA Ophthalmology le 12 mai 2016, sur 29 véhicules de 15 marques (1990-2014), mesure un blocage moyen des UVA de 96 % au pare-brise contre 71 % à la vitre du conducteur, avec un plancher à 44 %. L’écart de 25 points est net (P < 0,001) et seuls 4 véhicules sur 29 dépassaient 90 % côté conducteur. « Le niveau de protection des vitres latérales était plus faible et très variable », écrit son auteur, le Dr Brian S. Boxer Wachler (traduit de l’anglais).

En laboratoire, la mesure inverse concorde : un verre non feuilleté clair, type vitre latérale, transmet 62,8 % des UVA reçus, contre 0,9 % pour un feuilleté gris.

Les véhicules récents font-ils mieux ?

Oui pour la moyenne, non en pratique. Une seconde campagne, publiée en janvier 2025 sur 34 véhicules de 2015 à 2025, relève une atténuation des UVA de 99,25 % au pare-brise et de 88,78 % côté conducteur. Le progrès est réel, mais plus d’un dixième passe encore, et la motorisation n’y change rien : 89,22 % pour les thermiques, 88,82 % pour les électriques, 86,86 % pour les hybrides. Un véhicule récent, fût-il électrique, ne dispense de rien. Les deux campagnes ne se recoupent d’ailleurs pas : parcs et protocoles diffèrent, sans valeur consolidée.

UVA, UVB : pourquoi on ne rougit pas en voiture mais on y vieillit

Les UVB (280 à 315 nanomètres) s’arrêtent dans l’épiderme, la couche superficielle : ce sont eux qui provoquent le coup de soleil et le bronzage. Les UVA (315 à 400 nanomètres) atteignent le derme, sans rougeur immédiate, et sont impliqués dans le photovieillissement et la cancérogenèse cutanée. L’Institut national du cancer (INCa) est net : « Le rayonnement UVA, contrairement au rayonnement UVB, n’est pas arrêté par un temps nuageux ni par les vitres. »

Vitres fermées, les UVB sont atténués à près de 100 % par tous les vitrages d’un parc récent — une seule exception en 2025, une vitre arrière gauche à 37,5 %. Sans UVB, pas d’érythème : vous ne prendrez pas de coup de soleil au volant. Et peut-on bronzer à travers une vitre ? Pas vraiment : le bronzage aussi répond aux UVB. Vitre ouverte, toit ouvrant ou décapotable, l’exposition redevient directe.

Mais l’absence de rougeur n’est pas l’absence de risque : rien ne signale la dose d’UVA reçue, et la sanction est différée de décennies — élastose solaire, rides profondes, taches, risque accru de carcinome. Aucune routine de soins de la peau ne rattrape ce qui s’est inscrit dans le derme. Selon l’INCa, ces carcinomes surviennent surtout après 50 ans, sur le visage, le cou, les épaules, les avant-bras et les mains.

Blocage des ultraviolets selon le vitrage (Boxer Wachler, JAMA Ophthalmology, 2016, 29 véhicules 1990-2014 ; Axelson et coll., Archives of Dermatological Research, 2025, 34 véhicules 2015-2025). Valeurs de blocage, non de transmission.
VitrageVerreUVB bloquésUVA bloqués
Pare-briseFeuilleté (PVB)Près de 100 %96 % (2016) ; 99,25 % (2025)
Latérale avantTrempéPrès de 100 %71 % en moyenne, plancher à 44 % (2016) ; 88,78 % (2025)
Latérales arrièreTrempéPrès de 100 %, une exception à 37,5 %93,18 % à gauche ; 95,57 % à droite (2025)
Lunette arrièreTrempéPrès de 100 %95,36 % (2025)

Le visage asymétrique des grands rouleurs

En 2012, le New England Journal of Medicine publiait la photographie d’un homme de 69 ans, chauffeur-livreur pendant 28 ans. La moitié gauche de son visage, exposée à la vitre du conducteur, était épaissie et profondément plissée depuis vingt-cinq ans ; la droite paraissait de son âge. Les médecins ont décrit une dermatohéliose unilatérale — un vieillissement solaire limité à un côté — avec un syndrome de Favre-Racouchot (rides profondes, kystes, comédons) et, à l’histologie, une élastose solaire : des fibres élastiques du derme dégradées.

Pourquoi la gauche ? Parce qu’en France comme aux États-Unis on roule à droite : joue, cou et avant-bras gauches font face à la vitre. Une étude américaine de 2010 a cherché cette latéralité dans les cancers cutanés. Le résultat global — 52,6 % à gauche contre 47,4 % — n’atteint pas la significativité (P = 0,059) : elle n’est atteinte que chez les hommes seuls (P = 0,042) et, plus nettement, pour le mélanome in situ, où 73,8 % des lésions siégeaient à gauche (P = 0,002).

Une association, donc, pas une causalité démontrée, sur des données américaines sans équivalent français. Le signal concerne surtout ceux qui vivent au volant — chauffeurs professionnels, taxis, artisans, retraités grands rouleurs —, chez qui ces taches du visage côté conducteur, mises sur le compte de l’âge, restent à distinguer d’un mélasma.

La durée compte aussi : la dose d’UVA déclenchant une lucite polymorphe est atteinte en une trentaine de minutes derrière une vitre latérale claire, contre une cinquantaine d’heures derrière un pare-brise gris. Les personnes sujettes aux photodermatoses, comme le prurigo actinique, s’en aperçoivent les premières.

Se protéger au volant sans se mettre hors la loi

Avant un long trajet, appliquez une crème d’indice 50, anti-UVA et anti-UVB, sur visage, cou, oreilles, dos des mains et avant-bras, à renouveler toutes les deux heures au maximum. Elle vient en complément, rappelle l’INCa, et n’autorise jamais à s’exposer davantage : d’abord l’ombre et l’évitement des heures les plus intenses (12 h-16 h en métropole, 10 h-14 h en Outre-mer), puis vêtements couvrants, chapeau à bords larges et lunettes CE de catégorie 3 ou 4.

Au volant, quelques gestes valent mieux qu’un accessoire : manches longues, pare-soleil latéral à l’arrière, pauses à l’ombre. Les phototypes clairs et les peaux dépigmentées par plaques, comme dans le vitiligo, y ont un intérêt renforcé.

La chaleur se superpose aux UV : les longs trajets en période de canicule appellent leurs propres précautions chez les personnes âgées.

Reste la tentation du film anti-UV. À l’avant, elle se heurte à la loi : depuis le 1er janvier 2017, l’article R. 316-3 du code de la route, issu du décret n° 2016-448 du 13 avril 2016, encadre pare-brise et vitres latérales avant. « La transparence de ces vitres est considérée comme suffisante si le facteur de transmission régulière de la lumière est d’au moins 70 % », dit le texte. En dessous : contravention de 4e classe et retrait de 3 points. Vitres arrière et lunette arrière ne sont pas concernées.

Poser un film teinté sur un pare-brise ou une vitre avant vous met donc hors la loi. Seul un film incolore laissant l’ensemble vitre plus film au-dessus du seuil reste conforme — une mesure l’établit, pas une étiquette, et aucune liste officielle de films homologués n’a pu être retrouvée. Sans justificatif chiffré du poseur, abstenez-vous à l’avant.

Herpès sur les lèvres de la jeune femme gros plan

Les lèvres : la seule zone du visage sans vraie défense

Le vermillon — la partie rouge et lisse de la lèvre — est la région du visage la moins armée. Trois raisons documentées l’expliquent, relevées par une équipe publiée dans l’European Journal of Dentistry en 2011 : sur la lèvre inférieure, l’épithélium est mince, la couche de kératine est mince, et la teneur en mélanine plus faible qu’ailleurs.

S’y ajoute une réalité banale : on lèche ses lèvres, on boit, on mange, et toute protection disparaît en quelques dizaines de minutes. Un coup de soleil sur les lèvres est bien réel, lui, dès que vous quittez l’habitacle. Or, sur 408 patients atteints de chéilite actinique suivis en Galice (âge moyen 71,9 ans), plus de 90 % n’avaient jamais utilisé de protection solaire labiale ; parmi les rares utilisateurs, 62,16 % s’en servaient une fois par an.

Pour la Société française de dermatologie (SFD), la protection solaire est « la mesure préventive la plus importante » : « stick ou baume labial indice 50 (SPF 50) couvrant les UVA et UVB et à appliquer de façon répétée ». En pratique, toutes les deux heures et après chaque repas ; un baume sans indice ne protège pas des UV. Ces zones relèvent aussi de la stomatologie, dont le regard complète celui du dermatologue.

La chéilite actinique, la lésion qu’on prend pour des lèvres sèches

La chéilite actinique chronique est une inflammation de la lèvre inférieure liée au soleil accumulé d’une vie entière. Elle « survient en majorité chez les hommes de plus de 50 ans à la peau claire », indique la SFD, et touche surtout ceux qui travaillent dehors. Le tabac majore le risque.

Plus de 97 % des chéilites actiniques et des carcinomes épidermoïdes labiaux siègent sur la lèvre inférieure. Une revue systématique de 2023 relève une sécheresse dans 99 % des cas, une limite vermillon-peau effacée dans 82 %, desquamation et atrophie dans 69 % chacune ; croûtes, ulcérations et érythème étaient significativement associés au carcinome labial (p < 0,001). Aucun de ces signes ne permet de conclure soi-même.

C’est une lésion précancéreuse : la dysplasie épithéliale, anomalie cellulaire visible au microscope, y était légère dans 34,2 % des cas, modérée dans 27,5 %, sévère dans 14,9 %. Sur la transformation en cancer, les deux estimations disponibles ne se rejoignent pas : 3,07 % dans une revue de 2018 qui n’a retenu qu’une étude sur 1 126, contre 14 % dans celle de 2023, fondée sur 13 études et 728 patients. Un facteur 4,6 les sépare, sans valeur consensuelle — et l’un comme l’autre décrivent des populations, pas votre lèvre.

Le diagnostic revient au médecin : l’examen au dermatoscope l’aide à lire les structures de la peau.

Lorsque la zone reste kératosique, érosive ou ulcérée, une biopsie tranche. Les traitements sont prescrits, jamais improvisés : cryothérapie, laser, photothérapie dynamique, imiquimod ou 5-FU topique selon les lésions, parfois une simple surveillance.

Un carcinome avéré relève d’une vermillonectomie — l’ablation du bord de la lèvre — avec reconstruction, du ressort de la chirurgie maxillo-faciale. Son pronostic reste plus favorable que celui des autres cancers ORL — diagnostic souvent précoce, faible propagation lymphatique — même si 7 à 24 % des formes T1-T2 sans ganglion palpable présentent des métastases occultes.

Quand consulter ? — La SFD est claire : « Il vous est conseillé de regarder et palper régulièrement votre lèvre et consulter rapidement en cas de modification récente (zone dure au toucher, plaie ou croûte qui ne cicatrise pas). » Consultez votre médecin traitant, qui vous orientera au besoin vers un dermatologue, devant une desquamation qui ne cède pas après deux à trois semaines de baume, une zone indurée, une limite lèvre-peau floue ou un saignement spontané.

Après 60 ans : le capital soleil d’une vie entière

Le même mécanisme d’accumulation produit la kératose actinique : une lésion rouge, croûteuse et rugueuse, souvent plus palpable que visible, sur les zones exposées — visage, cuir chevelu dégarni, dos des mains. Elle apparaît surtout après 60 ans, son incidence double tous les dix ans, et c’est l’une des premières causes de consultation en dermatologie en France. Une rougeur persistante du visage n’en est pas forcément une : une rosacée y ressemble, et seul un examen tranche.

Ces lésions signalent un champ de cancérisation : une zone entière de peau abîmée où d’autres peuvent naître. « Le risque d’évolution des kératoses actiniques vers un cancer cutané est faible, de l’ordre de 10 % à 10 ans mais augmente en cas de lésions multiples », précise le Pr Nicole Basset-Seguin pour la SFD. La prise en charge est médicale : cryothérapie, traitements locaux, parfois un laser dermatologique.

En France, l’INCa dénombre plus de 100 000 nouveaux cas de cancers de la peau par an, dont 80 % liés à des expositions solaires excessives. Les carcinomes en représentent 90 % — 70 % de basocellulaires, 20 % d’épidermoïdes — contre 10 % de mélanomes, avec 17 922 nouveaux mélanomes estimés pour 2023 en métropole. Ces ordres de grandeur situent l’enjeu sans rien dire d’un risque individuel : la plupart de ces maladies de la peau se soignent bien quand elles sont vues tôt.

Sur les lèvres, le tabac s’ajoute au soleil, et arrêter de fumer améliore aussi l’état général de la peau.

Reste le geste le plus simple : une autosurveillance mensuelle devant un miroir, à la lumière du jour, en regardant et en palpant, sans oublier la lèvre inférieure, les oreilles et le cuir chevelu. La règle ABCDE — asymétrie, bords, couleur, diamètre, évolution — aide à décrire un grain de beauté à son médecin, sans remplacer son avis ni permettre un autodiagnostic.

Bon à savoir — Se protéger du soleil ne vous prive pas de vitamine D : selon l’INCa, 5 à 10 minutes d’exposition quotidienne du visage et des avant-bras suffisent en été. Aucune raison de renoncer à la photoprotection au prétexte d’une carence ; au moindre doute, parlez-en à votre médecin.

L’essentiel à retenir

  • Le pare-brise, en verre feuilleté, bloque 96 % des UVA sur un parc ancien, 99,25 % sur un parc récent : jamais 100 %.
  • La vitre du conducteur, en verre trempé, n’en bloque que 71 % en moyenne avant 2015, plancher à 44 %, et 88,78 % sur les récents : plus d’un dixième passe encore, et les électriques ne font pas mieux.
  • Vitres fermées, pas de coup de soleil : les UVB sont arrêtés. Mais les UVA passent sans rougeur pour avertir — « pas de coup de soleil » ne veut pas dire « pas de risque ».
  • Un film teinté est interdit sur le pare-brise et les vitres avant : l’ensemble doit laisser passer au moins 70 % de la lumière (4e classe, 3 points). Les vitres arrière ne sont pas concernées.
  • Sur les lèvres, un stick SPF 50 toutes les deux heures et après chaque repas. Une desquamation de la lèvre inférieure qui dure plus de deux à trois semaines se montre à un médecin : elle ne s’autodiagnostique pas.

FAQ — coup de soleil en voiture et protection des lèvres

Peut-on prendre un coup de soleil en voiture, vitres fermées ?

Non. Les UVB, seuls responsables de la rougeur, sont arrêtés à près de 100 % par la quasi-totalité des vitrages mesurés. Mais les UVA passent : la vitre du conducteur n’en bloque que 71 % en moyenne avant 2015, 88,78 % sur les récents. Pas de coup de soleil ne veut pas dire pas de risque.

Le pare-brise protège-t-il des UV ?

Oui, très largement : il est en verre feuilleté, et son intercalaire absorbe les UVA. Les mesures donnent 96 % de blocage sur un parc 1990-2014 et 99,25 % sur un parc 2015-2025. Jamais 100 %, et cela ne dit rien des vitres latérales, en verre trempé, nettement moins protectrices.

Peut-on poser un film anti-UV sur ses vitres en France ?

À l’arrière, oui. À l’avant, non, sauf exception vérifiée : depuis le 1er janvier 2017, pare-brise et vitres latérales avant doivent laisser passer au moins 70 % de la lumière, film compris, sous peine de contravention de 4e classe et 3 points. Aucune liste officielle de films homologués n’existe : sans justificatif chiffré du poseur, abstenez-vous.

Comment reconnaître une chéilite actinique ?

Elle touche surtout la lèvre inférieure : sécheresse et desquamation qui ne cèdent pas, limite entre lèvre et peau qui s’efface, changement de couleur, parfois érosions, croûtes ou fissures. La SFD conseille de regarder et palper régulièrement sa lèvre. Ces signes font consulter, jamais conclure : seul un médecin tranche.

Quel indice pour les lèvres, et à quelle fréquence ?

La SFD recommande un stick ou baume labial d’indice 50, couvrant UVA et UVB, appliqué de façon répétée : toutes les deux heures au maximum et après chaque repas. Un baume sans indice ne protège pas. Il complète l’ombre et le chapeau, il ne les remplace pas.